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CHAPITRE III

Il faut pénétrer dans la vie intérieure du saintsimonisme pour comprendre comment se prépara la rupture entre Bazard et Enfantin. C'est à la fin de 1829 que Rodrigues proclama le pouvoir des deux Pères suprêmes, accepté par les fidèles, sauf quelques dissidents qui se retirèrent avec Bûchez. Il y eut alors quelques mois délicieux, pendant lesquels tous vécurent dans une harmonie parfaite. Plusieurs disciples logeaient avec les Pères à l'hôtel de Gesvres, rue Monsigny; les autres venaient les rejoindre à la fin de la journée. Tous les soirs il y avait un grand dîner où Bazard dirigeait la conversation, tandis qu'Enfantin, en bonne maîtresse de maison , servait les convives et veillait à ce que chacun fût satisfait. On se communiquait les adhésions récentes, et celles qui étaient prochaines; on causait avec les invités étrangers pour les préparer à la doctrine; on riait

des plaisanteries et «les caricatures des petits journaux contre la secte. S'excitanl mutuellement, les jeunes enthousiastes se promettaienl de conquérir le inonde, de se donner tout entiers ;ï l'apostolat. « Dans celle atmosphère de dévouement, a dil plus tard l'un d'eux, une chaleur d'Ame, douce comme le merci du pauvre, m'enivrait sans cesse (1). »

Tous acceptèrent l'absolutisme des deux chefs; les deux seules défections que l'on puisse signaler pendant plus d'un an furent celle de Margerin, un des adeptes de la première* heure, qui revint au catholicisme, et celle de Lerminier, le futur professeur au Collège de France. Les autres obéissaient docilement; déjeunes Libéraux qui avaient pris les armes contre les ordonnances de ( Iharles \ plièrent sans murmurer sous la domination de deux souverains. Bazard, l'ancien directeur de la Charbonnerie, voulait une secte bien disciplinée, où chacun obéirait à son supérieur comme le soldat àl'officier; toute opposition était réprimée par lui avec rudesse. Voici comment il répondait a une critique de Rességuier : ■■ Nous espérons que ce nouvel élan de la souveraineté de votre raison sera le dernier, au moins jusqu'à ce que vous soyez devenu pape (2). »

1 Charton, Mémoires d'un prédicateur saint-simonien.

2 Œuvres, III, \>. :;.

Enfant in se comportait d'une manière différente ; l'affection quelui témoignaient ses adeptes, l'encens qu'ils lui prodiguaient, l'enivrèrent; il se considéra comme un souverain pontife, il voulut être non seulement obéi, mais aimé, adoré. Tout néophyte saint-simonien était considéré comme le fils de celui qui l'avait converti, qni l'avait « engendré » à la vie nouvelle: Enfantin était le Père suprême, il tutoya tons ses fils, et prit l'habitude, pour plusieurs d'entre eux, de ne plus les appeler que par leur prénom; ses lettres parlent continuellement de Michel (Chevalier), de Charles (Duveyrier), de Gustave (d'Eichthal), de Jules (Lechevalier). Ses tendances mystiques et sacerdotales se montrèrent nettement pour la première fois dans une lettre écrite à Duveyrier au mois de mai i83o; c'est ce qu'on appela dans la secte la lettre sur le Calme. « Avez-vous bien songé, disait le Père, que nous n'avons, Bazard et moi, personne au-dessus de nous? personne que celui qui est toujours calme, parce qu'il est l'éternel amour... Grand Dieu! tu as voulu que celui qui gouverne les hommes, que celui qui ne relève que de toi, qui n'a de père que toi, s'initiât au calme de ton éternel amour; ... tu as voulu que le père des hommes fût pour les hommes ce que tu es pour l'univers, l'âme, la vie d'un monde. » Et le nouveau prophète achevait sa lettre en disant au dis-

ciple : « Qu'un sourire de votre père soil aussi

puissant sur vous que tous les concerts de joie de l'humanité. Car ce sourire vous les annonce; il les fait naître, c'est lui qui par vous et par vos lils se répétera sur toute la terre (1). » Cette lettre prodigieuse fut accueillie non seulement sans protestation, mais avec ferveur; bien plus, elle devint un critérium pour les conversions : quand un auditeur régulier des prédications paraissait prêl à se laisser gagner, quelques fidèles le prenaient à part mystérieusement pour lui montrer celte lettre ; si elle ne le choquail pas, s'il eu approuvait le caractère sacerdotal, le catéchumène était jugé digne d'entrer dans ce «pie tous les adeptes nommaient « la famille (2) ».

