‹ L'économie nouvelleChapitre 26 sur 59 · I. — x\ous posons que l'homme ne peut se con · texte numérisé non relu

I. — x\ous posons que l'homme ne peut se con

I2ti L ÉCONOMIE NOUVELLE.

server que par un effort intellectuel et musculaire gui est le travail.

En efiet, tout ce qui est utilisable par l'homme se trouve dans le milieu naturel, mais l'utilisation n'en est pas gratuite, c'est-à-dire que recherche, capture, transformation, échange, répartition, accumulation, exigent un effort intellectuel et musculaire. 11 n'est pas de biens dans le milieu naturel que l'homme puisse se procurer sans efforts, c'est-à-dire sans qu'il s'écoule un temps plus ou moins long entre le désir et la satisfaction, et sans que l'homme ne soit amené à subir une peine, une fatigue avant de tenir en sa possession l'objet vers lequel le porte son besoin. L'homme doit reconnaître d'abord, par le moyen de son intelligence, ce qui est utilisable de ce qui ne l'est pas, ce qui peut être atteint par lui en temps utile et ce qui ne peut l'être. Dès son premier pas sur la terre , pour la plus simple des opérations, l'homme doit mesurer ses pas et calculer les résistances, proportionner son effort aux possibilités. Une opération intellectuelle précède toute action de l'homme dans la recherche des biens. L opération physique ou musculaire suit, celle-ci plus ou moins longue, plus ou moins pénible. Donc, pas de biens gratuits dans le milieu naturel.

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II. — Le travail étant le résultat du plus grand effort, la loi de l'homme étant le moindre effort, le travail est un fait social hiérarchisé, produit de la contrainte de l'homme sur l'homme.

Or, le travail étant un elFort, une peine, une fatigue, dans quelles conditions l'homme s'y donnera-t-il? L'homme est-il un être qui se donne spontanément au travail? Il apparaît que si l'homme est organisé physiquement pour le travail, c'est-à-dire pour connaître les choses, en prévoir l'utilisation et les transformer, l'individu n'est pas organisé pour s'imposer une peine, une fatigue qui dépasse la satisfaction qu'il en attend dans le temps qui suivra immédiatement son efifor-t, sa peine, sa fatigue. Selon la définition que nous avons déjà donnée, l'homme est un être dont l'énergie, comme toute énergie, suit la voie de la moindre résistance, du moindre effort, dont la sensibilité recherche la moindre fatigue, la moindre douleur, et que son instinct de conservation dirige vers le moindre risque ^ .

Dans ces conditions, le travail ne peut naître que sous l'action d'un commandement d'homme n homme, d'individu à individu, de telle manière que l'individu le plus intelligent et le plus créa-

I, Cf. L'Homme qui vient, Y>. X\\^ II.

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leur (qui conçoit le mieux le travail et l'utilisation des choses) et le plus apte au commandement (non par sa force physique, mais par son énergie) exerce sur l'individu, dont les aptitudes sont moins étendues, une action qui le contraigne à accepter la loi du travail. Le commandement de la nécessité peut suffire pour amener l'homme au travail suivi d'une satisfaction immédiate pour assouvir la faim, par exemple ; mais l'activité de l'homme, sous la contrainte de la seule nécessité, se limite alors au travail animal de la recherche quotidienne de la nourriture et du gîte. La satisfaction acquise, l'efibrt cesse. Pour que l'homme dépasse cette vie en quelque sorte animale, pour qu'il entre dans la civilisation, par le travail qui résulte d'une prévoyance et dont le résultat dépassera le besoin de l'immédiate nécessité, il faut qu'il y soit contraint par son semblable.

Le travail est donc le produit d'un acte que crée une société hiérarchisée oiî l'un conçoit, où l'autre exécute, où l'un commande, où l'autre obéit, où il y a contrainte et solidarité entre les membres de la société, contrainte du chef sur l'exécutant pour le maintenir dans le travail, contrainte de l'exécutant sur le chef pour obliger celuici à concevoir des travaux qui assurent la vie

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commune, on l'un et l'autre sont solidaires dans les résultats, dans le rendement du travail.

A l'origine du travail, le précédant, il y a donc une création sociale, où apparaissent un pouvoir de contrainte et une hiérarchie. La création politique et sociale est donc antérieure à la création économique dont elle est la condition nécessaire.

