FÊTES NATIONALES ET DÉCADAIRES. — FRANÇOIS
(DE NBUFCHATEAUJ
Nous n'aurions pas à nous arrêter, dans ce livre, au ridicule et grotesque épisode des fêtes nationales et décadaires si, d'après Daunou, elles n'avaient dû composer « le plus vaste moyen d'instruction publique », et si le Directoire n'en avait fait une étroite obligation aux instituteurs et à toutes les maisons d'éducation.
Naguère, l'Église catholique avait eu des fêtes publiques, des cérémonies pompeuses et solennelles, des prédications, des missions. On avait mis ordre à tout cela. Elle était bannie de la rue, cantonnée dans quelques édifices : le culte public était supprimé. Mais le souvenir, le regret même
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n'en était-il pas demeuré dans les âmes? Honnie, persécutée, elle n'était pas détruite; elle régnait encore sur les consciences. C'est de cet asile qu'on voulait la débusquer.
Pour y parvenir, pour l'essayer du moins, le Directoire imagina d'imiter l'Église, de présider solennellement à toutes les époques de la vie privée comme à toutes les scènes de la vie sociale ; d'en faire l'objet sinon d'un sacrement, du moins d'une sorte de consécration politique ; de substituer tout un système d'actes publics à ceux des catholiques, et d'organiser ainsi peu à peu un seul culte, le culte national. Daunou l'avait appelé € le patriotisme. » Mais la Revellière-Lépeaux, président du Directoire, avait d'autres visées, et tandis que ses collègues souriaient de cet appareil religieux et s'y prêtaient sans conviction, ce prophète incompris entendait user de son pouvoir pour instituer aux frais de l'État son culte nouveau, mélange de cérémonies empruntées au catholicisme et aux dogmes purement déistes et humanitaires, la Théophilanthropie !
Jours, semaines, mois avaient déjà changé de nom. A la période hebdomadaire, si merveilleusement mesurée par la Providence aux forces de l'homme, on avait substitué la période de dix jours, qui se terminait par une fête dite décadaire. Ce
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jour-là, il y avait assemblée (exxX-^ata), non plus de fidèles, mais de citoyens. Elle se tenait généralement à la cathédrale ou à Tune des églises du culte proscrit. Les membres de la municipalité, accompagnés des élèves des écoles et escortés de gardes nationaux, se groupaient autour de l'autel de la Patrie, que décoraient la Déclaration des droits, des emblèmes et des trophées. En place d'Évangile, un des municipaux lisait à haute voix l'éternelle Déclaration des droits ; en place de prône, le Bulletin des lois et les nouvelles politiques, la liste des naissances et des décès ; des hymnes patriotiques, que l'orgue accompagnait, quand il n'avait pas été vendu, tenaient lieu des psaumes et autres chants d'église. Dans les bas côtés, les citoyens circulaient, causaient; les enfants faisaient tapage, sans s'inquiéter de ces offices d'un nouveau genre, auxquels présidaient souvent, avec une sorte d'aptitude, des prêtres assermentés qui avaient « abdiqué la prêtrise » : devenus magistrats municipaux, ils célébraient le dimanche
civique.
En dehors de ces fêtes décadaires, nous
avons vu que, dans la loi du 3 brumaire an IV, .la Convention avait institué sept fêtes solennelles qui correspondaient aux grands anniversaires révolutionnaires ou aux principaux évé-
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nements de la vie de rhomme. On y ajouta la fête de la Souveraineté du peuple, la fête de la Victoire ; on rappela la loi de floréal an II qui ordonnait la célébration de la Juste punition du dernier tyran. En 1796, ce funèbre anniversaire du 21 janvier fut choisi pour faire prêter à tous les membres des Conseils et à tous les fonctionnaires le serment de haine à la royauté.
Le Directoire, pauvre et ayant plus d'une affaire sur les bras, s'excusait (19 ventôse an IV) de ne pas donner à la fête de la Jeunesse, non plus qu'à la fête des Époux, « tout l'appareil et le développement dont elles sont susceptibles.» Mais, avec ou sans appareil, ces fêtes, la première curiosité passée, ne rencontraient qu'indifférence et dédain. Dans les localités où le culte catholique avait quelque asile plus ou moins secret, les fidèles se rendaient de préférence à la cérémonie religieuse, laissant les membres de la municipalité presque seuls en présence de leur idole civique. Les parents se gardaient d'y envoyer leurs enfants ; . les instituteurs y allaient sans leurs élèves ou n'y allaient pas du tout. « Pourquoi les instituteurs et les institutrices dêj cette commune ne s'empressent-ils pas 4'amener leurs élèves au temple de l'Etre suprême les jours