ACTE QUATRIÈME
.CLÉMENCE, outrée.
Oh I mademoiselle !
MADAME DUJARDIN
Depuis deux mois il n'est question que de cela dans la ville et les faubourgs et, quand tout le monde affirme la même chose, on est bien forcé de croire.
CLÉMENCE, dégoûtée.
Si c'est comme ça, moi, je ne veux plus rester ici !
MADAME DUJARDIN, la rassure.
Vous? Vous êtes en dehors de toutes ces vilaines histoires et tout le monde serait enclianté de vous voir rester à Trimont; mais, faites attention, mademoiselle Glémenoe! Faites bien attention!
CLÉMENCE
N'ayez pas peur 1
MADAME DUJARDIN, indignée.
Ah! elle nous a joliment dupées ! Sans compter qu'on est allé jusqu'à insinuer que j'avais été l'entremetteuse! Comprenez-vous ça, moi! Moi qui depuis vingt-cinq ans...
NOÉMI, à la cantonade dans le couloir.
Oui, maman, je vais répondre à Florion.
MADAME DUJARDIN, gagne vivement la porte.
La voilà I Je ne veux plus la voir. A bientôt ; faites votre profit de ce que vous savez.
Elle disparaît.
CLÉMENCE
Merci !
Elle se met vivement à ranger les tables, les cahiers et les livres.
Noémi entre, elle tient des lettres à la main et va s asseoir à la table de la maîtresse pour écrire.
NOÉMI, à Clémence.
C'est cela, mademoiselle Clémence, mettez un peu d'ordre, il y en a bon besoin! (Tout en écrivant.) Ma mère m'a dit qu'il était venu des dames?
GLÉM.iNGE.
Oui, mademoiselle, madame Poirier et madame
Noirtin.
NOÉMI, toujours écrivant.
Que voulaient-elles?
Elles venaient pour leurs enfants.
NOÉMI
Je le suppose bien, mais encore?
CLÉMENCE
A partir de lundi, ces demoiselles cesseront de suivre les classes.
NOÉMI, cessant d'écrire.
Elles aussi I Les petites Aragon n'ont pas paru ce matin ?
CLÉMENCE
Non, mademoiselle.
NOÉMI, nerveuse.
Sophie Naudin, non plus ?
CLÉMENCE
Non, mademoiselle.
NOÉMI, s'accoudant sur la table.
Et quelles raisons ont données ces dames?
CLÉMENCE, embarrassée.
Elles ont commencé par me raconter qu'elles avaient changé d'idée pour l'éducation de leurs filles et puis après...