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CHAPITRE PREMIER

L’Industrie : sa naissance ; état actuel ; réforme.

Le Commerce.

Lorsque la machinerie fut améliorée, lorsque, par conséquent, le moment sembla venu où les forces naturelles nouvellement conquises par l’homme devaient alléger le joug du travail et généraliser une vie intellectuelle plus élevée, la force brutale de la supériorité économique s’empara du pouvoir. Sous le nom trompeur de liberté elle repoussa à l’arrière-plan le droit divin et le droit humain institué par lui. Au lieu de soulager le travailleur, d’abréger le travail, la machine apporta

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à l’ouvrier, exclu déjà de l’organisme du métier, l’esclavage moderne, en le liant à la machine inerte. La machine peut et doit travailler jour et nuit pour rapporter un intérêt aussi élevé que possible. L’homme devenu annexe de la machine est entraîné irrésistiblement dans le tourbillon sans fin de son travail.

Dans l’état anarchique actuel de l’industrie, le produit, ou plutôt le profit à en tirer pour l’entrepreneur, est le but unique de l’entreprise ; l’ouvrier n’y compte pour celui-ci que comme moyen d’atteindre ce but, et ses rapports avec le patron ne se traduisent que par un conflit entre les prétentions de l’un au maximum de rémunération, et celle de l’autre au maximum de profit. — De là naît, par les perfectionnements de la machine, la raréfaction de la main-d’œuvre et la mobilité de la classe qui la fournit : deux phénomènes de désorganisation et de péril social, qui tiennent au fond même de la question. L’ouvrier n’étant pas en société avec l’entrepreneur dans un rapport d’homme à homme, ne reçoit pas nécessairement l’équivalent pour ses besoins constants en retour de services dont l’emploi peut n’être que momentané. Sa personnalité ne compte pas, et aucune considération morale ne vient ennoblir un contrat de travail purement précaire et dépourvu de toute garantie contre la maladie, la vieillesse, le chômage d’une part, comme aussi d’autre part de tout lien moral de dépendance et de fidélité.

A côté des patrons dont un égoïsme révoltant règle seul les rapports avec leurs ouvriers, il faut considérer comme étant les plus dangereux promoteurs du socialisme révolutionnaire les patrons qui veulent que leurs ouvriers dépendent, sans avoir aucun droit, de leur charité. Si nombreuses que soient les œuvres de cette charité, elles n’endorment pas la conscience qu’a l’ouvrier de son droit. Cette conscience lui crie qu’il n’est ni esclave ni mendiant, mais un homme libre qui a droit au juste salaire et au respect de sa dignité d’homme.

La sociologie, guidée par la pratique vivante, a le devoir de faciliter et de créer un rapport organique

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entre les éléments opposés de l’industrie. Il faut qu’un certain compromis entre les intérêts s’en suive, en quelque sorte automatiquement : que le travailleur soit réintégré dans le corps social, et retrouve ses droits dans le développement croissant de la corporation.

Dans tous les divers projets et dans les organisations en vue du bien de l’ouvrier, on oublie généralement un point d’une portée théorique et pratique incontestable : il faut distinguer entre les moyens dont le but ne prétend être qu’un palliatif, et ce qui est une organisation stable, destinée à contribuer à un développement progressif. Mais il faut que toutes les institutions de ce genre portent désormais en elles un double caractère : elles doivent répondre aux besoins de l’époque transitoire actuelle, sans compromettre leur efficacité pour les besoins futurs d’une société réorganisée.

L’ouvrier de fabrique peut, aussi bien que l’artisan, trouver sa place dans une organisation corporative, pourvu que celle-ci ne soit pas conçue selon un type unique, comme il sortirait aisément de la pauvreté d’idées du moment.

De l’organisation corporative naît naturellement la représentation politique, dont le mandat résulte de la charge même exercée dans le sein de la corporation.

C’est aussi dans le sein de la corporation autonome que peut le plus facilement et paisiblement se régler le débat des conditions économiques du travail. Cet accord sur le terrain économique est la condition nécessaire de l’action politique, où ce qui est uni par la nature des choses ne doit pas être séparé ; où la classe ouvrière ne doit pas former un corps à part, mais un élément du corps professionnel.

Nous ne croyons pas devoir faire de propositions plus détaillées pour la reconstruction de la société industrielle. Elles ne peuvent guère émaner que des pouvoirs délibérants, des représentations des intéressés, et des expériences faites au fur à mesure de l’évolution.

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Les programmes fixes, les projets précis et finis, ne jaillissent que des cerveaux utopistes de réformateurs universels.

Le commerce aussi est atteint : il a cessé d’être un métier honorable, lucratif, utile, consistant à servir d’intermédiaire entre celui qui a besoin d’une marchandise et celui qui la possède en abondance. La spéculation sur les grains, par exemple, telle qu’elle s’est développée dans l’Amérique du Nord et qu’elle se pratique aussi chez nous, est non seulement improductive mais nuisible. S’il existe encore des autorités chrétiennes et soucieuses du bien du peuple, il faut qu’elles mettent fin à ce désordre par des lois efficaces ne reconnaissant nas la validité des jeux de ce courtage.

Le système capitaliste est fatal à tous les états, même au commerce auquel, cependant, il semble s’adapter parfaitement. Il favorise le colportage, grâce auquel ce qui, dans les magasins, n’est pas de défaite facile s’écoule aisément : marchandises défraîchies, défectueuses, achetées en faillite ou fabriquées en mal façon, voire même de provenance plus suspecte encore.

Il n’y a qu’un pas de là à cette question : quels sont, dans l’industrie du pays, les éléments qui, par une basse et aveugle âpreté au gain, deviennent si fatals à son industrie et à son commerce ? — Voici quelle est, à n’en pas douter, la réponse : Là, comme dans notre vie nationale, morale, politique, sociale et économique, ce sont les mêmes agents malfaisants qui pénètrent tout de leur souffle malsain. Cela depuis que nous avons nous-mêmes abandonné d’un cœur léger le principe fondamental de notre vie publique et privée — le principe chrétien, — nous plaçant ainsi sur le même terrain que les Juifs.

L’industrie ne peut se défendre contre la malhonnêteté des spéculateurs qu’en se groupant corporativement,

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en veillant sévèrement sur le commerce de ses produits, au moyen d’organes corporatifs, ou en le conservant ainsi entre ses mains. Dans la société universelle, l’individu, réduit à sa seule force, est perdu au point de vue économique ou au point de vue moral — aux deux généralement — et devient la proie du plus fort ou du moins consciencieux.

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