CHAPITRE Vni
I. Pourquoi le salaire s*élève alors que les produits baissent de prix.
— La prospérité industrielle d*un pays n* est pas en raison du bas taux des salaires. — C'est le consommateur qui règle le taux du salaire. — « Nécessité d'une grève. » — Erreur de ce terme. — La politique des hauts salaires, c'est la politique des débouchés. — La politique des débouchés, c'est la politique du bon marché. — Le moindre prix, c'est le moindre effort. — Le taux des salaires et l'outillage. — II. L'homme est un capital fixe. — Sa valeur est en raison de sa puissance de production. — Augmentation des salaires. — France. — Dans le département de la Seine. — Industrie de la laine. — Métallurgie. — Mines. — États-Unis. — Belgique. — Rapport des salaires et de la consommation.
— Angleterre. — III. Les salaires et le machinisme. — La machine à battre. — Le machinisme provoque une nouvelle demande de maind'œuvre en développant des industries. — Le taux des salaires est en raison directe de la puissance de Voutillage. — Proportion du capital et du travail dans la production. — IV La rémunération du capital. — Expression impropre. — Y substituer : les profits de l'entreprise. — Les quatre idées de M. Boucicaut. — La qualité de la direction est indépendante du capital. — Le prélèvement du capital dans Tlllinois. — Industries en perte. — Part du capital et du travail à Bacalan. — Mines en gain et en perte. — L'aifirmation d'un journal socialiste belge et les faits. — La mine de Bonne-Fin à Liège. — Part de Texploitation et part du salaire dans l'industrie minière en Belgique. — V. Les oublis dans les calculs des gains. — Les hausses et les baisses. — L'amortissement.
— L'amortissement de l'industrie métallurgique en France. — VI. Les grèves. — Causes de stagnation ou de baisse des salaires. — Elles paralysent l'industrie. — Pertes résultant des grèves. — La grève des mineurs. — Pertes résultant des grèves aux Etats-Unis. — La loi de l'oJGPre et de la demande et le salaire des femmes. — La prétendue pro-
tection du travail des femmes, cause d'arrêt dans leur salaire. — Son caractère oppressif.
J'ai exposé le rapport de la valeur des capitaux fixes et des capitaux circulants. J'ai montré Terreur que commettaient les protectionnistes, lorsqu'ils essaient de rehausser la valeur des capitaux circulants, et j'ai prouvé que, loin d'arriver à augmenter la prospérité du pays qu'ils voulaient protéger, ils diminuaient la valeur des capitaux fixes.
Maintenant, je vais indiquer le caractère du salaire. J'ai déjà montré que le contrat de travail n'était qu'un contrat d'échange, mais ce que je tiendrais à préciser, c'est pourquoi le salaire s'élève alors que les produits baissent de prix. En effet, si nous allons dans les pays qui sont considérés comme les plus pauvres, nous voyons des salaires extrêmement bas et des produits très chers. A coup sûr, nous pouvons considérer que ces pays sont peu avancés en évolution. Pendant longtemps, il y a eu un préjugé, et un préjugé qui a été très répandu dans le monde des industriels, que la prospérité de l'industrie était en raison du bas taux des salaires. Depuis un demi-siècle surtout, alors
que Findustrie a complètement transformé ses méthodes et qu'elle a pris un développement dont nous avons été plus ou moins témoins, ce préjugé a été détruit par Tévidence des faits. Ils prouvent que le bas prix des salaires, bien loin d'être une preuve de la prospérité industrielle d'un pays, est, au contraire, l'affirmation opposée.
Seulement, tout est relatif, et lorsque nous voyons essayer de rehausser, par des moyens factices, le taux des salaires, nous pouvons avoir une certaine inquiétude pour ceux qui les emploient.
On a l'habitude de parler des rapports du capital et du travail. Je l'ai déjà dit : cette expression est fausse. Le capital n'est qu'une avance ; le capital n'est qu'une garantie, mais celui qui paie, en dernier ressort, le salaire, c'est le consommateur et, par conséquent, c'est le consommateur tjtii règle le taux du salaire d'une manière bien simple : si le produit est trop cher, il s'abstient, il n'achète pas; si la main-d'œuvre, relevée d'une manière factice, a augmenté le taux du produit au delà du prix auquel peut le fournir tel ou tel concurrent, le consommateur s'adresse au concurrent ; il abandonne celui qui ne peut produire qu'à un prix de revient trop élevé, et par conséquent, il abaisse, par la force des choses, le prix du salaire.
