CHAPITRE VII
I. L'aberration protectionniste est une survivance. — Adam Smith n'osant rêver rétablissement du libre-échange. — Éliminations successives. — Le libre-échange en Angleterre. — Le protectionnisme à l'intérieur. — Préjugés protectionnistes. — La réciprocité. — Quand voua achetez à un marchand, ce n*e8t pas pour son utilité^ mais pour la vôtre. — De même quand vous achetez à un autre pays. — En mettant des tarifs de douane pour punir un pays, c'est vous qui vous mettez en pénitence. — Se condamner à une amende à l'État quand on achète à un pays étranger. — Obliger tout salarié à travailler plus pour recevoir moins. — IL Les chiffres de douanes. — Cinq périodes de noire commerce extérieur. — Quantités et valeurs. — Comparer de la houille et des diamants. — Du blé et de la vanille. — Les quantités et les valeurs à l'importation et à l'exportation. — La balance du commerce. — Valeur de la tonne exportée et valeur de la tonne importée. — La France importe des objets d'alimentation et des matières premières : elle exporte 'des objets manufacturés. — Absurdité du protectionnisme à son égard. — Le vin que nous importons et le vin que nous exportons. — Les fromages
— in. Développement des exportations en 1895. — Conséquences d'un retour à la liberté en Suisse et aux États-Unis. — Les industries qui en ont profité sont les industries qui protestent contre la protection. — Preuves. — IV. Répercussion des droits de douane sur le consommateur.
— Diminution du pouvoir d'achat de chacun. — Restriction des débouchés non seulement à l'extérieur, mais à l'intérieur. — Exemples : la Compagnie générale des voitures et la Compagnie des omnibus. — Effet de la suppression du tarif sur les laines en masse aux États-Unis. — V. La protection est une augmentation de l'effort. — Elle frappe d'atrophie les industries protégées. — Les béquilles de Colbert. — La boulimie de la protection. — Le cadenas. — On ne doit d'impôt qu'à l'État.
Dans le dernier chapitre, j'ai montré, par des
chiffres, la thèse que j'avais développée sur la valeur relative des capitaux fixes et des capitaux circulants.
Maintenant, je vais examiner les aberrations protectionnistes ; ces aberrations ne sont que des survivances. La notion de l'échange, que j'ai formulée dans le second chapitre, date d'hier, et, aujourd'hui encore, elle se dégage très peu des diverses notions que nous pouvons avoir des questions économiques.
Il y a un siècle, en 1776, quand Adam Smith écrivait son grand Traité de la richesse des nations, il disait que « s'attendre que la liberté du commerce puisse jamais être entièrement rendue à la Grande-Bretagne, ce serait une aussi grande folie que de s'attendre à y voir jamais réaliser la république d'Utopie ou celle de l'Océana. »
Cependant, dès 1820, une pétition des marchands de Londres reconnaissait les avantages d'une concurrence illimitée et, successivement, en Angleterre, on a aboli les systèmes prohibitifs; le rappel des Corn laws eut lieu le 26 juin 1846; en 1849, l'Angleterre supprima l'Acte de navigation.
Avant la réforme douanière, les droits dédouane en Angleterre frappaient 1,142 objets : maintenant
ils n'en atteignent pas une douzaine : le thé, le café, le cacao, le tabac, la chicorée, les fruits secs, les alcools et le vin. Ce sont des droits d'accise : aucun n'a pour objet de protéger un produit national.
La Hollande ouvrit ses portes à la libre concurrence des pavillons en 1850. L'Autriche abaissa ses tarifs en 18S1 et 18S3. La Russie réduisit les siens de 1850 à 1857.
La Belgique abolit les droits différentiels de 1856 à 1857.
La France arriva enfin au régime des traités de commerce en 1860; et ce régime, modifié déjà en 1881, a disparu en 1892.
Je signale ces dates pour montrer que, si nous avons encore beaucoup de préjugés à l'égard du commerce, ce n'est pas étonnant, car la notion de l'échange n'est entrée dans les faits que depuis une période à peine cinquantenaire. Partout nous trouvons des préjugés relatifs au commerce international. On reconnaît bien que, dans un pays, nul ne peut vivre qu'à la condition de vendre et d'acheter. Quoiqu'il y ait des symptômes de protection intérieure, quoique nous voyions, à Paris, le Conseil municipal vouloir faire servir l'octroi à un système de protection pour « le travail parisien », il est peu de personnes qui osent cependant soutenir ouvertement que, dans un pays, l'Etat doit intervenir pour déterminer les prix auxquels doit vendre un producteur à un consommateur, pour protéger un départementaux dépens d'un autre.