Pour que la secte demeurât unie et soumise, les deux papes devaient marcher d'accord: mais c'était impossible. Le pouvoir suprême ne se partage pas ; deux autocrates politiques ou religieux. placés côte à côte, finissent toujours par se battre. Toutefois les rivalités personnelles demeurèrent ici au second plan ; il y eut conflit de convictions opposées. Dès 1827, les débats avaient commencé au sujet de la religion elle-même : Enfantin disait qu'elle a sa source dans le sentiment par lequel l'homme reconnaît qu'il est rattaché à l'univers;

1 ' Œuvres, II. p. 1 < '> — .

"1 Massol, dans le Momie maçonnique, \u. p. 211.

Bazard ne voyait là qu'un sentiment particulier, comparable à celui qui rattache l'homme à sa famille ou son pays, et il hésitait à croire une religion nécessaire (1). Finalement il s'avoua vaincu, et l'école devint une Eglise.

Alors apparut la question des femmes. D'après les saint-simoniens, l'affranchissement de la femme devait accompagner celui du prolétaire; c'était là une théorie juridique et sociale que pouvaient admettre les plus déterminés partisans de la morale ancienne. On attaqua les vieilles idées sur l'inégalité des sexes, sur la réprobation de la femme ; on réclama pour elle l'éducation et l'indépendance. La doctrine qui réhabilitait la chair condamna la préférence que le christianisme témoigne pour le célibat ; développant le mot prononcé par Saint-Simon, • l'individu social, c'est l'homme et la femme », les novateurs annoncèrent que, dans la société future, chaque fonction serait remplie par un couple. Ainsi la doctrine, loin d'alarmer les consciences scrupuleuses, paraissait aboutir à sanctifier et presque à imposer le mariage.

Enfantin, comme nous l'avons vu, ne s'était d'abord occupé que du clergé futur, et, dominé encore par les idées catholiques, il voulait que le

i Lettre d'Enfantin au docteur Bailly en 1*27. Œuvres l. ]>. 202.

prêtre el la prêtresse fussent séparés par « un nuage d'encens ». Bientôl ses idées changèrenl ; certains faits particuliers (lurent y contribuer: lui-même a raconté que la douleur déchirante causée à une personne de la secte par la mort de son mari lui fît concevoir des doutes sur l'utilité du mariage indissoluble 1 . Mais ce fut surtout sa logique impitoyable qui le conduisit aux pires aberrations; le supérieur était un personnage tout-puissant qui devait agir sur l'inférieur par tous les moyens; la chair était sainte comme l'esprit : donc les supérieurs pouvaient avoir des relations sexuelles avec les inférieurs pour les mieux diriger. Enfantin comprenait d'ailleurs que la famille est inséparable de la propriété individuelle et héréditaire; si l'une est menacée, l'autre doit disparaître; le collectivisme entraîne à sa suite la légitimité de l'amour libre. Les théoriciens vigoureux comme Enfantin, comme Bebel aujourd'hui, ne reculent pas devant ces conséquences extrêmes de leurs doctrines.

Le Père entreprit de justifier son opinion par la psychologie. On rencontre dans le monde, disaitil, deux sortes de natures, les natures constantes et immobiles, qui s'attachent à un être unique, <■! les natures inconstantes et mobiles, qui «ml besoin

1 1 Œuvres, II. \<. 108.

de changement ; la poésie a personnifié les premières dans Othello, les secondes dans Don Juan. Jusqu'à présent on ne s'est occupé que des premières; le mariage, surtout le mariage chrétien, est l'ail pour elles ; quant aux autres, ne trouvant aucune satisfaction permise à leurs besoins, elles recourent à la ruse, au mensonge, quelquefois au crime. Il faut d'abord leur faciliter le changement par le divorce, qui sera considéré comme un acte louable. Le couple prêtre, choisi parmi les plus aimants et les plus ardents, participe des deux natures à la fois ; le prêtre et la prêtresse, en même temps qu'ils s'aiment passionnément, aiment leurs inférieurs et peuvent le leur témoigner, surtout au moment de la confession : « Moi homme, écrivait Enfantin à sa mère, moi qui sens en mon cœur puissance d'amour pour une femme, et qui à cause de cela ne suis point marié..., je conçois certaines circonstances où je jugerais que ma femme seule sérail capable de donner du bonheur, de la santé, de la vie, à l'un de mes fils en Saint-Simon,... de le réchauffer dans ses bras caressants au moment où quelque profonde douleur exigerait une puissante diversion (1). » Enfantin justifiait également sa théorie par l'histoire ; il ignorait celle de l'ancien Orient, dont les cultes

1 Lettre d'août i83i Œuvre*. XXVII,pp. 191 et suiv. . •\yeill. 6

lubriques auraient pu lui fournir de nombreux exemples, mais le côté sensuel du paganisme gréco-latin lui plaisait. Son admiration étail grande surtout pour ce moyen Age fabuleux que le romantisme avait mis à la mode, pour ce temps où les chevaliers se conduisaient en héros afin d'obtenir un sourire de leur dame: il désirail aussi, par un singlicr mélange d'idées, le retour de ce - droit du seigneur » (pie Beaumarchais avait rendu populaire.

