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CHAPITRE PREMIER

La Société en général.

Il est une vérité trop universellement méconnue aujourd’hui, et qui cependant ne peut l’être sans entraîner les conséquences les plus graves : c’est que l’homme est un être social, qui ne saurait atteindre le but qui lui est tracé que par une liaison organique avec ses semblables. C’est de ce point de vue qu’il faut considérer les grandes institutions primordiales sur lesquelles repose notre civilisation : le mariage, la famille, la propriété.

VOGELSANG

Quand on traite de la communauté, ce sont les principes sociaux qui la maintiennent et la fortifient qui doivent prévaloir, et non les. principes individualistes qui favorisent la désagrégation de l’organisme social. Mais depuis que le vieil ordre social chrétien est tombé en décrépitude, les institutions fondamentales ont été envahies par les principes libéraux ou plutôt libertaires : Le mariage devient un contrat précaire : l’individualisme prévaut dans la famille ; la propriété dégénère et devient d’ordre purement privé, l’individualisme ayant étouffé et fait disparaître l’idée du caractère de communauté qui s’attache à toute propriété, idée antérieure même au Christianisme.

La plupart des nations modernes, qui, au lieu de perfectionner désorganisations transmises par lessiècles, ont rompu avec elles, se sont transformées en masses

Ipopulacières. C’est donc dans l’esprit populacier qu’elles agissent, au mépris de toute autorité divine ou humaine. Car les parties d’un peuple qui souscrivent volontairement à la désorganisation sociale et politique et au renversement de toute autorité ne peuvent répondre qu’au nom de populace.

Le paupérisme étouffe dans les masses toute aspiration élevée. Il les précipite dans la fange, leur fait chercher des satisfactions dans les plus viles jouissances, les abrutit et les bestialise. Il est plus facile de convertir à la civilisation chrétienne une tribu indienne des forêts vierges que de rompre avec les barbares du paupérisme en relevant et moralisant ses victimes.

Les économistes de l’Ecole libérale ont étendu nécessairement au travail, qu’ils considèrent comme une marchandise, leur dogme de la liberté du commerce. Mais comme le travail est inséparable du travailleur, c’est en réalité le travailleur, l’homme, dont ils font un objet de libre trafic.

Il fut un temps où les peuples les plus nombreux, les plus forts, les plus courageux, triomphaient des nations

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énervées et plus faibles. Aujourd’hui sous la domination du capitalisme, les nations qui se soumettent avec le moins de résistance à ses lois d’exploitation triomphent de celles qui se refusent à les admettre.

C’est au capitalisme, dans sa forme de plus en plus brutale, que le malthusianisme — cette honte de l’économie sociale anglaise — doit son épanouissement.

Toute une littérature éhontée s’inspire du principe, en développe les applications, jusque sous la forme d’avis insérés dans les annonces de maint journal. Oui, des œuvres soi-disant scientifiques prêchent l’infanticide sous toutes les formes — sans doute pour échapper à un problème de « sur-population » qui ne cadre pas avec l’économie du système régnant, le capitalisme.

En France la proportion des naissances au chiffre de la population est en ce moment — 1888 — moitié moindre qu’en Allemagne. Qui donc est responsable de cette diminution des naissances ?... — La Revue socialiste répond par la plume de Rouanet : « Nos conditions sociales et économiques : d’une part l’organisation actuelle de la propriété et la législation de l’héritage, d’autre part la mauvaise répartition des charges sociales, luttent contre la fécondité naturelle de la race et amènent des diminutions constantes. » La Gazette de France ajoute avec raison, après avoir montré les causes immédiates du fléau. « Cherchons plus avant: c’est depuis l’abandon des principes de la religion, précisément, comme le montrent les relevés, depuis la Révolution, que la natalité tombe en France. La France chrétienne respectait le précepte divin « croissez et multipliez ! » La France incroyante n’en a cure.

Le vagabondage, dans son énorme progression, est une autre conséquence de l’état de dissolution sociale à la faveur duquel s’est développée l’industrie moderne. L’esprit sédentaire n’existe plus. Il cède à l’esprit nomade qui s’étend partout. A qui en revient la faute ? Sinon à ceux qui ont fait la place trop grande au fils

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du désert, à l’éternel voyageur — le Juif Errant — personnification de l’instabilité.

C’est ainsi que l’on voit tous les ans — tels des rats fuyant le navire qui sombre — non seulement des familles isolées, des communes entières abandonner la vieille Europe, mais encore des malheureux par centaines de milliers — véritable migration de peuples — fuir le sol natal : il ne leur a rien gardé de ce qui attache le cœur de l’homme.

Bon ou mauvais, l’émigration est aujourd’hui un phénomène social avec lequel il faut compter.

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