PROLOGUE
Le vieil ordre social chrétien n'est nullement le produit de théories abstraites ni d’une codification méthodique. Non ! le germe de vie déposé dans les idées chrétiennes agit comme un ferment sur les conditions de la société et en fit naître des institutions, à la création desquelles n’eùt pu s’ingénier par avance aucun de ceux qui collaborèrent à cette grande œuvre.
C’est de cette façon aussi que les constitutions politiques des divers Etats se développèrent dans une attache intime à la vie sociale, en des formes précises mais non figées. Ces constitutions n’ont leurs racines ni dans un programme politique ni dans une théorie constitutionnelle ; mais les paroles de vie de la révélation et la loi naturelle ont exercé une action incessante sur les conditions de l’existence journalière et fourni à ses transformations l’esprit et les formes de l’évolution.
Sa poursuite nous est aujourd’hui bien facilitée, alors que tant des siècles passés nous ont légué les trésors de leur sagesse. Si notre esprit, après qu’il s’en est nourri, se porte, libre et hardi, sur les besoins du temps présent, il ne peut manquer de découvrir les formes dans lesquelles la société moderne doit satisfaire à la justice sociale. Point n’est besoin pour cela d’élaborer un corps de doctrines nouveau ni de forger un programme en paragraphes solennels.
Nous nous laisserons conduire par l’idée de chercher l’explication des conditions sociales et économiques auxquelles nous sommes parvenus ; d’en dégager la démonstration du caractère absolument révolutionnaire de la phase actuelle et de tous les pas, pires les un
VOGELSANG
que les autres, qu’elle ne saurait manquerdenousamener à faire encore dans ce sens, si nous ne savons saisir la dernière heure où il reste possible d’y porter remède. Enfin nous sentirons s’éveiller autour de nous la conviction que cet état de choses et cette marche de l’évolution proviennent de la rupture avec la continuité historique et la loi morale.