ACTE ÛUaTKIEME
NOÉMI
Elle n'est pas alitée ?
RIVOLLET, embarrassé.
Non... mais elle garde la chambre... Je venais vous parler, mademoiselle Lambert, au sujet...
NOÉMI, allant à son secours.
De voire nièce?
RIVOLLET.
Oui, de ma nièce.
NOÉMI
C'est une excellente petite fille, intelligente, bon caractère^ mais elle n'est pas assez travailleuse.
RIVOLLET, cherchant ce qu'il va dire.
Oui... oui...
Les devoirs ne sont jamais finis, les leçons à peine sues, et en classe, elle est très dissipée.
RIVOLLET, se posant tantôt sur une jambe tantôt sur l'autre, cherchant un point d'appui.
Oui, c'est ce que nous pensions... Ma sœur et moi, nous nous étions aperçus que l'enfant ne profitait pas des leçons et nous nous demandions d'où cela pouvait provenir : nous avons peur que cette paresse ne tienne à l'état de sa smté. Son père est mort de la poitrine, elle est naturellement très délicate, de plus, elle est dans la période de croissance; avec le changement de saison, on peut craindre le surmenage, l'anémie, aussi nous avons décidé, d'après l'avis du médecin, de l'envoyer pour quelque temps à la campagne.
NO.OMI, dont le visage s'est assombri, vivement.
Ah!... pardon, un instant.
136 L'ECOLIÈKE
Elle va vers Clémence, elle lui fait signe de fermer .les croisées et lui parle bas.
MADAME LAMBERT, à Rivollet.
On ne saurait trop prendre de précautions à cet âge.
• RIVOLLET.
C'est comme je l'ai dit à ma sœur^ les études, c'est très joli, la santé avant tout.
MADAME LAMBERT
Elle a cependant très belle mine, cette petite?
RIVOLLET.
Peuh! De fausses couleurs,, elle a l'air comme cela solide... en réalité, c'est un petit poulet...
NOÉMI, revenant.
Mère, je viens de faire fermer les fenêtres, mais je crains qu'il ne fasse encore trop frais ici pour toi ?
MADAME LAMBERT
Je ne sens pas.
NOÉMI, insistant.
Tu ferais mieux de rentrer, crois-moi, mademoiselle Clémence va t'accompagner.
MADAME LAMBERT
Je n'ai besoin de personne pour m'accompagner... je m'en vais, parce que tu le veux...
NOÉMI
Oui, je t'assure, cela vaut mieux.
MADAME LAMBERT, à Rivollet sèchement.
Souhaite le bonsoir, monsieur.
RIVOLLET.
Au revoir, madame, et conservez-vous enjjonne
AGTt; QUATRIÈME 137
santé. (.Madame Lambert sort lentement accompagnée de Clémence, Noémi très impatientée les suit des yeux. — Rivol-
let vivement.) Il ne me reste plus maintenant, mademoiselle, qu'à m'excuser de vous avoir importunée si
longtemps, (Noémi sans se retourner et sans répondre, regarde s'éloigner sa mère.) Vous êtcs avertie, au besoin nous pourrons vous remettre un certificat de médecin, si cela est nécessaire; j'ai donc l'honneur, mademoiselle, de vous présenter mes salutations.
NOÉMI, après que la porte s'est refermée sur sa mère et Clémence,
Un instant, monsieur Rivollet!
RIVOLLET, s arrête dans son mouvement de sortie.
C'est que...
NOÉMI, simplement.
Vous comprenez que je ne suis pas dupe, moi, des prétextes inventés pour me reprendre votre nièce.
RIVOLLET, très étonné.
Mais...
NOÉMI
Louise n'est pas plus malade que vous ou moi.
RIVOLLET.
Je vous assure...
NOÉMI
Monsieur Rivollet, un jour, vous me déclariez tout net qu'il vous serait agréable de m'avoir pour maîtresse, je refusais avec la même franchise et nous restions bons amis ; le mensonge ne vous va donc pas. Dites-moi tout bonnement que la conduite scandaleuse que je mène, a seule décidé madame votre sœur à retirer sa fille de mon école, dites-le, je préfère?
Elle s'asseoit à l'extrémité d'un banc.
RIVOLLET, hésitant.
La petite est aussi réellement malade,
NÛÉMI.
Oui, elle est aussi, malade!... (se retournant.) Je m'imaginais que vous étiez mon ami, monsieur Ri- Yollet, vous sembliez avoir pour moi quelque estime, et vous étiez uoe des dernières personnes que j'eusse supposée capable d'ajouter fui aux infamies que l'on colporte sur mon compte.
RIVOLLET.
Je n'en ai pas cru un seul mot !
NOÉMI, araère, tournant le dos.
Vous n'avez pas cru, cependant vousagissezcomme si vous croyiez!
RIVOLLET, s'asseyent.
Ce sont ces dames qui ont monté la tète à ma sœur.
NOÉMI
Et vous, mon ami, voas n'avez rien trouvé à répondre pour me défendre f Au lieu de leur imposer silence, vous me reniez quand tous m'abandonnent, et vous faites auprès de moi une démarche qui doit achever de me perdre aux yeux du pays. Si c'est ce que vous appelez de la sympathie et du dévouement, quand donc recontrerai-je quelqu'un qui me déteste et me haïsse!
RIVOLLET, vexe.
Je ne demande pas mieux, mademoiselle, que de vous obliger, je suis prêt à faire pour vous tout ce qui dépendra de moi... mais que puis je?
On vous a raconté que j'étais la maîtresse de