CHAPITRE QUATRIÈME
La famille entité et base sociale : le mariage, l’éducation, le foyer domestique.
La conception du droit chez nos pères avait plus ou moins rendu intangible à l’individu le bien patrimonial. Aucun accord entre vifs, aucun testament ne pouvaient diviser ce bien et amener ainsi la dissolution de la famille elle-même. Mais la libre disposition des biens acquis par chacun permettait de subvenir aux premiers frais d’établissement du couvain issu de la ruche familiale. Ainsi la fortune due à l’activité et à la prévoyance des pères — terre, commerce ou métier — attachait à sa possession des devoirs. Le père de famille en considérait la jouissance temporaire comme un usufruit dont il devait transmission à sa postérité. Les membres vivants de la famille étaient représentés par son chef. En lui aussi vivaient à la fois la volonté des ancêtres et la pensée des descendants. Lorsqu’une famille s’était éteinte — mais alors seulement — et qu’ainsi sa fortune patrimoniale avait perdu son attribution légale, elle pouvait revenir aux collatéraux qui avaient fondé d’autres foyers.
De nouveau, comme aux premiers temps du christianisme, l’Eglise commence par poser les assises de l’ordre social. La première de ces assises est la famille, une famille issue du mariage sacré et indissoluble ; une famille dans laquelle l’autorité paternelle, l’amour maternel et l’obéissance filiale constituent la racine et le type de tout l’ordre social. C’est pourquoi la famille chrétienne ne saurait accepter ni l’immoralité du
VOGELSANG
divorce, ni la profanation du soi-disant mariage civil ; c’est pourquoi elle ne supporte ni l’ingérence arbitraire d’une puissance dans le domaine de l’autorité paternelle, ni l’ébranlement de la famille par l’abus du travail de la femme et de l’enfant à l’atelier.
Le mariage est pour l’Eglise catholique une union, dans laquelle les époux doivent se reconnaître unis pour la vie par un don d’eux-mêmes sans réserves ; une union dans laquelle les époux ont trouvé l’unité spirituelle et corporelle, qui, élevée au-dessus de tout changement dans les inclinations et les passions, par-delà même les torts réciproques, est désormais indissoluble. Cette indissolubilité du mariage chrétien a été proclamée par le symbole même qu’elle rencontra dans l’union du Christ avec son Eglise.
Dans des circonstances normales, aucun homme ne songera au mariage avant de s’être assuré une position stable, et la perspective d’un avenir dans sa profession .
L’homme élevé dans la connaissance approfondie de sa profession, sait qu’il porte en lui un avenir assuré, et il écarte de lui ce qui pourrait compromettre cet avenir.
Mais le libéralisme a transformé la société humaine en un conglomérat sans consistance. On ne saurait construire sur le limon et sur le marécage.
Qu’on crée un terrain ferme sur lequel puissent se fonder des foyers, d’abord sur une base économique et sociale puis sur une base religieuse, et l’Etat n’aura plus lieu d’intervenir par une autorisation dans la question du mariage.
Dans l’ordre naturel des choses, l’éducation est l’affaire delà famille, dont l’école n’est qu’un auxiliaire.
Dans l’ordre chrétien, en vertu du droit divin, l’école est aussi une institution qui relève de l’Eglise.
Il est mutile d’indiquer ici que les parents ont un
VOGELSANG
droit naturel et imprescriptible sur leurs enfants : le droit d’éducation. L’école n’est autre chose qu’une institution complémentaire qui les seconde en cela. La commune est l’union corporative des familles qui la composent, représentées en droit par les pères de famille. Le droit de la commune sur l’école ne repose donc que sur celui de la famille.
Le droit de l’Eglise sur l’école ressort de la mission que le Christ lui a donnée d’enseigner aux hommes la vérité révélée, et de les amener par ses moyens de salut à leur destination éternelle, — en un mot de les élever. — La tâche essentielle de l’Eglise est donc l’instruction et l’éducation du genre humain. Mais il faut, pour répondre aux besoins de l’âme humaine,, que cette éducation soit tout entière pénétrée d’un même esprit. Il est impossible que les connaissances nécessaires au salut éternel soient enseignées dans un esprit chrétien, tandis que celles qui doivent préparer à la vocation temporelle le seraient dans un esprit de nihilisme. L’absurdité de cette opposition est évidente, car aucune science n’est indifférente. Si donc l’Eglise a la mission d’élever les hommes pour les destinées éternelles, elle a forcément le droit de les instruire et de les élever aussi pour leur mission temporelle.
L’histoire est là pour appuyer ces principes de saine raison.
Que l’Etat, en matière d’enseignement, ne prétende donc pas au monopole. Qu’il ne favorise pas l’irréligion par la fondation d’écoles sans Dieu. Qu’il respecte le caractère confessionnel des fondations et des établissements catholiques. Qu’il ne combatte pas l’Eglise dans sa mission d’enseigner et d’élever les générations et ne l’entrave pas par ses prétendues prérogatives. L’intervention de l’Etat dans le domaine de l’enseignement ne convient que pour la préparation et la justification de la capacité à entrer à son service pour des objets déterminés.
Ce n’est pas seulement la vie sociale — celle des villes
VOGELSANG
surtout — qu’a corrompue le déclin de la crainte de Dieu, mais aussi les doctrines sociales qui forment l’esprit public.
C’est ainsi que la notion de la propriété, devenue celle d’un droit absolu, a fait disparaître et rendu presque inintelligible celle plus noble et plus sociale qui se maintenait chez nos pères, alors qu’ils regardaient l’ouvrier, le serviteur comme associé en quelque manière à la possession du bien qui recevait ses soins.
Quand aujourd’hui les rapports se tendent avec ceux qui nous servent, quand ils nous gâtent la vie au foyer même, c’est dans un règlement de police domestique que nous chercherions le recours !
VOGELSANG
L’Etat .