Ces doctrines répugnantes rencontrèrent dans Bazard un ennemi décidé. 11 repoussait d'abord la synthèse confuse dans laquelle Enfantin prétendait concilier le paganisme et le christianisme : « Il n'y a rien à reprendre de ce que le christianisme a délaissé, rien à justifier de ce qu'il a condamné. » Permettre aux prêtres des relations avec les inférieurs, c'est rétablir la promiscuité brutale qui exista dans les premiers temps du genre humain cl qui a disparu grâce au progrès. Le christianisme a créé la poésie de l'amour individuel : son défaut est d'avoir considéré la femme comme une subalterne. La religion nouvelle veut que le mariage soit conclu entre deux êtres égaux, avec approbation du supérieur. Le divorce, ajoutait Bazard, peut être admis dans l'anarchie actuelle, parce que L'éducation ne permel pas encore aux jeunes gens et aux jeunes filles de se connaître.

de faire un choix raisonnable ; mais dans l'avenir il doit être supprimé. La sanctification du mariage, voilà le véritable affranchissement de la femme (1). Un pareil débat devait passionner les femmes qui appartenaient à la secte. Celles-ci. comme les hommes, faisaient partie des divers t degrés » qui constituaient la hiérarchie saint-simonienne ; elles aussi pouvaient monter d'un degré à l'autre jusqu'au a collège » qui assistait les Pères. Trois d'entre elles étaient parvenues à un rang élevé dans la famille des fidèles, c'étaient Mlle Saint- Hilaire, M™*3 Fournel et Bazard : dans le collège. on les désignait par leur prénom, et l'on parlait d'Aglaé, de Cécile, de Claire (2). Aglaé Saint- Hilaire était une amie d'enfance de la famille Enfantin ; grave, sévère, inspirant le respect aux saint-simoniennes qui devaient lui obéir, elle n'était guère faite pour admettre les théories nouvelles, mais son dévouement au Père lui fit tout accepter. Cécile, femme de l'ingénieur Fournel. était une nature beaucoup plus ardente et enthousiaste ; sa bonté la faisait adorer de ses « filles » : sa foi sans bornes lui permit de supporter les plus

1 Discussions morales, politiques el religieuses qui ont amené la séparation qui s'est effectuée au mois de novembre i83i dans le sein de la société saint-simonienne par Bazard . iS32.

2 Sur leur caractère, V. Suzanne Voilquin, Souvenirs d'une fille du peuple, 1866.

grands sacrifices, par exemple une longue séparation avec son mari qu'elle aimait. La répulsion que lui inspirèrent les théories nouvelles la décida un instant à une rupture avec la secte, mais elle revint bientôt y prendre sa place, ne voulant pas trahir une religion qui devail émanciper le sexe faible; cette épouse, celle mère irréprochable accepta dans l'intérêt de l'humanité la morale d'Enfantin. Claire Bazard (Mail la véritable reine du saint-simonisme ; délicate d nerveuse, 1res femme, douée d'une finesse remarquable, elle avait pris sa lâche à cœur, el, malgré les calomnies dont on l'accablait au dehors, malgré les dégoûts qu'elle rencontrai! à l'intérieur de la secte (1), elle s'efforçait d'habituer les saint-simoniennes à la discipline el les ouvriers aux sentiments pacifiques. Mais les abus du système ne trouvaient point grâce devant elle; quand .Iules Lechevalier voulut épouser une actrice de conduite légère, elle déclara (2) qu'on ne pOUVail obliger les honnêtes femmes à recevoir les autres dans leur société. Enfin, quand Enfantin dévoila

(1) Elle se plaignit amèrement, dans un rapport aux Pères, des femmes qui lui étaient confiées: • La hiérarchie pour ikhis esl un \;iin moi. elle ne porte aucun fruit, nos réunions se passent dans le tumulte el le désordre. » [Œuvres, III, 1». 1 15.

(2 Œuvres, III. p. 72. Enfantin ;i <lil plus tard que ce fut l'origine <lu débat sur les femmes.

ses théories, Madame Bazard combattit le funeste apôtre qui, selon son expression, venait rétablir les sérails ; éloignée quelque temps de son mari par une incompatibilité d'humeur, elle se trouva rapprochée de lui par une haine commune contre celle légitimation de l'adultère,

