Arch. nat.,F
ciaire : voilà la complaisante interprétation que l'administration donne elle-même à ses actes.
A la faveur de cette commode jurisprudence, Tadministration ferme, suspend, interdit et persécute à sou aise; elle n'a de comptes à rendre qu'à elle-même.
Ainsi, qu'un instituteur ou une institutrice s'abstienne de paraître soit aux réunions du décadi, soit à quelque fête nationale ; — qu'il n'y conduise pas ses élèves, soit par scrupule personnel, soit parce que les parents retiennent ce jour-là leurs enfants à la maison ; — qu'il paraisse dans les fêtes non endimanché; — qu'il ne donne pas congé à ses élèves le décadi et le quintidi, ou qu'U le leur donne le dimanche et, suivant un vîpil usage, le jeudi ; — qu'il aille chanter dans quelque chapelle catholique ; — qu'on trouve chez, lui des catéchismes, des évangiles ; — qu'il ttsse faire la prière au commencement et à la fin de la classe ; — qu'il fréquente les prêtres en mission ; — qu'il veille à ce que les enfants se préparent à leur première communion : — autant de motifs pour la fermeture de l'école, pour la suspension de l'instituteur, et pour qu'il soit interdit de l'enseignement non seulement public mais particulier.
-VISITES MCKICIPALES. 195
Oq en peut citer plusieurs exemples.
Dans la Côte-d'Or, à Esbarres, canton de Belle- Défense, (on avait donné ce nom à Saint-Jean de Losne en souvenir de la résistance que cette ville opposa à Galas en 1636)Bouteloup, instituteur, a « chanté un jour que les catholiques appellent dimanche, avec d'autres citoyens. Il ne témo^ne pas le même zèle pour la célébration des décadis et aatres fêtes nationales. » On le révoque provisoirement. Il se réclame de l'article 354 de la Constitution, il se retranche derrière l'autorité des parents, qui ne veulent pas se procurer les livres et qui s'obstinent à retenir leurs enfants chez eux les jours de décadis et de fêtes nationales. La municipalité, le croyant con7erti, rapporte sa délibération; mais l'administration centrale la maintient, ferme l'école et dd/end d'en ouvrir une autre (frimaire an VIIj— A Belle-Défense même, à l^sne, qui n'en est séparé que par la Saône, deux instituteurs se servent de psautiers. Lors de la visite à cette dernière école, l'un des élèves ayant été invité à lire, commence bravement par faire le signe de la croix en prononçant : In nomine patris, etc. — On ferme les deux écoles et il est défendu aux instituteurs « de s'immiscer dorénavant dans l'enseignement. » (12 germinal an Vil) (1).