Les documents officiels se servent d'une locution qui est entrée dans la pratique : quand des ouvriers s'étant mis en grève ont obtenu une augmentation de salaire, ils inscrivent: « Cette grève a l'éussi. »
l'kconoxie dk l'lffort. lî)
Pour le moment, c'est possible, mais, si les prétentions qu'ils ont émises ont élevé le prix de revient du produit à un taux supérieur à celui auquel il peut trouver des débouchés, ce sera le chômage ; plus tard, ce sera peut-être la disparition d'une industrie. En réalité, celui qui règle le taux du salaire, c'est le consommateur et, par conséquent, quelle est la politique des hauts salaires ? C'est la politique des débouchés. Plus les débouchés seront grands, plus les salaires peuvent s'élever, parce que plus les produits sont abondants et plus les salaires peuvent augmenter en diminuant relativement à chacune des unités du produit et donner une quantité globale de beaucoup supérieure à ce qu'elle serait si le salaire ne portait que sur un nombre restreint d'unités. Et comment se forment les débouchés ? Chacun le sait, par une expérience personnelle ; la politique des débouchés se fait par le bon marché. Chaque consommateur désire avoir au moindre prix, cest-à-dire avec le minimum d'efforts, ce qui peut lui convenir le mieux: entre deux produits semblables, ce serait folie de sa part que d'acheter celui qu'on lui offrirait à un plus haut prix. L'exploitant d'industrie ne peut élever les salaires qu'à la condition de donner des produits à bas prix; et il ne peut donner ces produits à bas prix qu'à la condition d'avoir à sa disposition un bon outillage; 1° outillage national: ports, routes, moyens de communication ; 2^ outillage individuel.
La politique des hauts salaires n'est pas en antagonisme avec l'abaissement du prix de revient des produits. Loin de là. L'homme, il faut bien le dire, est un capital fixe, comme une machine. Nous avons vu que la machine, que l'outillage, que l'usine qui pouvait produire davantage à plus bas prix augmentait de valeur au fur et à mesure qu'il pouvait multiplier ses produits en en diminuant le prix de revient. L'homme est exactement dans les mômes conditions : il augmente de valeur au fur et à mesure qu'augmente sa puissance de production, et cotte puissance de production augmente d'autant j)lus que l'outillage qu'il peut mettre en œuvre est plus perfectionné. Par conséquent, nous pouvons dire que la valeur de l'homme est absolument identique à la valeur de tout autre capital fixe. La valeur de Thomme augmente au fur et à mesure que les capitaux circulants deviennent plus abondants, et que chacune des imités de ces capitaux circulants est à plus bas prix.
Quelques exemples vous prouveront, d'une manière concrète, la vérité de cette assertion.
Dans son discours du 29 février 1896, M. le Président de la Chambre de Commerce de Lyon à
M. le Président de la République, évoquait Jacquard dont le portrait est dans la grande salle des délibérations de la Chambre de Commerce de Lyon. Il rappelait que lorsque Jacquard inventa son métier, les canuts voulurent le jeter dans le Rhône. Ils croyaient que Jacquard, en inventant ce métier qui réduisait de beaucoup la maind'œuvre, Teffort humain, leur enlevait de l'ouvrage. Cependant, si Ton considère la prospérité de l'industrie de la soie, à Lyon, avec ce qu'elle pouvait être au moment où on menaçait de mort Jacquard, il n'y a pas de comparaison. J'ai rappelé, dans un chapitre précédent, également la différence considérable qu'il y avait entre l'industrie de la filature et du tissage du coton, au moment des inventions d'Arkwright et de Cartwright, qui avaient été menacés du môme sort, et la siuation actuelle. Tous les faits prouvent que les salaires augmentent au fur et à mesure que l'outillage se perfectionne.
Si nous nous en rapportons aux statistiques officielles, en France, nous voyons les salaires augmenter dans la proportion suivante :
Salaire journalier d'un ouvrier non nourrr, pour 62 corps d'état, en 18S3, 1 fr. 90 ; en 1871, 2 fr. 6S; en 1883, 3 fr. 15 ; et en 1891, 3 fr. 90.
Par conséquent, de 1833 à 1891, l'augmentation a été de 100 0/0.
Dans le département de la Seine, pour les grandes industries parisiennes, nous voyons les salaires
passer de 1853, 3 fr. 80 ; 1871, 5 francs; 1876, 5 francs ; 1882. 5 fr. 83, à 1891, 6 fr. 15.
Ce qui fait une augmentation de 88 0/0.
A partir de 1852, le tissage, la filature, le peignage de la laine transforment leurs procédés ; en 1855, ily avait 120 peigneurslleilman ; leur nombre s'élève à 648 en 1889 ; celui des broches s'élève de 112,000 à 868,000 dans les filatures; celui des métiers à tisser de 4 à 14,800. Voici maintenant la progression des salaires, telle que Ta constatée M. D. Zolla sur les registres d'un fabricant :
Trieurs 4. » 5. »
Dégraisseurs 2.50 3.25
Ouvriers de peignagc. . 1.10 2.25
Hommes de peine.. . . 2.10 3.25
Tisseurs 3. » 5. »
Tisseuses 2 50 4.25
Ourdisseuses 2. » 4. »
Rentrayeuses 2.50 4. »
Baleineuses 1. » 1.50
La hausse la plus faible est celle des salaires des trieurs qui étaient le mieux payés en 1855: elle est de 25 0/0. Pour les femmes nous voyons une hausse de 00 à 100 0/0.