La discussion entre Bazard et Enfantin sur le mariage ne tarda point à s'élargir; toutes les idées sur le bien et le mal furent soumises à l'examen, et Bazard vit avec effroi que le panthéisme et la théorie de la « loi vivante » permettaient à Enfantin de ruiner toute la morale ancienne. Les débats se poursuivirent entre les deux chefs pendant plus d'un an; ils les cachaient aux disciples et se faisaient des concessions provisoires : ainsi Enfantin consentit à signer en octobre i83o une lettre au président de la Chambre des députés, où les Pères niaient que le saint-simonisme prêchât la communauté des biens et des femmes. Ils prirent ensuite Bodrigues et Mme Bazard comme témoins de leur controverse. Enfin la question fut portée devant le collège où pendant trois mois on la discuta. Enfantin trouva deux partisans déterminés dans Gustave d'Eichthal et Duveyrier : plusieurs autres, qui blâmaient sa théorie, se rangeaient de son coté par affection pour lui. Ses adversaires (M aient surtout les anciens républicains, les anciens membres des sociétés secrètes. Le différend

WEILL. tj-

sur les femmes avail remis eu question tout le saint-simonisme, el particulièrement celle théorie

de la loi vivante qui menait à l'obéissance passive Beaucoup s'y étaient, résignés, non sans une. révolte secrète : dès qu'on eut éveillé leurs doutes, ils songèrent à s'affranchir de cette redoutable théocratie. Bazard comptait ainsi plusieurs partisans, surtout Carnot, l'honnête républicain idéaliste, et Jean Reynaud, dont la nature droite et un peu hautaine repoussait les caresses patelines d'Enfantin.

Quant à ce dernier, le soulèvement général ne le faisait pas varier dans ses opinions ; il consentit seulement à conserver les pratiques anciennes jusqu'à ce que la femme elle-même eût posé les règles de la morale nouvelle. C'est inutile, répondait Bazard; nous n'avons pas besoin de la femme pour rédiger la loi morale; son rôle sera de la réaliser ; et qu'est-ce qu'une morale que Ton pratique provisoirement, sans amour? — Les séances du collège se prolongeaient durant des nuits entière- : tous les assistants, énervés, affolés, arrivaient à un état voisin de l'hallucination. Un d'eux, Cazeaux, tomba un soir en extase et prophétisa; Olindc Rodrigues affirma que l'Esprit-Saint reposait en lui, et, comme Jean Reynaud le niait, ileul une attaque d'apoplexie. Quelques-uns, épouvantés par l'approche du schisme, rédigeaient une

LE SCHISME ET LA MORALE NOUVELLE lo3

adresse aux Pères afin do les supplier de s'entendre (1). Dans ces diseussions, la puissante dialectique d'Enfantin lui assurait toujours l'avantage ; Bazard se sentait enveloppé comme d'un filet indéchirable et se débattait vainement contre les sophismes de son adversaire. Le 29 août i83i il fut atteint d'une congestion cérébrale ; mais après sa guérison le débat recommença.

Les confessions achevèrent de bouleverser tout le monde. Enfantin, qui avait depuis longtemps introduit cet usage, proposa que chacun des membres de la secte racontât sa vie devant ses frères : était-ce dans un but moral, ou bien tendait-il ainsi un piège à Bazard ? On ne sait ; mais cette exigence dépassait tous les actes d'autocratie qui avaient précédé. Enfantin donna l'exemple devant le collège, puis Bazard l'imita : il finissait de parler quand son ami intime Dugied se leva, lui cria: « Bazard, tu as menti », et lui rappela un fait important de sa vie sur lequel le silence ne pouvait résulter d'un oubli ; cette scène acheva d'accabler le malheureux apôtre (2). Quant aux confessions, elles furent faites par les membres de chaque degré ; personne ne put s'en dispenser. Un moment Bazard se soumit : Enfantin devait rester seul Père suprême, ayant sous lui Bodrigues

1 Œuvres, IV. pp. 12G-139.

(2) Massol, dans le Monde maçonnique, vu. p. 548.

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comme chef du culte el Bazard comme chef du dogme. [1 se repentit aussitôt de sa faiblesse et, le 11 novembre, se sépara définitivement de son ancien collègue.

Le 19 novembre «Mil lieu une assemblée générale des saint-simoniens. Enfantin annonce la scission de Bazard et déclare que son opinion sur le rôle «les femmes «Mail seulement provisoire : les dissidents méprisenl la femme, car, au lieu d'attendre qu'elle ail parlé, ils disent d'avance anathème aux nouvelles règles morales qu'elle pourrait formuler. Aussitôt les protestations éclatenl : Lechevalier s'écrie qu'il n'est plus saint-simonien, qu'il va se remettre seul à chercher la vérité; Carnot, Fournel, Pierre Leroux attaqueni à l'envi l'immorale théorie du l'ère. Deux jours après, le 21 novembre, nouvelle assemblée; cette l'ois Dugied, Carnot. plusieurs autres sont absents, el (la/eaux déclare en leur nom qu'ils ne reparaîtront plus; Lechevalier, Charton, qui son! présents, renouvellent solennellement leurs protestations el quittent la salle. Enfantin approuve le départ des dissidents el l'ail entendre sa volonté à ses tidèles : la morale ancienne doit être pratiquée rigoureusement jusqu'à la constitution du dogme nouveau ; la hiérarchie, maintenue pour les hommes, es! supprimée pour les femmes jusqu'à la venue de la Mère, de la Femme-Messie qui, par

son union avec le Père, formera le couple suprême, le Couple Prêtre. Ud fauteuil vide placé désormais à toutes les séances à côté du Père symbolisera cet appel à la femme.

