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CARACTÈRE IDÉOLOGIQUE DES LUTTES POLITICO-SOCIALES

La conception marxiste de l'histoire est donc fausse : où Marx a cru découvrir des luttes de classes, il n'y a que des luttes de partis, et le mouvement engagé sous le nom de la lutte des classes, pour le compte des classes ouvrières, n'est encore qu'un mouvement de parti. Mais il faut poursuivre l'analyse pour comprendre comment la lutte des partis peut se poursuivre jusque

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SOUS le couvert de la lutte des classes, et comment des groupes financiers ou bourgeois peuvent aller jusqu'à faire alliance étroite avec des partis qui tendent à la révolution sociale. L'étrange tendresse du président W ilson pour les bolchevistes ne peut s'expliquer seulement par la perspective des bénéfices que pourront réaliser des hommes d'aSaires américains dans une Russie désorganisée. Chefs de partis, chefs de groupes financiers n'ignorent pas que la propagande ou l'action révolutionnaire qu'ils dirigent ou soutiennent peuvent, à la longue, provoquer une catastrophe mondiale. Il se peut qu'ils pensent qu un minimum d'ordre durera toujours autant qu'eux, et que le monde peut sauter au moment où l'on ouvrira leur testament. Explications insuifisantes. Au-dessus' des luttes de partis, dépassant les calculs des clans et des groupes, entraînant les uns et les autres au delà de leurs projets, il y a une lutte plus haute : c'est celle de l'esprit. Marx ne pouvait la soupçonner, lui qui subordonnait tous les événements historiques aux luttes économiques. Marx manquait d'imagination : il ne connaissait des choses que les aspects extérieurs; l'essence spirituelle des événements lui était inaccessible. De même que, dans sa théorie de la valeur, il ne tient compte que des

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quantités et des temps, ignorant la qualité, de même, dans les mouvements sociaux, il ne voit que les nombres et les choses. Comment auraitil pu expliquer cette alliance constante, constatée au cours de tout lexix* siècle, entre des fractions de classes dites par lui antagonistes .►^ Comment expliquer, par la lutte des classes, l'alliance consciente, entre ploutocrates, bourgeois de toutes sortes, intellectuels de toute origine, ouvriers et paysans contre une coalition formée des mêmes éléments , mais fondée sous un autre signe ? Toutes les campagnes démocratiques du «iècle dernier, toutes les grandes affaires politicosociales, boulangisme, affaire Dreyfus, affaire Ferrer, défaitisme pendant la grande guerre, sont conduites en dehors de toute idée de classe, et réunissent des fractions de toutes classes, formant un bloc, contre d'autres fractions de toutes classes, formant un autre bloc. Coalitions conscientes, affirmées avec éclat périodiquement, coalitions tacites permanentes, que ne brisent jamais les prétendus antagonismes de classes. De nos jours, comment expliquer, par la lutte des classes, la coalition Caillaux où entrent, consciemment, des syndicalistes révolutionnaires théoriciens de la lutte des classes, des intellectuels et politiciens socialistes et radicaux, des

grands bourgeois de la grosse métallurgie, des représentants de la grande presse, de grands financiers et, par surcroît, des représentants de la canaille boueuse et de la canaille dorée ? Coalition inexplicable par la lutte de classes, et que l'on ne peut expliquer par les seules luttes de partis. Que ces groupes s'assemblent avec l'arrière-pensée de se servir les uns des autres, cela n'est pas douteux. Mais qu'ils puissent même s'assembler un instant, quelle impossibilité, si l'on ne voit que la lutte des classes !

Le vrai caractère des luttes politico-sociales est

idéologique. — Choc de deux métaphysiques,

de deux conceptions du monde.

La vérité, la grande vérité, c'est que la lutte des classes est une illusion, et que la vraie lutte, profonde, ardente, qui dépasse tous les intérêts de classe et de parti, est une lutte idéologique, disons même : religieuse. Depuis un siècle et demi, c'est elle qui secoue la France, l'Europe et maintenant le monde.

Deux conceptions du monde sont opposées, sans conciliation possible. Les conflits politiques et sociaux du monde moderne sont causés par le choc de deux métaphysiques, de deux religions ennemies.

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