III. — Ces conditions poliliqaes et sociales nécessaires à la naissance du travail sont réalisées dans la Famille humaine, qui contient en germe toutes les institutions des sociétés civilisées.

La Famille unit, par l'amour et par l'instinct de conservation de l'espèce, deux êtres inégaux et doués de qualités différentes : l'homme, créateur intellectuel et apte au commandement; la femme, conservatrice des créations de l'homme et capable d'exercer sur l'homme la contrainte morale qui le conduit à renouveler ses créations. L'union de l'homme et de la femme constitue le premier type de société hiérarchisée dont les membres sont solidaires et s'imposent une contrainte mutuelle pour la création économique. L'homme contraint la femme aux travaux domestiques ; la iemme exige de l'homme qu'il exploite son esprit et sa vigueur à la recherche, à la capture, à la transformation, à raccunmlatioii et à la pro-

Valois. Écouoiuie. i|

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tection des choses qui donneront à la famille sa nourriture et sa sécurité. Les enfants sont contraints par l'homme et la femme à se préparer aux mêmes fonctions et à les remplir dès que leur force le leur permet. La famille est un type complet de société où sont réunies toutes les conditions nécessaires à la création économique. Les sociétés complexes ne font que reproduire, en divisant les fonctions, ce type initial des sociétés humaines. Le pouvoir de l'Etat, imposé dans la suite à des sociétés de familles, ne fait que prolonger le pouvoir paternel.

IV. — L'inégalité des ressources des milieux naturels d'une part, la loi du moindre effort d'autre part, portent l'homme à la guerre. La création économique et ses progrès sont étroitement liés à la guerre, et elles nécessitent, dans les sociétés humaines, un pouvoir qui soit à la fois apte à faire et à empêcher la guerre.

Les êtres et les choses utilisables par l'homme étant très inégalement répartis dans les milieux naturels de la planète, leur recherche exigeant plus ou moins d'efforts selon la fertilité ou l'aridité relative des régions, il s'ensuit que les hommes sont amenés à accomplir un travail plus ou moins rude selon le caractère des régions qu'ils occupent. Or, obéissant à la loi

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du moindre efiort, l'homme sera toujours porté à rechercher, pour ses établissements, les régions où la conservation de sa vie exige le moins de travail, où, en somme, la vie est moins chère. Les régions d'une grande fertilité naturelle qui exigent moins d'efforts pour la culture, les régions chaudes, qui épargnent à l'homme le travail de recherche du combustible, seront toujours l'objet des désirs des sociétés qui travaillent. Il s'ensuit que la recherche d'heureuses conditions pour le travail porte les sociétés humaines aux antagonismes et à la guerre. Il y a nécessairement antagonisme entre un groupe social qui occupe une région fertile et tempérée et un groupe voisin qui occupe une région aride et froide. Le second cherchera, soit à expulser le premier, soit à s'emparer des biens qu'il tire de son sol. Ainsi, le travail et la guerre sont-ils indissolublement liés. Tout groupe qui travaille et qui produit doit penser, avant de se mettre au travail, à assurer sa sécurité à l'égard des groupes voisins; sinon, il s'expose à se voir dérober le produit de son travail par ceux-ci, surtout s'ils occupent une région moins favorisée. Ainsi de tous temps, les habitants des plaines, on la vie est plus douce, ont-ils eu à se défendre contre les habitants des montagnes, où la vie est plus rude. La création

l'on h ECONOMIE NOUVELLE.

économique nécessite donc éternellement, dans toutes les sociétés humaines, un pouvoir apte à faire et à empêcher la guerre. Il y a là un des plus puissants moteurs de l'activité et des progrès économiques. S'ils jouissaient d'une sécurité parfaite, les occupants d'une région douce arrêteraient leur effort dans les limites de leurs besoins ou de leurs jouissances. Ils seraient plus attirés par leurs jouissances que par leurs besoins et s'écarteraient ainsi des travaux vraiment utiles, ce qui les porterait vers la décadence. La crainte où ils sont de se voir dérober même ce qui est nécessaire pour leurs besoins les porte à faire sans cesse un eflbrt d'invention, de travail pour renforcer les défenses qui mettent leurs champs, leurs ateliers et leurs magasins à l'abri des groupes voisins. De son côté, le groupe qui habite une région rude cherche à perfectionner ses moyens d'attaque et poursuit le même effort d'invention et de travail. Il s'ensuit que par la menace qui pèse sur les habitants des régions heureuses, par la menace qui pèse aussi sur les habitants des régions pauvres (car les premiers tentent d'établir leur pouvoir sur les seconds pour se libérer de la crainte du pillage), les uns et les autres progressent dans le travail, car leur préparation à la guerre ne se fait que par un

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accroissement de travail. La crainte de la guerre est ainsi un des plus puissants facteurs du progrès économique.

