‹ L'école sous la Révolution française: d'après des documents inéditsChapitre 42 sur 76 · Arch. nal, F 17. 1008, n · texte numérisé non relu

Arch. nal, F 17. 1008, n

de ce que nous avons vu, entendu» senti. Le pre^ mier acte s'est ouvert par une assemblée générale des jeunes élèves, qui ont délibéré sur les affaires de leur petite république. A cette scène a succédé la^^m^ d'untribtmal^ desjugeSy desjurés^ uh cêo* cusateur public y des prévenus ^ jugés, suivant les /ormes républicaines. » Était-ce une flatterieà redresse de Robespierre, qui venait d'instituer,, au nom € de la vertu et de la terreur, » letribunill révolutionnaire ? Le rapport iermine piap la ré^ clame que nous connaissons déjà : « Cette école fait honneur à.ceux qui y enseignent, et surtout au citoyen qui en est le créateur et que les élèves re^ gardent comme un père. Il fautmder œtie insti^ tution et la subventionner. » Léonard Bourdon ne demandait pas autre chose (1).

Lorsque ces tendres âmes d'enfants av^ea subi pjBnçi^nt quelques moitiés contacts. de oç vie publiqup, avec ses haines sauvages et spçJES roce^ ioâtincts; Ipr/sique chaque soir, au foye domestique, ils rétro }iyaient sur les lèvres d§ leurs parents, des amis de la famille, de ceu::^

1. Cette institution fut transformée en ImHtxtl^sOf^ phelins des défenseurs de la patrie, . sous la direction de Crouzet, ancien recteur du coUège du Panthéon. Elîe re^ cevait de très fortes subventions dont on peut lire le détail aux Archives. Elle ferma en l'an IV (1796).

qu'on révère et qu*on croit, les paroles sans mesure et les jugements sans pitié ; lorsque, auprès d*eux, il n'y avait pas une mère qui le soir, le ihatin, leur murmurât une prière, rappelât Ifteu aatis îetirâ cœurs et y réveillât cette bonté native que Dieu y A mise et que la politique en tjhtese ; lorsque c'est à Paris; où tout va à l'intetise, malet bien, miséricorde et cruauté, que vivent ces eh£ants> à quels phénomèhes ne fautif pas s'attendre? La sensibilité de l'âge aiguise et pousse à bout la passion ; voilà un enfant qui paraît avoir les grâces de son âge, et si vous peuvie» regarder dans son âme, c'est un monstre et un monstre inconscient !

Tel fut Émilien Fréville, qui mourut à Paris, à rage de sept ans, en frimaire an II (décembre 1793),à la suite d'une chute qu'il avait faite le jour de la fête de la Raison. Quel enfant sensible ! < Il A'avait jamais pu manger un fruit sans le.partager avec ses camarades ; à la vue d'un charretier qui frappait un cheval, il se couvrait la tête de son mouchoir, etc. » Il meurt : les journaux, les brochures s'emparent de sa vie, de sa inort, de ses dernières paroles ; on le présente comme un modèle, on énumère ses vertus, on les étiquete soùs trois rubriques : afnour de ses concitoyens, pro^ fonde semihilitèy courage extraordinaire.

En voici deux exemples :

Amour de ses concitoyens.

€ Dès cinq ans Émilien sentait cette vertu, la première des vertus républicaines, s*enflâmœ dans son cœur au point de ne pouvoir souffrir les prêtres, parce qu'il les avait vus souvent escorter les funérailles des gardes nationaux. — Ces gtietuxh là, s'écriait-il dans son enfantine indignation, vont-ils donc emporter tous les patriotes dans la boëte ?»

Courage extraordinaire.