Mais, tandis que cette notion disparaît à l'égard du commerce intérieur, elle existe encore relativement au commerce extérieur. Personne n'oserait dire qu'on doive établir des droits de douane entre Mâcon et Paris. On considère qu'il est extrêmement avantageux, pour le département de Saône-et- Loire, de vendre à Paris les bœufs du Charolais et, pour les Parisiens, de les consommer. Et cependant, quoique Mâcon soit beaucoup plus rapproché de la Suisse, on trouve tout à fait naturel qu'il y ait une barrière de douane entre les bœufs du Charolais et la Suisse, et entre les fromages de Gruyère et Mâcon.
Il n'y a qu'un pays, jusqu'à présent, qui ait accepté franchement la liberté commerciale avec toutes ses conséquences : c'est l'Angleterre ; mais en France, à tout instant, même chez les personnes qui paraissent animées d'intentions libérales relativement à nos relations commerciales extérieures, nous voyons se manifester des préjugés qui prouvent que, si elles ont des instincts qu'on pourrait appeler libre-échangistes, elles ont la théorie protectionniste.
Ainsi, nous entendons parler, par exemple, delà réciprocité. La réciprocité fait supposer, d'abord, qu'on échange des équivalents, ce qui n'est pas vrai ; on n'échange pas d'équivalents ; on ne va pas chercher chez le voisin ce qu'on produit soi-même : si on le produit, on l'a sur les lieux; si on le produit à aussi bon marché, on le prend chez soi ; par
conséquent, on n'a pas besoin de s'adresser au voisin pour le prendre. Si, au contraire, on produit plus chèrement, il est absolument inutile d'avoir des tarifs de réciprocité : le voisin n'achètera pas.
Mais que signifie donc ce mot de réciprocité ? Il suppose que, lorsque vous achetez des marchandises à un pays étranger, 'c'est pour l'avantage de ce pays étranger. Pas du tout ! Quand vous achetez des marchandises dans un magasin quelconque, vous ne pensez certainement pas aux avantages de ce magasin. Ce n'est pas pour faire plaisir au Bon Marché ou au Louvre que vous y faites tel ou tel achat. Si vous achetez tel et tel objet, ce n'est pas pour faire vivre ce magasin. C'est parce que vous en avez besoin ; c'est pour répondre au désir que vous avez ; c'est pour votre propre satisfaction ; ce n'est pas pour la satisfaction de votre vendeur.
Lorsque vous mettez des tarifs de douane, pour punir un pays voisin d'en mettre de son côté, qu'est-ce que vous faites ? Vous vous mettez en pénitence, pas autre chose ; vous dites ceci : « Ah ! voilà un pays qui met des tarifs de douane, alors nous allons mettre des tarifs de douane sur les produits qu'il peut nous envoyer, et il sera bien attrapé ! » — Mais c'est vous qui êtes attrapé ! car, apparemment, si vous achetez ces produits-là, c'est quevousenavezbesoin; ce n'est pas pour faire plaisir à ce pays que vous les achetez et que vous les payez : c'est pour votre satisfaction, et si vous mettez un tarif de douane, comme barrière entre votre désir
et Tobjet que vous procure ce pays, vous pouvez évidemment nuire à ce pays en vous supprimant comme clients, mais vous vous nuisez encore bien lî :> plus à vous-mêmes, puisque c'est vous qui vous obligez à payer au-dessus de leur valeur les objets que pourrait vous donner ce pays ! Si nous transposions cette théorie du domaine international aux actes de tous les jours, nous la trouverions absurde. Nous n'irions pas dire : « Ah ! voilà un magasin qui nous déplaît ; seulement comme il produit ce que nous désirons, nous paierons une amende à rÉtat, chaque fois que nous irons acheter chez lui. » C'est cependant le système qu'on appelle le système protectionniste ; c'est celui que nous appliquons ; c'est celui qu'on entend développer dans les Chambres ; c'est celui qui entraîne la majorité des Français et de la plupart des populations des autres pays à sa suite, et vous entendez appeler « hommes compétents » des hommes qui viennent vous développer cette thèse qui se résume en un mot : pour mettre en 'pénitence un pays qui produit à trop bon marché, nous imposer l'obligation d'acheter ses produits très cher. Mais c'est nous que nous frappons, et n'est-ce pas là précisément le contraire de toute l'évolution économique de l'humanité? x\lors que nous essayons, par tous les moyens possibles, de nous procurer le plus de satisfactions au moindre prix, avec un minimum d'efforts ; alors que toute la science, que toute l'industrie, que tout le commerce, que toute la
finance s'ingénient à abaisser les barrières et à mettre à notre disposition les objets dont nous avons besoin, nous élevons des tarifs de douane afin de nous obliger à faire le maximum d'efforts pour obtenir le minimum d'utilités.
