‹ L'école Saint-Simonienne: son histoire, son influence jusqu'a nos joursChapitre 18 sur 35 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES DERNlfiRES ANNfiES

La mort d'Enfantin detruisit le centre autour duquel se ralliaient les derniers disciples ; mais ce ne fut pas lafin du saint-simonisme. II y eut encore quelques essais, quelques publications qu'il faut suivre pour comprendre de quelle empreinte profonde la doctrine avait marqu6 ses adeptes.

Le projet d'Encyclop6die, cause de si tristes dis^ cussions entre le P^re et ses anciens amis, subsis-« tait toujours. Duveyrier, qui s'en occupait sans reWche, exposa ses vues dans deux conferences faites k PAssociation poly technique, le 9 et le 16 juillet i865. II montra combien la civilisation contemporaine avait encore de taches, combien la mis^re, les accidents professionnels, les lacunes de rhygi^ne, faisaient de victimes ; un grand deve* loppement de Tinstruction primaire et pratique devait y rem6dier» II parla de fonder un « Institiit de progr^s social » qui aurait une biblioth^que< un musee, uu conservatoire, sans compter des

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salles de concert, de lectures publiques, d'exposition d'objets d'art ; un comit6 sup6rieur, seconde par des comit6s d'action, s'appliquerait k encourager toutes les entreprises utiles, tous les essais d'^ducation, afin de cultiver rhomme aussi bien qu'on a cultiv6 jusqu'ici Tindustrie. Ce projet n'est-il pas un hommageposthume rendu au P^re, dont Duveyrier reprenait Tid^e avec des changements insignifiants? Mais, avant de songer a Tlnslitut, il fallait faire TEncycIop^die ; les collaborateurs d6j& choisis se r^unissaient tous les samedis chez Duveyrier. Sainte-Beuve avait consenti k composer Tintroduction, et Ton a conserve quelques-unes de ses notes pr6paratoires : adoptant certaines des id^es saint-simoniennes, il montrait Chez Victor Hugo, George Sand, Eugene Sue, les pr6curseurs d'une litt^rature nouvelle, au caract^re social, aux tendances d^mocratiques ; il pr6voyait un changement complet dans les conceptions et par suite dans les livres sur la femme. Mais bientdt les collaborateurs de I'Encyclop^die s'effray^rent de rimmensit6 du travail, les P^reire 6taient lasses de payer les frais de preparation, et Ce beau projet s*6vanouit (1).

(1) Duveyrier, la Civilisation et la Democrat ie frariQaise, i865. •— V. I'article de Sainte-Beuve sur ces conferences dans Nouveaux Lundis, x, p. 287. Sur la participation de Sainte-Beuve k FEncyclop^die, V. sa Vie de Proudhon,

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D'autres saint-simoniens essayaient, comme leur maitre, de concilier le christianisme et les temps nouveaux dans une religion transform^e. D'Eichihal, en reprenant son independance k regard d'Enfanlin, 6tait resle un saint-simonien convaincu ; la doctrine lui paraissait, m6me sur la question du manage et du sort des femmes, avoir compris Tavenir. En i863, encore du vivant du maitre, parut son livre des Evangiles, dontla preface est toute religieuse. L*Evangile, dit rauteur, contientces deux paroles c616bres: « Mon royaume n'est pas de ce monde. — Rendez k Cesar ce qui est k C6sar ». De ces deux textes sont sortis deux christianismes, Fun mystique, Tautre agissant ou pragmatique. Le premier, inspire par Tfivangile de saint Jean, doit aujourd'hui s'effacer devant le second ; la papaut^, au lieu de demeurer inerte, doit se remettre k la t6te de TEurope et fonder ce r^gne du christianisme social qui fut inaugur6 par la Sainte Alliance. Saint-Simon nous a enseign6 que « le dernier mot de Tinnovation n*est autre que le premier de la tradition. » Mais il a cru un Nouveau Christianisme n6cessaire, tandis que le « Rendez k C6sar », bien interpr6t6, nous permet de trouver dans I'Evangile m6me la source du

pp. 347 et suiv. — Duveyrier mourut en 1866, fldMe h sa foi saint-simonienne; comme le dit G. d'Eichthal sur sa tombe.

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progr^s. Et, en finissant, d'Eichthal rendait hommage aux maltres de sa jeunesse, aux Rodrigues, k Bazard, h Enfaniin (i).

En i865 parut un livre dogmatique de Barrault, le Christ. L'ancien pr^dicateur de la rue Taitbout, Tancien auieur dramaiique^ devenu depuis i85i un homme pratique, occup^ surtout des lois sur les brevets d*invention, paratt avoir 6t6 d6cid6 par la mort d'Enfantin k faire une profession de foi supreme. Get ouvrage comprend une serie de dialogues entre « le due », ardent catholique, mais d'esprit tr^s libre ; Michaud, un bourgeois protestant, qui joint k Tantipathie contre « les cures » la haine contre « les agitateurs, les utopistes »; Chardevel, un philosophe 6le\6 par le xviii® si^cle, ennemi de toutes les £glises, passionn^ pour le progr^s ; enfin Andrieux, un saint-simonien. Celui-ci definit le saint-simonisme « Une nouvelle r^forme du christianisme, rien de plus, rien de moins », II rappelle avec joie les beaux jours de 1882: « Maintenant que trente ans ont pa3s6 sur nous, pas un ne m6dit de ces jours de travaux incessants , d'esp^rances enivrantes, de douleurs saignantes et cach6es..., jours comme on n'en voit

(1) En 1864, d'Eichthald^fenditle saint-simonisme contre une attaque de Legouv6 {Opinion nationale, 19 mars 1864). II pr^para ensuite un ouvrage sur le Christianisme politique, dont le d6but parut sous ce titre, les Trois Grands Peuples miditerraniens et le christianisme, i865.

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