CHAPITRE TROISIÈME
La vie du corps social.
Aucun organisme ne saurait subsister sans un renouvellement constant et actif des tissus. Les plantes comme les êtres vivants parent sans cesse à l’élimination des matières usées par l’assimilation de substances appropriées, pour maintenir le tempérament en équilibre et continuer le développement de l’individu. L’organisme est sain quand cet échange de substances s’accomplit normalement. Il dépérit s’il est trop lent ou trop rapide. Comme la fièvre et le surmenage sous toutes ses formes consument l’organisme, l’absorption de substances malsaines empoisonne le corps social.
De meme les Etats formés de sociétés humaines ont tous été à leur naissance, et devraient être encore des organismes. Eux aussi sont soumis aux lois du renouvellement des tissus. Une activité trop grande dans les échanges sociaux amène une fièvre brûlante, la décomposition même ; ils tombent dans le marasme et se dessèchent quand, au contraire, cette activité est iusuffisante.
C’est peut-être le devoir le plus important d’un gouvernement bien équilibré de surveiller et de régler, d’aviver et de modérer tour à tour l’échange social. Cette tâche n’est que rarement accomplie en pleine connaissance de cause. En général les gouvernants considèrent comme étant l’état normal et seul légitime celui auquel ils sont habitués, et ils cherchent à le conserver à tout prix.
La transformation partielle, le renouvellement constant des éléments de la société, sont les conditions de santé de toute société civilisée. La vie des villes use de plus en plus vite, à mesure que s’accroissent nos grandes cités, le fond de leur population. — La famille viennoise vit en moyenne trois générations. — La campagne doit pourvoir non seulement aux besoins matériels des villes, mais encore à leur repopulation. Elle
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doit subvenir par des éléments sains et neufs, physiquement et moralement, au déficit humain. Il est donc nécessaire que la campagne absorbe peu d’hommes et en produise beaucoup. Elle est la racine de laquelle la nation sort et tire sa croissance. C’est dans ce but que la société chrétienne du passé avait lié fortement le paysan à son bien, et lui avait assigné un travail qui lui permettait d’élever une forte génération, sans se demander avec anxiété si elle deviendrait un jour trop nombreuse.
La culture du domaine constant, qui doit parer d’abord aux besoins de la maison et seulement ensuite à ceux de la ville, produit une population saine de corps et de sens moral. Au contraire, l’exploitation d’une propriété qui peut être vendue ou hypothéquée entraîne Rabaissement, la dégénérescence physique et morale de la population, et la rend incapable de devenir un élément sain de reconstitution sociale.
La Société est déracinée : Ce n’est pas à l’état nomade qu’elle est retournée : le nomade change de lieu, mais il emporte tout ce qui fait de lui un être social : sa famille, ses autels, ses troupeaux, ses tentes, ses traditions surtout. Nos peuples, au contraire, courent à un état inouï d’indignité.
Nous sommes en présence d’un dilemme : faut-il, par un insouciant laisser-aller, livrer nos populations à une décomposition totale ? ou devons-nous verser dans la mer démontée, comme une huile calmante, des idées de reconstitution, de morale, d’organisation ? Ces idées qu’il importe d’opposer aux principes qui désagrègent toute organisation, qui détachent le peuple du sol natal et de la famille.
On pourra, sans inquiétude pour l’avenir, laisser se développer les conséquences de la machine à vapeur et du chemin de fer, le jour où les gouvernements auront réappris à se conduire comme des entités économiques et sociales, dont le premier devoir se trouve à l’intérieur des frontières, et non pas dans cette lutte effrénée sur le
VOGELSANG. — TOMtS II.
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marché mondial qui amène fatalement la perte morale, physique et économique des nationaux. Alors seulement un sain échange se rétablira entre les éléments sociaux, il nous verrons le vrai printemps pénétrer nos peuples et nos royaumes.