Un produit comme le blé est frappé d'un droit qui, lorsqu'il joue pleinement, augmente la valeur du pain de 60 0/0, mettons 50 0/0. A Paris, la consommation par tête est de 450 grammes par jour et par habitant: mais les ouvriers manuels mangent plus de pain que les gens de bureau. Ce n'est pas exagérer que de compter 500 grammes par jour: pour un ménage de 4 personnes, c'est un pain de 2 kilogrammes, soit de fr. 80. Si l'homme gagne fr. 40 par heure, il lui faut donc 2 heures pour gagner le pain de la journée pour sa famille. Le droit de douane disparait: le prix du pain peut être abaissé d'un tiers, l'homme n'a plus besoin de travailler que 80 minutes au lieu de 120 pour se procurer la même quantité de pain.
En un mot ce qu'on appelle la protection du travail national consiste à obliger tout salarié à donner, selon l'élévation du droit de douane, 20, 30, 60, quelquefois 100 0/0 du produit de son travail de plus qu'il ne lui serait nécessaire pour se procurer les objets dont il a besoin.
L*éC0II0MU DB L*BFFOaT. 17
Les protectionnistes disent : « Oui, oui, c'est bon en théorie, mais en pratique cela n'est pas vrai. » Et alors, sous prétexte qu'en pratique cela n'est pas vrai, ils invoquent des chiffres de douane... quand ils leur sont favorables... ils ont bien soin de les négliger quand ils leur sont défavorables.
En France, nous n'avons jamais eu le libreéchange complet, car les tarifs de douane de 1860 représentaient encore des tarifs assez élevés §ur beaucoup d'objets.
En 1881, on a relevé les droits en les transformant de droits ad valorem en^droits spécifiques. Cela n'avait l'air de rien, mais, en réalité, c'était un relèvement considérable, surtout sur les produits bon marché, par conséquent les produits de grande consommation.
Enfin vous connaissez les tarifs de 1892, dont quelques-uns sont prohibitifs ; vous connaissez la suppression de toute espèce de traités de commerce avec les autres pays. Si nous examinons les résultats de cette politique, nous allons constater les faits suivants. Prenons cinq périodes :
1*" La période quinquennale 1855-1859, avant les traités de commerce de 1860.
Là, nous trouvons que le commerce général
était de 5,038 millions; que le commerce spécial était de 3,626 millions, moyenne annuelle.
Deuxième période, la période quinquennale de 1861-1 86S, qui a suivi les traités de commerce.
Ici le commerce général est de 6,680 millions ; le commerce spécial de 5,012 millions.
Il y a donc une augmentation considérable entre ces deux périodes.
Maintenant prenons la période quinquennale 1876-1880, qui est la dernière période du régime inauguré en 1860 : commerce général, 9,634 millions ; commerce spécial, 7,670 millions.
Puis la réaction économique se produit en 1881.
Prenons la période 1882-1886, nous trouvons : commerce général, 9,775 millions; commerce spécial, 7,772 millions; c'est la stagnation.
La période de 1887-1891 augmente un peu, grâce à nos travaux publics, à l'activité qui se développe, aux capitaux qui s'accumulent.
Nous avons 9,950 millions au commerce général ; commerce spécial, 7,834 millions.
Puis vient la suppression des traités de commerce en 1892, et alors, en 1894, nous retombons à 8,919 millions, commerce général, et à 6,928 millions, commerce spécial.
Si nous comparons le chiffre du commerce général de 1894 et celui de la période 1876-1880, nous trouvons en moins 715 millions ou 7,4 0/0.
Au commerce spécial, nous trouvons en moins 742 millions, ou 9,6 0/0.
Par conséquent, au lieu que noire commerce se soit développé, depuis cette période de 1876-1880, nous constatons un arrêt ; et lorsqu'il y a arrêt, il y a recul. Tandis que vous restez immobiles, les autres marchent.
Nous venons de parler des valeurs : les protectionnistes nous disent maintenant : il faut parler des quantités. J'ai montré que, si nous comparions les évaluations provisoires des tarifs de douane avec les évaluations définitives qui indiquent le prix pour chaque année, nous arrivions à des chiffres qui, depuis 1873, arrivaient à 40 0/0, mais il ne faut pas cependant abuser de cette manière de compter dans les tarifs de douane.
J'ai déjà rappelé que, lorsqu'on discuta les tarifs de 1892, M. Aynard fit cette observation aux protectionnistes qui prétendaient que les traités de commerce de 1860 avaient été loin de produire des avantages, puisqu'il y avait eu une baisse dans les valeurs sur un certain nombre de produits. M. Aynard insistait ; il disait : « C'est vrai, il y a eu baisse sur les valeurs, mais il n'y a pas eu baisse sur les échanges ; il n'y a pas eu baisse sur la quantité des objets, mais il y a eu diminution des prix. » A ce moment-là, les protectionnistes ne tenaient aucun compte de cet argument. Comme, maintenant, en dépit de leurs tarifs cette baisse se produit, alors, ils mettent au premier rang cet argument et ils ne cessent de dire : « Il ne faut pas comparer la valeur, il faut comparer la quantité
des objets. » Soit, mais comparer la quantité des objets est un travail extrêmement difficile.
