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CHAPITRE DEUXIÈME

L’Armée : aspects politiques ; aspects économiques.

Le rapport entre l’état militaire et l’état social éclate dans toute l’histoire... L’industrie du remplacement et celle du volontariat, qui subsistent encore en Belgique, correspondent bien à l’ordre social du libéralisme, en rejetant le poids du service personnel sur les classes laborieuses.

Pour ne pas apercevoir que le service obligatoire et le suffrage universel appartiennent au meme système, celui de la Démocratie sociale, il faut être dans l’illusion de ceux qui croient que le monde ne se gouverne pas par des idées mais par des baïonnettes. C’est le même principe qui, en mettant le bulletin de vote et le fusil dans toute main, au sein d’une masse pénétrée de l’idéal de la Démocratie sociale, ne peut manquer de le réaliser dans l’Etat et dans la Société... On ne saurait en faire reproche à l’institution militaire. La plainte universelle qui se fait entendre contre elle tient à trois autres griefs.

L’appareil militaire s’est accru dans une énorme proportion : ce qu’il coûte n’est pourtant pas au-dessus de ce qu’il doit sauvegarder, pourvu que ceux qui doivent le manier soient à hauteur de leur tâche — ce qui ne paraît pas être partout et toujours.

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Un autre grie-' est que la défense du patrimoine national ne pesé plp» sur ceux qui en disposent, mais sur ceux qui n’en ont guère que les charges sans les avantages... Dans le passé les privilégiés marchaient à la guerre en tête du peuple ; ceux d’aujourd’hui en connaissent peu les fatigues, mais bien les profits par les fournitures et les emprunts.

Enfin le poids du militarisme ne paraît tel que parce qu’on n’aperçoit pas d’où vient ce poids. Ce n’est pas l’entretien des soldats qui coûte le plus au peuple ; c’est celui des frelons de la ruche. Mettons en balance d’une part l’entretien de l’armée, d’autre part l’entretien de tout ce qui vit du travail d'autrui sans en rendre l’équivalent par quelqu’autre apport social, et l’on verra que les parasites absorbent dix fois plus de la richesse publique que l’état militaire ; sans parler de tout l’appareil déjugés, d’avocats, d’hommes de loi... qu’il faut entretenir au service de ces frelons. Si l’on pouvait s’affranchir d’un tel entretien, celui du soldat ne pèserait plus .

Au regard d’un état militaire bien ordonné, qui fait nécessairement appel à des fournitures dispendieuses, il ne se trouve aucune organisation de forces économiques pour fournir à cet appel... Pourquoi les diverses branches de l’activité économique qui correspondent à ces besoins ne s’organiseraient-elles pas corporative- . ment et ne constitueraient-elles pas, par leur association, un centre de production au regard de ce centre de consommation ? Le Ministre de la guerre n’aurait pas à traiter ailleurs pour les besoins de la mobilisation non plus que pour ceux du pied de paix.

Ce n’est pas seulement dans l’antiquité, pas seulement au moyen âge que l’on aperçoit cette contingence de l’état militaire et de l’organisation économique de la Société ; même sous l’ancien régime, si décrié pour son égoïsme, on avait ce souci ; Frédéric II veillait à ce que ses hobereaux, qui lui fournissaient un corps d’officiers merveilleux, pussent se maintenir sur leurs patri-

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moines ; il créa pour cela des caisses de prêts agricoles et y fit contribuer les deniers de l’Etat dans les crises

économiques . Il savait que la force militaire d’un

Etat repose sur la prospérité de son peuple.

Aujourd’hui, sans doute, l’appareil de guerre est poussé au plus haut degré de perfection ; on fabrique des armes à feu d’une portée incroyable, et l’essai d’un fusil à répétition est l’objet d’une étude approfondie chez les spécialistes les plus compétents. Un seul élément de Parmement universel paraît négligé, et c’est pourtant le plus nécessaire, le plus décisif : l’homme dont il faut former un soldat.

Il paraît que nous ne savons pas aussi bien nous y prendre avec cet élément de Parmée, l’homme, qu’avec les autres, car l’espèce est en décroissance sensible et rapide. Les armées des Etats rivaux, grossissent à l’extrcme, mais le pourcentage des conscrits propres au service diminue. Et qui pis est, quand la dégénérescence de la race se traduit par ce déchet, il y a fort à présumer que la valeur militaire du contingent retenu

pour bon n’est plus ce qu’elle était . Quels fonds peut-

on faire sur la santé et la résistance des malheureux, qu’on voit sortir, au soir, des fabriques ?

J’oserais presque proposer ceci : de même que dans la plupart des Etats le ministre de l’agriculture est assisté d’un général de cavalerie, expert en remontes, pour représenter les intérêts de l’élevage, de même on pourrait adjoindre un conseiller officiel aux ministères de l’Intérieur, de l’Instruction publique, de la Justice, du Commerce et des Travaux publics... Il serait préposé à l’examen des lois et des institutions de chacun de ces départements, pour veiller à ce qu’elles soient compatibles avec le bien de la race humaine. — Nous ne nous plaçons en cela qu’au point de vue du recrutement, car ce qui est bon pour l’homme, n’entre, comme on le sait, pas en considération dans l’Etat moderne.

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