Un ouvrier métallurgiste, d'après le rapport de M. Euverte, lu au m'ois de juin 1895 à la Société des ingénieurs civils, pour l'ensemble de la France, a suivi la progression suivante : en 1853, 2 fr. 37
l'Économie i>e l'effort 4 fr. 29, soit une augmentation c
oten 1880 de 80 0/0.
Le salaire des ouvriers mineurs du fond e surface confondus, donne la progresion sui en 1844, 2 fr. 09; 186S-1869, 2 fr. 86; 1870 3fr. 32; 1875-1879,3 fr. 38; 1890, 4 fr. 16 nous arrivons en 1894 à 4 fr, 14.
L'augmentation est donc de près de 100 ' 50 ans. Et ce chiffre est trop faible, car il coa le salaire des ouvriers du fond et de ceux surface, et le salaire des ouvriers du fond depuis 4 francs jusqu'à 7 francs.
Le rapport du salaire total à la tonne de 1 était, en 1885, de 5 fr. 39.
Il s'élevait, en 1890, à 3 fr. 62 ; et, en 11 s'élève à 5 fr. 80.
En Allemagne, depuis 50 ans, on évali les salaires des mineurs ont augmenté, sel régions et les catégories de travailleui's, d 130 0/0.
D'après l'ouvrage de M, Carrol Wrigh Etats-Unis, si on prend le chiffre de 1860 ( 100,on constate que, en 1840, le taux était dt et, en 1891 , de 168,6 : ce qui fait, par censé une augmentantion de 85 0/0.
Maintenant, pour les prix des denrées, i marchandises de grande consommation, on t en prenant toujours le chiffre de base 100 ei qu'ils étaient, en 1840, de 97,7; en 1891, d. soit 5,4 0/0 en moins qui, ajouté au chi
d'augmentation des salaires depuis 1860, donne une augmentation de 74 0/0.
En Belgique, nous trouvons exactement, à quelque chose près, les mômes conditions. M. Edmond Nicolaï vient de publier une étude extrêmement intéressante sur les salaires et sur les budgets des ouvriers en 1833 et en 1891 (c'est le titre de sa brochure ; mais il est remonté, en réalité, jusqu'en 1846.) Le salaire des hommes de plus de 21 ans était alors de 1 fr. 46 ; en 1880, il s'élevait à 3,13 ; en 1891, à 3,73.
Le salaire des femmes s'est élevé de 0,71 à 2,17.
Si nous considérons la consommation annuelle des adultes, nous voyons immédiatement combien, en examinant les chifTres de l'alimentation, cette augmentation de salaire a apporté de bien-être dans la famille.
Je vais me servir de moyennes établies en Belgique dont je laisse toute la responsabilité à M. Ducpétiaux, mais quand on voit ces moyennes se généraliser, se reproduire à peu près dans tous les pays, et concorder, d'un côté avec l'avilissement du prix des denrées, d'un autre côté avec l'augmentation des salaires, on peut admettre qu'elles représentent une probabilité de certitude.
La consommation annuelle d'un ouvrier était, on 1833, de 211 kilogrammes de pain, et, en 1891, de 264.
Au contraire, la consommation des pommes de (erre avait baissé de 312 à 242 kilogrammes.
22i l'économie de l'effort
La viande et le lard avaient passé, au contraire, de9kiIogr. 60 à 29,60.
Le beurre et la graisse avaient doublé, de 9 à 18kilogr. 95.
Le café était resté à peu près au môme chiffre.
Mais, de plus, le pain de froment avait passé, comme cote, de 31 0/0 à 82 0/0 dans l'alimentation, tandis qu'au contraire le pain de seigle était tombé de 47 0/0 à 2 0/0.
Les salaires en Angleterre ont suivi la même progression. M. Robert Giffen, le célèbre statisticien du Board of Trade, a examiné les salaires en 50 ans, lors du jubilé de la reine. Nulle part, il n'y a de diminution pour les hommes, et les augmentations varient de 20 à 150 0/0. M. Robert Giffen considère que l'augmentation a été en moyenne de plus de 70 0/0. Nous avons trouvé tout à l'heure une moyenne de 85 0/0 aux États-Unis pour la même période. En même temps, il faut joindre à l'augmentation dés salaires la diminution des heures de travail qui a été considérable dans tous les pays, et M. Robert Giffen estime qu'elle doit être ajoutée dans la proportion de 20 0/0 à l'augmentation du salaire. Il a montré que le même homme qui avait, 50 ans auparavant, une balance de 15 schillings (18 francs) par semaine, après avoir payé son loyer, avait maintenant un surplus de 27 schillings 6 deniers par semaine (33 francs). Il n'y a eu de réelle augmentation de dépense que celle du loyer.
