ACTE PREiMIER
NOÉMI;, se lève.
Excusez-moi, monsieur, mais je ne suis pas habituée aux compliments... surtout comme cela à brûlepourpoint !
DUTIIEL, se lève.
Je n'ai pourtant pas encore dit tout ce que je pensais.
NOÉMI, souriante.
Alors, ce sera pour la prochaine fois.
DUTHEL.
Si vous voulez, (il aperçoit madame Lambert.) Madame I
(il la salue ; et, à Noémi.) Pour nous résumer, je puis annoncer à ma femme que vous acceptez?
NOÉMI
Mais, certainement, monsieur.
DUTHEL, s'incline.
Merci, mademoiselle, et à bientôt... le*plustôt possible, (a madame Lambert.) Madame, j'ai bien l'honneur de vous saluer, (a. Noémi qui l'accompagne vers la
grille.) Bonsoir, mademoiselle Lambert.
Il sort.
NOÉMI, revient vers sa mère, très exubérante.
Oh ! maman, maman. Nous voilà heureuses, nous voilà riches I un bon génie nous a conduites dans ce pays... (Elle l'embrasse.) Quels braves gens ! et comme je les aime ! (La mère descend.) Tout à l'heure c'était à qui protesterait le mieux de son dévouement : « Mademoiselle, je parlerai de vous en haut lieu, vous pouvez y compter... Ma chère demoiselle, n'oubliez pas que ma famille et moi sommes tout à votre disposition, usez et abusez. » Et les encouragements! les félicitations! « c'est étonnant ce que vous obtenez de vos élèves! Votre école est une école modèle.
Il faut absolument qu'on le sache, que votre situation grandisse en raison des services éminents que vous rendez... » et tant d'autres choses! Ah! si tu les avais entendus.
MADAME LAMBERT, froidement.
Je les ai entendus.
NOÉMI, toujours exubérante.
M. Oudoire veut que j'aille me reposer chez lui à la campagne, il met sa voiture à ma disposition. M. Rivollet m'invite à aller passer une partie des vacances chez sa sœur, et M. Masurier, tenait énormément à nous avoir à dîner avec le délégué cantonal M. Baudrand, le pharmacien, celui qui me fait des saluts jusqu'à terre. Je ne t'en ai pas parlé; j'ai refusé.
MADAME LAMBERT, inquiète.
M. Duthel qu'est-ce qu'il voulait?
NOÉMI
Oh ! M. Duthelj petite mère, c'est bien mieux ! Il veut que je donne des leçons à sa fille pendant les vacances. Ça va me faire trois élèves, je gagnerai beaucoup d'argent! nous aurons bientôt payé toutes les dettes et nous pourrons faire des économies !
Elle l'embrasse encore.
MADAME LAMBERT, triste.
Ne va donc pas si vite !
NOÉMI, étonnée.
Mais je ne vais pas trop vite! Ma situation n'estelle pas sûre maintenant? Je ne suis plus adjointe, je. suis directrice^ petite mère, directrice! Et je ne pense pas changer de poste de si tôt... Je le voudrais qu'on me retiendrait de force!