Dans l'ensemble du commerce extérieur d'un pays comme la France, est-ce que nous pouvions comparer la valeur des tonnes de houille et des tonnes de soie? Est-ce que nous pouvons comparer la valeur des tonnes de minerai et des tonnes de diamant? Rien qu'en opposant ces deux mots-là, je montre l'impossibilité de calculer de cette manière. On ne vend pas les diamants à la tonne, on ne vend pas les soieries à la tonne. Il y a donc une très grande différence entre des objets manufacturés, des objets d'une grande valeur, de la bijouterie, et, au contraire, des objets très lourds, représentant beaucoup de tonnes et une petite valeur.
Ces réserves faites, je ne demande pas mieux que d'examiner des chiffres à ce point de vue, en me servant des chiffres établis par la commission des valeurs de douanes.
En 1890 et 1894, le blé est estimé 20 fr. SO le quintal, et la vanille est estimée 42 francs le kilogramme. Il n'y a pas de comparaison possible. De plus, il n'y en a pas, au point de vue de leur importance réciproque dans la consommation.
En 1890 et 1894, une différence en moins à l'exportation des soieries unies et brochées se traduit par une différence, en poids, de 150 tonnes, et, en valeur, de 40 millions de francs, ce qui met la tonne à 250,000 francs, tandis qu'au contraire la tonne de blé représente 250 francs.
Maintenant prenons le poids global : 1890, tonnes, importations, 22,706,000; exportations, 6,740,000; 1894, importations, 23,390,000; exportations 6,650,000 ; différence : les tonnes en plus à rimportation sont de 684,000, et, à l'exportation, sont, en moins, de 90,000.
Les importations, en poids, ont augmenté de 684,000 tonnes et les exportations ont diminué de 90,000 tonnes; or, quelle est la prétention de la politique protectionniste? C'est d'empôcher l'importation. Un pays doit se suffire à lui-même et, par conséquent, il ne doit pas importer.
Tous les mois, encore, il y a des journaux qui, en publiant les chiffres du commerce extérieur, disent très sérieusement quand les importations diminuent et quand les exportations augmentent : « La balance du commerce s'est améliorée. »
C'est l'expression du préjugé, qu'on peut acheter sans vendre, qu'un pays est très malheureux quand il importe et n'est heureux que quand il exporte. Les protectionnistes se donnent pour but, par des tarifs de douane, de diminuer les importations et d'augmenter les exportations. Nous voyons, par les chiffres que je viens d'indiquer, que cette théorie s'est traduite par une déception complète, puisque, en quantité, et non pas en valeur, les exportations ont diminué, tandis que les importations ont augmenté.
1894 : Importations, 3,8S0 millions de francs ; exportations, 3,078 millions,
Voilà donc une différence de 772 millions de francs entre les importations et les exportations. Cette différence est en faveur des importations. Retenons cette différence : 772 millions.
Maintenant, prenons les chiffres en poids : importations, tonnes, 23,390,000 ; exportations, 6,650,000 tonnes: total, 30,040,000 tonnes.
En poids, les exportations comptent donc pour 22 0/0 ; les importations pour 78 0/0, alors que la différence, en valeur, n'est que de 772 millions, sur 7 milliards, soit H 0/0.
La valeur de la tonne exportée est de 460 francs; la valeur de la tonne importée est de 164 francs: différence, 296 francs.
La valeur de la tonne exportée est donc de 180 0/0 supérieure à celle de la valeur de la tonne importée.
S'il y a une pareille différence de valeur entre la tonne importée et la tonne exportée, cela prouve que les objets que nous importons sont des matières premières, des aliments, des objets indispensables pour notre production.
Qu'est-ce que nous exportons? Nous exportons des objets relativement de luxe. Par conséquent, notre avantage n'est-il pas d'importer, au plus bas prix possible, les objets d'alimentation, les matières nécessaires à l'industrie, de manière que nous puissions produire, au plus bas prix possible, les objets que nous pouvons exporter?
Voilà, évidemment, la conclusion qui ressort des çhiffi*es (jue je viens d'indiquer.
Maintenant, si j'arrive à leur analyse, les faits, immédiatement, confirment cette thèse.
Quels sont les onze objets dont Timportation dépasse cent millions de francs?
Céréales, 363 millions.
Le chiffre peut varier d'une année à l'autre, selon la récolte, selon les besoins, mais je prends ceux de l'année 1894, où l'importation des céréales a été relativement peu considérable.
Laines en masse (matière première), 317 millions ; graines et fruits oléagineux (matière première), 198 millions; soies et bourres de soie (matière première), 182 millions; houille crue et carbonisée (matière première), 171 millions ; cotons en laine (matière première), 168 millions; bois communs (matière première), 147 millions; cafés (objet d'alimentation) que nous ne produisons pas, à coup sûr, 146 millions; vins, 144 millions.
Bestiaux 132 millions;
Peaux et pelleteries brutes. . . 115 millions .