Nous entendons souvent parler du machinisme, comme d'un fléau, par des gens qui seraient bien fâchés de renoncer aux chemins de fer; et tous les jours, non seulement dans les journaux et les publications socialistes, mais encore dans les publications qui sont faites par des personnes qui causent très volontiers d'économie politique sans l'avoir jamais étudiée, on voit indiquer la «surproduction» comme due aux machines, et on lit des lamentations sur la main-d'œuvre qu'elles rendent forcément disponible. Si cette assertion était exacte, à coup sûr, depuis cinquante ans spécialement, les salaires auraient dû baisser dans des proportions considérables. Partout les carrefours devraient ôtro encombrés de sans-travail. Au contraire, nous trouvons que, dans les pays où le machinisme a pris la plus grande extension, les salaires ont augmenté dans une proportion que nous pouvons admettre comme étant, au minimum, de 70 0/0.
J'ai déjà indiqué théoriquement comment ce fait se produisait. Je vais l'expliquer avec des chiffres que j'emprunte à un article paru, le 29 février 1896, dans le Monde économique^ et dû à M. Daniel Zolla, professeur d'économie politique à l'Institut
agronomique, dont les renseignements peuvent être invoqués avec confiance.
Avec le fléau ordinaire dont se servaient nos pères, un homme vigoureux pouvait, en 10 heures, battre 75 à 83 gerbes de 8 à 9 kilogrammes, donnant environ 230 kilogrammes de grains.
Une batteuse ordinaire, qui ne nettoie pas davantage les blés égrenés, exige, pour son service, 12 à 13 personnes, mais peut fournir, dans une journée de 10 heures, 3,000 kilogrammes de grains.
Enfin, une machine plus puissante, avec une équipe de 30 hommes, peut donner, en 10 heures, également, 24,000 kilogrammes de grains. Pour obtenir 1,000 kilogrammes de blé séparé de l'épi, il faut donc une quantité de travail représentée, avec le fléau, par 100 ; avec la première machine, par 73 ; avec la seconde machine, par 30.
Alors, on dit que voilà 30 personnes qui sont mises hors du battage des grains, et on serait sur le point de déclarer que ces malheureuses 30 personnes sont toutes réduites àlafamine. Cependant, il y a une phrase que Ton entend répéter de toutes parts, et on la répète depuis longtemps. On Ta entendue dans la Cagnotte, au Palais-Royal, il y a plus de trente ans : Tagriculture manque de bras ! Nous pouvons dire que, si Tagriculture a manqué de bras, et encore en manque, c'est parce que l'outillage agricole ne s'est pas aussi vite perfectionné que l'outillage industriel et qu'il ne permet pas de donner des salaires suffisants aux tra-
vailleurs agricoles. Dans ces conditions, ils émigrent vers les industries où ils trouvent des salaires plus abondants. Dans les pays où il y a à la fois une agriculture extrêmement développée, comme le Nord et le Pas-de-Calais, et où, en même temps, il y a des mines qui ont la réputation de faire des martyrs du travail, la mine appelle perpétuellement à elle des travailleurs agricoles, et jamais le travailleur agricole, qui est entré dans la mine, n'en ressort pour reprendre la houe ou
les mancherons de la charrue. Pourquoi?
x\vec leur puissant outillage, les mines peuvent donner des salaires dont j'ai indiqué tout à Tlieure la quotité, très supérieure aux salaires agricoles. Les travailleurs agricoles, qui sont à portée d'industries qui peuvent leur donner ces avantages, émigrent vers elles, et ne peuvent être remplacés, dans l'est et dans le nord-est de la France, que par des Belges, et même, dans les environs de Paris, par des colonies de Bas -Bretons, qui sont heureux de trouver des salaires relativement plus élevés que dans leurs pays d'origine. Sur les 50 0/0 de personnes dont le travail a été rendu disponible par la machine à battre, une partie a retrouvé du travail dans les professions agricoles, parce que la production agricole, ayant augmenté, exige plus de bras, et puis a donné lieu à de nouvelles industries. Ainsi, une partie de cette maind'œuvre a été reprise par la fabrication des machines agricoles. Avant le développement de ce
machinisme agricole, on n'aurait pas fait des usines semblables aux sucreries, qui exigent une abondante main-d'œuvre. Bien loin, par conséquent, que le développementde la machine détruise l'utilisation de la main-d'œuvre, on peut dire que c'est dans les pays les plus pauvres, — il suflSt de regarder une carte économique du monde, un planisphère, pour en acquérir immédiatement la conviction, — c'est dans les pays les plus pauvres, ceux-là où le machinisme est le moins développé, que la main-d'œuvre est au plus bas prix, tandis qu'au contraire c'est dans le pays où le machinisme est le plus développé, c'est en Angleterre, c'est aux Etats-Unis, c'est en Allemagne, c'est en France, que la main-d'œuvre atteint les plus hauts prix/ Quand on considère l'évolution économique qui s'est produite depuis un demi-siècle, on constate que la main-d'œuvre perd de son importance relative dans chacune des industries, et plus elle perd de son importance relative dans une industrie, plus elle peut y obtenir un gain élevé. Ainsi, M. Carrol Wright estime que, dans les industries, on assignait, aux Etats-Unis, en 1850, 51 0/0 au travail, relativement au produit net, tandis qu'en 1890, on ne lui assignait que 45 0/0. Par conséquent, voilà une plus grande part disponible donnée à la rémunération du travail.
