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prouvé que, malgré la baisse considérable du prix de la plupart des matières nécessaires à la vie, les salaires n'ont pas cesse d'augmenter, la loi d'airain des salaires a pris un caractère tellement absurde qu'il a choqué les socialistes eux-mêmes et que, depuis 1875, les Allemands n'en ont pas renouvelé Taffirmation dans leurs programmes. En France, dans des réunions publiques, on en parle volontiers: cela ne tire pas à conséquence. La loi d'airain, c'est une métaphore et, quelques jours après mon discours du 8 mai 1893, à la Chambre des députés, dans lequel j'avais dénoncé les agissements de la Bourse du Travail, des délégués d'un syndicat, qui venaient me demander « une réparation bourgeoise », après avoir causé avec moi pendant quelque temps, me dirent: — Eh bien, vous ne voulez donc abroger ni la loi de l'offre et de la demande, ni la loi d'airain des salaires? On voit comment elle se transforme dans la tête de gens naïfs qui se figurent que c'est une loi qu'a formulée la bourgeoisie ; qui est inscrite dans un papier quelque part, et que, si nous ne l'abrogeons pas, c'est que nous y mettons de la mauvaise volonté.

Quant à l'autre formule elle appartient à Karl Marx : c'est la loi du surtravail.

Pour que les socialistes ne puissent pas m'accuser de la dénaturer, je vais citer textuellement des extraits du chapitre IX de son Capital^.

1. Karl Marx, Le Capital^ extraits faits par M. Paul Lafargue. Guillaumin, éd.

l'éconoiiib de l'effort. 22

Voici comment il explique le taux de la plus value :

« Le capital constant consommé dans Tacte d( la production sous forme d'usure de machines, d< matières auxiliaires et de matières premières, repa raissant dans le produit sans lui ajouter de nou velle valeur, peut être éliminé dans le calcul pou trouver le taux de la plus-value. Le capital variabl consacré à l'achat de la force de travail étant ai contraire le créateur de la plus-value, il est éviden que c'est le rapport de la plus-value au capital va riable qui détermine le taux de cette plus-value ou -^ , jo représentant la plus-value et v le capita variable.

« Nous avons vu que l'ouvrier, pendant une parti du temps qu'exige une opération productive don née, -ne produitque la valeur de sa force de travail c'est-à-dire la valeur des subsistances nécessaire à son entretien. Le milieu dans lequel il produ: étant organisé par la division spontanée du trava social, il produit sa subsistance, non pas directe ment, mais sous la forme d'une marchandise part entière, sous la forme de filés, par exemple, dont 1 valeur égale celle de ses moyens de subsistance o de l'argent avec lequel il les achète. La partie à sa journée de travail qu'il y emploie est plus o moins grande, suivant la valeur moyenne de sa sul sistance journalière ou le temps de travail moye exigé chaque jour pour le produire. Lors mêm qu'il ne travaillerait pas pour le capitaliste, naa

seulement pour lui-môme, il devrait, toutes circonstances étant égales, travailler en moyenne, après comme avant, la même partie aliquote du jour pour gagner sa vie. Mais comme dans la partie du jour où il produit la valeur quotidienne de sa force de travail, soit 3 francs, il ne produit que Téquivalent d'une valeur déjà payée par le capitaliste, et ne fait ainsi que compenser une valeur par une autre, cette production de valeur n'est en fait qu'une simple reproduction. Je nomme donc « temps de travail nécessaire » la partie de sa journée oii cette production s'accomplit et « travail nécessaire » le travail dépensé pendant ce temps ; nécessaire pour le travailleur, parce qu'il est indépendant de la forme sociale de son travail; nécessaire pour le capital et le monde capitaliste, parce que ce monde a pour base l'existence du travailleur.

« La période d'activité qui dépasse les bornes du travail nécessaire, coûte, il est vrai, du travail à l'ouvrier, une dépense de force, mais ne forme aucune valeur pour lui. Elle forme une plus-value qui a pour le capitaliste tous les charmes d'une création ex nihilo. Je nomme cette partie de la journée de travail, temps extruy et le travail dépensé en elle surtravaiL S'il est d'une importance décisive pour l'entendement de la valeur en général de ne voir en elle qu'une simple coagulation de temps de travail, que du travail réalisé, il est d'une égale importance pour l'entendement de la plus-value de la comprendre comme une simple coagulation du

temps de travail extra, comme du travail réalis* Les différentes formes économiques revêtues par ' société, Tesclavage par exemple, et le salariat ne î distinguent que par le mode dont ce surtravail e imposé etextorqué au producteur immédiat, à Foi vrier.