Comparons les onze premiers objets, d'après leur ordre d'importance, que nous exportons, et nous trouvons des objets fabriqués :
Tissus de laine. 242 millions ;
Vins 232 millions .
Je m'arrête ici pour montrer la différence des vins que nous importons et que nous exportons : les 4,495,000 hectolitres de vins que nous avons importés en 1894 valaient 144 millions, ils représentaient 32 fr. 20 l'hectolitre. C'étaient des ma-
lières premières. Nous n'en avons exporté que 1,724,000 hectolitres et, cependant, tandis que la valeur de notre importation n'était que de 144 millions de francs, celle de notre exportation de vin était de 232 millions. Les vins que nous exportions valaient 125 francs, en moyenne, l'hectolitre, tandis que ceux que nous importions valaient 32 fr. 20, soit une différence de 93 fr. 80, ou 78 0/0 en faveur du prix de nos vins.
Voilà le caractère de notre importation. Nous importons des vins à bon marché pour notre consommation, ou bien, parce que nous sommes très habiles cuisiniers etque nous savons admirablement couper nos vins avec des vins étrangers, nous leur donnons, avec notre marque de fabrique, des qua- • lités qu'ils n'avaient pas et nous les réexportons comme vins de France. Lorsque nous nous mettons en pénitence et lorque nous empêchons l'exportation de ces vins-là, qui valent 32 francs Thectolitre à l'entrée et que nous revendons 12S francs, nous nous nuisons à nous-mêmes.
Nous nous nuisons à nous-mêmes d'une autre manière : autrefois il n'y avait, pour le vin, qu'un marché dans le monde ; il fallait qu'un vin eût pris la marque de fabrique française ; tandis que, du moment que nous avons établi des droits sur les vins, les étrangers se disent qu'ils peuvent acheter du vin à meilleur marché ailleurs, puisque nous sommes obligés de nous protéger. De plus, des Français çux-mêmes, gênés dans leur commerce,
pour importer des vins à Bordeaux ou à Paris, sont allés en Italie et en Espagne. Un Français même a eu la bonne idée, à son point de vue spécial, de faire ouvrir dans ce dernier pays des entrepôts dans lesquels on reçoit des vins français, en franchise, et qui repartent ensuite coupés avec des vins espagnols. Nous avons appris à nos clients du dehore qu'ils pouvaient se procurer des vins ailleurs qu'en France. Quand un pays a la chance d'avoir concentré un commerce sur son territoire, il doit le garder précieusement, il ne doit pas signifier aux étrangers qu'il y a d'autres marchés où ils peuvent s'approvisionner à des conditions plus avantageuses.
Tissus de soie et bourres de soie, 223 millions, tandis que nous en avons importé pour 1 82 millions : c'étaient des matières premières, tandis que ce que nous exportons, ce sont des produits fabriqués.
Tabletterie, bimbelotterie 154.000.000
Laines, laines teintes, etc 123.000,000
Tissus de coton 113.000.000
Vêtements et lingerie 101.000.000
Soies 89.000.000
Peaux préparées 81.000.000
Ouvrages en peau et en cuir... . . 80.000.000
Fromages et beurre. . . . . . . 65.000.000
Je retiens encore ce chiffre de fromages et de beurres ; nous en importons, mais il y a une très grande différence entre les fromages que nous importons et les fromages que nous vendons, quoique ce-
pendant nous importions des fromages de première qualité, que nous ne parvenons pas à imiter, comme le fromage de Gruyère. Nous avons importé 14,591,000 kilogrammes de fromage, valant 19,407,000 francs, mais nous en avons exporté 5,018,000, valant 8,530,000 francs. Ainsi le fromage que nous importons vaut 1 fr. 30, tandis que celui que nous exportons vaut 1 fr. 70, soit une différence de 31 0/0. Nous exportons des roqueforts, des fromages de première qualité, et les fromages que nous expédions valent plus que les fromages que nous importons.
En un mot, nous importons des marchandises bon marché, nous exportons des marchandises chères, et quand nous refusons de laisser entrer librement en France des marchandises bon marché, matières premières et objets d'alimentation, nous agissons contre nos intérêts les plus évidents, nous augmentons le prix delà vie, nous augmentons nos prix de fabrication ; forcément, il en résulte malaise pour la population, augmentation de notre prix de production et, quand nos produits sortent, ils se trouvent, sur les marchés extérieurs, en concurrence avec les produits des autres nations. Nous sommes exactement comme un cheval de course qui serait surchargé. C'est nous-mêmes qui nous imposons cette surcharge.
