CHAPITRE TROISIÈME
SON INAUGURATION
Le 1er Septembre 1907 à Beauport.—Les invités. —Cé l'église.—Sermon de M. l'abbé A. Robert.— Bénédiction du S. Sacrement.
La date de la bénédiction de l'Ecole St-Edouard avait été fixée au dimanche le 1° septembre 1907. Ce jour-là toute la paroisse était en liesse. Le village disparaissait sous les décorations de toutes sortes, drapeaux et banderolles appropriés qui ornaient les Dès avant trois heures, les cloches de l'église tintaient joyeuses appelant les paroissiens au sanctuaire On venait en foule de tous les coins de la paroisse pour assister à cette belle cérémonie que devait présider Monseigneur Bégin, archevèque de Québec.
Sa Grandeur arriva au presbytère, accompagné de son secrétaire particulier, Monsieur l'abbé J. Laberge, enfant de Beauport. À trois heures précises, Monseigneur, revêtu de ses habits pontificaux, quitta processionnellement le presbytère. 11 était entouré d’un nombreux clergé. ‘Tous les prêtres, enfants de la paroisse, sur l'invitation de leur curé, s'étaient fait un devoir de se rendre à cette fête de famille.
En arrivant à l'Eglise, le clergé prit place au chœur et Monseigneur alla s'asseoir au t'îne qu'on lui avait préparé pour la circonstance.
Les nombreux invités avaient été placés au bas chœur et en avant près de la balustrade.
Le (Gouverneur Général et le Lie le premier ministre de la P Wilfrid Laurier et le pre Lomer Gouin, le juge er avaie
utenant Gouverneur, uissance du Canada, Sir mier ministre Provincial, l'hon.
1 chef, l'hon. Chs Fitzpatrick, nt répondu qu'ils regrettaient de ne pouvoir accepter la gracieuse invitation que leur avaient faite les syndics de l'Ecole St-Edouard à Beauport d'assister à la cérémonie, et avaient exprimé, dans de charmantes lettres, tout l'intérêt qu'ils portaient à la nouvelle Ecole, Au bas chœur, on remarquait le généreux donateur, le chevalier J.-E. Bédard, l'hon. R. Roy, sécrétaire de la Province, l'hon. C.-E. Dubord, C. I. et Madame Dubord, M. C.F. Délâge, M. P, p. et Madame Délâge ; Lorenzo Robitaille, M. P.; M. et Mme Pentland : M. et Madame Chalout; M. et Madame A, Corriveau ; M. J. Bélanger, maire de la paroisse et Mme Bélanger, M. Edmond Giroux, Président de la Commissio laire de Beauport.
Après le chant d'un ce Robert, professeur de phil
n sCo-
antique, Monsieur l'abbé A.
osophie à l'Université Laval, Québec, et enfant de la Parcisse, monta en chaire pour donner le sermon de circonstance. Le sujet développé par le prédicateur fut le suivant: sans religion pas de
véritable éducation. Nous donnons ici au complet le sermon de Monsieur Robert.
Nisi dominus ædificaverit domum, in vanum laboraverunt qui ædificant eam. Ps, 126, V. I.
Si le Seigneur ne bâti c'est en vain que tra qui la bâtissent.
Monseigneur,
t la maison, vaillent ceux
Mes Frères,
Dieu est le créateur du ciel et de] qui a vie est son œuvre :
alerre Tout ce depuis l'humbie fleur des
chan; jusqu'à l'astre lumineux qui nous éclaire. Non seule nent Il est l'Auteur de toutes choses, mais de plus, ar sa Providence, Il s'occupe de chaque être et le dirige vers sa fin, et suivant l'expression de Saint-Paul, un cheveu mème ne peut tomber de notre tête sans Sa permission. C’est une vérité que vous admettez tous, et avec le prophète, vous croyez que tout parle du Créateur dans le monde et que le ciel et la terre chantent les louanges de Dieu : ‘‘cœli et terra enarrant gloriam Dei.”
Parmi les choses créées, il y aunecertaine gradation.
Dans l'échelle des êtres, les uns réflètent mieux leur auteur, en sont une plus parfaite représentation, il y a ce qu'on appelle le chet-d'œuvre de Dieu, le roi de de la création, il y a l'homme, composé d’un corps ct d'une âme, doué d'une intelligence capable de connaitre sa fin et d'une volonté pouvant l'atteindre.
L'homme vient au monde avec toutes ses facultés spirituelles et sensibles qui sont, pour ainsi dire, à l’état latent, en germe ; pour se développer, pour arriver à leur plein épanouissement, elles ont besoin du concours des parents d'abord, et des maîtres ensuite. ‘Car, chacun de nous a une mission à remplir sur la terre, et quelque modeste qu'elle soit, elle a sa raison d'être dans les plans de la Providence. De mème que chaque pierre a son rang marqué dans un édifice, et doit subir, pour l'occuper, une prépation convenable, ainsi toute âme doit être disposée à tenir dignement le rang qui lui est assigné. C'est là le rôle de l'éducation qui pourrait se définir : l'ensemble des actes par lesquels on dispose un homme à prendre sa place dans la société.
