‹ L'école sous la Révolution française: d'après des documents inéditsChapitre 72 sur 76 · Arch.nat., P i · texte numérisé non relu

Arch.nat., P i

196 ' LIV. III. LE dibectoire;

C'est encore l'administration départementale quidéûOQceàlainuQicipâlitédeMarly-le-Roi(qu'OD appelait Marly-la-Machiae) les citoyennes Duguenot et Ménage, institutrices à Bailly, qui non seulement usaient des livres anciens, mais avaient « disposé leurs élèves à la communion des catholiques, les avaient conduites les 28 et 30 floréal dans la commune de Noisy pour la leur faire recevoir; la citoyenne Ménage avait même fait la quête à la cérémonie. Comment ne pas arrêter des abus qui peuvent devenir funestes à la République î » Les instituteurs ne doiventdls pas • se borner à former le cœur et l'esprit de leurs élèves ? »

En pluviôse an VII, un instituteur et une iostituirice deRueil ne s'étaient pasprésentés à lafête de la Puniiion du dernier tyran pour prêter serment de haine à la royauté ; on avait remarqué aussi leur absence ordinaire aux fêtes décadaires. Les maîtresses qui tenaient école à Rueîl usaient des livres de l'ancien régime et dédaignaient les ' autres ; enAn, comme ex-religieuses, elles ne sont pas présumées dans le cas de donner aux enfants une éducation républicaine. Ces citoyennes réclament : n'ont-elles pas supprimé les signes extérieurs du culte f leur école n'est-elle pas fermée, les jours de fêtes décadaires ?, La muni-

VISITES MUNICIPALES. l97

cipalité n'a-t-elle pas été satisfaite de la tenue de leur école ? Elles ont des livres anciens, suivant la volonté des parents ; mais elles ont aussi des livres républicains. « Enfin, si on les accuse de fanatisme, c'est gratuitement qu'on leur attribue une folie qui n'est d'aucune religion. » A cette justification, elles ajoutent un certificat de plusieurs habitants de Rueil et une lettre de Joséphine Eeauharnais, l'épouse du glorieux vainqueur de l'Italie, qui venait d'acheter la Malmaison.

Mais la municipalité ne se laisse émouvoir ni par les certificats ni par la lettre de la « citoyenne Buonaparte ; » elle donne même à cette dernière une leçon de patriotisme. « Comme cette citoyenne n'est arrivée que depuis peu à Btueil, elle ne peut connaître particulièrement les réclamantes ; le désir qu'elle a montré de les obliger dans cette circonstance fait honneur à sa sensibilité ; mais si elle était instruite des motifs qui ont donné lieuà la clôture de leur école, elle ne solliciterait pas en leur faveur, elle sentirait au contraire que tandis que son mari prodigue ses veilles y sa jewiesse et son sang pour le triomphe de la République^ il devient indispensable de rC avoir pour coopérateurs dans toutes fonctions publiques, quelque petites qzi'elles. soient, que des

Si radministration veillait aux cas isolés, ce n'est pas qu'elle hésitât à frapper en bloc des groupes entiers de maîtres et de maîtresses. Ainsi, à Troyes encore, même avant l'arrêté du 17 pluviôse, le 6 brumaire an VI, elle avait accueilli une dénonciation contre 7 instituteurs et 19 institutrices ou maîtresses dépensions particulières pour s'être abstenus, à plusieurs reprises, de se présenter à la fête décadaire, pour n'avoir pas admis les livres prescrits, enfin pour avoir donné congé à leurs élèves les jours de l'ancien régime (1). A Montauban, en pluviôse an VII, pour les mêmes motifs, la municipalité avait fermé à la fois, par un seul et même arrêté, treize écoles, dont trois de garçons et dix de filles! L'arrêté était déclaré exécutoire sur-le-champ, les enfants devaient être renvoyés aux parents dans les dix jours, et les instituteurs qui ne se soumettraient pas seraient dénoncés aux tribunauxcompétents (2).

