ACTE QUATRIÈME
KOÉMI, referme la porte et revient vers !a chaire. Les bons amis!... (Elle hausse les épaules, puis joyeuse.)
Ouij il viendra le iiancé, il viendra le mari!... (.joignant les mains.) Enfin ! (Elle se retourne et marche rêveuse et rieuse, tête baissée.) Il viendrai (Elle s'arrête,
frappée de stupeur.) Et, S'il ne venait pas!
Elle reste adossée à sa table, les yeux fixes. — Entre Henriette par la porte du fond, un carton sous le bras.
HENRIETTE
Bonjour, mademoiselle!.
NOÉMIj sans bouger.
Bonjour, Henriette, bonjour.. Tenez, mettez vos cahiers et vos livres sur cette table. (Elle désigne la
première table des élèves. — Pendant qu'Henriette prépaie ses cahiers.) Il aurait écrit! (Elle prend une chaise et s'asseoit au bas de la chaire.) VouS avez fait tOUS VOS devoirs?
HENRIETTE
Oui, mademoiselle, faut-il vous lire l'analyse ou le résumé d'histoire?
NOÉMI, sans faire attention, 1 esprit ailleurs.
Commencez par l'analyse. Voyons ce que vous avez fait?... (a part.) S'il ne venait pas?
HENRIETTE, lit. •
Hélas! petits moutons, que vous êtes heureux.
Vous paissez dans vos champs, sans soucis, sans alarmes
Hélas ! interjection se rapportant à la personne qui parle — Petits moutons, apostrophe — c'est aux petits moutons qu'elle s'adresse — petits, adjectif qualificatif masculin pluriel. — Que... (Elle s'arrête, depuis le commencement de la lecture, Noémi est retombée dans son angoisse.
— Etonnée après un siieuce.) Mademoiselle... que, c'est un adverbe ?
NOÉMI5 qui a entendu la fin de la question, comme se réveillant et très agitée.
Quel un adverbe?... pardon... je n'y étais pas, relisez la phrase ?
HENRIETTE
Petits moutons, que vous êtes heureux...
NOÉMI, les regards dans le vide douloureusement.
Oh I oui, ils sont heureux I Ils ne chercheront jamais à savoir ce qu'ils sont, où ils vivent^ ils se contenteront de paître comme le troupeau; tandis que nous...
Elle s'arrête.
HENRIETTE, après un silence.
Mademoiselle, comme vous dites ça!... Vous avez des ennuis?... de la peine? (eiio se lève et va vers Noémi.) 0 madeuioiselle, répondez-moi, je voudrais tant vous consoler !
Elle l'embrasse.
NOÉMI, 1 écarte et avec amertume.
Voj'ez-vous, Henriette, ne vous demandez pas pourquoi ceci, pourquoi cela, dites-vous que cela est, qu'il faut le subir, ne raisonnez pas, ne pensez jamais,
laissez-vous vivre ! (S'animant progressivement, tandis qu'Henriette l'écoute avec surprise ) Soyez persuadée que
tous les humains sont bons, justes et loyaux, que l'hon. néteté règne sans partage sur la terre, que ceux qui gouvernent, qui commandent ou qui prêchent sont exempts des faiblesses vulgaires, que leur protection est désintéressée, leurs flatteries sincères, comptez que l'amitié est le plus sûr des biens, croyez aux