‹ L'êcoliere; piece en cinq actesChapitre 77 sur 106 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

grandes âmes et aux nobles cœurs, croyez à la morale, à la vertu respectée et récompensée, croyez à la satisfaction du devoir accompli, croyez à l'existence idéale en ce monde et dans l'auti'e!,.. (se levant.) Ce n'est pas ça la vie!

HENRIETTE, stupéfaite.

Cependant... Mademoiselle, on m'a toujours dit... et dans les livres...

NOÉMI, de plus en plus f xaltée.

Ce que vous avez lu, ce que l'on vous a dit, ce que l'on vous a appris, ce que je vous enseigne, moi, tout est faux ! Quand je vous raconte d'après des fables faites à plaisir, que la vie c'est l'intelligence, je mens! Je mens quand je vous affirme que le bonheur est dans la sagesse ; les mots que l'on fait sonner si haut à vos oreilles, d'honneur et de dignité, ne sont gue mensonges ; il n'y a ni raison, ni justice, ni intérêt, ni môme d'égoïsme; (sourdement.) il n'y a qu'une bête souveraine qui gouverne le monde !

HENRIETTE, elfra^'ée, ouvre de grands jeux.

Oh! mademoiselle ! vous me faites peur 1

NGK.MI, continue.

On vous dira, je vous ai probablement dit bien des fois, moi-môme, que la femme devait travailler à élever son esprit ? lu femme n'est qu'une bête de somme, et l'intelligence que nous développons en nous, la science que nous acquérons, la personnalité que nous nous créons, ne servent qu'à nous faire souffrir... cruellement souffrir!... (Désespérée, se rasseyant.)

Ah! oui, Henriette, n'apprenez rien, il est préférable de ne jamais se demander où l'on est et ce que l'on est, ce que l'on vaut et ce que l'on fait. Ignorez tout!

144 L'ÉGOLIÈRE

HENRIETTE^ avec hésitation.

Mais, mademoiselle, il faut pourtant que j'apprenne pour être institutrice.

NOÉMIj avec tristesse.

Vous voulez être institutrice ?

HENRIETTE, regagne son banc.

Vous le savez bien, mademoiselle.

NOÉMI, la regardant longuement et fixement. Pauvre enfant! (Lentement, très calme.) Oui, VOUS

avez raison... Ne faites pas attention à ce que je vous disais là, je ne sais où j'avais la tête, je suis tellement énervée aujourd'hui. (Henriette reprend sa place.)

Apprenez, Henriette, apprenez le plus possible, mais dans le but unique de savoir, la vie de l'esprit vous procurera des consolations et des joies qui survivront à toutes vos joies comme à toutes vos misères. Instruisez- vous, et même soyez institutrice si vous vous en sentez l'inébranlable vocation, c'est une belle tâche de préparer les âmes à la vie. (se levant.) Et puis peut-être seroz-vous plus heureuse que celles pour qui l'enseignement est un suprême gagnepain. Vous avez une famille, des parents fortunés,- des amis et n'en serez jamais réduite à attendre dans l'angoisse, le défenseur, le sauveur que j'espère, qui

viendra ! (vivement à Clémence qui est entrée par la porte

du fond.) Le facteur n'a pas apporté de lettre pour moi à la seconde distribution?

CLÉMENCE

Non, mademoiselle, il n'y en avait qu'ime pour madame Lambert.

NOÉMI, joyeuse, à Clémence.

Il va venir, c'est certain à présent!... Il aurait

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