Dans les lilalures de colon, en 1830, un ouvrier conduisait 25 broches; en 1890, il peut en conduire plus de 64.
Dans les industries chimiques, nous avons vu que la soude valait 45 francs les 100 kilogrammes, en 1833, et que maintenant elle vaut 9 francs: dans cette industrie, les salaires ont augmenté de 100 0/0. En parlant de l'outillage, il faut entendre toutes les forces qui peuvent déterminer une augmentation de production ; dans l'industrie chimique, telle ou telle combinaison, indépendante de ce qu'on appelle vulgairement le machinisme, peut cependant diminuer les prix de revient dans la plus large proportion. Plus le prix de revient est diminué, plus la main-d'œuvre peut avoir une quote-part plus grande. Les faits sont tellement frappants qu'il est impossible de contester cette vérité.
Mais non seulement les socialistes, mais beaucoup de gens sont tout prêts à dire : — La part du capital est trop grande ; et alors intervient la théorie du surtravail de Karl Marx, dont je parlerai dans le prochain chapitre.
D'abord, la part du capital... Il faudrait supprimer ce mot-là. M. Walker, dans son volume: The Science of Wealth, publié en 1869, où il a si violemment attaqué, à si bon droit, le fonds des salaires, déclarait qu'il ne fallait pas parler des
profits du capital, mais qu'il fallait parler des profits de l'entreprise, de Taiïaire; et il avait absolumont raison. Je ne veux citer qu'un fait bien simple : je prends comme exemple un établissement connu de tout le monde, le Bon Marché.
Ce n'est pas du tout le capital qui a fait la prospérité du Bon Marché : ce sont quatre idées. M. Boucicaut, à l'âge de 42 ans, se trouvait engagé dans une maison de détail qui était située auprès d'un marché qui s'appelait le marché Saint-Germain, lequel occupait Tespace où est le square actuel. Il a eu quatre idées. Les voici : i"" vendre à prix fixe ; 2® vendre au comptant; 3° reprendre les objets qui ont cessé de plaire ; 4° appeler le public à visiter périodiquement son magasin par les expositions. 11 a suflS de ces quatre idées et de leur mise en pratique, — ce qui est bien quelque chose — pour faire, en dehors du centre commercial de Paris, en dehors des grands moyens de circulation, sur un point de la rive gauche, au milieu d'une population peu dense, pour faire le magasin de nouveautés qui représente le plus gros chiffre d'affaire de France et peut-être du monde.
Ici, l'intervention de la direction est absolument indépendante du capital. Je cite cet exemple pour montrer qu'il ne faut pas parler de la part du capital, mais qu'il faut parler de la part des profits de l'entreprise.
Les socialistes ne parlent eux que de la part du capital. Voici le résultat d'une enquête faite par le
Bureau du travail de l'État de rillinois dont la capitale est Chicago : sur 26 industries représentant les deux tiers des capitaux et des ouvriers employés dans cet État, on a établi le rapport du salaire des ouvriers et des produits. On trouve, pour 54 établissements de salaison représentant 53 millions de capital et employant 10,212 ouvriers, un produit brut de 46,000 francs pour un salaire de 1,930 francs. En entendant ces chiffres, on a une tendance à dire : — Mais cette différence entre le produit brut et le salaire de l'ouvrier montre toute la plus-value du travail, dont profite le patron.
11 n'y a qu'un malheur à ce beau raisonnement, et le voici: ?
Matières premières..
Salaires
Autres frais.. . .
Total Produit brut. . .
Différence en moins.
Ces fabriques de salaison représentent non un gain mais une perte de plus de 6 millions, qui, par ouvrier, se répartit de la manière suivante:
Produit brut 46.000
Salaire 1.930
Perte 635
La fameuse plus-value est donc une moins- value ;
232 l'Économie de leffort
et dans combien d'industries n'en est-il pas de même?
Le même travail a été fait pour 97 minoteries. Même phénomène.
Salaire 2.655
Produit brut 64.250
Déduction faite des matières premières et autres frais, la perte est de 3,400,000 francs qui, divisés par 1,838 ouvriers, représentent une moins-value, pour chacun d'eux, de plus de 2,000 francs.
M. Lalande a fait, en 1892, une monographie de la fabrique de porcelaine et de faïence de Bacalan fondée en 1782, 11 a montré que la part du capital avait été de 1,100,000 francs et la part du travail de 37,700,000 francs.
On parle très volontiers des mines, parce qu'il y a quelques mines de combustibles qui ont donné des résultats inespérés et dont les actions, avec un très petit capital versé, ont monté à plusieurs milliers de francs. De braves gens considèrent qu'il suffit de mettre de l'argent dans une mine pour faire fortune. — Que ne mettez-vous le vôtre? — Ils reculent, mais ils n'en affirment pas moins que les ouvriers sont exploités parles exploitants des mines, qui, cependant, leur donnent des salaires de beaucoup supérieurs à ceux que touchent les autres ouvriers dans le milieu où ils se trouvent.
