ACTE DEUXIÈME
était d'accord; j'ai répondu que ce n'était pas trop tôt. Il a voulu m'expliquer la chose, je lui ai dit: suffit, je verrai ça avec la demoiselle; on s'entendra mieux nous deux qu'avec vous. Pas vrai?
N0PI;MI, à voix sourde et basse.
Sans doute!... Sans doute I
OUDOIRE, sans rien remarquer.
Vous avez les plans là, mademoiselle Lambert?
NOÉMI, même voix.
Dans la bibliothèque!
Elle fait un mouvement.
OUDOIRE, se lève et va à la bibliothèque qu'il ouvre.
Ne VOUS dérangez pas... Vous comprenez, Masurier, lui, il est marchand de liqueurs, (il n'y a pas de déshonneur à ça;) et, s'il s'agissaitde discuter une qualité de cognac ou uue marque d'absinthe, (ii redescend au
milieu en dépliant les plana.) s'il S'agissait encore, d'une
partie de m mille aucufé de l'Oise, je pourrais causer avec lui ; mais, pour ce qui est du bâtiment, que diable voulez-vous qu'il v comprenne? Il n'j^ entend
rien de rien. . . (ll va s'asseoir au bureau, en passant en avant.)
Et puis, moi, je suis comme l'autre : à chacun son métier et les vaches sont bien gardées. Ah ! voyons
voir un peu ça (ll pose les plans sur le bureau.) Oui, On
démolit ce mur-là... et l'on prend la petite cour... (Après un moment.) Eh bien! votre architecte n'est qu'un imbécile ! Tenez, vous, mademoiselle, qui êtes instruite, je suis sûr que vous allez comprendre tout de suite. (Il tire ses luneties.) Quoique ça UG soit pas tout
à fait votre partie... (La regardant en riant et se renversant sur son fauteuil.) C'est vrai que l'instruction c'est bien un peu comme la construction, nous bâtissons des maisons et vous bâtissez des femmes, (il essuie ses
lunettes.) une belle maison et une belle femme, c'est tout un ! Il faut d'abord que toutes les deux aient une façade qui fasse plaisir à regarder et puis, que l'intérieur soit bien compris.
Il rit et ajuste ses lunettes. NOÉMI, même voix, absente.
Oui... oui.
OUDOIRE, montrant le plan.
ïenez^ vous allez vous rendre compte aussi bien que moi: vous comprenez, mademoiselle Lambert, que moi, Oudoire^ qui suis votre ami, je désire avan t tout et de tout mon cœur vous être agréable. Jecons truirai comme il vous plaira; mais je ne peux pourtant pas exécuter ce qui est indiqué là, je ne peux I)as 1
NOÉMI, sans .y faire attention.
Pourquoi donc ?
OUDOIRE.
Rapport à l'écoulement des eaux, (il tire un mètre
de sa poche et montre sur le plan.) Si j'élève ma clôture ici^ au trait rouge que vous voyez (Noémi ne regarde pas,
ses yeux fixent le vague.) et que j'appuie mon toit sur le mur de refend qui estlà^ au milieu des bâtiments, ma pente se fera sur la mitoyenneté des héritiers Bonnard et j'ai là un bon mètre de trop. Voyez-vous,
voilà ce que ça ferait, (il plie son mètre de façon à donner à quatre-vingts centimètres une pente, à l'extrémité de laquelle se dressent verticalement les vingt derniers centimètres.) Voilà mon toit, il faut que j'aie au moins cette pente, et voilà mon mur mitoyen. Alors, qu'est-ce qu'il arrivera ? je serai obligé d'établir un caniveau en ciment et de faire passer la conduite de descente
à l'intérieur, (voyant que Noémi n'a pas bougé.) VouS
avez saisi mon explique?