Sérieuse est la question de l'éducation. La vitalité d'un peuple, la force d'une société dépendent de la consistance des éléments qui les composent. Or, les
éléments sont les individus, et c'est de l'éducation que les individus reçoivent leur valeur.
Suivant le philosophe de Genève, l'homme est naturellement bon ; toutes ses tendances sont légitimes. J.- J. Rousseau veut que l'enfant grandisse en liberté, comme l'herbe des champs, comme l'oiseau dans les forêts, comme le sauvage dans les bois. Tels sont les pernicieux principes qui ont fait inventer l'école neutre. Quelques philosophes modernes n'ont pas l'air de se douter que l'homme nait souillé du péché originel. Ils ne veulent pas qu'on parle à l'enfant de foi ni de vertu : quand il sera grand, disent-ils, il fera son libre choix entre le bien et le mal.
Est-il besoin de refuter un tel système ? Faut-il prouver que l'homme ne tiendra dignement sa place qu'autant qu'il sera l'objet de soins assidus.
Vous savez tous que la pente vers le mal est facile à descendre : pour que l'enfant remonte à force de bras le courant des passions, afin d'atteindre au bien, il faut que l'éducation l'en instruise et l'y exerce.
Former l'homme, telle est donc l'œuvre de l'éducation ; si, à cette œuvre comme à toute autre, Dieu n’y Concourt pas, c'est en vain que travailleront les éducateurs: € Nisi Dominus ædicaverit domum, in vanum laboraverunt qui ædificant eam ». En d’autres termes, la religion doit être la base de l'éducation, l'esprit de Jésus-Christ doit la guider, l’inspirer, la pénétrer toute entière, sans quoi l'homme ne sera pas véritablement éduqué, ou plus simplement, sans reiigion pas d'éducation.
Quand nous avons une juste idée de l'homme éduqué,
. de l'homme élevé, il nous est aisé de comprendre que
la religion n'est pas seulement un secours qui facilite
nl
l'œuvre de l'éducation, mais encore, un facteur essentiel sans lequel on n'élève pas d'enfant.
Il est évident que l'éducation n'est pas faite quand les exercices physiques ont donné à l'enfant la force et la souplesse des membres. Une société composée de gymnusiarques et de iongleurs manquerait autant de vitalité que de prestige. La science mème ne constitue pas l'éducation. On peut être savant, érudit, littérateur, et demeurer un fort malhonnète homme.
La force de la volonté, le courage dans les combats, la persévérance dans les entreprises, tout ce qui procède de l'énergie du caractère, touche de plus près à l'éducation. L'homme élevé pourrait se définir : celui qui porte la vérité dans l'esprit et la vertu dans le cœur. En eflet, ce qui élève l'homme, c'est ce qui développe les plus nobles facultés de son être en les appliquant au plus grand objet qu'elles puissent embrasser. Or, y a-til rien de plus grand dans l'homme que l'esprit et le cœur, que l'amour du vrai et la pratique du bien ?
Notre intelligence est altérée de vérité, et cette soif de savoir, travaille toutes les classes de la société ; elle tourmente les ignorants aussi bien que le philosophe le plus instruit. Mais ce n’est pas vers loute science que l'homme aspire. Il y a des points auxquels il reste indifférent. Il s'inquiète peu de la marche des astres de l'harmonie des nombres et de la composition chimique des aliments qu'il prend. Ce qu'il veut savoir, c'est le d'où il vient et le où il va des choses. L'ignorance sur le reste ne l'inquiète jamais ; mais l'incertitude sur ces questions vitales le fatigue toujours. Il y a d'illustres victimes du doute qui savent dire en termes émus les angoisses de leur esprit. Les douleurs intimes de l'ignorant qui doute demeurent cachés dans son cœur, mais sont-elles moins cuisantes ?
Or, ces grandes questions, qui peut les résoudre, qui peut donner la paix ? Ce
n'est pas la science étroite dont notre siècle est épr
is puisqu'il s'abstient de les traiter. Ce n'es! point non plus la philosophie : car, à quels égarements la raison orgueilleuse séparée de la foi n'a-t-elle pas conduit les penseurs? Ce que la science ignore, ce que la philosophie discute, le catéchisme l'apprend. A huit ans, l'enfant qui sait les leçons du ‘athéchisme, est plus avancé que les savants qui n'ont pas la foi. Les érudits eux-mêmes trouvent dans les lecons religieuses plus de lumières que dans leurs recherches.