Je comprends la prudence des capitalistes qui
refusent de courir les hasards des placements dans les mines.
En 1879, mines de charbon en pertes, 144; et mines en gain, 198.
En 1894, c'est le nombre des mines en perte qui est le plus considérable : 1 77 mines en pertes, tandi> qu'il n'y en a que 133 en gain.
De plus, le nombre des concessions exploitées a diminué de 32, soit 10 0/0.
Sur 156 mines autres que celles de charbon et de sel exploitées en France en 1894, nous trouvons, sans aucune espèce de profit 97, et, avec bénéfice, seulement 59.
L'année 1893 était encore plus défavorable. Les chiffres que je cite ici sont certains. Ils sont môme plutôt au-dessus qu'au-dessous de la vérité; les ingénieurs des mines déterminent la part des redevances des mines d'après leur produit net. Ils comptent de la manière la plus sévère les frais et les bénéfices.
Il y a des mines qui sont exploitées depuis longtemps sans avoir jamais rien rapporté. Je connais, par exemple, une mine de la Loire qui est exploitée depuis 1836, etquin'a jamais donné non seulement un sou de dividende, mais un sou d'intérêt à ses actionnaires. Il y en a d'autres dans le môme cas.
A la société de Bonne-Fin à Liège, pendant vingtet-un ans sur quarante, ni actionnaires, ni administrateurs, ni commissaires n'ont rien touché. La moyenne annuelle des tantièmes perçus pendant
cette période de quarante ans a été de 787 francs par administrateur, et de 262 francs par commissaire.
En Belgique, Le Peuple, en 1890, avait annoncé que les bénéfices de l'exploitation desjnines seraient de plusieurs centaines de millions. En effet, la prospérité des mines a été, cette année-là, exceptionnelle. Mais ces bénéfices évalués « à plusieurs centaines de millions », par ce journal socialiste, n'ont été que de S8 millions, et ils sont tombés à 11,700,000 francs en 1892, et à 6,395,000 francs en 1893.
En Belgique, pour les mines de houille, nous trouvons 271 sièges en activité en 1892 ; ilstombent à 268 en 1893 ; 66 mines sont en gain de 11 millions; 59 en perte de 5 millions; restent 6 millions en chiffres ronds.
Dans la province de Liège, sur les 43 mines en activité, 22 ont réalisé ensemble un bénéfice de de 2,969,000 francs; les 21 autres ont éprouvé une perte de 1,178,000 francs.
Si nous comparons le tantième en pour cent de la valeur produite, nous trouvons pour cent : aux ouvriers,
En 1860 50 fr. 90
En 1893 55fr. 80
et à l'exploitant, nous trouvons les chiffres descendant constamment, depuis 13 fr. 90 jusqu'à 3fr. 50. En France, en 1893, les prix ont diminué de 91
centimes, tandis que les fraisde main-d'œuvre n'ont diminué que de 28 centimes.
En 1894, les prix ont diminué de 27 centimes, et la main-d'œuvre n'a diminué que de 13 centimes.
En Belgique, tandis que le salaire, de 1892 à 1893, n'a baissé que de fr. 10, un dixième 0/0,' la part de l'exploitant a baissé de 63 0/0.
En 1893, le bénéfice de l'exploitant, par tonne, en Belgique, a été de fr. 33. Le prix de la tonne a été inférieur de fr. 66 à celui de Tannée précédente. C'est donc Texploitant qui a subi tout le poids de la baisse.
Dans la province de Liège, en 1888, le gain par tonne de l'ouvrier était de 4 fr. 84 ; celui de l'exploitant de fr. 80. En 1893, le premier a atteint T) fr. 63, le deuxième a été réduit à fr. 37. Le gain de l'ouvrier a donc augmenté de 16 0/0, tandis que celui de l'exploitant a été réduit de 53 0/0 ; et aux personnes qui considéraient que, si on supprimait l'exploitant de mines et le capital qu'il représente, les ouvriers gagneraient beaucoup plus, M. Pernolet répondait que cette suppression représenterait à peu près la valeur d'un bock par jour; et les bocks ne sont pas chers en Belgique.