« Le taux de la plus-value est donc Texpressic exacte du degré d'exploitation de la force de trave par le capital ou du travailleur par le capitaliste,

Karl Marx a voulu préciser par des faits. Je ci le premier de ceux qu'il invoque :

« Entrons dans une filature. Les données suivant appartiennent à Tannée 1871 et m'ont été fourni par le fabricant lui-même. La fabrique met en mo vement 10,000 broches, file avec du colon améi cain des filés n° 32 et produit chaque semaine ui livre de filés par broche. Le déchet du coton monte à 60/0. Ce sont donc par semaine 10,600 '. vres de coton que le travail transforme en 10,000 1 vres de filés et 600 livres de décheL En avril 1 871 , < coton coûtait fr. 806 par livre et conséquen ment, pour 10,600 livres, la somme ronde i 8,550 francs. Les 10,000 broches, y compris machine à filer et la machiné à vapeur, coûte 25 francs la pièce, c'est-à-dire 250,000 francs. Lei usure se monte à 10 0/0 = 25,000 francs, ( chaque semaine 500 francs. La location des bal ments est de 150 francs par semaine. Le charbon (1( francs par heure et par force de cheval, sur une for de 100 chevaux donnée par Tindicaleuret 60 heur

par semaine, y compris le chauffage du local) atteint par semaine le chiffre de 11 tonnes et à 10 fr. 60 par tonne, coûte chaque semaine 116 fr. 60; la consommation par semaine est également pour le gaz de 2S francs, pour Fhuile de 112 fr. 50, pour toutes les matières auxiliaires de 250 francs. La portion de valeur constante par conséquent = 9,450 francs. Puisqu'elle ne joue aucun rôle dans la formation de la valeur hebdomadaire, nous la posons égale à zéro. Le salaire des ouvriers se monte à 1,300 francs par semaine, le prix des filés à 1 fr. 275 la livre est pour 10,000 livres de 12,750 francs. La valeur produite chaque semaine est par conséquent de 12,750 — 9,450 fr. = 3,300 francs. Si maintenant nous en déduisons le capital variable (salaire des ouvriers) = 1,300 francs, il reste une plus-value de 2,000 francs. Le taux de la plusvalue est donc f^ = 153 0/0. Pour une journée de dix heures, par conséquent, le travail nécessaire = 3 h. 21/33 et le surtravail = 6 h. 2/33. »

K arl Marx a soin de dire lui-même : « en avril 1871 le coton coûtait fr. 806 la livre. » En avril, et non pas en mars ni en mai. En avril, cours moyen, mais le cours moyen ne représente pas les maxima ni les minima, il n'indique pas le prix exact auquel ce manufacturier avait acheté ce coton en laine. Voilà donc un aveu que le cours de la matière première est variable. Or, s'il est variable, il subit des hausses ou des baisses. Les bénéfices du fabricant baisseront ou monteront relativement au

prix de la matière première; et le prix de la ven^ des produits restera-t-il à un taux uniforme ? C taux varie à tout instant. Si le fabricant a fa des marchés pour se procurer la matière pn mière à un cours de A et que le cours augment il gagne. Dans le cas contraire, il perd. S'il consenti des marchés pour la vente de ses produi au taux de B, il perd si le cours monte, il gagt si le cours baisse. Ce gain et cette perte dépende] du cours de la matière première et des variatioi des débouchés.

Voild donc un certain nombre de conditions q rendent fort inconstant le capital que Karl Mai nous présente comme constant. Il y a encore bie d'autres coefficients de circonstance : les capital et le crédit de l'industriel. Ce ne sont point d< quantités négligeables. S'il a, dans une large m sure, ces moyens d'action, il peut acheter et vci dre dans de meilleures conditions, qu'un conçu rent qui, pour un motif ou un autre, n'a que d capitaux restreints et un crédit précaire. Enfin Ka Marx oublie complètement la valeur de la directic de l'entreprise: elle compte bien cependant po quelque chose. Sans l'initiative, la situation perso nelle, l'art de grouper des capitaux de tel indn triel, l'industrie n'aurait pas existé. Habile, il maintient et la développe : maladroit, il la fait p ricliter, et le jour où elle tombe, il n'y a plus < surtravail, car il n'y a plus de travail du tout.

