‹ L'êcoliere; piece en cinq actesChapitre 40 sur 106 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

BAUDRAND, riant.

Je parie qu'il vous a fait une déclaration ?

NOÉMI

Ici même, il n'y a qu'un instant.

Elle s'éloigne vers la gauche.

BAUDRAND, se levant.

Lui! une [déclaration. Il faut que ce soit vous qui me le disiez pour que je le croie !... Il n'a donc même pas le sentiment du ridicule, le pauvre bonhomme ! Et, il fut entreprenant?

NOÉMI

Je ne l'aurais pas permis.

BAUDRAND, remonte et passe au-dessus du bureau.

Oui, bien entendu. Et puis, une autre considération l'arrête sans doute, il pense que nous sommes là et que nous ne le tolérerions pas.

NOÉMI, étonnée.

Qu'est-ce que vous ne toléreriez pas?

BAUDRAND, s'approche.

Mais qu'un homme comme lui, de son âge, sans manières et sans instruction, s'adresse à une femme comme vous.

NOÉMI, riant.

C'est de la chevalerie.

BAUDRAND, la regarde.

Non, de la sympathie seulement... une sympathie dont on ne peut se défendre quand on connaît vos mérites, le courage avec lequel vous avez lutté...

NOÉMIj avec modestie.

Oh! n'exagérez pas, mes mérites ne sont pas bien grands et il ne manque pas de mères de famille plus admirables que moi.

BAUDRANi).

Oui, mais ces mères de famille ont les joies du foyer, l'amour du mari et des enfants qui les réconfortent et les consolent; vous n'avez rien de tout cela.

NOÉMI, s'éloigne vers la table à ouvrage.

Je VOUS assure que je me passe fort bien de tout cela, et que cela ne m'empêche pas de dormir.

BAUDRAND, doctoral.

Cependant ce sont des joies naturelles, je dirai même nécessaires. Le coeur a besoin de s'épancher, s'il reste dans l'isolement, s'il ne peut plus accomplir les fonctions pour lesquelles il est créé, il s'ané- )nie et il s'atrophie I

NOÉMI, revient vers lui et s asseoit.

Dans ce cas on lui fait prendre du vin Baudrand, n'est-ce pas?

BAUDRAND s'incline.

Vous plaisantez, vous avez beaucoup d'esprit, je n'en doute pas. Mais, apprenez que les affections sont des nécessités vitales, tout comme le boire et le manger; soit dit, sans vouloir nier l'agrément des charmantes et poétiques fleurs dont on les enguirlande. Vous avez tort de vous en désintéresser. Les années passeront, votre jeunesse s'envolera, votre fraîcheur se flétrira sans un sourire, sans une joie I Vous ne sauriez croire combien cette perspective est attristante quand on vous connaît et quand on vous estime.

C'est très aimable à vous, monsieur Baudrand, de m'avertir; mais, convenez que d'autres soucis m'empêchent de songer à ces choses.

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