IL est donc clair que la religion seule él&
ève l'esprit, puisque seule, elle lui donne, sans crainte d'erreur, les vérités les plus hautes et Je
?s plus nécessaires. Et à mesure que les générations nouvelles pénètrent plus avant dans les sciences du monde, il faut sccroître dans les âmes l'intensité de Ja lumière surnaturelle. A mesure que l'horizon s'étend, il importe que le foyer de lumière devienne plus puissant pour en dissiper les ténébres.
Mais pour cela, il faut que la religion soit enseignée à l'école et au collège. Nulle part l'enseignement de la religion n'est aussi nécessaire, C'est à l'école que s'ouvre la raison de l'enfant, il livre son esprit au maitre qui l'instruit, Si la foi ne tient aucune place dans l’enseignement, quel estime en aura-t-il2 Si vous tenez la lumière sous le boisseau, l'enfant s'accoutumera à vivre dans la nut, Il prendra pour des naïvetés enfantines ce qu'il apprebait sur les genoux de sa mère ; ces prétendues clartés de la foi ne lui äparaîtront que comme des illusions d'optique. Donc, supprimez la
religion, vous n'élevez plus l'enfant ; enlevez-la de Ja
à mn
Rév. Messie GRéGoire TREMBLAY Curé de Beauport de 1858 à 1884
classe, vous la faites tomber dans le mépris et parfois mème dans l'oubli.
La vertu : c'est à ce signe qu'on reconnait le mieux l'homme de bonne éducation. Le monde se contente trop souvent de formes extérieures de la bienséance : il n'est pas exigent ; la politesse lui tient lieu de grandeur d'âme. Assurément, le savoir-vivre appartient à l'éducation, mais il est à la vertu ce que la couleur est au fruit. Les dehors du respect ne seraient qu'hypocrisie si le respect ne sortait du cœur comme le fruit de la branche.
Le respect de soi, du prochain et de Dieu, voilà en quoi consiste la vertu.
Le respect de soi naît d’un amour propre légitime et il consiste à mettre de l'ordre et de la subordination dans le jeu de nos facultés. Pétris de corps et d'âme, nous avons des instincts grossiers qui procèdent de la chair et des aspirations sublimes vers le bien qui s'élèvent dans l'âme. Celui-là, se respecte, qui subjugue le corps à l'esprit, qui soumet les passions au devoir, qui dompte sa chair et l'élève vers les hautes régions de la pureté. Celui-là, manque au respect de soi-même, qui se laisse entrainer par la fougue de ses désirs comme un maitre qui se laisserait entraîner dans la fange par un animal indompté
Le respect des autres commandent des égards qui relèvent de la justice et de la charité : il défend de nuire aux intérêts d'autrui et il veut qu'on rende à chacun tous les devoirs proportionnés aux liens plus ou moins étroits qui nous unissent à eux. Ainsi les relations entre parents, entre maître et sujets, sont réglées par les maximes qui dicte la loi du respect
Mais il en coûte de grands efforts : l'intérêt et la passion sont deux ennemis redoutables du devoir. Ce
sont des révoltés qui s'agitent au dedans de la place, et, pour les réduire, la volonté qui tient le pourvoir, a besoin d'être stimulée et soutenue dans l'accomplissement de sa tâche.
Quel sera le stimulant ? La crainte et le respect de Dieu. 11 faut que l'image de Dieu m'en impose ; j'ai besoin d'entendre sa voix dans le commandement, de voir la tribunal du juge inexorable au terme de chacun de mes actes. Sans cela, à quoi bon combattre? pourquoi s'épuiser dans une lutte sans résultats avantageux pour l'avenir ?
Or, cette idée de Dieu, où la prendrai-je ailleurs que dans la religion? ces ordres privés de l'autorité divine, qui me les dictera sinon ma foi? Je ne puis donc élever mon cœur à la hauteur de la vertu, si vous dérobez à mes yeux le maître qui me commande et le juge qui m'attend.
Le stimulant ne serait qu'une source de peines, s’il n'était accompagné de la force qui soutient, Il me donne des ordres et Il me met en mains des armes pour vaincre. À l'intimation du devoir se joint la grâce qui le fait accomplir. Mais qui : . assure cette aide, sinon la prière? Je serai donc imparfait, impuissant, si je n'apprends à prier. La prière est l'acte religieux par excellence et c'est lui qui finit l'éducation de l'homme en l’unissant à Dieu.
Voilà ce qu'un bon maître .ne doit jamais perdre de vue, s'il n'a pas seulement à cœur d'instruire mais surtout d'élever les enfants; il sera plus zélé pour leur révéler la science de Dieu que pour les initier aux sciences humaines. Mais il se souviendra que ce n'est pas un Dieu vague, impersonnel, qu'il faut montrer à l'enfant. Dieu s'est mis à notre portée ; Il s’est fait l’un de nous, Il a pris un corps comme le nôtre, Il a souffert comme nous; ce Dieu avec nous se nomme Jésus-Christ.