‹ L'économie de l'effortChapitre 9 sur 31 · PAR HABITANT · texte numérisé non relu

PAR HABITANT

La richesse par tète d'habitant a donc augmenté de 236 0/0, chiffre auquel il faut ajouter un milliard de donations.

Ces faits, mis au regard de la loi de Malthus, la détruisent complètement.

Je pourrais reproduire les mêmes calculs pour l'Angleterre et TAllemagne. La richesse augmente donc beaucoup plus rapidement que la population. 11 n'est pas vrai que la production ne croisse qu'en raison arithmétique, tandis que la population croît en raison géométrique. Dans notre siècle, c'est le contraire. Les faits renversent la loi de Malthus.

La loi de Ricardo sur la rente est exactement dans les mêmes conditions au regard des faits. Voici en quoi elle consiste. Ricardo émet l'hypothèse que le premier homme avait pris le meilleur terrain qu'il avait pu choisir... Il y a là un défaut d'observation. Nous savons très bien, maintenant, par analogie, ce qu'ont été les premiers hommes. Mais à l'époque de Ricardo, Cook et Bougainville entre autres avaient montré le caractère des civilisations primitives. Sans tenir compte des observations directes, faites par ces voyageurs, Ricardo avait supposé qu'un jour, un homme avait enclos un terrain, selon la formule de Rousseau, et natu-

rellement avait choisi le meilleur ; ceux qui étaient venus après lui n'avaient eu à choisir que. des terrains de seconde qualité, et ceux qui étaient venus en troisième lieu n'avaient pu choisir que des terrains de troisième qualité, et ainsi de suite. Et alors, il établissait sa théorie de la rente sur ce postulat : la différence entre les frais de culture du terrain le plus fertile, qui a été choisi tout d'abord par le premier occupant et des terrains moins fertiles pris par les seconds, par les troisièmes, par les quatrièmes occupants, constitue la rente du sol. La différence est devenue de plus en plus grande entre la rente du terrain primitivement occupé, et la rente des terrains appropriés par les occupants successifs.

Mais il manque une chose à cette hypothèse et à cette généralisation. Où est ce premier terrain ? Si les faits se sont passés de cette manière, les descendants de son premier propriétaire doivent exister quelque part ; et, comme les populations ont augmenté dans une proportion considérable et que, naturellement, si Thypothèse de Ricardo est vraie, elles ont dû occuper des terrains de moins en moins fertiles, la rente de ce premier terrain a dû augmenter dans des proportions incalculables, et nous devons trouver quelque part son heureux possesseur dominant le monde de toute la hauteur de sa rente !

Ce terrain type de la rente n'existe pas; personne ne peut le découvrir; il n'a jamais existé et, par

conséquent, lorsque Ton compare Tobservation des faits à la généralisation de Ricardo, on arrive immédiatement à considérer que c'est là une hypothèse lancée par un homme fort intelligent, à l'esprit d(Jductif, mais qui ne tenait pas suffisamment compte de la méthode objective.

Au contraire, les observations faites entre autres par Carey, aux États-Unis, contredisent la théorie de Ricardo. Dans tous les pays où Ton a colonisé, jamais on n'a commencé par occuper les terrains les plus fertiles, et pour une excellente raison: c'est que les terrains fertiles ne sont pas fertiles pour l'homme ; ils sont fertiles par euxmêmes et, par conséquent, ils sont occupés par une végétation qu'il faut détruire tout d'abord. Les terrains les plus fertiles sont des terrains d'alluvion, et ces terrains d'alluvion représentent la fièvre, le paludéisme ; ils sont encombrés de broussailles; ils sont peuplés d'animaux féroces, de reptiles venimeux, d'insectes, et l'homme commence par s'en écarter.

Aux Etats-Unis, dans l'Inde, partout- où on a suivi les traces de la colonisation, on a vu les premiers occupants s'installer d'abord sur les coteaux, les terrains peu fertiles, faciles à défricher, où l'homme pouvait vivre, dont il pouvait tirer parti avec le moindre effort; les hommes n'ont commencé à aborder les terrains les plus riches que lorsqu'ils ont pu réunir de puissants moyens d'action, avoir des outils, grouper des capitaux.

faire les travaux nécessaires ou d'assèchement ou d'irrigation pour les mettre en valeur. On gratle des landes avant d'endiguer des polders.

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