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CHAPITRE PREMIER

La nature et la constitution de PEtat.

L’Etat, chacun en veut, chacun en comprend la nécessité ; le fait humain ne saurait se concevoir en dehors de lui. Il en est le produit en même temps qu’il le conditionne. Mais chacun veut trouver en lui un soutien légal de son idéal social, qui, généralement, se confond avec ses intérêts économiques. Ne pas vouloir de l’Etat, le repousser, le faire passer — comme opposé à la conservation sociale — pour une institution révolutionnaire et antichrétienne, même dans ses fonctions normales, est une conception erronée, qui peut avoir des suites à longue portée et dangereuses dans leurs applications.

L’Etat est devenu insupportable lorsqu’il s’est fait l’instrument antichrétien, antisocial, accaparant et

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omnipotent, de la domination de la bourgeoisie, d’une bourgeoisie qui cherche à anéantir tous les autres éléments sociaux, notamment l’Eglise, et déclare ne pas pouvoir tolérer, comme constituant un Etat dans l'Etat, toute société consacrée à un but spécial. On se détourne alors de l’Etat au lieu d’entreprendre de le conquérir, de le christianiser ; ou bien l’on décrète que le seul office qui lui convienne est celui de gardien de l’ordre public.

A l’antipode du libéralisme et du régime économique cher à la bourgeoisie et au catholicisme libéral, nous n'apercevons logiquement que l’Etat chrétien et social, en d’autres termes, la Royauté sociale. Mais tout pouvoir, si entachée que soit son origine, si incorrect soit-il dans son développement, devient légitime par la continuité de l’exercice des droits souverains, par le souci constant de la justice sociale et du bien-être du peuple, enfin par la pratique d’un christianisme appliqué à l’Etat et à la société. Et c’est ainsi que, dans des circonstances favorables, un Etat peut accomplir la tâche sociale que Dieu lui a prescrite avec le concours résolu des éléments chrétiens de conservation, dans les pays mêmes qui ont été dépouillés de leur autorité légitime.

L’Eglise peut s’accorder avec toute constitution reposant sur la loi naturelle et le développement historique. Mais il en est une avec laquelle elle ne saurait jamais tomber d’accord : c’est une constitution idéocratique, telle forme qu’elle revête — démocratique, aristocratique ou monarchique. L’idéocratie dont nous parlons est la domination d’un point de vue abstrait et unique auquel — par opposition avec l’état de choses naturel et historique — un parti arrivé au pouvoir veut se placer en tout. L’idéocratie, telle que l’a représentée jadis le club des Jacobins, telle que la personnifie dans tout Etat la domination du parti libéral, est inconciliable avec l’Eglise.

11 en est de la constitution d’un pays comme du tempérament moral ou physique d’un homme : il y en

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a pour la vie chez les peuples chrétiens. Il leur est impossible de bouleverser leur constitution sans bouleverser en même leur vie et perdre leur droit à l'existence — ce qui ne peut se concevoir au sein des peuples chrétiens.

Les constitutions modernes sont communément la charte d’un droit fabriqué, plutôt que le produit d’une recherche naïve ou réfléchie de ce qui existe par la force des choses. Non, elles veulent établir ce qui doit être ; elles ne sont pas la reconnaissance du droit, mais prétendent le créer.

Le parlementarisme est une de ces constitutions, maladives et débiles, qu’enfante le libéralisme dont elles sont la forme politique.

Curieux spectacle que celui d’une société qui menace ruine à mesure qu’elle fait plus de place à sa prétendue représentation ! — Le mal vient de ce qu’il n’y a pas de lien réel entre le représentant et ses commettants ; pas d’autre rapport que celui qui sort un jour, et pour un jour seulement, de l’urne électorale, et ne présente aucune solidité, aucune garantie. Il faut au contraire que le mandataire soit en contact actif et constant avec ses mandants ; qu’il soit en condition d’être constamment au courant de leurs besoins, de leurs vœux et de leur pensée. C’est seulement en vertu de cette communauté d’inspiration, résultat d’une condition organique, qu’il peut être leur représentant.

Même au titre politique, la représentation ne saurait être fournie que par l’organisme social. On n’est représentant, on n’a qualité pour l’être qu’en vertu de la fonction que l’on remplit dans cet organisme. Toute autre représentation politique est en contradiction avec les exigences de la société et dissolvante pour celle-ci.

Autonomie ! C’est depuis un demi-siècle le cri du continent européen — et jamais ce qui est l’opposé de l’autonomie, la centralisation bureaucratique et sa paperasserie n’ont autant progressé que dans cette période. Chaque essai d’organisation autonome fait

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surgir de nouveaux employés et une recrudescence du flot incommensurable des écritures.

Il ne faut prétendre, en fait d’autonomie, qu’à ce que le pays et les gens en peuvent porter. Il faut qu’elle trouve ses agents dans une condition sociale suffisante sans les en faire sortir : car c’est de la condition sociale que doit naître la condition politique, personne ne devant par contre se dérober à un mandat électif qui y corresponde. L’insanité du système électoral actuel doit disparaître devant la rareté du recours à l’élection, et devant la limitation du mandat à la compétence naturelle de la classe qui le confère.

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