Bazard était parti ; Rodrigues reparut alors pour jouer, sous les ordres d'Enfantin, un rôle actif comme chef du culte. On le vit à la réunion générale du 27 novembre, où le Père annonça le caractère nouveau que la secte allait prendre (1). — La doctrine saint-simonienne, dit-il, s'estoceupée jusqu'à présent de Tordre politique, pour attaquer les privilèges de la naissance et prôner les droits de la capacité ; maintenant elle va négliger la po~ litique pour la morale : « Liens du supérieur avec l'inférieur, liens de famille, liens de l'homme avec la femme, nous allons successivement tout délier et tout relier. » Mais surtout le saint-simonisme enseignera moins, il agira davantage ; les savants feront place aux apôtres, la doctrine au culte. — Rodrigues explique alors ce qu'on doit entendre par le culte saint-simonien ; c'est une organisation

(1) Œuvres, IV, pp. ao3 et suiv. Sur le schisme, V. Lechevalier, Aux Saint-Simoniens. Lettre sur la division survenue dans l'association saint-simonienne, i83i.

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financière cl industrielle qui permettra d'améliorer le sort des classes pauvres: il s'agit de fonder « la puissance morale de l'argent », de créer une banque des travailleurs au moyen d'un emprunt ; les fonds recueillis permettront d'installer des maisons d'éducation, des maisons d'associations industrielles et agricoles. Et l'enthousiaste financier de s'écrier: « Rothschild, Laffitte, Âguado n'ont rien entrepris d'aussi grand que ce que je vais entreprendre. » Après Rodrigues, Rarraull appelle les artistes à fêter le culte nouveau. Mais quelques protestations s'élèvent encore : l'argent n'a pas de puissance morale, s'écrie Jean Reynaud, « puisque vous détruisez la morale ancienne sans avoir la nouvelle ».

L'angoisse était grande chez les saint-simoniens de province ; des églises entières, celles de Metz cl île Toulouse, se trouvèrent dissoutes en quelques semaines; le Globe essaya de rassurer les timides en atténuant l'importance des nouvelles théories morales. Mais à Paris le Père fît aux disciples nn exposé complet de ses doctrines, depuis novembre i83i jusqu'à lévrier iS3:>, dans une série d'enseignements (1). Tous les travaux dogmatiques de l'école sont ramenés par lui à la Trinité : parlant à peu près comme Hegel, qu'il ne

i Œuvres, XIV, XVI. XVII.

connaissait pas. Enfantin découvre partout deux termes contraires, conciliés entre eux par un troisième. La science et L'industrie s'unissent dans la religion, l'homme et le monde s'unissent en Dieu, le moi et le non-moi dans l'infini. Cet accord va toujours grandissant : la loi de l'histoire n'est pas, comme l'école l'a dit jusqu'ici, la succession des époques organiques et critiques ou le remplacement de l'antagonisme par l'association : c'est « l'harmonie sans cesse progressive de la chair et de l'esprit, de l'industrie et de la science, de l'Orient et de l'Occident, de la femme et de l'homme. » Pour le présent il faut établir l'autorité nouvelle, celle de la loi vivante qui doit succéder à celle de la loi écrite ; « l'humanité repoussera un jour comme absurde le principe mystique suivant lequel le législateur semble être le tils de la loi, lui qui en est le créateur. » C'est l'amour qui assurera le pouvoir du prêtre et l'obéissance de l'inférieur ; il n'y a pas de nature vicieuse, il n'y a que des natures plus ou moins progressives : c'est au prêtre à leur faciliter le progrès. L'autorité deviendra aimable quand la femme y participera ; le prêtre et la prêtresse useront non seulement de leur intelligence, mais de leur beauté ; parfois ils modéreront les appétits des sens, parfois ils réchaufferont les sens engourdis : « Nous ignorons la puissance d'une vertueuse caresse. »

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Ouaiil aux limites de l'action du roupie prêtre, i;i femme les indiquera.