Ces faits sont tellement évidents que Karl Mar

dans son troisième volume du Capital^ et Engels, dans les commentaires qu'il en a faits, sont obligés de déclarer qu'aucune réalité actuelle ne correspond à la conception de la valeur résultant du temps du travail. Engels prétend que la loi de la valeur de Marx était toutefois générale « pour toute la période de la production simple des marchandises, du commencement de l'échange transformant les produits en marchandises au commencement du xv° siècle de notre ère. » Alors que devient l'exemple de la filature de coton de 1871 que je viens de citer? Si le bénéfice du salariant n'est que le gain qu'il fait sur le surtravail de l'ouvrier, comment fait-il tous ses efforts pour diminuer le nombre de ses ouvriers et les remplacer par des machines ?

Engels approuvant* l'exposé qu'a fait un professeur allemand, M. Werne Lombart, du système de Karl Marx, le résume ainsi : « La valeur n'apparaît pas dans l'échange des marchandises suivant le mode capitaliste : elle n'est pas conçue par les agents de la production capitaliste : ce n'est pas un phénomène empirique, mais un phénomène logique, un phénomène de pensée. Le concept de valeur dans sa détermination matérielle chez Marx n'cslquel'expression économique duphénomène de la force productive du travail social, devenant la base de la réalité économique : la loi de la valeur, dans

1. Le Devenir social, novembre 1895. Complément et Supplément au III^ livre du capital.

un ordre économique capitaliste, gouverne les ph( nomènes économiques en dernière instance : ce qi veut dire que, d'une façon tout à fait générale poi cet ordre économique, la valeur des marchandis( est la forme spécifique historique où, en dernièi instance, vient s'achever la force productive d travail qui domine tous les phénomènes écon< miques. »

En un mot si Engels prétend que la loi de la valei de Karl-Marx a existé, il considère qu'elle est mor depuis le xv® siècle. Les marxistes reconnaisse: que c'est une conception logique, mais qu'a cun des actes de l'échange qui ont lieu dans net civilisation n'y correspond. Elle n'est pas plus co forme à la réalité que la loi d'airain des salaire qui lui sert de base du reste, comme on l'a vu à première ligne de la citation que j'ai faite. C'est s ces deux concepts subjectifs, dont la fausseté obje tive est avouée par Karl Marx et Engels eux-mèm que le prétendu socialisme scientifique a été étab et qu'au point de vue intellectuel il entraîne 1 populations.

Si ce mouvement n'avait été provoqué que f ces deux prétendues lois scientifiques, il se ser

arrôté vile. Mais elles ont apparu à ceux à qui on en parle, d'une tout autre manière. Je citais l'exemple, tout à l'heure, de la loi d'airain des salaires, de Lassale, et je disais de quelle manière elle se transformait dans l'imagination des socialistes naïfs. D'un autre côté, la loi du surtravail, de Karl Marx, s'est traduite de la manière la plus simple. On a dit aux ouvriers que le « le capital vampire » s'engraissait de leur sueur. On a dit que la loi devait intervenir pour les faire travailler moins ; on est arrivé à la formule de la journée de huit heures, que M. Vaillant et les trade unions australiennes ont abaissée à six heures; que M. Hyndman a déterminée à quatre heures ; que M. Lafargue a réduite à trois heures; que M. Reindsdorf, devant le tribunal de Leipzig, a limitée à deux heures ; que le D"" Joynes a bornée à 1 heure 1/2, en attendant le protagoniste du zéro... seul chiffre qui défie une surenchère ! Or, du moment que des chartatans, eux-mêmes dans l'absurde, disaient à ceux qu'ils voulaient séduire : « 11 y a, quelque part, une providence qui s'appelle l'Etat; vous en êtes les maîtres, puisque vous avez le droit de suffrage ; insistez auprès de lui pour qu'il diminue votre surtravail ; il dépend de lui, par conséquent, de vous, que vous travailliez moins, » il était tout simple qu'une grande partie des gens, qui croient volontiers ce qu'ils désirent, obéissent à ses suggestions. Ce que j'admire, c'est que cette chimère ne se soit pas imposée à un,plus grand nombre d'ouvriers ; que la

plupart d'entre eux, sans se lancer dans de granc raisonnements, mais voyant la vie par elle-mêm d'après leur petite expérience, comprennent qu dans ces horizons mystérieux et lointains qu'on lei montre, il y a un inconnu dont il est peut-ôtre pr dent de se garer.