< Le lendemain de la mémorable fête de la Raison, les suites mortelles d'une chute amenèrent une agonie de quarante-quatre heures. Il trompait la douleur de sa mère en s 'efforçant * chanter à haute voix : Allons, enfants de la patrie!... Des amis, chauds patriotes, vinrent le visiter. II les reconnut et ne les occupa point de lui, — N'est-ce pas demain que Bailly va à la gtUllotine ? leur dit-il de sang-froid. »

Étrange et monstrueux, n'est-ce pas, cet enfant ? Il y a pourtant quelque chose de plus étrange et dé plus monstrueux encore. C'est le père qui, l'enfant mort, après avoir fait insérer « ces traits d'amour filial » dans une feuille des rues,

vient en donner lecture à la société populaire dont il est membre; c'est la société qui les vérifie, les loue, les enregistre et les envoie à la section de TArsenal ; c'est la section elle-même qui les recueille et qui, à Tunanimité, en décide renvoi au comité d'instruction publique pour qu'elles soient affichées dans les écoles. : « Insère rées dans le livre de morale que la Com^faHùn

< destine à nos enfants, elles (ces paroles) feront

< germer sans doute dans leur cœur le désir «^ d'imiter les vertus civiques qui rendent un cî- ^ toyen cher à la patrie (1). »

1 . Arch. rwK., F 17, 1002, no 1394. « Extrait des délibérations de rAssemblée populaire, sous le nom de la société de l'Harmonie sociale de la Section de l'Arsenal, séante aux ci-devant Célestins, prises dans la séance ^u 27«jour de frimaire, l'an II delà République française ttne et indivisible. «—Le 5am-Ct^oW« Observateur, n® 83.

Un ini»titttteur et un écolier célèbres

L'enfant avait huit ans : on le sépare de mère. Comme elle s'effrayait : « Ne t'inquiète lui dit-on, la nation, toujours grande et^énéreus^^, pourvoira à son éducation. > *

Par ordre de < la nation », l'enfant reçut pow r

précepteur un homme éprouvé. Non pas qull eGSt déjà enseigné ou que ses mœurs, s^ çof^di4|^t son langage répondissent à sa mission, mais 3l était ûiembre du club des Jacobins et l&târat le protégeait.

« Je voudrais savoir, dit Tenfant, quelle est ïa loi qui vous ordonne de me séparer de ma mètre Montrez-la-moi, je veux la voir.

— Tais-toi, tais-toi, répond l'instituteur, ^u n'es qu'un raisonneur... Il faudra que je t'aa-îprenne à parler, moi, à chanter la Carmagno^^^ à crier : Vive la République ! Il faut te former -^-^ progrès et aux idées nouvelles ! »

L'enfant regimbait, le précepteur le batta^^^*

« Je suis ici pour te commander» je dois ce que je veux, et vive la liberté! vive l'égalité! »

Comme il rélevait en sans-culotte, iï lui en infligea le costume. On lui tailla une carmagnole de drap roux ; un soir qu'on l'avait lâchement enivré, on le coiffa du bonnet rouge. — «Enfin, dit le maître,' enfin, te voilà Jacobin ! >

Sa mère lui avait envoyé ses livres, ses cahiers. Les livres, le maître les jeta dans un coin ; les cahiers, il en alluma sa pipe. Des refrafns révolutionnaires, des chants patriotiques, à la bonne heure! A la fête du 10' août, on voulut forcer l*enf ant à crier : Vive la Hépublique ! Au champ de Mars, le harangueur officiel ne s'était-il pas écrié : € La République est étemelle 1— Il n*y a rien d'éternel, répondit l'enfant; » puis, se reprenant: « si ce n'est biéù. »

Une huit, l'enfant se lève, s'agenouille au pied de son fit et prie. Le maître s'éveille, I*aperçoit : « Ah ! je t'apprendrai à dire tes patenôtres et à te lever la'huit comme un trappiste. » Et s'armant d'une cruche d'eau glacée, en plein mois de janvier, il la verse sur la tête de l'enfant.

Pouf cette mission de confiance, ce personnage recevait de la nation trois mille livres (d'appointements. Mais le suffrage de ses concitoyens l'ayant

porté au conseil général de la commune, il dut résigner ses fonctions, incompatibles avec celles dont il venait d'être investi.

Cet écolier réfractaire, c'était le Dauphin de Fra-nce.

Quant à son maître, le Bulletin officiel du tribunal révolutionnaire le désigne ainsi : « Antoine Simon, ci-devant cordonnier, employé en ce moment en qualité ^^'instituteur auprès de Charles-Louis Capet. »

Cas particulier, dira-t-on, tout exceptionnel ! — Cas très cjommun, bien au contraire, et qu'on jugerait moins extraordinaire, s'il était mpins célèbre et moins historique.