Ces réunions où parlait Enfantin furent aussi des séances de confessions publiques: chacun «lui venir proclamer devant ses frères sa foi dans le Père, ses idées religieuses, el indiquer en même temps sa vocation. Quelques-uns, comme Guérouli , exposèrent leur doutes, mais les déclarations de presque Ions se résumaienl dans ces mots : « Père, je vous aime. » D'autres venaient raconter leur jeunesse, leur passage dans le libéralisme, le changement accompli en eux par Saint-Simon et le Père, leur affection pour Ions \r< membres de la famille. « Je n'aimais pas Cavel, disait Massol, et maintenant je l'aime : l'accent méridional de Bouffard me déplaisait, maintenant je ne m'en aperçois plus. » Un jour Huguet affirme son amour pour les membres du collège et, séance tenante, les embrasse tous; là-dessus Talabot, d'Eichthal, vont à leur tour parler aux frères qui ont été en querelle aveceux, et des embrassements marquent la réconciliation. Michel Chevalier confesse naïvement son amour du panache et, tout en se plaignant d'avoir l'allure bureaucratique, vante s. m sentiment du devoir (1).

Mais les défections continuaient. Laurent, désolé

i V. "surtout les 9*, 10", ir <•! 12 enseignements Œuvres, XVI .

de voir le Globe rompre entièrement avec les tendances libérales, s'éloigna en même temps que Transon, qui avait été un des pins fervents adorateurs du Père. Bien plus grave fut le départ de Rodrignes : il venait de lancer un emprunt saintsimonien, il courait chez les banquiers pour les intéresser à son entreprise ; la morale d'Enfantin, qu'il n'avait point approuvée, l'inquiétait peu, puisqu'elle devait demeurer provisoirement inappliquée. Mais on n'échappait pas ainsi aux griffes du terrible logicien ; Enfantin déclara que les enfants ne devaient plus, dans la société nouvelle, connaître leur père: cette fois Olinde se révolta et fit un schisme à son tour. Bientôt parut un manifeste par lequel le disciple direct de Saint-Simon pi étendait redevenir le chef de l'école (1).

Enfin arriva la persécution du gouvernement. Il y avait eu déjà quelques hostilités : des apôtres saint-simoniens qui, au nom des privilèges du clergé, avaient refusé de faire leur service de gardes nationaux, eurent un jour de prison ; une circulaire du ministre de la guerre mit l'armée en garde contre la propagande faite par la secte. Cependant Casimir Périer ne s'était pas pressé de sévir. Enfin le 22 janvier 1882 la force publique vint dissoudre l'assemblée réunie rue Taitbout

1 Ce manifeste est en tète desŒuvresde Saint-Simon, publiées par Rodrigues en i83a.

pour écouter Barrault, une perquisitioD cul lieu chez Enfantin, et une instruction judiciaire lui commencée.

Rien n'altéra le calme d'Enfantin. La retraite de Bazard, celle de Rodrigues étaient, d'après lui, des événements nécessaires, car la morale chrétienne et la morale juive devaient naturellement protester contre la .morale nouvelle ; avec cette gaieté qui ne l'abandonnait jamais dans les circonstances les plus graves, il se félicita des poursuites judiciaires comme d'un « excellent coup de tam-tam ». Quant à ses adeptes. Leur enthousiasme fut porté jusqu'au délire par ce commencement de persécution : d'Eichthal vint un jour lui annoncer qu'il avait eu pendant la nuit une révélation, qu'il avait compris que Jésus revivait dans le Père ; Barrault le supplia de se proclamer le Messie et de faire « un voyage messiaque eu France et en Orient ; le Père se bornait à répondre que l'on devait attendre l'arrivée de la Femme (1).

Le Globe, toujours dirigé par Michel Chevalier. prit des allures nouvelles. Dans la politique extérieure, les belliqueuses ardeurs de i83i tirent place à des résolutions pacifiques. Le journal avoua (le ao janvier i83i>) que les saint-simoniens, excepté Enfantin, avaient partagé l'effervescence

(1) Œuvres, VI. pp. i85 et sui\

générale. — Ce fui une erreur, dit-il : l'industrie a besoin de paix, la guerre ne peut plaire qu'aux hommes pervertis par l'éducation des collèges. Toutes les puissances européennes servent la cause du progrès, aucune ne doit être détruite. Don Miguel Lui-même, en dépit de ses crimes, a le mérite de ruiner l'aristocratie. La Prusse a l'avenir pour elle, mais l'Autriche a été méconnue des libéraux : sa politique pacifique, exempte de haines nationales, son instinct de l'harmonie en font un rouage nécessaire de l'Europe. La guerre, dit-on, renverserait le régime féodal, établirait la liberté ; mais le libéralisme prosaïque et vulgaire qu'on nous prêche déplairait à plusieurs peuples. On n'a parlé jusqu'ici que d'extermination : le catholicisme voulait détruire les infidèles, Napoléon ruiner l'Angleterre ; les légitimistes parlent d'écraser la Révolution, les libéraux de tuer la Sainte- Alliance. Tout cela n'est plus de mise : « Tous sont appelés et tous seront successivement élus ». Une seule révolution suffit, celle de 1789 : « La France a bu le calice révolutionnaire, elle l'a avalé d'un trait ; la France est montée sur la croix, la France a été le Christ des nations. » Les puissances civilisées doivent aujourd'hui féconder par la science et l'industrie les pays arriérés : la véritable « intervention » désormais seracellede l'ingénieur et du capitaliste. Que notre pays donne l'exemple en

abandonnant Alger à l'Angleterre, en prenanl l'initiative du désarmement. Que <!<■ chemins de fer

on aurait i'aits avec les millions dépensés pour l'entretien des armées ! (1)