Je prends maintenant le programme du pai socialiste français, qui a été adopté au congrès tei au Havre dans la salle de l'Union lyrique en n vembre 1880, sur l'insistance de M. Jules Guesd programme qui avait été arrêté d'accord avec Ke Marx et avec Paul Lafargue. Je ne citerai que 1 quatre ou cinq paragraphes caractéristiques :

« l^"" Question: De la propriété. Considérant qu n'y a d'émancipation possible pour les travaillai] que dans la possession de l'instrument de travail de la matière première ;

« Considérant que cette possession des moye de production ne saurait être individuelle pai que, ne fût-elle pas antiéconomique, elle ne tare rait pas à donner lieu à toutes les inégalités î ciales d'aujourd'hui;

« Considérant que cette possession ne saur être davantage corporative ou communale ;

« Considérant, d'autre part, que cette prise possession ne peut être opérée que par la révoluti sociale ;

« Le Congrès national ouvrier socialiste du Ila^ déclare nécessaire l'appropriation collective, plus vite possible et par tous les moyens, du s

du sous-sol, des instruments de travail, cette période étant considérée comme une phase transitoire vers le communisme libertaire.

2° Question : Le salariat. Considérant que la réunion des délégués au 4® Congrès national socialiste ouvrier a reconnu qu'il n'y avait aucune réforme possible qui puisse non seulement changer, mais même améliorer la position des salariés ;

« Considérant que la nouvelle organisation sociale ne peut avoir pour base que l'appropriation collective du sol, sous-sol, instruments de travail ou de production, déclare :

« Que le seul but que doivent se proposer les salariés est d'arriver le plus tôt possible à cette transformation.

« Pour atteindre ce but, le Congrès déclare que les travailleurs doivent s'organiser en parti entièrement distinct, opposé à la bourgeoisie, en formant le plus grand nombre possible de chambres syndicales, groupes, sociétés ouvrières, cercles d'études ou toute autre forme de groupes révolutionnaires, établis dans chaque localité, s'unissant par cantons et se fédérant par régions.

« Considérant, en outre, qu'il est nécessaire que les travailleurs aient le temps de s'occuper de leurs intérêts et de la chose publique, le Congrès conseille de faire de l'agitation pour la réduction delà journée de travail à huit heures.

<( Considérant en outre que les grèves sont les conséquences de l'ordre social actuel, et un moyen

(' d'agitation, d'action et d'organisation, le Congre

invite les travailleurs à former, dans toutes le villes, un comité permanent des grèves. »

Le Congrès terminait en décidant de mettre l'ordre du jour du prochain Congrès : « De l'orga nisation sociale au lendemain de la Révolution. »

Mais je dois dire que les socialistes restent extrê mement mystérieux sur ce point. M. Bebel, inter pelle, le 3 février 1893, au Reichstag sur le carac tère de la société qui éclofait le lendemain de 1 révolution sociale, répondit aux catholiques: « Nou j ne vous demandons pas de détails sur la vie futur

dont vous nous parlez sans cesse. Pourquoi nous ei demandez-vous sur la société future ? » La répons< pouvait être spirituelle, mais elle n'était pas de na ture à satisfaire ceux qui demandent à un part politique, qui leur dit qu'il tient en réserve de: merveilles, quel est le caractère et la nature d< ces merveilles.