Je prends les chiffres de Tannée 1895 : ce sont des chiffres provisoires, le tableau définitif du commerce n'ayant pas encore paru. Les valeurs sont établies au même taux que celles de 1894. A en juger par les évaluations du commerce anglais qui se font au fur et à mesure, les chiffres définitifs accuseront une baisse de 4 à 5 0/0 sur les prix que je vais donner. Mais je prends les chiffres du commerce de 1898, parce que M. Méline en a tiré une conséquence que j'ai rectifiée immédiatement, et il n'a pas répondu à ma rectification. Il y a eu, cette année, en 189S, un développement de notre exportation, et alors M. Méline et ses partisans se sont empressés de dire : « Mais vous voyez, il y a eu une augmentation d'exportation, » et ils ont attribué cette augmentation d'exportation au bienfait des tarifs de 1892. Ce serait extraordinaire qu'ayant augmenté les frais de production, toute leur théorie ayant pour but de restreindre le marché et de le concentrer chez nous ; toute leur théorie ayant pour but de nous brouiller avec les autres nations, eût aboutit à une augmentation d'exportation !
Examinons les chiffres. Il y a eu, en effet, une augmentation d'exportation de 310 millions: voyons comment elle se décompose.
Tissus de laine, 1895 318.530.000
Soit une différence de. . . . 76.285.000
Fils de laine, 1895 28.000.000
Soit une différence de. ... 10 . 000 . 000
Tissus de soie et bourres de soie, 1895. . 259.500.000 __ 1894. . 223.000.000
Différence 36.500.000
Modes et fleurs artificielles, 1 895. . . . 66 . 343 . 000 — 1894.. . . 48.000.000
Différence 17.594.000
Ces quatre industries représentent donc une augmentation de 139 millions sur les 310 millions d'augmentation des exportations, soit 44 0/0. Mais est-ce que ce sont des industries qui vivent de la protection? Aucune de ces industries ne la réclame; au contraire, elles protestent toutes, contre elle ; elles trouvent que la protection les ruine, qu'elle les écrase, et, elles ont raison, car ce n'est pas la protection qui peut faciliter l'augmentation de leurs exportatioons.
Quelles sont, au contraire, les industries qui ont été toujours à la tête du mouvement protection-, niste? Ces industries sont celles des cotonniers et des métallurgistes. Quels sont les effets des tarifs
l'^conouie de l'effort. 18
de douane au point de vue de l'expansion extérieure de ces deux industries?
Les tissus de coton comptaient, en 1895, 120 millions; en 1894, 113 millions; l'augmentation de leurs exportations a donc été de 7 millions, sur 310, soit 2,30 0/0.
Quant aux fils de coton, leur exportation a baissé, mais elle est insignifiante : 2,574,000 pour 1895; 2,640,000 pour 1894.
Enfin viennent la fonte, les fers et les aciers : 15,762,000 francs, en 1895, et vous voyez combien ces chiffres sont petits relativement aux chiffres des industries que je viens d'énumérer tout à l'heure ; 12,293,000 francs, pour 1894 : soit, en plus, 3,469,000 francs.
Ainsi les industries les plus âpres à la protection, celles auxquelles les tarifs auraient dû apporter des avantages considérables, représentent, dans l'augmentation des exportations, un chiffre de 3, 3 1/2 0/0, tandis qu'au contraire les industries non protégées représentent 44 O/Ô, et je n'ai pris que les principales, car, si j'entrais dans plus de détails, on arriverait à constater qu'il y a plus de 70 0/0 de l'augmentation des exportations qui s'appliquent à des industries qui souffrent de la protection, bien loin d'en recevoir un bénéfice.
S'il y a eu augmentation d'exportation, comment s'est-elle produite?... Malgré les tarifs de 1892. Et pourquoi s^est-elle produite en 1895? Mais nous n'avons qu'à voir les pays dans lesquels cette aug-
mentalion d'exporlations s'est produite : États-Unis, 1893, 282 millions; en 1894, 18S millions: différence, 97 millions en plus.
Angleterre, 189S, 1,008,238,000 francs; 1894, 912,878,000 francs: la différence est de 92,360,000 francs.
En Belgique, 189S, 518 millions; en 1894, 477 millions : 37 millions en plus.
En Suisse, 163 millions, en 1895; 129,871,000, en 1894 : 34 millions de différence.
En Italie, 130 millions, en 1895 ; et en 1894, 98 millions : 32 millions en plus.
Je retiens les États-Unis et la Suisse. Avec la Suisse, s'il y a eu une augmentation d'exportations, c'est que nous avons eu l'arrangement francosuisse qui a brisé les barrières qui existaient et qui avaient abouti, à la suite de 1892, à une diminution considérable de nos relations commerciales.
Avec les États-Unis, pourquoi cette augmentation? Mais tout simplement parce qu'on a substitué au tarif Mac Kinley le tarif Wilson qui a abaissé les droits dans de fortes proportions ; c'est donc parce que ces deux pays ont suivi une politique plus libérale qu'elle ne l'était auparavant que nos exportations se sont développées, et non pas parce que nous continuons à jouir des tarifs de 1892.
