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CHAPITRE TROISIÈME

La classe des laboureurs.

Nature ; histoire ; état actuel ; réforme nécessaire.

Les lois d’existence sur lesquelles repose la classe des laboureurs — le premier et le plus naturel des états, — sont, à quelques légères différences près, les mêmes en tous lieux comme en tous les temps. Aucune législation ne peut les modifier ; tout progrès doit entrer dans leur cadre. En effet, lorsqu’une classe dominante de la société ne respecte pas ses lois d’existence, elle peut à la vérité ruiner les paysans, en faire un prolétariat, au péril de la société, mais jamais leur imposer des lois étrangères à leur existence sociale et économique.

Personne ne peut remplacer le paysan. Sa ruine entraîne d’une façon certaine la ruine du pays entier, car la ferme ne saurait être occupée, c’est-à-dire mise en valeur que par un laboureur. Il faut pour cela le renoncement, la sobriété, la résignation, l’absence de besoins d’argent que possède seul le paysan. Nul fils d’un autre état ne deviendra jamais un vrai paysan, c’est-à-dire un laboureur capable : seule la naissance, jointe à l’éducation, fait le laboureur.

La conservation de cette classe n’est possible dans son intégrité, sa capacité d’action dans la société, sa

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force qualificative et quantitative pour Ja défense de l’Etat, que lorsqu’elle est protégée contre tout trouble dans son existence normale, et quand on lui facilite, comme à tous les autres états, de servir à sa façon la communauté.

Plus l’incroyable mobilité dans les rapports internationaux de l’argent et du crédit est devenue inévitable, plus il devient urgent de lui opposer la solidité d’une propriété foncière indépendante de ces agents. Elle imposera des limites îoienfaisantes au pouvoir du capital mobile, et pourra empêcher que l’argent règne seul et partout en maître.

Le paysan devenu étranger à la nature même de son état se transforme fatalement. D’un élément conservateur, religieux, utile à toutes les fonctions sociales, politiques, nationales, il devient un élément dégénéré de destruction, incapable d’aucune fonction sociale ou politique.

Vouloir faire et obtenir toutes choses à coup de lois est le signe certain d’une époque qui ne pense pas.

• Que les besoins mêmes fassent naître des institutions dans lesquelles les peuples trouvent leur satisfaction, et c’en sera fait de la grande fabrication de lois ad hoc , dont on a dit : « C'est l’Etat le plus corrompu qui a les lois les plus nombreuses. » — C’est de cet esprit que nous nous inspirons, et non d’une abstraction idéologique pour préparer le rétablissement d’une classe de laboureurs véritablement libre, autonome, intimement liée au sol.

Il s’agit d’abord d’affranchir le laboureur de l’attraction qu’a exercée sur lui le capital argent depuis sa soi-disant émancipation ; de le rendre à lui-même et à son devoir social ; d’empêcher cette colonne de tout royaume d’être renversée par la ploutocratie, comme la yeomanry de l’Angleterre a été détruite par son aristocratie. Il s’agit aussi d’empêcher que la terre soit ruinée entre les mains du paysan, comme l’est tout capital

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entre les mains d’un propriétaire qui court à sa perte. 11 ne s’agit de rien moins, pour l’Etat, que de sauver la meilleure partie de sa force militaire et l’assise la plus solide de ses finances, en un mot de conserver les conditions de sa vitalité.

L’abolition de la dette foncière, en même temps qu’elle consolide la classe des paysans, sauve le capital mobile des dangers imminents qui se trouvent pour lui dans la dépréciation croissante de la terre et dans les hasards de la vente forcée.

Ce moyen d’empêcher la ruine des paysans est un moyen employé bien souvent par les gouvernements prévoyants pour sauver, dans des catastrophes économiques, des éléments populaires précieux d’une perte imméritée. C’est l’octroi d’un Moratoire accompagné de la fermeture définitive du Livre des hypothèques.

Le crédit personnel de la propriété foncière grandira dans la mesure même de l’amortissement des hypothèques qui la grèvent, surtout si elle est organisée corporativement sous un contrôle sérieux. Les améliorations culturales effectuées sous ce régime — bien différent de celui du crédit réel — seront alors non seulement profitables, mais fortifiantes et vivifiantes pour les classes agricoles.

L’organisation corporative pour les campagnes doit être obligatoire par arrondissements et par provinces, avec des Chambres agricoles correspondant à ces circonscriptions et aux besoins locaux. Dans les attributions de ces organes rentreront principalement les institutions de crédit et d’assurance, de secours dans la maladie et l’invalidité, les facultés de morcellement ou de commassation, l’arbitrage, etc.

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