Un américain, M. Bellamy, a essayé, dans un vo lume intitulé: Cent ans après, de décrire l'organi sation sociale telle qu'on peut la déterminer d'aprèi les formules des socialistes actuels. C'est presque aussi enfantin et naïf que les anciennes utopies. Le socialistes ont été furieux ; ils ont reproché à M. Bel lamy d'avoir détruit les rêveries des uns, d'avoi montré des naïvetés qui ont fait sourire les autre et d'avoir fait une œuvre nuisible au parti socialiste M. Richter, dans un tout autre sens, a fait un ta bleau moitié grotesque, moitié dramatique de 1j

société socialiste au lendemain de la révolution sociale. On a dit à M. Richter qu'il n'avait pas le droit d'émettre de pareilles hypothèses, mais M. Richter pouvait répondre : « Puisque vous n'en émettez pas vous-mêmes ; puisque vous laissez ce domaine, auquel vous voulez nous faire aborder, complètement vide, nous avons le droit, chacun pour notre compte, de le remplir avec des conceptions déduites de vos prémisses. »

Je laisse de côté ces rêveries; je me borne à rappeler que M. Paul Lafargue a dit, de la manière la plus nette, que le socialisme aboutit au communisme. Le mot collectivisme n'est qu'une contrefaçon belge du mot communisme. Il a déclaré que ce mot n'avait été adopté que pour atténuer les préjugés que le mot communisme rencontre encore, mais, qu'en réalité, l'idéal poursuivi par les socialistes, c'étaitbien le communisme. Dans son étude sur V Évolution de la propriété, il a exposé une conception du progrès en spirale, d'après laquelle il nous a ramené au communisme primitif. Pour lui, le mot de révolution est pris dans le sens des astronomes : l'humanité doit retourner à son point de départ. Par conséquent, ce n'est pas moi seulement qui dis que le socialisme a un caractère régressif, c'est un de ses docteurs les plus autorisés, autorisé par les publications qu'il a faites, par la foi qu'il inspire, par sa parenté avec Karl Marx.

L'icONOMIB OB l'eFFORT. 23

Mais n'eussé-je pas cette autorité à invoquer q je pourrais également montrer en quelques nu le caractère régressif du socialisme. J'ai prou qu'au fur et à mesure que la personnalité humai se développait, la propriété individuelle se dé^ geait et s'accentuait. Le socialisme, en réali le communisme a pour but et pour objet supprimer la propriété individuelle, de nous : mener vers la propriété collective et, par conî quent, à ce point de vue, nous avons le droit dire qu'il est rétrograde.

J'ai montré que la notion de l'échange ne s'ét développée que peu à peu dans l'humanité; qu'e était un caractère des hautes civilisations. Or, da la civilisation socialiste, l'échange est supprinaé ; production des richesses se fait par ordre, la répj tition se fait également par arrangements d'autoril et je rappelle ici une des caractéristiques progrès qui a été dégagée par M. Sumner Mail Partant des communautés de l'Inde, suiva ses études juridiques à travers les transforna tions de l'humanité, il en arrive à formuler ce loi: c'est qu'on peut considérer comme un cri rium du progrès /a substitution des contrats pri\

aux arrangements d' autorité , la notion de la convention particulière à la notion de l'Etat, Or, la civilisation socialiste supprime le contrat privé, supprime les conventions particulières et nous ramène, par conséquent, à Farrangement d'autorité. Elle a donc un caractère régressif. Les socialistes montrent la suppression du travail comme un idéal, et annoncent sa disparition pour le jour où le communisme serait installé. Je ne m'arrête pas à cette hypothèse. Il est évident qu'il y aura toujours du travail, et il y en aura d'autant plus que la conception socialiste repose sur l'erreur suivante... Je vais dire quelque chose qui paraîtra appartenir à l'école dure, mais qui n'est que la vérité : l'humanité ne se développe qUe par l'effort ; c'est l'entrainement des forts, c'est l'entraînement des plus aptes à la vie et à l'existence qui provoque le progrès dont bénéficient les autres. Le progrès ne se fait jamais que par des minorités ; ce n'est pas riiumanité tout entière qui invente la machine à vapeur; ce n'est pas l'humanité tout entière qui découvre les grandes conceptions qui ont transformé le globe, qui découvre même les plus simples appareils mécaniques : ce sont des individus ou de petits groupes d'individus. Nous pouvons même ajouter que l'humanité y est rebelle. Aujourd'hui encore, si nous interrogions la masse des 1 ,500 millions d'habitants qui existent sur le globe, nous constaterions que la très grande majorité ne comprend pas une seule des merveilles que nous utilisons tous les jours