Ces arrêtés pris d'urgence par les municipalités n'étaient que provisoires ; ils étaient transmis à l'administration centrale du département, qui les examinait et en donnait son avis : le ministre de l'intérieur prononçait en dernier ressort. De tous les procès-verbaux qui nous ont passé sous les

i . Arsène Thévenot, op, cit, I.Arch 7la^,F60990.

yeux, il n'en est pas un seul auquel le ministre n'ait accordé son approbation ; cependant, Frau- ■cois (de Neufchâteau), tout en l'envoyant, ajoutait invariablement cette formule : < Je suppose que l'administration locale n'a agi qu'après renseignements et qu'elle a pris des mesures pour remplacer par des écoles républicaines les écoles supprimées. » Sage recommandation que la pénurie d'instituteurs réduisait à une simple formule de style. L'intérêt des familles et des enfants ! certaines municipalitéss'eninquiétaient bien ! A kuillé (Sarthes il y avait deux écoles, l'une tenue par deux sœurs, Tautre par un particulier. On ferme l'une et l'autre, et le délégué s'écrie avec satisfaction : € Il n'y a donc plus à Ruillé aucune instruction, ni bo7i7ie ni mauvaise/ »

Il est peu de départements où la lutte entre

l'éducation républicaine et l'éducation chrétienne ait été plus accusée que dans la Sarthe; il n'en est

pas non plus sur lequel nous possédions des renseignements plus complets. Les archives départementales ont fourni à M! Bellée les procès-verbaux des visites faites en l'an VI et en l'an VII dans tous les cantons : on y voit à découvert d'une part la haine jalouse et persécutrice, de l'autre la résistance obstinée; là, des écoles publiques ou déser-

tes OU à peine établies ; ici, les- écoles rivales recherchées et relativement florissantes. Dans la plupart des communes, on retrouve ce contraste, à moins qu'il n'y ait pas même matière à contraste, et que l'école particulière existe seule.

Commençons par le chef-lieu. — Deux visites ont été faites au Mans dans Tannée 1798, en juillet et en décembre, à sixmois d'intervalle. Elles donnent des résultats identiques. S'agit-il des écoles primaires, c'est-à-dire publiques? « Elles n'ont eu dans cette commune aucun succès. Elles ne sont presque pas fréquentées. Les maîtres sont mal logés ou pas logés du tout et ne reçoivent pas l'indemnité qui leur est due. » S'agit-il des écoles particulières ? « Elles sont très fréquentées ; quelques instituteurs sont dans les principes ; mais la généralité n'y est guère. Ils ont besoin d'être surveillés avec attention. »

Il y a trois chefs-lieux d'arrondissement, : Mamers et la Flèche ont des instituteurs républicains; il n'en est pas de même à Saint-Calais. « Le jury n'a pu choisir qu'entre les moins ignorants et au moins les plus patriotes. L'instruction publique est tombée dans un état de dépérissement déplorable. Les écoles publiqtces sont confiées pour la plupart a des hommes immoraux ou sans talents. Soixante ou quatre-vingts écoliers forment la masse de

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huit institutions. Les écoles particulières ne présentent pas plus d'avantages. Mais ce qu'on y remarque, c'est un esprit de royalisme et de fanatisme. Une de ces institutrices, ex-religieuse, est surtout notée et pour ses talents et pour ses succès . En élevant les enfants dans les principes delà religion, elle flattait les préjugés des parents, et elle était parvenue à former une école de 90 à 100 élèves des deux partis. » L'obligation de prêter serment lui a fait fermer son école ; elle n'exerce plus qu'en secret.

Si nous passons aux autres chefs-lieux de canton

(la Sarthe en comptait alors 55 , -comprenant 406 communes), nous trouvons pour 7 cantons composés de 57 communes cette mention uniforme : « Pas d'écoles, pas de traces d'écoles, néant. »

Pour sept autres cantons composés de 55 communes, les notes, pour être moins brèves, ne sont pas meilleures.

l"* € Le canton de Tuffé (9 communes) n'a donné jusqu'à présent qu'un mauvais instituteur. Il est ignare, mais il a pour lui le patriotisme : voilà sa seule qualité. Il y avait dans le canton quelques écoles particulières qui, sur mes conclusions, furent supprimées par l'administration. C'étaient des femmes qui tenaient ces écoles ; elles étaient éloignées d'aimer le gouvernement républicain. »

2o Epineu (7 communes). Ecoles publiques :

néant. Ecoles particulières : L'administration fait fermer (messidor an VII) l'école d'une institutrice qui refusait d'assister aux fêtes nationales et décadaires.