Dans les discours que l'on prononce souvent i\
propos de la part du capital, il y a un certain nombre d'éléments qu'on*oublie : on oublie, par exemple, qu'en 1894, en Belgique, sur une production de 20 millions de tonnes de houille, l'exploitation en a absorbé plus de 1,800,000, soit près de 9 0/0 ; on oublie la hausse et la baisse des cours pour les achats des matières premières et pour les ventes, hausses et baisses qui démolissent les calculs les mieux établis et transforment tout d'un coup les gains en pertes. On oublie toujours l'amortissement. On dit : « Voilà un tant pour cent pour le capital, tant pour cent pour le salaire, et puis on calcule une moyenne sur le prix d'achat el sur le prix de vente des produits et l'on dit : La part du salaire n'est pas suffisante. »
Mais plus Tactivité industrielle devient grande, plus la concurrence se développe, plus il est nécessaire d'amortir avec rapidité. Or, lorsque vous établissez votre prix de revient et lorsque vous comptez un amortissement rapide, c'est autant que vous enlevez au bénéfice immédiat, mais c'est la liberté pour l'avenir ; cela vous permet, une fois votre opération liquidée, de marcher, comme on dit dans le langage industriel, de marcher sur le velours, et si, par hasard, des transformations viennent à se produire, cela vous permet d'être prêt à les subir. Mais ce sont là des frais considérables que les socialistes négligent de mentionner quand ils essaient de faire la part entre le capital et le salaire.
Je ne cite qu'un chifTre qui montre de quel poids pèse l'amortissement sur une industrie. M. Euverte, dans son rapport sur les industries métallurgiques, a constaté que, de 1865 à 1895, l'industrie métallurgique française a amorti, sur les dépenses de création d'usines et de réfection d'outillage, 400 millions de francs environ.
En citant ces chiffres, je dois parler des grèves. Je n'en parlerai qu'au point de vue économique. 11 est bien clair que plus les capitaux vont à une industrie, et plus grande est la demande de travail, plus puissants sont ses moyens d'action et plus la rémunération du salaire peut être élevée. Dans une industrie très prospère, les salaires augmentent. Si, au contraire, cette industrie est inquiète; si cette industrie n'ose pas conclure de grands marchés à long terme, et par conséquent, restreint, au lieu d'agrandir, ses débouchés; s'il n'y a pas de confiance réciproque entre les collaborateurs de cette industrie, si les directeurs des entreprises et les ouvriers se considèrent comme des ennemis en lutte constante, cette industrie essaiera de réduire ses salaires au strict minimum, et ne se décidera à établir de nou-
veaux outillages qu'au dernier moment. Comment ces faits psychologiques se traduisent-ils? par une diminution de salaires: les capitaux s'éloignent de cette industrie ou ne s'y engagent qu'avec timidité; des industriels, au lieu de continuer à diriger leurs usines ou leurs ateliers, se retirent de l'industrie ; des jeunes gens, au lieu de continuer la carrière de leur père, cherchent des situations calmes, réalisent les bénéfices acquis, entrent dans Tarmée, entrent dans la magistrature, eutrent dans les fonctions publiques; et, loin de contribuer à alimenter le budget, ils en deviennent parties prenantes.
Ce sont là des phénomènes inquiétants que signalait aussi pour l'Angleterre Lord Salisbury au mois de décembre 1893. Je vais citer quelques chiffres qui montreront combien est lourde une grève, à certains moments, pour une industrie. Je prends des chiffres constatés de la manière la plus nette.
La grève des mineurs du Pas-de-Calais, en 1893, a représenté 1,772,000 journées perdues, et une perte de salaires de 10,600,000, ce qui remet la journée à plus de 5 fr. 93.
Il est évident que les mineurs auraient eu plus de profit à mettre cette somme à la Caisse d'Epargne.
En 1894, il n'y a pas eu de grosses grèves : l'OfHce du Travail constate 1,062,000 journées perdues, qui, en admettant un chiffre de 4 francs l'une, ce qui est un minimum, donneraient 4,248,000 francs.
En Angleterre, la Labour Gazette constate que les grèves ont affecté 625,000 personnes en 1893, 306,000 en 1894 ; mais elle ne donne pas le nombre des journées perdues. M. CarroU Wright indique que les grèves qui ont eu lieu aux Etats-Unis, de 1881 à 1886, représentent la part suivante en salaires :
Grèves, S2 millions de dollars, en chiffres ronds: 260 millions de francs; Lock outs (manufacturiers qui ont fermé parce qu'ils ne pouvaient plus s'enlendre avec leurs ouvriers): 8 millions de dollars, soit un total de 60 millions de dollars ou de 300 millions de francs.
Les employeurs auraient perdu 34 millions de dollars, soit 170 millions de francs. Ce serait donc un ensemble de pertes de 94 millions de dollars, ou de 470 millions de francs, soit, en six ans, un tribut payé à la grève de 70 millions de francs par an. C'est un impôt qui compte!
De 1887 au 30 juin 1894, il y a eu, aux États- Unis, 10,482 grèves et 442 lock outs. Les grèves ont fait perdre aux ouvriers 111 millions de dollars, soit 333 millions de francs, et les locks outs 18 millions et demi de dollars, soit 92,500,000 francs. Les employeurs ont perdu 53 millions et demi de dollars (267 millions de francs) à la suite des grèves, et 8,800,000 dollars (44 millions de francs) à la suite des lock ouïs, soit, pour les ouvriers et les employeurs, 859 millions de francs qui, divisés par six années, donnent un tribut annuel de près
de 160 millions de francs, sans compter les répercussions.