S'il en est ainsi dans les relations des groupes sociaux entre eux, il en est de même à l'intérieur. Les hommes étant inégalement aptes au travail, à l'invention et au commandement, les différences dans les résultats du travail rendent rapidement inégales les conditions sociales des membres ou des citoyens. Cette inégalité que crée le travail, la tendance au moindre effort tente toujours de l'annuler par la ruse et par la force. Les hommes qui échouent dans leurs entreprises par le travail tentent de prendre leur revanche par la guerre civile. Au surplus, la même tendance porte tous les hommes (et non les seuls paresseux et criminels) à prendre à leur prochain le produit de son travail. Le fait qu'un homme a amassé les produits de son travail porte son voisin à essayer de le lui dérober. La création économique place des germes de guerre à l'intérieur des cités ou des groupes sociaux. Il faut donc qu'un pouvoir social régente les groupes pour empêcher les hommes de se faire la guerre. Dans le groupe-type, la famille, c'est le père qui exerce ce pouvoir; dans la cité, dans la nation, c'est le prince, ce sont les chefs, c'est l'Etat.

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L'Etat est l'organe par lequel les sociétés humaines contraignent leurs membres à ne pas se faire la guerre et à travailler. L'Etat, libre au-dessus des producteurs, est donc un des moyens par lesquels la création économique s'accomplit et dure. V. — L'existence de VEtat étant une des conditions essentielles de la création économique, la forme de l Etat doit être telle quelle permette aux citoyens de donner tous leurs soins au travail. La Jorme démocratique est celle qui favorise le moins le travail; la forme aristocratique est meilleure, mais laisse dans le groupe des germes de guerre civile ; la forme monarchique est, de toutes, la meilleure, au point de vue strictement économique.

En effet, la forme de l'Etat n'est pas indiff'érente au producteur. Si l'Etat accomplit parfaitement sa fonction de pacificateur intérieur et extérieur, les citoyens peuvent donner leurs efforts au travail en toute sécurité. Si, au contraire, l'Etat manque à sa tâche, il oblige les citoyens à perdre temps et efforts pour le seconder ou le remplacer. Or, la forme démocratique est celle qui, non seulement affaiblit l'Etat, mais appelle les citoyens à le détourner de sa fonction. L'État ne peut remplir parfaitement sa fonction que lorsqu'il établit la loi de paix et de travail sur tous, sans préférence pour tel ou tel groupe

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de la cité. Dans le régime démocratique, l'Etat devient la chose des partis qui se constituent pour exploiter le travail de la nation. Les hommes, sachant que, s'ils peuvent s'emparer de l'État, ils pourront échapper à la loi du travail et prendre le produit du travail d'autrui, forment des coalitions ou partis qui se saisissent de l'Etat et dont les membres se partagent les biens qu'ils peuvent prendre au nom de l'Etat lui-même. Au parti qui tient l'Etat, s'oppose un autre parti, et d'autres encore qui ont les mêmes vues. Les uns et les autres, pour lutter les uns contre les autres, agitent la nation, intéressent des groupes de plus en plus étendus aux bénéfices de leur triomphe politique. Cités et nations sont alors continuellement distraites du travail, appelées à une sorte de guerre civile permanente, et les chefs et hommes de parti, qui pourraient être de bons chefs et hommes de travail, ne sont que des agitateurs qui détournent tous les citoyens du travail. C'est pourquoi la démocratie est la forme la moins heureuse de l'Etat, quant aux résultats économiques. La forme aristocratique est meilleure, parce qu'elle ne trouble pas tous les groupes de la nation ; toutefois, mettant l'État entre les mains d'un groupe social, d'une classe, elle laisse subsister dans la cité, au sein de ce

