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CHAPITRE IX

I. La prétention du socialisme. — Représenter la démocratie. — L'égalité dans la misère. — Les utopistes du communisme. — Nulle influence.

— Saint-Simon. — L'apothéose de. la civilisation économique. — Fourier.

— Louis Blanc. — L'organisation du travail. — Naïvetés. — Proudhon.

— IL Karl Marx et Bakounine. — Lassalle. — La loi d'airain des salaires.

— Karl Marx. — Le surtravail. — Le taux de la plus-value. — Capital constant et capital variable. — Le profit du fabricant. — Les éléments négligés par Karl Marx. — Sa loi de la valeur n'est qu'une conception subjective, en dehors de toute réalité. — Aveux de Karl Marx et d'Engels.

— III, L'exploitation de ces sophismes. — Programme du Havre, 1880.

— Le mystère dont les socialistes enveloppent l'avenir. — Réponse de Bebel. — Bellamy. — M. Ricbter. — Le socialisme, c'est le communisme. Déclaration de M. Paul Lafargue. — IV. Caractère régressif du socialisme. — Suppression de la propriété individuelle. — Suppression de réchange. — Suppression des contrats privés. — Écrasement des forts par les faibles. — Stagnation. — Augmentation de charges. — Écrasement de l'individu. — Substitution de la concurrence politique à la concurrence économique. — Tyrannie socialiste. — Contradiction : liberté politique, servitude économique. — V. Les moyens de transition.

— Benoit Malon. — Jules Guesde. — Paul Lafargue. — Le socialisme révolutionnaire. — VI. Le socialisme chrétien. — M. Ketteler. — h» chanoine Monfang. — Le programme de M. Chesnelong. — MM. di Mun et Lafargue. — VII. Législations socialistes. — Les catholiques en Belgique. — Le socialisme tory en Angleterre. — La législation socialiste de M. de Bismarck. — La marche au collectivisme. — VIII. Contre le socialisme. — Bradlaugh contre Ilyndman. — Devoir des libéraux. — Erreur des radicaux.

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Quelle est la situation du socialisme à Tégard des faits?

Qu'est-ce que le socialisme d'abord ? Je ne vais pas en donner immédiatement une définition. Le socialisme contemporain émet la prétention de rejeter tous ceux qui ne sont pas socialistes, hors delà démocratie, et de s'en attribuer le monopole. Volontiers il appelle tous ses adversaires des réactionnaires ; et il ajoute que, nous économistes, nous représentons l'école dure. Il va même jusqu'à déclarer que nous nions la misère et, de temps en temps, je vois, dans des journaux socialistes, une petite épigraphe intitulée : « La misère n'existe pas, » et on la fait suivre de ma signature, (^omme je connais la misère des Fuégiens, des Pécherais et autres peuplades sauvages, je n'ai jamais dit cette absurdité qui ne prouve que les procédés de politique des aimables farceurs qui me l'attribuent. Je suis bien obligé de reconnaître que la misère existe dans les civilisations les plus avancées en évolution. Toute la question est de savoir si elle s'est développée depuis nos ancêtres de l'âgé de la pierre brute, ou si au contraire elle s'est amoindrie. Il est évident qu'à celte époque, il y avait une égalilc

générale dans la misère de tous. Chez les Fuégiens, il y a plus d'égalité qu'il n'y en a en Angleterre et même en France. Mais, à coup sûr, si le dernier de nos mendiants était mis en présence de la vie du })lus fortuné, si je puis me servir de ce terme, des habitants de la Terre de Feu, il reculerait avec épouvante et il demanderait à retrouver les haillons qui le couvrent, les chaussures plus ou moins mauvaises qui protègent ses pieds, les abris précaires qui le préservent de la pluie et de la neige, le pain de froment, les pommes de terre, l'assiette de soupe et enfin le verre de wisky ou d'eau-de-vie qui sont la joie de sa vie.

Si nous essayons de découvrir dans l'histoire des idées les traces des idées socialistes ; si nous remontons à Platon, nous voyons que l'humanité, bien loin de revenir à ses rêveries éloquentes, n'a cessé d'essayer de s'en dégager. Ni Campanella, ni Thomas Morus, ni Fénélon en son tableau de la Bé tique, n'ont eu aucune influence sur le développement de l'esprit humain. Le Code de la Nature de Morelli n'a abouti qu'à la conspiration de Babeuf. Auxix^ siècle, nous voyons certainement, à la tète de ce qu'on appelle le mouvement socialiste, un homme de premier ordre : Saint-Simon. Mais il y a deux choses dans Saint-Simon : il y a toute une partie qui a vieilli, qui a disparu sans laisser de traces; il y a, au contraire, une autre partie qui a survécu, et celle-ci, on peut le dire, est purement économique. La partie qui a survécu chez Saint-

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Simon, c'est Tapothéose de Tindustrie ; c'est la pr< vision du développement de la civilisation éconc mique dans le xix° siècle. Vous vous rappelez tou son hypothèse. Il suppose que les rois, les noble authentiques, les ministres, les grands générauj les grands amiraux, les grands hommes d'Eta les chefs du clergé, disparaissent ; il ne considèi pas que l'humanité va être très affectée par c cataclysme ; il suppose qu'au contraire ce soient k banquiers, les grands industriels, les grands com merçants, les grands armateurs qui disparaissen et il déclare que, le lendemain, l'humanité sei beaucoup plus troublée par la disparition des second que par la disparition des premiers. Il distingua deux partis dans la nation : le parti national ( le parti antinational ; le premier se compose d tous ceux qui exécutent et dirigent les travau utiles; le second de tous ceux qui consommer] sans produire, de tous ceux qui professent de principes politiques dont les applications tendei à priver les industriels du premier degré de cons derationsociale.il commettait une erreur en croyai que les industriels, les savants, les artistes, sor préparés par leurs travaux antérieurs à diriger h affaires politiques d'un pays de manière « à établ l'administration des affaires publiques la plus fa vc rable à la culture, au commerce et à l'industrie. Mais il avait raison de donner aux producteurs ur idée de l'importance de leur rôle et d'essayer de lei faire comprendre que si les nations n'existent qi

par eux, ils doiveiït prendre une part importante à leur direction.

Fourier se prétendait extrêmement libéral, tout en réglant la vie de chacun comme une horloge, mais à sa fantaisie; il a abouti à Tlcarie de Cabet. On a essayé d'appliquer les idées et les rêveries de Fourier et l'Icarie de Cabet au Texas. Les épisodes de cette tentative sont dignes de sa conception. Ses promoteurs se procurèrent des capitaux, ils eurent des terrains et, au bout de quelques années, ils se dispersèrent.

Le livre de Louis Blanc '.V Organisation du travail est encore un modèle de pamphlet socialiste. La plus grande partie en est consacrée à la description des plaies de Thumanité et de la misère humaine.

Cette pathologie sociale plus ou moins fantaisiste, est très dramatique, très littéraire, très éloquente ; il gémit pompeusement sur les maux qui peuvent frapper les travailleurs, et il termine par sa conception ridicule des ateliers nationaux. Il accepte cependant une concurrence, il ne demande pas l'expropriation violente des industries existantes, mais il déclare que « ces ateliers, qui seront établis avec les budgets de l'Etat, auront une telle puissance que la concurrence privée ne durera pas longtemps. » Il le dit naïvement, sans s'apercevoir même de l'immoralité de sa proposition; car se servir du budget de l'Etat pour ruiner une-parlie des contribuables, ne peut être considéré comme représentant la justice sociale de la part de l'Etat.

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