Et maintenant je dois dire que l'augmentation qui s'est produite en Angleterre, qui s'est produite en Belgique, qui s'est produite en Italie, vient des circonstances suivantes : c'est que beaucoup de
produits qui vont en Angleterre ne font qu'y passer, et ensuite vont de là dans d'autres pays. Une partie de l'augmentation de nos exportations en Angleterre était à destination, en réalité, des Etats- Unis.
De même la Belgique est surtout un pays de transit, et beaucoup de marchandises que nous avons expédiées en Belgique étaient à destination également des Etats-Unis.
En Italie, nous avons eu une augmentation de trafic, oui, mais, il faut bien le dire, pourquoi? C'est qu'à la suite des tarifs qui ont existé, le marché des soies s'est déplacé. Il est à Londres maintenant, au lieu d'être à Paris, et les commissionnaires de Londres s'en vont d'abord à Zurich, à Côme et à Milan ; ils ne reviennent en France qu'après. Nous avons expédié en Italie pour 44 millions de soie et de bourre de soie au lieu de 29. Par conséquent, cette augmentation de nos exportations en Italie prouve un déplacement du marché, et ne prouve pas le moins du monde en faveur de l'expansion qu'auraient produite les tarifs de 1892.
Maintenant, examinons la nature des exportations relativement aux pays. Qu'est-ce que nous trouvons ? Ce sont les industries hostiles à la protection qui ont bénéficié de ce mouvement.
Aux Etats-Unis, par exemple, nous avons, pour les tissus, passementerie et rubans de laine, 189S, 37 millions; 4894, 11 milions : l'augmentation a donc été de 25 millions.
LES ABERRATIONS PpOTECTiONNISTES 209
Tissus, passementerie et rubans de soie, 72 millions en 4895 ; 51 millions en 1894 : différence 20 millions.
Ouvrages en peau, gants, 18 millions en 1895 ; 9 millions en 1894 : différence 8 millions 1/2.
Peaux et pelleteries brutes, en 1895, 12 millions ; en 1894, 4 millions: différence, 8 millions.
Ces augmentations proviennent de la disette des cuirs ; elles ne proviennent pas le moins du monde de la protection.
Tabletterie, bimbeloterie, etc., 1895, 11.988.000 francs ; 1894, 9.483.000: différence 2 millions 1/2.
Fleurs artificielles et ouvrages de modes, 1895, 10. millions ; 1894, 7.300.000 : différence 2.981.000 francs.
Vêtements et lingerie, 1895, 10 millions ; 1894, 3 millions : différence 7 millions.
Ouvrages en peau ou cuir autres que gants ; tissus, passementerie, etc . . . , poteries, verres et cristaux. Tous ces objets-là ont une augmentatation de débouchés aux États-Unis ; ce sont des objets que nous fabriquons, et certainement nous pourrions les livrer dans de beaucoup meilleures conditions, si nous n'étions pas écrasés par les droits de douane.
Le consommateur se ressent toujours très vive-
ment des droits de douane. Quand vous établissez des droits de douane qui relèvent de 20 0/0, de 50 0/0 et davantage un produit, le consommateur paie non seulement sur la quantité qui est importée, mais il paie sur toute la quantité qui est vendue dans le pays. Cet impôt écrasant a une double répercussion: 4** il augmente le prix d'achat de l'objet ; 2° du moment que vous êtes obligés de payer plus cher des objets, en vertu des droits de douane qui les frappent, par cela même, votre pouvoir d'achat est diminué d'une quotité égale. Vous êtes obligés, par exemple, de payer un objet quelconque 2 francs, alors que vous ne le paieriez qu'un franc. Lorsque vous avez consacré ces 2 francs à cet objet, pour la plus grande satisfaction du producteur de cet objet, alors que vous auriez pu l'avoir pour 1 franc, il y a 4 franc qui n'est plus à votre disposition ; votre pouvoir d'achat est affaibli de 50 0/0.
Voici un exemple qui prouve le malaise que font peser les droits protecteurs sur une industrie. Dans le cas suivant, nous avons des chiffres extrêmement exacts et, dans le milieu parisien, nous nous apercevons tous les jours des défauts des transports en commun, de la cherté du prix des voitures et de la difficulté d'avoir de bonnes voitures et de bons chevaux. D'après les comptes de 4894, la Compagnie des Omnibus a payé 3,324,000 francs de redevances et d'impôts à la Ville et 4,230,000 francs à l'État: total 4,554,000
francs, sur une recette brute de 46 millions, alors qu'elle n'a distribué aux actionnaires que 1,032,000 francs. Par conséquent, les impôts, octrois , douanes , etc . , ont exercé un prélèvement beaucoup plus considérable que le dividende qu'elle a donné aux actionnaires, et ils gênent, par cela même, toute espèce d'amélioration de service.