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groupe, les causes de discorde que la démocratie étend à toute la nation; en outre, elle présente un grave défaut: la classe aristocratique, n'étant subordonnée à rien d'autre que la loi qu'elle se donne, est inclinée, parla loi du moindre effort, à se reposer dans la possession oii elle est et à réduire son effort de direction. A tous égards, la forme monarchique est la forme supérieure de l'Etat, en vue de la création économique. En effet, lorsque l'Etat, manœuvré par un gérant responsable et intéressé, établit une même loi sur tous les groupes de la cité ou de la nation, tous les citoyens sont maintenus dans leur fonction utile de travail ou de direction économique, dans les limites que peut atteindre la meilleure des institutions humaines. L'expérience montre que les nations qui possèdent un Etat à forme monarchique peuvent atteindre une très haute prospérité économique; exemples : les Etats- Unis d'Amérique, qui, sous le nom de démocratie, possèdent une des plus fortes monarchies temporaires que l'on ait connues ; l'ancien Empire allemand, monarchique, aristocratique et guerrier; l'Empire britannique, monarchique et aristocratique. La forme monarchique de l'Etat ne transforme pas des citoyens inintelligents et inactifs en puissants créateurs ; mais elle multiplie la

rUEMlLUS prUNClPKS DE L ECONOMIE i.I Vl-l-lE. i -7

valeur et le rendement du travail des nations qui en bénéficient, par le fait qu'elle contraint les citoyens au plus grand effort de travail et les place dans les conditions politiques et sociales favorables à l'accomplissement du plus grand effort de production.

YI. — La loi du moindre effort, qui porte les hommes à la guerre dans l'état de nature ou dans un état social faible, les porte au plus grand ejfort et au progrès technique continu, dans un état social bien organisé. La connaissance de cette loi est d'une importance considérable dans V organisation des nations. Selon que l'on tient compte de son existence ou qu'on la méconnaît, les sociétés vont à la prospérité ou à la décadence.

La loi du moindre effort est d'une importance considérable dans la vie économique. C'est elle qui domine toute la physique humaine. Elle est à la racine des causes de tous les progrès techniques de l'homme, comme elle est à la racine de toutes les décadences économiques et sociales. Dans l'état de nature ou dans un état faiblement policé, elle inchne l'homme à vivre aux dépens de son semblable. Dans un état fortement policé, au contraire, elle le conduit au progrès technique continu. En effet, lorsqu'il n est laissé à l'homme qu'un seul moyen d'action, le travail,

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l'homme cherche à réduire son effort de travail en utilisant ses ressources intellectuelles qui lui permettent de diminuer son efïort musculaire. C'est la source des innombrables inventions et combinaisons qui ont augmenté le rendement du travail humain dans des proportions si considérables. En fait, l'homme ne parvient jamais à diminuer son eJS'ort, mais il le transforme, il le déplace : il l'intellectualise, et il a le sentiment qu'il le diminue, parce que la fatigue intellectuelle lui paraît moins pénible que la fatigue musculaire. Il est d'autant plus porté à l'intellectualisation du travail que l'esprit construit avec une rapidité infiniment plus grande que la chair, et dresse dans l'âme de l'homme des images qui entraînent la chair à l'action. Les rapides constructions de l'intelligence font toujours apparaître à l'homme un état futur où sa peine sera moins rude. Ainsi la recherche du moindre eflbrt, de la moindre peine, du moindre danger tient-elle en éveil l'intelligence humaine et exerce-t-elle ensuite, par les images du futur qu'elle a engendrées, une sorte de contrainte sur l'activité de l'homme qui augmente son effort d'aujourd'hui pour diminuer son effort du lendemain. C'est par là que l'homme se dirige vers les sommets de la civilisation.

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Ln grand nombre d'écrivains ont vu ou entrevu le rôle capital de la loi du moindre effort. Il en est peu qui aient vu l'étendue de son domaine, et presque tous les auteurs, économistes ou philosophes, qui l'ont étudiée se sont arrêtés en chemin, comme s'ils eussent craint d'être entraînés à des conclusions opposées aux idées générales du xvni" et du xix" siècles. Si les socialistes, Proudhon excepté, ont complètement ignoré la loi du moindre effort, des économistes comme Paul Leroy-Beaulieu ou Yves Guyot marquent nettement qu'elle domine toute la vie économique ; des philosophes comme Ferrero et Th. Ribot en ont défini le caractère général.

