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Mahomet, Luther : « Je ne suis plus le fils de Voltaire et des philosophes du dix-huiti^me si^cle ; ils out fait place en moi k ce cortege puissant des grands g6n6rateurs de tous les si^cles. » Les grands inventeurs, comme Papin ou Stephenson, les conquerants comme Alexandre, C^sar et Napoleon, ne meurent pas, puisque leur oeuvre se continue ; leur personnalit6 nous inspire et nous anime. Laissons done de c6t6 le culte idol^trique des morts, auquel le peuple est encore si attache ; adorons-les dans les vivants, qui ont requ leur vie ; adorons-les en Dieu, qui est « la communion vivante de tout moi avec son non-moi, de tout 6tre fini avec la nature ind^finie qui Tentoure ». Ce dogme emp^che Fhomme de se faire tyran, puisque les musulmans, les Chinois, les n^gres communient avec les Chretiens dans la vie universelle ; il Temp^che de se resigner k Tesclavage, en lui montrant la dignite de son 6tre. La croyance aux dmes plac^es en dehors de Tespace et du temps n'est plus possible pour un esprit sens^ ; plus notre plan^te s'embellit par le travail, moins Thomme cherche un monde supra-terrestre pour s'y refugier. La femme, qui ne veut pas dtre separ^e de son enfant, qui se sent revivre en lui, dira, quand elle sera libre, comment elle congoit la vie ^ternelle. La doctrine panth6iste supprime-t-elle les peines et la pri^re ? Non, elle les transforme. Tout 6tre
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pariicipe k la vie de Dicu, aspire k la justice ei k la puissance, surtout au progr^s : « C'est cette faculty d'etre progressif dans le sein de la perfectibility qui est la base de la religion de I'avenir. » Le p6ch^ est un oubli de ce mouvement progressif ; la peine est la perte d'un grade dans la hierarchie des 6tres. Quant k la pri6re, ce ne sera plus cette invocation f6tichiste qui sollicite un changement dans les lois de la nature ; elle doit ^tre une action de graces pour ce qui existe, avec le souhait d*obtenir Taide de Dieu pour h^ter son propre progr^s. On nous dit que les sc^l^rats sont bien souvent heureux ; d'abord ce bonheur est-il r^el ? Puis la solidarity humaine attribue k tous une part des fautes et des merites de chacun : « Chacun de nous autres Frangais porte en lui les vices de sa patrie, pour lesquels il est journellement condamn6 et puni ; mais nous portons aussi en nous les vertus de la patrie, pour lesquelles Dieu nous b^nit, nous protege et nous decerne incessamment de glorieuses et saintes recompenses. » Cette doctrine de la solidarity fera disparattre la peine de mort, la guerre, la croyance aux peines6ternelles. Aujourd'hui le crime diminue et n'a plus que deux causes, la mis^re et Tignorance ; toutes deux, la society en est responsable ; supprimons le paup6risme, et les revolutions finiront. Quant k la r6* Compense des grands hommes, elle est dans leur
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vie 6iemelle, dans le succ6s de leurs travaux, dans leur amour pour Dicu. « Mon Dieu I s'6crie Enfantin, moi aussi j'ai eu ma cour d'assises, ma prison, mon desert, mes humiliations, mes mis^res; qu'est-ce que tout cela, inflig6 par des hommes, dans une yie d'un jf>ur, quand je me sens en vous, mon Dieu, pourtoutela vie, comme un des amants les plus passionn6s de votre parfsdte bont^ pour tons les hommes ? »
• Tout en resumant sa doctrine et ses esp^rances, le chef du saint-simonisme se pr^occupait de garantir ses disciples centre la mis^re et de conserver rhistoire de Tdcoie. II r^ussit k fonder pour les saint-simoniens pauvres une soci6t6 de secours mutuels, les Amis de la famille^ non sans obstacles de la part du gouvemement qui redoutait tine resurrection de la secte ; Foumel en fut le president, Vingard ^tait charge de recueillir les cotisations ; lasoci^t^ subsiste encore aujourd'hui, mais elle a perdu tson caract^re saint-simonien. Enfantin ne parvint pas k cr6er une soci^te pour les archives de T^cole ; il s'entendit alors avec Laurent, devenu biblioth6caire k FArsenal, dans cette mSme biblioth^que od Saint-Simon avait occupy un poste pendant quelques mois ; FArse-
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nal re(jul les livres et les manuscrits d'Enfantin, ces demiers devanl 6tre livres au public seulement trente ans apr^s sa moii.
II s'int^ressait k une question bien plus importante. Les sainl-simoniens de la capitale, reprenani un projet congu par euxen 1829, songeaient k faire une nouvelle Encyclop^die. Le libraire Gide offrit de s'en charger; les fr^res P6reire donnaient leur patronage financier, Michel Chevalier devait avoir la haute direction du dictionnaire ; la cheville ouvri^re 6tait Duveyrier qui se mit avec ardeur k la besogne, en se r^servant tout ce qui concernait I'^ducation, le credit et les retraites. Enfantin prit feu pour cette idee, mais son imagination toujours en travail voulut y joindre une entreprise considerable. Saint-Simon, dans son premier ^crit, les Lettres (Tun habitant de Geneve, avait propose une vaste association qui assurerait I'entretien des hommes de talent, des inventeurs ; Enfantin crut arriver k ce resultat au moyen d'une societ6 financi^re. En i863 il adressa une veritable encyclique k fimile et Isaac P^reire, Michel Chevalier, Duveyrier, Fournel, Lambert. Le credit industriel existe, leur disait-il ; fondez maintenant le « credit intellectuel », et, puisque ma t^che est finie, continuez-moicommej'ai continue Saint-Simon. Le chemin de fer de Saint-Gernaain f ut la preface du Credit Mobilier ; que TEncyclo-