CHAPITRE QUATRIÈME
Le Clergé : son rang et ses devoirs.
Dans l’ordre social chrétien les honneurs n’étaient attachésqu’au travail. Les honneurs politiques et sociaux les plus élevés appartenaient aux travaux de l’ordre le plus élevé — à la fonction sacerdotale. Venaient ensuite les honneurs royaux correspondant aux fonctions royales. De même du haut en bas de l’échelle sociale tout travail entraînait une situation honorifique correspondante. Seule l’exploitation du travail des autres, l’usure, ne jouissaitd’aucune considération et restait, comme la race qui s’en nourrissait, en dehors de l’échelle sociale.
Le dédain de notre siècle pour cette conception réellement chrétienne et sociale se fait jour dans ce cri : Tout pour de l’argent, de l’argent pour tout. L’argent sans souci de sa provenance, quelle que soit sa destination, peut acheter honneurs, considération, respect, situation élevée. Sera maître quiconque peut donner de l’argent. Est méprisé quiconque ne peut donner que du travail — tant le prêtre que l’ouvrier.
C’est ainsi qu’aux yeux du capitalisme les travaux les plus nobles qu’homme puisse être appelé à fournir — le sacerdoce du prêtre, la cure d’âmes — sont dégradants, parce que celui qui sert Dieu à l’autel doit aussi, suivant le précepte divin, vivre de l’autel.
Quand au sein d’un peuple les Ordres sacrés sont méprisés, — soit par leur faute, soit par les menées
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calomnieuses des adversaires, — le niveau de piété et de moralité de ce peuple s’abaisse immanquablement.
La situation de la Russie ne serait pas aussi désespérée qu’elle l’est malheureusement, s’il était possible d’agir sur l’esprit du peuple par un clergé respectable et respecté qui jouît de la confiance et de la considération de toutes les classes de la société.
Le clergé doit être auprès du peuple le représentant et le propagateur de l’idéalité : lui seul peut l’être — autant que cela est possible — près de ses couches profondes. Sans idéalité chaque peuple tombe en décomposition : insuffisant aux exigences de l’Etat et de la société, il devient incapable de se gouverner. Nous le constatons en Russie où le manque d’idéalité chez les classes élevées a déjà bien affaibli chez elles cette capacité.
L’honneur du clergé est l’honneur de l’Eglise, de la chrétienté ; c’est aussi l’honneur du peuple duquel il est issu. Un peuple est sans honneur quand il ne peut plus fournir des sujets honorables à cet Ordre, dont le rôle est le plus noble dans la société, puisqu’il est celui de médiateur entre Dieu et l’homme.
En ce qui nous concerne, nous n’avons cessé de repousser énergiquement l’épithète de « clérical». Nous sommes catholiques, et nous voyons dès lors dans le clergé l’instrument de la re'igion — et pas l’inverse. Nous honorons et aimons notre clergé à raison de sa consécration au service de Dieu et au salut du peuple, et de la digne manière dont il s’en acquitte... Mais nous nous croyons pleinement en droit de faire entendre la plainte du peuple catholique quand l’attitude incorrecte d’une portion du clergé nuit évidemment aux grands intérêts moraux et spirituels de l’Egliseet delachrétienté, c’est-à-dire aux intérêts de Dieu, qui a préposé l’Eglise à notre salut temporel et éternel.
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