‹ L'école sociale ChrétienneChapitre 4 sur 22 · MÊME COLLECTION · texte numérisé non relu

MÊME COLLECTION

Henri Lorin. — L’Organisation professionnelle et le Code du travail (442) . 1 vol.

Pierre Méline. — De la Science à l’Action, Etude de

Philosophie sociale (468) . 1 vol.

Léon de Seilhac. — L’CJtopie socialiste (482). . . 1 vol.

Gustave Hue. — Les Œuvres de Protection de la Jeune Fille (474) . 1 vol.

E. Carry. — Famille et Divorce (483) . 1 vol.

Louis Brouard. — Petit Catéchisme social du Démocrate (475) . 4 1 vol.

PRÉFACE

Entre la doctrine du baron de Vogelsang sur l’économie sociale et sa doctrine politique, il n’y a pas de solution de continuité ; celle-ci est le couronnement de celle-là. L’une comme l’autre est inspirée par une intelligence peu commune de l’organisation corporative. Joseph de Maistre, Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, Donoso Cortès, pléiade illustre, dans laquelle Vogelsang prend place de droit, ont des dons de pensée et de style qui les rendent à jamais immortels ; ils ont formulé, en une langue à eux, des axiomes qui éclairent et qui gouvernent toute saine organisation politique ; mais on peut dire, sans leur faire injure, que les deux premiers en particulier n’ont pas eu du moyen âge, époque où florissait « la philosophie chrétienne des Etats », la connaissance approfondie et comme le sens délicat qu’a possédés Vogelsang : inférieur à ces maîtres, à plusieurs égards, il leur est supérieur par ce côté. Maistre et Bonald refont chrétiennement et nationalement V ancien régime en le purifiant de ses taches ; Vogelsang remonte plus haut, et il emprunte au Moyen âge — qu’il n’entend nullement ressusciter dans ses formes contingentes et extérieures — les principes qui ne passent pas, et d’après lesquels doivent se modeler les sociétés qui passent.

Aussi me semble-t-il qu’en un temps où tout est en train de se défaire et de se refaire, notre auteur a plus de chances d’être écouté et suivi

PRÉFACE

que les grands hommes dont je rappelais les noms tout à l’heure.

Il y a sur la société deux conceptions absolument différentes : la première que j’appellerai matérialiste et mécanique ; la seconde, vivante et organique. Pour les tenants du premier système la société est une cohue d’atomes individuels, plus ou moins ingénieusement agencés par la main de fer de l’Etat, un mécanisme de rouages qui s’engrènent les uns dans les autres et qui obéissent à l’impulsion d’un moteur central. Pour les autres la société est un ensemble de groupes vivants, lumineusement coordonnés en vue de la fin générale, ayant chacun sa fonction propre et son autonomie relative. Regardons, non point au dedans de nous des abstractions vides de réalité, mais, devant nous, les choses elles-mêmes, telles qu’elles se développent au souffle de l’histoire, et nous verrons qu’une société est un immense organisme corporatif, à partir de cette première corporation naturelle et nécessaire qu’est la famille, jusqu’à la grande corporation, l’Etat, en passant par ces corporations intermédiaires, filles de la première, origine de la dernière, les communes, les provinces, sans oublier les associations professionnelles qui groupent les hommes voués aux mêmes occupations, ayant par conséquent les mêmes intérêts. Le régime corporatif, entendu dans son sens large et élevé, est le régime naturel de la société humaine.

C’est ce qu’a merveilleusement compris Vogelsang ; et cette pleine intelligence des conditions essentielles de la vie d’un peuple fait de lui un maître social incomparable. C’est ce qui fait de la politique, telle qu’il la conçoit, une politique vraiment sociale ; sociale dans son but.

PRÉFACE

qui est la prospérité réelle de la société tout entière ; sociale dans son essence, qui est de placer dans les divers éléments sociaux et suivant une gradation harmonieuse les organes et les fonctions des divers pouvoirs publics.

Dans ce système, les problèmes les plus délicats de l’ordre politique sont résolus, non artificiellement et pour ainsi dire mécaniquement, mais naturellement et organiquement : problème de la limitation — je ne dis pas de la division — du pouvoir central ; problème de la représentation politique, qui n’est plus un chaos, mais une expression régulière et distincte des multiples besoins sociaux ; problème de la décentralisation, qui ne court plus le risque de devenir une anarchie. Qu’on prenne ces questions l’une après l’autre, et on verra que le régime corporatif, tel qu’il est entendu par Vogelsang, leur donne, et leur donne seul, une réponse satisfaisante.

Une phrase magnifique de notre auteur révèle dans tout son éclat la vérité de sa doctrine favorite : « Au temps du vieil ordre chrétien et national, il y avait un roi social, un roi qui se tenait au sommet de la société, dont toutes les parties étaient solidairement liées les unes aux autres. En lui, qui accomplissait le plus haut travail national, le travail était vraiment roi. » Plus on creusera cette idée, plus on s’apercevra de la fécondité de ses applications. De nos jours, dans l’état de notre société inorganique et ploutocratique, le prince — roi, empereur, ou conseil des minisires d’un président de république — n’est pas autre chose que le capitalisme : qu’il essaie de regimber contre ce maître, et l’on verra ce qu’il pèsera dans la balance. — Il faudrait cependant en finir avec un état de choses

PRÉFACE

qui nous mène directement au socialisme révolutionnaire, dominé lui-même par une élite de ploutocrates juifs ; et le remède ne se trouvera pas dans je ne sais quelles panacées libérales et parlementaires. Ce sont là recettes qui ont donné la mesure de leur efficacité, qui n’ont plus cours dans la pharmacopée politique, et auxquelles, si je ne me trompe, ceux-là même qui ies emploient n’ajoutent qu’une très mince confiance. Il faut autre chose, et cette autre chose, Vogelsang a passé toute sa vie de travail et de lutte à la montrer et à l’expliquer.

L’idée fait donc son chemin. S’il y a un avenir pour ce pauvre monde actuel où, peut-on dire avec l’Ecriture, nullus orclo et sempiternus horror inhabitat , il est là et il n’est que là.

Comme l’écrivait, il y a plus de cinquante ans Blanc de Saint-Bonnet : « Les faits avant peu mettront les vérités à nu... Ce ne sera plus la doctrine méconnue que l’on entendra ; ce ne sera plus la conscience inécoutée qui criera : les faits parleront leur grande voix. La vérité quittera les hauteurs de la parole ; elle entrera dans le pain que nous mangeons, dans le sang dont nous vivons ; la lumière sera du feu ! les hommes se verront entre la vérité et la mort... Auront-ils l’esprit de choisir ? »

G. de Pascal.

VOGELSANG

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