« La Compagnie générale des Voitures a payé à la Ville 1,581,000 francs; à l'État 1,434,000 francs ; total 3,015,000 francs, sur une recette brute de 20,330,000 francs, alors qu'elle a distribué à ses actionnaires 1,849,000 francs. Depuis 1891, par l'effet des nouveaux droits de douane et d'octroi sur les denrées qui servent à l'alimentation des chevaux, les services de voitures travaillent beaucoup plus au profit du budget de l'Etat et de la Ville qu'au profit de leur capital, et le public souffre de l'impossibilité où les entreprises se trouvent placées pour faire la dépense nécessaire aux améliorations des transports. »
Telle est la conclusion d'un rapport de M. LavoUée. Elle est absolument juste.
M. Schoenhof a publié, outre « l'History of money and priées, » un livre extrêmement intéressant sur les Hauts Salaires. Il fait l'observation suivante sur l'effet que peut avoir une diminution de tarif.
Le tarif Mac Kinley frappait les laines en masse ; on a supprimé le tarif sur les laines en masse, mais on a maintenu le tarif sur les confections. Seulement on déduit actuellement du tarif le
prix que payait autrefois la laine incorporée dans la confection. Avant même que le tarif Wilson fût mis en vigueur, immédiatement le prix des confections des vêtements de femme en laine, des vêtements communs, ce qu'on appelle a sacking, avaient subi les variations de prix suivantes : en octobre 1892, ils valaient 55 cents*; en octobre 4894, ils ne valaient plus que 43 cents: soit, par conséquent, une diminution de 22 0/0; en avril 1895, ils ne valaient plus que 35 1/4: soit une diminution de 36 1/2 0/0.
La diminution s'est produite avant même que le tarif Wilson ne fût en vigueur. M. Schoenhof considère que les Américains ont gagné, à cette modification du tarif sur les laines, quelque chose comme 170 millions de dollars en une année, soit 850 millions de francs.
En raison de ce que notre but constant est d'obtenir le maximum de satisfaction avec le minimum d'efforts, toute politique protectionniste, ayant pour résultat d'augmenter l'effort pour se procurer les choses nécessaires, doit être taxée de régressive.
1. Le cent est la centième partie du dollar qui vaut o fr. 20.
Il n'est pas vrai de dire que la politique protectionniste puisse ôtre utile dans certaines circonstances. L'expérience constante nous montre que toute tentative pour protéger des situations acquises contre les transformations de la production et la concurrence soit des nationaux, soit des machines, soit des étrangers, ne peut déterminer que l'atrophie et la ruine, Colbert avait appelé les tarifs de douane les béquilles de l'industrie, et il espérait qu'un jour elle pourrait les rejeter. Jamais, quand des tarifs de douane ont été donnés à une industrie, vous ne voyez cette industrie renoncer spontanément à ses béquilles. Bien loin de là: alors même qu'elle juge elle-même que ces béquilles sont quelquefois gênantes, elle ne demande pas le moins du monde qu'on les supprime. Ce qu'elle réclame toujours, c'est qu'on lui donne des béquilles plus fortes ; jamais elle n'est satisfaite par les droits, par les primes qu'on a pu lui accorder; elle est toujours de plus en plus vorace ; elle demande toujours davantage; elle n'a jamais assez, et les législateurs de tout pays qui est lancé dans la politique protectionniste, bien loin de revenir vers la liberté, demandent toujours de nouvelles protections avec des modifications perpétuelles. Ainsi, en 1892, on a présenté des tarifs de douane comme s'ils devaient être définitifs ; mais, depuis, tous les jours, on présente des projets de remaniement de ces tarifs de douane, et, en ce moment-ci encore est pendante, devant le Parlement, une loi qu'on
appelle le cadenas, qui est destinée probablement à servir, puisqu'on la réclame. Et qu'est-ce que cette loi? Cette loi a pour but de donner au Gouvernement le droit d'établir, du jour au lendemain, sans votes des Chambres, par le fait même du dépôt d'un projet de loi, des droits de douane qu'il percevrait pendant une durée plus ou moins longue, jusqu'à ce que le projet eût été ratifié, modifié ou rejeté par le Parlement.
En réalité, l'Etat n'a qu'un devoir, qu'a parfaitement défini M. de Molinari, VÈtat a pour devoir de maintenir le milieu libre.
C'est à chacun de nous de faire le meilleur usage possible du milieu dans lequel il agit, mais nous ne devons pas demander à l'Etat d'intervenir dans le contrat d'échange pour nous forcer de donner aux uns ce que nous préférerions garder pour nous-mêmes, pour nous obliger de favoriser telle ou telle industrie, telle ou telle production, à nos dépens.
Je m'en tiens au principe qui a été formulé par les hommes de 1789, qui a été répété par tous les libre-échangistes : le contribuable ne doit d'im,pdt qu'à VÈtat ; il ne doit pas d'impôt à tel ou tel producteur; il ne doit d'impôt à aucun propriétaire pour assurer ses revenus ; il ne doit d'impôt à aucun industriel pour assurer ses bénéfices.