Or, ces répercussions sont considérables. On estime la valeur de la propriété détruite par la grève de Pittsburg, en 1877, à 25 millions de francs. Elle intercepta des trains, détruisit des voitures, des magasins. Certaines grèves ont pris le caractère de véritables insurrections: à Cœur d'Alène, dans TEtat dldaho, les mineurs massacrent, pillent et ne sont désarmés qu'après une bataille dans laquelle furent faits 250 prisonniers. Dans TEtat de Tennessee, les mineurs assiègent Coal Creek, s'en emparent et leur grève ne finit que par un combat. A Buffalo, sur TÉrié, en 1892, les aiguilleurs brisent les aiguilles et les sémaphores, incendient plusieurs centaines de wagons remplis de coton et de marchandises. Il fallut 13^000 hommes pour les réduire. Dans la grève des Pulman Cars, de juin et de juillet 1894, on dut employer 14,000 hommes de troupe et de police. Le nombre des tués et grièvement blessés fut de 12; celui de personnes arrêtées de 515. Les pertes, dans cette dernière grève, se chiffrent de la manière suivante, d'après le rappoii officiel.
Propriété détruite, 3 millions et demi de francs ; salaires des employés de chemins de fer, 25 millions de francs; des employés de Pulman, 1,730 mille francs; pertes pour défaut de transport, 80 millions de dollars, soit 400 millions de francs. Et il y a bien d'autres pertes que je ne compte pas,
Quand une grève se déclare dans un pays, comme à Graissessac, comme dans le Nord, dans le Pasde-Calais, comme à Carmaux, c'est la ruine de tous les petits commerçants. Ils n'osent pas refuser du crédit, et, d'un autre côté, le moyen commerce continue à leur fournir autant qu'il le peut; les échéances arrivent, ils ne peuvent pas payer, et alors il y a répercussion sur le petit commerçant qui est ruiné, répercussion sur le commerçant en demi-gros qui supporte toujours des pertes considérables et en fait supporter à ses fournisseurs.
Voilà les résultats économiques des grèves.
Bien loin qu'en général, elles aboutissent à un résultat utile au point de vue de l'augmentation des salaires, nous pouvons mettre en fait qu'étant destructives du capital, éloignant le capital de l'industrie, provoquant l'incertitude pour l'avenir, enfin supprimant un certain nombre des éléments qui sont indispensables pour que des industries soient prospères, on doit les considérer comme ayant une tendance à abaisser plutôt les salaires qu'à les augmenter. Les statistiques relatives à l'augmentation des salaires prouvent que le salaire des femmes a augmenté dans une proportion beaucoup plus considérable, relativement, que le salaire des hommes, et cependant les femmes, excepté les cigarières ou les allumettières, se mettent rarement en grève. Pourquoi cette augmentation du salaire des femmes a-t-il été plus considérable relativement, que l'augmentation du salaire des hom-
l'écunomib d,ù l*effort. 21
rues? Tout simplement parce que pour la plupart des familles le premier signe du bien-êlre, c'est d'avoir une domestique, et, en raison du développement de la richesse, il y a une augmentation de demandes considérable pour la maind'œuvre féminine. Le salaire des femmes aurait augmenté encore dans une plus grande proportion sans la protection dont les législateurs, prétendus tutélaires, ont voulu entourer le travail des femmes. Ils leur ont supprimé certains métiers. La loi de 1892 leur a interdit le travail de nuit et ne leur a permis le travail de nuit que pendant quelques jours par an, et dans certaines conditions extrêmement désagréables. Des hypocrites ont dit que
c'était pour protéger le travail des femmes
En réalité, le but des promoteurs de cette législation a été de réserver le monopole, autant que possible, de certains travaux aux hommes. Je cite un tait que je connais bien. On autorise les femmes à être plieuses de journaux, à être brocheuses de journaux, à la condition qu'elles ne travaillent qu'un certain nombre d'heures par nuit. Du reste, les inspecteurs du travail constatent euxmêmes que ces dispositions ne sont observées nulle part et que des femmes plient des journaux dans une imprimerie et s'en vont dans une autre, afin de tromper les inspecteurs du travail sur la quotité réelle de leurs heures de travail, ce qui les expose et ce qui expose leurs patrons à des procès-verbaux, ce qui leur fait subir des corvées
en plus de celles qu'exigerait le travail, si elles ^ pouvaient le faire librement et régulièrement.
Mais il y a un travail qu'on leur a interdit complètement la nuit : c'est le travail de la typographie. Dans leur intérêt? Pas du tout, c'était uniquement pour réserver la typographie de nuit aux hommes. Il faut beaucoup se méfier des mesures philanthropiques qui sont prises pour protéger les femmes, et aussi les hommes : souvent, elles cachent de très mauvais sentiments.*
La richesse d'un pays est donc en raison de la valeur des capitaux fixes, de l'élévation du taux des salaires, du bon marché des capitaux circulants.
Toutes les mesures de protection qui ont pour résultat de baisser le taux des salaires, de même que celles qui ont pour but de rehausser le prix des capitaux circulants, ne sont que des instruments de ruine.