Dans cette période, le Globe présente un mélange bizarre de divagations religieuses el <\>mesures pratiques. 11 veut organiser le culte, mais ce culte consiste à faire des emprunts; il annonce les fiançailles de l'homme avec la terre, mais tes fiançailles seront consommées par la création de voies ferrées; il demande le mariage entre l'Occident et l'Orient, entre le pays du Père et celui de la Mère, mais ce mariage, ce sont les ingénieurs el les commerçants qui doivent le préparer. Le plus intéressant des projets ainsi conçus fut celui ({ne Michel Chevalier, son auteur, nomma le Système de la Méditerranée (2 . Au fond de chaque golfe méditerranéen il y aura un grand port, d'où partira un chemin de 1er : de Barcelone une ligne ira vers Madrid et Lisbonne : de Marseille une ligne, par Lyon, Paris el le Havre, unira l'Angleterre au Midi; de Tarente une ligne, symbole de la future unité italienne, ira jusqu'à Venise pour se continuer vers Hambourg : el ainsi de suite. L'Asie sera réveillée par le chemin de fer de Scutari à Bagdad et Bassora; l'Afrique, par une

(1) Globe. 3i janvier, u mars, ', avril i832. 2 Ui'ul.. r> ci 12 îè\ rier i832.

ligne longeant tonte la cote méditerranéenne. Supposons enfin que l'Europe régénère l'Asie occidentale, et L'Amérique l'Asie orientale, que les pays civilisés percent les isthmes de Suez et de Panama ; le globe offrira ainsi un « ravissant tableau ». On fera les soixante mille kilomètres nécessaires de voies ferrées en y consacrant pendant douze ans les quinze cent millions que l'Europe dépense annuellement pour ses armées. Imaginons tout cela réalisé ; joignons-y les canaux de navigation, les bateaux à vapeur sillonnant les mers, les banques facilitant le travail, et l'on ne trouvera plus ni un peuple pour faire la guerre extérieure, ni des affamés pour entreprendre la guerre civile. — Voilà les principaux traits du « système de la Méditerranée », en laissant de côté les rêveries extatiques auxquelles s'abandonne plusieurs fois l'auteur. Ces projets, qui paraissaient alors pure folie, sont réalisés et même dépassés en Europe ; on se prépare à les accomplir en Asie et en Afrique ; les banques se sont multipliées, la vapeur règne sur le monde. Malheureusement on attend encore et l'on attendra longtemps le résultat promis, la fin des haines nationales et sociales. D'autres fois c'est un événement de la vie courante qui inspire aux sectaires des projets à la fois utopiques et pratiques. Le choléra de i83a surtout leur apparaît comme un avertissement du ciel, que

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l(iu< les partis doivenl comprendre. Cette épidémie a mis à nu l'ignorance des pauvres, qui voient partout des empoisonneurs, cl l'égoïsme des riches, qui laissent Le fléau décimer les misérables. Le Globe conjure le roi de l'aire un coup d'Étal en changeant par ordonnance la loi d'expropriation, de commencer immédiatement les grands travaux publics, et il présente un plan d'assainissement de Paris qui fut en partie réalisé par Ilaussmann sous le second Empire (1). C'est toujours au souverain (pie les saint-simoniens s'adressent, et ils appellent de leurs vœux le sauveur qui viendra faire triompher la véritable politique.

Enfin les nouveaux rédacteurs qui sont entrés au Globe pour assister Barrault et Chevalier, surtout Duveyrier, Delaporte, Cavel, mettent une sorte de joie fanatique à étaler jusque dans ses dernières conséquences la morale de leur Père. Accusés d'immoralité, ils attaquent avec fureur la corruption du monde qui les juge ; ils dépeignent ces mariages où les prétendus honnêtes gens mettent toujours l'or en avant, « leur plat visage ne venant qu'après » ; ils dénoncent les censeurs hypocrites qui flétrissent la prostitution tout en contribuant à l'étendre. La famille actuelle avec son égoïsme leur paraît odieuse: « Aucune

(1) Globe, i" cl '■'«> mars; ic . a, ~>. «'>. 9 avril i83a.

