REVEIL PHILOSOPHIQUE
pedie soil la preface du nouvel etablissement. Celui-ci servira de pr^leur k tous les jeunes gens qui paraissent avoir un brillant avenir dans les lettres, les sciences ou les arts; ces avances, remboursables quand ils seront parvenus au succ^s, auront pour garantie la capacity de ces jeunes gens. « Comment! on trouverait fou que la sortie de rficole polytechnique ou de TEcole normale dans les dix premiers rangs assur^t un titre au credit d'un etablissement financier! Ce qui est fou, c'est que cela ne soit pas. » Les recompenses donn^es par le gouvernement et les Academies sont insuffisantes; m6me apr^s avoir fait le Disert, F^licien David n'avait pas le credit d'un cordonnier. Des garanties mat6rielles seront n^cessaires : par exemple, deux personnages connus dans leur profession t6moigneront de la capacity de Temprunteur, ou bien celui-ci devra presenter une police d'assurances sur la vie ; cela vaut les deux signatures exig^es dans le commerce. Le Credit intellectuel doit 6tre une affaire et une bonne affaire. L' Encyclopedic en sera le debut ; k chacun des quarante volumes de ce dictionnaire on joindra un resume populaire k 4o centimes. La Societe nouvelle aura des docks pour la librairie, un mus^e d'exposition et de vente des oeuvres d'art, une salle d'audition pour les ouvrages litt6raires et musicaux. II faut faire cela pour la science, qui veut
ft'affranchir de Plutus : « Gare k une nouTelie nuit du 4 aoiit pour notre nouvelle noblesse dor^e ! » Ce projet, qui cnihousiasmaii Arles-Dufour, qui plut aux phalansi^riens, renconira plusieurs approbations dans la presse. Malheureusement les hommes d'affaires sur lesquels Enfanian avail compt6 ne se pajaient pas de mots; une commis* sion r^unie par Paulin Talabot accepla le prin* cipe, mais, sur le rapport d'Alfred de Courcy, JBnit par declarer que c'6tait financi^rement irrSa-* lisable. La lettre d'Enfantin avail paru dans l^i joumaux; dans deux r^ponses, 6galement publiques, les P6reire, Duveyrier, Michel Chevalier proclam^.rent leur ind6pendance vis-^-vis de Tancien mattre, declarant n'avoir eu avec lui depuis de longues ann^es que des relations d'hommes du fnonde (1). Enfantin 6tait alors malade; depuis longtemps il avail les mains tremblantes et souffrail du diab^te ; eel 6chec, ce d^saveu public lui porl^renl un coup Ir^s grave. Lambert, le disciple toujours d6vou6, cherchait k le consoler en lui montrant ses id6es partout triomphanles, el lui disait d'entonner avec confiance le Nunc dimittis. Mais Lambert mourut ; ses f uni^railles, au grand
(1) V. Tencyclique d'Enfantin, dans VOpinion Nationale, ^4 mars i863; ct la pol6miquc dans les num^ros des 11, 18, 25 et 26 mars. — Cf. Paul de Jouvencel, A MM. P^reire^ de I'Emploi dupouvoir financier, i863. — (Euvres, XIII, pp. 164-200.
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m^contentemenl de ses fr^res de doctrine, furenl cil6br6es par TEglise; au cimeti^re, d'Eichthal fit son 6Ioge et proclama solennellement le lien du saint-simonisme avec les anciennes religions (1). Pen apr^s, le P^re sen tit sa fin approcher ; son testament d^signa comme l^gataires 6ventuels, en cas d*extinction de sa famille, Lhabitant, d'Eichthal, Laurent, Foumel et Gu6roult ; deux sommes importantes 6taient assignees pour les Amis de la famille et pour la publication des oeuvres saintsimoniennes. II mourut le 3i aotlt 1864. Un convoi modeste, 011 Duveyrier et Isaac P^reire etaient venus se joindre aux fiddles, le conduisit au P^re- Lachaise ; on Tenterra pr^s des tombes des Rodrigues et d'Edmond Talabot. Gueroult, apr^s avoir r6sum6 la vie et Toeuvre d'Enfantin, acheva en disant au P6re : « Est-il vrai que nous soyons s6par6s? Ne serez-vous pas toujours notre guide, notre appui, notre maltre? Votre 4me, votre esprit ne seront-ils pas toujours au milieu de nous? » Arl^s- Dufour d^clara qu'une mdme passion Tavait toujours uni k son ami, c'6tait le d6sir d'am^liorer le sort des prol6taires ; et, rappelant que ses voyages I'avaient mis en rapports avec les hommes 6minents de toute TEurope, il conclut : « Prosper Enfantin les domine tons dans mon long souve-
(1) Un extrait de ce discours a paru dans les Archives israilites^ i*' mars 1864*
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nir ». Le D' Guy, ancien membre de la commission scientifique de TAlg^rie, et un ouvrier, adepie de la religion fusionienne, vinrent aussi glorifier le chef du saint-simonisme (i). Ceite mort passa inaper^ue du grand public, mais elle 6mut profondement tons ceux qui Tavaient connu, m^me ceux qui avaienl cess6 de parlager sa foi. M™® Bazard ^crivait k Gustave d'Eichthal : « J'ai bien senti a la nouvelle de la mort de M. Enfantin combien avaienl 6t6 puissants les liens qui autrefois nous avaient unis lous ; et malgr^ de rudes souvenirs et de grandes differences d'opinions, ce qui reste maintenant de vivace en moi, c'est T^l^vation de ce grand esprit et sa mission providentielle. » Et Transon, devenu un ardent catholique, 6crivait au m^me d'Eichthal, qui lui avait annonc6 la mort d' Enfantin : « Je sens ce que je lui dois. Le mouvement qulla imprim6nous a fait connaitre k tons qu'il y avait une grande oeuvre k laquelle le moindre d'entre nous pouvait concourir pour si faible part que ce ftit. » Quelques annees plus tard, Sainte-Beuve exprima le regret de n'avoir pu assister aux fun^railles d'un homme dont il avait appr6cie « la largeur de cceur, les belles facult6s affectives et g6n6 reuses (2). »
(i) CEuvres, XIII, pp. 248 et suiv.
(2) Papiers de G. d'Eichthal. — Sainte-Beuve, Vie de Proudhon, p. 3.
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