ACTE QUATRIÈME
NOÉMI, vivement.
Personne ici n'agit mécliamment, ce sont tous de braves gens ; cependant^ tous, ils se font les complices de ceux qui me poursuivent et m'attaquent ! Ils sont honnêtes, cependant, ils prennent plaisir à me salir sans raison, sans preuve, sur un : on dit I... Mais je ne suis pas encore partie! (Elle va vers la porte du préau.) Non, je ne suis pas encore partie !
Elle regarde le préau.
CLÉMENCE, qui a rangé les bancs, remet les chaises en place j — indifférente.
Espérons-le !
NOÉMI, se retourne et vivement.
N'est-ce pas, vous pensez aussi qu'il viendra?
CLÉMENCE, montée sur la chaise, replace la sphère et les modèles sur le rayon.
M. Edmond?... Je m'étonne qu'il ne soit pas là... Il aura rencontré quelque empêchement sur sa route.
NOÉMI, avec confiance souriant.
Non, non, rien n'a pu l'arrêter !
CLÉMENCE, toujours sur la chaise.
Quelquefois une mésaventure... Des circonstances imprévues.
NOÉMI, regardant à la porte vitrée.
Ceux qui aiment ne s'arrêtent pas quand celle qui
leur est chère crie au secours I (Un silence, réfléchissant.) Il a reçu ma lettre, il y a huit jours ; deux jours pour obtenir de son directeur un congé urgent, mettons trois — il part... (inquiète.) Il aurait dû arriver avant-hier !
CLÉMENCE, toujours rangeant les modèles.
Il arrivera aujourd'hui.
148 l'eculièke
NOÉMIj regardant sa montre.
Non, il doit passer par Paris, et le dernier train de Paris est arrivé à trois lieures quarante.
CLÉMENCE, indifférente.
Il y a le train de nuit et celui de demain matin.
NOÉMI, ènergiquement avec douleur.
Il devrait être ici! Il devrait être ici !
CLÉMENCE, même jeu.
Puisqu'il ne vous a pas répondu, il faut bien croire qu'il va venir.
NOÉMI,. tout d un coup frappée par une réflexion. — A Clémence.
La lettre que ma mère a reçue tout à l'heure?... Je vais voir. (Elle va pour sortir.) Elle est peut être de lui.
CLÉMENCE
Non, mademoiselle, elle venait de Trimont.
NOÉMI, terrifiée.
De Trimont ! Et vous l'avez donnée à ma mère ! Je vous avais cependant recommandé de les faire disparaître et de ne les donner qu'à moi ! Encore une lettre anonyme... et dans l'état où elle est!...
Madame guettait le facteur, elle mel'a arracliée des mains !
NOÉMI, fâchée.
Il fallait soutenir qu'elle était pour moi!... C'était Lien la peine de prendre tant de précautions pour lui cacher la vérité !... Ne voyez-vous pas que chaque jour sa raison s'affaiblit, qu'elle ne m'écoule plus, ne me croit plus, doute de moi?... A présent, ce sera fini!