et qu'elle en nie encore beaucoup. La conception socialiste, c'est la subordination des forts aux faibles: c'est là le côté altruiste du socialisme et je dirai le C(Mé séduisant pour les âmes tendres; mais prenez garde : si vous chargez les forts du poids de tous les faibles ; si vous dites aux faibles qu'ils ont le droit de faire peser toute leur inertie, tout leur poids mort sur les forts, vous écrasez les forts, vous arrêtez « la marche en avant » dont vous vous réclamez; et, en même temps, comme vous l'arrêtez, il faudra beaucoup plus de travail pour donner une satisfaction équivalente à la masse de l'humanité, puisque tout sera fait au profit des indolents, des paresseux, des faibles qui, au nom du droit que leur donne leur nombre, feront d'autant moins d'efforts pour se développer qu'ils considéreront qu'ils ont droit à l'assistance ; et nous savons à quoi aboutit le droit à l'assistance. Donc il n'y aura pas de diminution de travail; à bien-être égal, vous pouvez être certains qu'il y aura augmentation de charges, augmentation de travail, et le travail se fera dans de bien plus mauvaises conditions.

Actuellement, sans doute, aucun de nous ne choisit librement sa destinée. D'abord, nous ne sommes pas responsables de notre hérédité, de nos qualités et de nos défauts personnels ; nous ne sommes pas responsables du milieu dans lequel nous naissons ; nous ne sommes pas 'responsables de notre éducation; nous ne sommes pas responsables enfin d'une foule de conditions aux-

quelles il faut, bon gré mal gré, que nous nous adaptions pour pouvoir vivre. Et le plus parfait des couimunismes n'affranchira personne de ces conditions d'existence, indépendantes de sa volonté. Loin de là. Tandis que, dans la société actuelle, nous avons une certaine liberté de choix, et une responsabilité dans la direction que nous donnons à notre vie, dans une société socialiste idéale, où tout se ferait par arrangement d'autorité, le petit individu, au moment de sa naissance, serait pris par l'Etat, serait placé dans l'engrenage, et, bon gré mal gré, il faudrait qu'il allât jusqu'au bout. Voilà la conception. Un mécanisme socialiste parfait aboutirait à cet écrasement ; Tindividu serait beaucoup moins libre de tracer sa destinée, de se débattre dans la vie, de tâcher d'en tirer le meilleur parti possible qu'il ne l'est actuellement, malgré tous les impedimenta qui l'entourent.

Mais cette idylle du socialisme, si dure qu'elle pût être, n'existerait pas. Si nous remontons aux civilisations passées, nous voyons que la concurrence guerrière, surtoutde tribu à tribu, est la conséquence de leur existence ; c'e$t le moyen d'acquisition qui reste dominant chez tous les peuples forts, et il n'a pas encore complètement disparu à l'époque actuelle, Mais, cependant, au fur et à mesure que le pouvoir de l'homme a augmenté sur le milieu dans lequel il agit ; au furet à mesure que sa puissance sur les choses est devenue plus grande, la civilisation guerrière a perdu de son ca-

ractère, et ellea été remplacée parla civilisalioi l'échange et la concun-ence guerrière a été ri placée par la concurreoce économique*. Actue ment, dans toutes les nations civilisées, le gn ressort moral, c'est la concurrence économiq grand ressort moral à tous les points de vue : point de vue altruiste, puisque tout producte tout marchand, tout négociant cherche, par ti les moyens possibles, à satisfaire sa clientèle répondre à ses besoins, et, par conséquent, a préoccupation constante d'agir pour les autn en même temps, cette concurrence déveloj les sentiments vigoureux de l'homme, parce qi doit se débrouiller contre ses concurrents, qu'il doit avoir plus d'initiative, plus de for plus d'activité qu'eux. La concurrence économifj est une forme de lutte comme la concurrei guerrière ; mais elle a supprimé le caractère rapi de lu concurrence guerrière, en y substituant contrat d'échange; et tandis que la concuiTei guerrière était basée sur la dépression et la rui des autres, la concurrence économique est bai sur la richesse et la puissance d'expansion < clients, puisque la fortune du producteur et commerçant est celle de ses acheteurs.

Mais nous voici dans une société collectiviste ne s'agit plus, pour l'industriel, pour le marchai de trouver des clients qui lui donnent une réa

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