ACTE TROISIÈME
MADAME DÉMARIÉ, menaçante, à Berthe qui grogne.
Que disais-tu donc toi ? Grande dinde!.. Nigaude !.. gredine !... insupportable!... Allons, file. (Elle pousse
Berthe dans le préau et s'arrête près de madame Lambert qui est remontée; à madame Lambert.) Son père était furleuX,
nous ne savions pas ce qui lui était arrivé...
BAUDRAND, saluant tout le monde.
Mesdames !
MADAME DUJARDIN, conciliante.
Vous ne pouvez pas nous quitter comme ça, monsieur Baudrand; voyons?
BAUDRAND
J'ai dit tout ce que j'avais à dire; j'estime avoir fait ce qu'en conscience, je pensais être mon devoir.
MADAME DUJARDIN
Personne n'en doute à Trimonl, monsieur Baudrand, personne !
BAUDRAND
Il m'est arrivé, et il m'arrivera encore fréquemment, je l'espère, d'adresser des compliments à notre chère directrice et de la défen Ire au besoin, en présence de M. l'Inspecteur, soit dit sans vouloir la froisser.
NOÉMI, descend de la chaire.
Alors, monsieur, veuillez mettre le comble à votre courtoisie et nous dire quelles propositions honnêtes vous étiez venu me faire?... Ces dames peuvent tout entendre, je n'ai de secret pour personne.
BAUDRAND
Et moi, mademoiselle, je n'ai de compte à rendre de ma conduite à personne!
Il se dispose à sortir.
NOÉMI, rudement.
C'est trop de discrétion ou de timidité de votre part.
MADAME LAMBERT, va vers Noémi.
Noémi, que veux-tu dire?
MADAME DÉMARIÉ, descendue entre les bancs.
Il faut qu'on sache...
NOÉMI
Monsieur le délégué cantonal en se faisant valoir à mes yeux, comptait sur un élan de reconnaissance, uu moment d'abandon, qui eût permis à M. Baudrand de renouveler, avec succès, certaines tentatives galantes que j'ai déjà dû repousser une fois!
MADAME DUJARDIN, effrayée, a Noémi.
Qu'osez-vous raconter, là!... Jamais, je n'ai entendu dire à, ces messieurs une seule parole qui puisse.,.
NOÉMI, à madame Dujardin.
A VOUS, femme respectable, ces messieurs se présentent sous leurs dehors respectables, en. face d'une pauvre fille qu'ils désirent, ils ne prennent plus la peine de dissimuler; et, c'est seulement dani^l'intimité que M.B.xudrand se permet d'être lui-même !
MADAME DUJARDIN, à mi-voix.
Mon amie, taisez-vous, taisez-vous, vous voulez donc vous perdre.
BAUDRAND, ricanant.
Non, non, laissez donc parler mademoiselle, elfes sont très suggestives les petites fables qu'elle invente.
MADAME DËMARIÉ, à part.
Je te crois.
ACTB TROISIÈME 113
NOÉMI, net.
Je n'invente rien!
MADAME DUJARDIN, s'interposant.
Non, non.
MADAME LAMBERTj suppliant.
Noémi !
NOÉMI
Je sais parfaitement ce que je dis^ monsieur sait, aussi bien que moi, que je n'invente rien; et, je suis enchantée qu'il y ait des témoins pour m'entendre.
BAUDRAND, perfide.
Mademoiselle se formalise de billevesées; mais, trouve, sans doute, qu'il est très convenable pour elle, de passer la journée chez M. Rivollet... et même la nuit?
NOÉMI, stupéfaite recule entre sa mère et madame Dujardin.
Oh!
MADAME DUJARDIN, vivement à Baudrand.
D'abord, c'était chez la sœur de M. Rivollet; et puis, il faisait un orage épouvantable!
BAUDRAND
Ou bien, de se laisser embrasser comme tout à l'heure, sans orage, par M. Masurier.
NOÉMI, ne se contenant plus.
Mère, tu m'avais bien dit que le désir avilissait les plus honnêtes. Mais je ne supposais pas qu'il pût les rendre aussi méprisables! aussi abjects et aussi lâches... lâches!
MADAME DÉMARIÉ, riant à part.
Attrape, mon vieux!
MADAME DUJARDIN, affolée.
Vous n'y pensez pas, vous perdez la tête !
BAUDRAND, rageur.
Mademoiselle Lambert, les mots que vous venez de prononcer devant témoins sont de ceux qui ne devraient jamais sortir de la bouche d'une honnête femme,, à plus forte raison d'une femme chargée de l'enseignement. J'agirai donc en conséquence. Je ne puis laisser adresser à la commission scolaire le telles injures!
NOÉMI, avec force.
De telles vérités !
MADAME DÉMARIÉ; à part.
Bien envoj^é !
BAUDRAND
Nous verrons ce qu'en pensera M. le Préfet... nous verrons !
Il se dirige vers la porte.
MADAME DUJARDIN, courant après Baudrand.
Monsieur Baudrand?... Mon.sieur Baudrand? Je vous en prie... écoutez-moi...
BAUDRAND
Non, madame, non...
Il sort.
MADAME DUJARDIN
Monsieur Baudrand !
Elle sort.
NOÉMI, redescendue vivement à sa mère.
Oh! petite mère! petite mère! que je suis contente ! que je suis contente! que je suis contente ! (Elle l'embrasse, puis redressée, poussant un grand soupir et débordante de joie.) Je me sens débarrassée du poids qui m'écra-