3° Chahaignes (4 communes). « L'instruction est presque nulle dans ce canton. Il existait dans la commune de Courdemanche une ci-devant sœur grise qui se mêlait de tenir école particulière, dont j'ai fait fermer l'école, d'après son refus de prêter le serment de haine à la royauté et de fidélité aux lois de la République. » Eu ventôse an VII, le délégué ne trouve plus d'écoles particulières ; une seule école publique existe encore et elle est presque déserte.

4° Fresnay(6 communes) : « Les écoles publiques y sont nulles ; quant aux maîtres particuliers, ils ont presque tous un esprit anti-républicain. Une institutrice, ci-devant religieuse, jouissant d'une haute réputation de piété et de savoir, n'amène pas ses élèves aux fêtes décadaires et n'y vient pas elle-même, n

5** Lavardin (11 communes) : « Il n'y a ni écoles publiques ni écoles particulières. Le mauvais esprit qui règne rend inutile et même impossible, pour le moment, l'établissement des écoles primaires. »

6<> Malicorne (8 communes) : « Il n'y a qu'un instituteur dans tout le canton, ayant environ vingt élèves II y a aussi une école particulière don! l'instituteur était prêtre. »

70 Bourg-le-Roi(lOcommunes) : «Soit insouciance de la part des instituteurs, soit haine de la part des parents pour les institutions républicaines, l'instruction est presque totalement abandonnée. »

Ainsi , voilà à quelle misère se trouvait réduite l'instruction publique dans le quart des cantons et des communes de la Sarthe.

Le reste du département n'est pas plus séduisant. De toutes parts, les délégués signalent les parents qui refusent d'envoyer leurs enfants aux écoles publiques s'il y est fait usage des livres républicains ; qui les retirent lorsque ces livres viennent à y être introduits ; qui préfèrent l'ignorance pour leurs enfants à la fréquentation de ces écoles d'athéisme; qui, dans certaines localités, exercent sur l'instituteur assez d'influence pour l'obliger à user de livres chrétiens ou à partir, faute d'élèves, s'il ne veut pas s'y prêter. Dans un assez grand nombre de communes, des maîtres ou des maîtresses vont de maison en maison, ou bien réunissent quelques enfants dans une maison particu-

lière et y donnent renseignement chrétien que les parents désirent. Traqué, persécuté, cet enseignement est réduit à Tétat de mission dans un pays non chrétien; comme le missionnaire, le maître doit se cacher, cacher les enfants, cacher le local où il les instruit, et dérober à l'inquisition grossière qui le poursuit ses actes et ses élèves. L'école publique est déserte. L'école particulière n'est pas florissante : comment le serait-elle? Mais elle vit, elle attire et retient les écoliers, elle est secondée par la faveur publique, et à tel point que, si l'opposition et la colère des municipaux et des délégués se manifestent souvent par la brusque fermeture de ces établissements réfractaires, parfois aussi, elles fléchissent devant cette unanimité populaire et se résignent à supporter cet enseignement, tout en le traitant « d'exécrable » et de « détestable » (1).

Il serait fastidieux et monotone de contiAUer ces citations. N'en ressort-il pas d'une façon incontestable que le caractère antireligieux des écoles

1. J'ai emprunté tous les renseignements qui précèdent sur le département de la Sarthe, au précieux travaU de M. Armand Bellée : Recherches sur l'instruction publique dans le département de la Sarthe avant et pendant la Révolution* Le Mans, 1875.

publiques en empêcha le succès ou en précipita la chute, tandis que les écoles particulières devaient à renseignement chrétien, qu'elles avaient conservé, « leur coupable prospérité ? » Malgré les mesures oppressives du Directoire, malgré les tracasseries des pouvoirs locaux, malgré les dangers que couraient parents, maîtres et élèves, elles réussirent à se maintenir ou à s'établir. L'abbé Grégoire a pu écrire avec vérité et avec Tautorité qui s'attache à son témoignage : « De Van Va Van VIII y la persécution religieuse, armée de tous les moyens d'astuce y de séduction ^ de puissance ^ de férocité y d' acharnement , a fait d'inutiles EFFORTS pour attirer V enfant à ses écoles, le peuple à ses fêtes décadaires, >

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