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émotion vraiment grande et généreuse ne saurait germer au cœur de ceux que le ménage couvre jusque sur les yeux de son bonnet de coton (1). » S'adressant à l'histoire, ces étranges érudits prétendent l'expliquer tout entière par le rôle de la femme. Au moyen âge domine la puissante famille féodale, au sang pur ; cependant alors déjà la « dame » exerce au dehors sur le chevalier une douée et heureuse influence. Au seizième siècle commence la réaction de la chair contre l'ascétisme chrétien, réaction personnifiée dans Rabelais. Elle prépare la décadence de la famille féodale, qui s'opère au dix-septième siècle ; Louis XIV comprit qu'il ne ruinerait la noblesse qu'en y introduisant l'adultère, et en légitimant ses bâtards : « On peut dire que le lit de Louis XIV fut un autre échafaud de Richelieu. » Le Régent acheva ce travail ; il fut envoyé par la Providence pour ruiner à la fois la famille noble et la morale chrétienne. Ainsi l'amour a jusqu'ici régné dans l'histoire ; il doit régner de nouveau dans la politique : pourquoi les femmes des députés ne siégeraient-elles pas à la Chambre à côté d'eux? (2) La coquetterie, cette chose si belle et si calomniée, reprendra ses droits ; est-ce que Bonaparte et

(1) Globe, 12, iT>. 19, 29 janvier; 22,23, 27 février;3 mars i83a.

■> Ibid., 26 février; 11 et 29 mars: i4 et 18 avril i83'2.

Byron ne furent pas coquets? Il- y a trois familles religieuses, selon Barrault : la famille ancienne

ou païenne lui purement charnelle : la famille chrétienne, dont la série «les papes donne le type, est spirituelle, ascétique; viendra la famille sacerdotale nouvelle : « (Test le inonde, dans ses théâtres, ses salons et ses boudoirs, où leur action es! la plus évidente, qui nous offre les prêtres el les prêtresses de l'avenir (1). » La véritable cérémonie religieuse sera le bal, surveillé, dirigé par le couple sacerdotal. Vienne la femme qui, en faisant la confession complète de ses désirs et de ses pensées, permettra de fixer définitivement la morale des temps nouveaux.

('ependant les enthousiastes apôtres voyaient croître les difficultés. Bazard comme Rodrigues leur intentaient des procès ; l'instruction judiciaire contre eux continuait ; et le schisme, en diminuant beaucoup le nombre et la confiance des fidèle-, avait tari les principales sources qui alimentaient le trésor sainl-simonien. Enfantin résolut d'em-

(1) Globe, 7, 12, 19 mars. — Barrault ajoutait : « Le lit nuptial, affranchi de la surveillance rigoureuse de l'époux, cesse d'être une prison pour l'épouse, une barrière hautaine entre les races si longtemps condamnées à une

hostilité de senti nls. de pensées (M de formes, un

rempart inviolable des droits de la naissance. » lu article dans le Globe du 3 avril, qui justifiait l'inceste, parut excessif aux sectaires eux-mêmes, et le numéro tut supprimé.

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mener avec lui ses principaux disciples dans sa maison de Ménilmontant, de les y habituer au travail manuel, à la vie des prolétaires, de fonder le premier couvent saint-simonien. Le 20 avril parut le dernier numéro du Globe; il contenait un manifeste du prétendu pape :

<( Moi, Père de la famille nouvelle.

« Avant de commander le silence à la voix qui chaque jour annonce au monde qui nous sommes, je veux qu'elle dise qui je suis.

« Dieu m'a donné mission d'appeler le prolétaire et la femme à une destinée nouvelle ;

« De faire entrer dans la sainte famille humaine tous ceux qui jusqu'ici en ont été exclus, ou seulement y ont été traités comme mineurs ;

« De réaliser l'association universelle que les cris de liberté poussés par tous les esclaves, femmes ou prolétaires, appellent depuis la naissance du monde. »

Et le Père, après avoir résumé l'œuvre accomplie, puis indiqué celle qui allait commencer, écrivait ces mots : « En ce jour est mort le divin libérateur des esclaves. Pour en consacrer l'anniversaire, que notre sainte retraite commence, et que du milieu de nous la dernière trace du servage, la domesticité, disparaisse. » Ce même numéro du Globe contenait des articles de tous les « apôtres. » Barrault annonçait aux adversaires de la

u8 l'école saint-simonienne

secte que Saint-Simon étail le maître el Enfantin le Père; son vaisseau reparaîtra, s'écriait-il, car « il porte le Messie de Dieu el le roi «les dations Duveyrier, citant les noms de tous ceux qui avaient successivement abandonna le saint-simonisme, se félicitait de les voir propager dans le monde les idées nouvelle- : « Allons à la retraite sur les pas de notre Père, disait-il; ... qu'auprès de lui ou loin, bien loin, une voix se fasse entendre; il répondra: Je viens, me voici! ■> A cette même date, 20 avril, la mère d'Enfantin mourait du choléra; elle fut enterrée trois jours après, au milieu d'une immense affluence. Le soir des funérailles, Enfantin et ses adeptes étaient installés à Ménilmontant .

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