Mettons de côté les indignes traitements corporels que, pour obéir à des le^seins homicides, Simon infligeait à son élève. Quelle différence trouvera-t-on entre l'enseignement que recevait le fils de France et celui que les maîtres jacobins, dont nous avons cité les lettres, distribuaient aux enfants du peuple souverain? Comme Louis XVII, tous les enfants âgés de huit ans n'élaient-ils pas, de par la loi, soumis à l'instruction républicaine obligatoire ? Comme Simon, les maîtres n'étaientils pas choisis parmi les héros des clubs et les pro-

tégés des sociétés populaires? Comme au Temple, n'avons-nous pas vu s'implanter dans les écoles l'usage des chants révolutionnaires ? Mépris et oppression de toute foi chrétienne, grossière impiété, n'était-ce pas le fond comme le programme ordinaire de l'éducation nouvelle ?

8ir de démolir brusquement ce que Lakaûal avait le plus pompeusement édifié. Tels qu'ils furent, il faut rendre à ces deux hommes cette justice qu'ils contribuèrent à détacher la Convention dupr^ugé qui Tenchaînait au système exclusif des écoles primaires, etqu'ils voulurent, sans y réussir, proportionner lès institutions et les programmes de l'instruction publique à l'étendue et à la variété d'aptitudes de l'esprit humain. .

Trois lois organiques sur l'instruction publique se succédèrent en effet d'assez près :

La loi sur les écoles normales 9 brumaire an III- 31 octobre 1794) ;

La loi sur les écoles primaires, (27 brumaire— 17 novembre) ;

La loi sur les écoles centrales (7 ventôse an III— 25 février 1795).

La part principale dans la préparation de lois appartient à Lakanal. Il eut de plus le privi* l^e, qui n'échoit guère en général aux l^ni6la< teurs, d'être préposé à l'exécution de ces lois. I fut en effet nommé d'abord avec Siéyes, puis^ en remplacement de celui-ci, qui n'accepta pas^^ avec Deleyre, représentant de la Conventiorsauprès de l'École normale de Paris; c'est lui qui ei:^ Dommales professeurs; c'est lui qui rédigea les

APBËS THERMIDOR. 109

règlemenls intérieurs. Il fut encore, sur sa propre demande, envoyé avec quatre de ses collègues dans les départements, pour assurer la prompte exécution des lois relatives à l'instruction publique, et particulièrement de celles sur l'établissement des écoles primaires et des écoles centrales (loi du 18 germinal an III).

Les écoles centrales, placées en général au cheflieu du département, étaient, dans le vœu de la loi, des établissements d'enseignement supérieur qui répondaient à peu près à ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Faculté, Par malheur, il n'y avait au-dessous ou, pour mieux dire, à la base, ni écoles primaires, ni écoles secondaires, de telle sorte que les élèves y arrivaient un peu au hasard, sans d'autres conditions que celle de l'âge (12 ans) et si peu préparés que, dans beaucoup d'écoles, les professeurs devaient commencer leur cours par des leçons de lecture et d'écriture (1). Cette nullité des écoles primaires fut la principale pause de la langueur dans laquelle se traînèrent presque partout les écoles

1. « C'est au cours de langues, anciennes que les professeurs commencent à s'apercevoir de la nécessité et malheureusement de la privation des écoles primaires

no uv. n, LA coN\rBNnoN.

centrales. De ce fait incontestable ne seratt-îl pas permis de conclure, en sens contraire, que l'état florissant de Hnstruction secondaire avant 1789 était dû précisément à une grande diffusion d'instruction prtmaire ?

C'est la seule observation, encore que bien rapide, que nous croyons devoir faire ici, l'histoire des écoles centrales se trouvant en dehors de notre sujet; il n'en est pas de même des écoles normales, qui, dans les plans de Lakanal, devaient former une pépinière d'instituteurs.

Il est des élèves qui y arriveat (aux écoles centrales) sans savoir souvent écrire ni lire... » — Rapport au mifiistre de T intérieur sur les écoles centrales, au nom du Conseil d'instruction publique, le 16 pluviôse an VIIL — Arch. nau, F 17, 3001.

Page 1