ACTE QUATRIÈME
à surveiller et que je vous dérangerais probablement, ce matin, j'avais une commission à faire pour le receveur et il m'a retenu à déjeuner.
NOÉMI, troublée.
Ah !.. alors vous êtes ici depuis hier... (Tremblant.) Est-ce que vous n'êtes plus... mon ami?.. Edmond?
EDMOND, ému.
Il faut croire que si, puisque j'ai fait le voyage.
NOÉMr, chagrine.
Pourquoi en ce cas ne m 'a voir pas prévenue hier soir que vous étiez ici? Vous deviez bien penser que je mourais d'impatience?
EDMOND
J'ai bien' pensé en effet que... mais j'ai été accaparé par ;^des anciens camarades, les collègues, ils m'ont emmené au café de l'Oise et nous ne sommes partis que très tard.
NOÉ.MI, inquiète.
Vous êtes allé au café de L'Oise?
Oui.
NOÉMI
Vous avez vu MM. Masurier, Oudoire et Compagnie ?
EDMOND, hésitant.
Oui!
NOÉMI, de plus en plus inquiète.
On vous a parlé de moi ?
EDMOND, spcouant la tête.
Non... pas du tout.
NOÊMI.
Alors, je ne vous comprends pas... Quand on écrit à quelqu'un comme je l'ai fait : si vous m'aimez toujours^ venez; et que ce quelqu'un vient, on est en droit d'attendre de lui. un peu plus d'empressement.
Elle se lève et passe.
EDMOND,, assis.
Je vais vous dire, mademoiselle; là-bas, j'ai beaucoup réfléchi, je me suis demandé pourquoi d'abord, vous m'aviez interdit votre porte, pourquoi ensuite vous m'aviez fait envoyer à l'autre bout de la France.
NOÉMI, étonnée.
Moi ! c'est moi qui vous ai fait déplacer !
EDMOND, continuant.
J'ai pensé que vous vouliez être libre, que je vous gênais. Vos lettres restèrent tendres, mais très rares; vous aviez tant d'occupations!... Un moment, je fus sur le point de tout quitter et de venir ici pour savoir ce qui se passait...
NOÉMI, se retourne.
Et puis?
EDMOND
Et puis, je me suis dit que si vous m'aimiez ce serait superflu et que si vous ne m'aimiez plus c'était inutile.
NOÉMI
Eh bien I vous voilà rassuré, maintenant?
EDMOND, triste.
Oui.
NOÉMI, ironique s animant.
Oui, mais quelque chose vous chiffonne, n'est-ce