ACTE QUATRIÈAIE
MADAMF. LAMBERT, plus haut.
Il y a une éternité que je ne l'ai vue, madame Dujardin. Elle ne vient-donc plus?
NOÉMI, tout en écrivant.
C'est juste, depuis quelque temps, elle n'est pas venue, (a clémence.) Voiis n'avez p^s vu madame Du jardin, mademoiselle Clémence ?
CLÉMENCE, à droite dans les rangs.
Non, mademoiselle, il y a plus d'un mois.
NOÉMI, à sa mère.
Elle doit être malade... j'y passerai.
M.\DAME L.AMBERT, s'estassise, elle regarde Clémence qui achève la récolte des cahiers et s éloigne.
Noémi ? Ton école marche toujours aussi bien?
NOÉMI, relevant la tète.
Pourquoi cette question, mère?... Mais oui, elle marche très bien.
MADAME LAMBERT
C'est curieux, il me semble que l'on fait moins de bruit, que les enfants crient moins, qu'elles sont moins nombreuses...
NOÉMI
Aujourd'hui, c'est jeudi, voilà pourquoi tu ne les entends pas.
MADAME LAMBERT
Oui, aujourd'hui, mais les autres jours aux heures de récréation, je ne les entends plus ni chanter ni rire. Tu as beau dire, il se passe quelque chose d'anormal. L'école a perdu sa gaîté. On y parle à voix basse, on dirait que l'on s'y attend à... un malheur I
ISi L'ÉCOLIÈRE
NOÉMI, ferme sa lettre et riant.
A l'approche des examens, c'est toujours ainsi, les élèves songent moins à s'umuser.
Elle se lève.
MADAME LAMBERT, la regardant fixement.
Bien vrai I tu ne me trompes pas ? Laisse-moi lire dans tes yeux, jusqu'au fond de ta conscience.
NOÉMI, s'éloigne.
Voyons, maman, pour quelle raison te tromperaije ?... Mais tu vois bien que je suis contente, très contente... Oui, très contente I (Elle sb tourne vers la
porte du préau et aperçoit Rivollet qui approche.) Tiens!
voilà notre bon ami M. Rivollet, qui vient nous faire une petite visite. (Allant à la porte.) Entrez donc, monsieur Rivollet.
RIVOLLET, très froid.
C'est que je ne sais pas si je dois... les règlements..
NOÉMI, lui tendant la main.
Aujourd'hui, je n'ji pas d'élèves; c'est madame Lambert qui vous reçoit chez elle.
RIVOLLET, saluant madame Lambert.
Madame !
NOÉMI, joyeuse.
Ah! vous ne sauriez vous imaginer combien je suis heureuse de vous voir; asseyez- vous donc.
RIVOLLET, refusant la chaise.
Merci, je ne puis rester qu'un instant.
NOÉMI
Et madame votre sœur se porte toujours bien?
RIVOLLET.
Non, pas trop bien. C'est précisément ce qui l'a empêchée de venir elle-même.