ACTE DEUXIÈME
mes... Je sais ce dont les plus honnêtes sont capables, (silence. Mouvement de grande attention de Noémi.
Madame plus grave.) Ton père — il faut que tu le saches — m'a rendue... bien malheureuse !
NOÉMI, stupéfaite.
Mon père?
MADAME LAMBERT, après un silence, net et sans larmes.
C'était le plus excellent des hommes, mais il rencontra... une personne, et... il fut tout autre. Lui si bon, lui si doux, il devint pire qu'une bête !... pire!.. (Baissant la voix.) un jour, il m'a frappée ! Lui 1
silence.
NOÉMI, stupéfaite.
Mon père ?
MADAME LAMBERT, sans répondre.
Tu ne peux soupçonner, quand ils désirent, combien les hommes sont traîtres et lâches... (Avec un© tendresse émue.) Gomprends-tu maintenant, pourquoi j'ai peur?
NOÉMI, troublée.
Tu ne m'avais jamais dit cela ?
MADAME LAMBERT, très émue.
Parce que j'hésitais à sacrifier la mémoire de ton père au bonheur de son enfant... aujourd'hui, Dieu me pardonnera, il le fallait.
NOÉMI, grave et songeuse.
Est-ce possible! Que sommes-nous donc?... Que veulent-ils de nous?
Elle reste les yeux fixes dans le vide. — Edmond entre par la porte du préau.
NOÉMI, se lève et brusquement.
Vous ?
EDMOND, sans remarquer le ton, très tristement.
Bonjour, mademoiselle Xoémi, bonjour, madame Lambert.
NOÉMI, radoucis.
Je croyais vous avoir prié, mon cher monsieur Edmond^ de suspendre vos visites?
EDMOND, s'avance vers madame Lambert.
Oui, mademoiselle ; mais...
NOÉMI, radoucie, ayant pitié de la tristesse d'Edmond.
Puisque vous vous rappelez nos conventions, pourquoi profitez-vous de ce que les ouvriers laissent la grille ouverte pour entrer furtivement et les enfreindre?
Il me fallait absolument vous voir...
NOÉMI, tristement ironique.
Pour me dire que vous ne pouvez pas plus longtemps supporter notre séparation et que vous souffrez trop!... (se rappelant les paroles de sa mère). VouS
êtes un homme, vous aussi !
EDMOND, étonné.
Mademoiselle, ce n'est pas ça... je vous jure que ce n'est pas ça... c'est bien plus grave!
NOÉMI, à Clémence qui est entrée par la porte des appartements.
Qu'y a-t-il?
CLÉMENCE, sur le pas de la porte.
M. Masurier est là, dans le préau...
Elle montre la porte du préau et sort. NOÉMI.
Ah! enfin! (a Edmond vivement.) Mon cher monsieur