Leroy-Beaulieu dit que «( le principe de la moindre action, c'est-à-dire du moindre effort pour obtenir un résultat déterminé, ainsi que le principe de l'économie des forces qui n'en est que l'extension, dominent toute la vie économique )). Yves Guyot a écrit, dans son livre sur V Economie de tejfort, que « toute l'histoire de l'invention humaine obéit » à la loi du moindre effort : « L'homme, dit-il, cherche la moindre résistance; plus il est ingénieux, plus il cherche à diminuer son effort. »

Rien n'est plus exact; c'est en effet en recherchant le moindre effort que l'homme est conduit

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à tous ses progrès techniques. Mais c'est en quelque sorte une duperie, car, une loi domine son activité, une loi de constance de l'effort, à laquelle il ne peut échapper. L'homme invente la voiture pour s'épargner la peine d'aller à pied ; mais il est conduit par là à un nouveau dressage du cheval et à la fabrication de la voiture. Parallèlement, il recherche le moindre danger, et il est entraîné vers un nouvel effort d'invention et de travail. Il n'échappe d'ailleurs pas plus à la loi de constance de l'effort qu'à celle de la constance du danger. Toutes ses créations qui ont pour but d'éliminer un danger en font naître un autre. Il chasse le loup du voisinage de ses villes et de ses villages, et le Petit Chaperon rouge n'a plus à redouter les longues dents de l'animal qui l'attend chez sa mèregrand; mais, sur la route que l'enfant suivra, l'automobile n'est pas un danger moins grand que le loup. L'homme ne craint plus guère l'avalanche qui surprend les voyageurs en montagne : mais un accident de chemin de fer fait périr d un seul coup autant d'hommes que les avalanches en faisaient périr au cours d'une saison.

Mais l'homme invente sans cesse de nouveaux moyens de conjurer les dangers qui renaissent

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SOUS son pas et de diminuer l'effort qu'exigent ses nouvelles créations. Ainsi la création économique s'accroît-elle sans cesse par une progressive intellectualisation de l'effort et du travail, et l'homme tire parti de plus en plus des ressources des milieux naturels ; il augmente sans cesse les protections de sa vie, les moyens de conserver son espèce. Ainsi, poussé par une loi qui est celle de l'espèce, et qui est l'expression de l'ordre divin qui lui fut donné, ainsi se prémunit-il contre les dangers inconnus de l'avenir. Cette création continue, c'est la loi du moindre efïort qui la commande, mais seulement si l'homme est placé dans des conditions telles qu'il soit contraint au travail. Si l'homme est placé dans des conditions politiques et sociales qui lui permettent d'échapper au travail, la loi du moindre effort, au lieu de le conduire à la création économique, le porte au pillage et au gaspillage des biens accumulés.

Le raisonnement l'indique; l'expérience le confirme; les révolutions de caractère socialiste, qui affaibUssent ou détruisent les institutions qui contraignent les hommes à vivre en paix et à travailler, sont accompagnées de pillages et de gaspillages d autant plus grands qu'elles sont plus libertaires. C'est ce que n'ont pas vu les

lia L ECONOMIE >OUVELLE,

économistes libéraux, qui vivaient sur le fonds d'idées générales du xviii' siècle.

Les philosophes comme Ferrero et Ribot, poussant plus loin que les économistes l'analyse de l'effort, ont très nettement formulé que « l'humanité répugne à l'effort » que « la tendance au moindre effort est la règle » et que « par nature l'homme est enclin au repos et disposé au moindre effort ' » . Mais l'un et l'autre se sont abstenus de tirer des conclusions pratiques de ces constatations.

La connaissance de la loi du moindre effort est une de ces idées claires et précises qui nous permettent de diriger sûrement notre action et d'éviter cette incertitude dont Ferrero disait, en 191 9, qu'elle présida à l'agonie du monde romain. Elle nous amène en effet à conclure que la condition essentielle de la création économique est l'existence, dans les sociétés hu-

1. Th. Ribot. On trouvera dans la /îe»ue philosophique d'Octobre 19 10 la longue étude du professeur Ribot sur cette question capitale (La loi du moindre effort en psychologie) ; cette étude est la conclusion d'une polémique philosophique ouverte par Ferrero en 1894 et dont une partie est reproduite dans l'ouvrage de cet écrivain, intitulé Les lois psychologiques du symbolisme, publiée en 1895 chez Alcan, à Paris. Mon ouvrage l'Homme qui vient, paru en 1907, à la Nouvelle Librairie Nationale, à Paris, est une suite d'études qui reposent sur la connaissance de la loi du moindre effort et de ses conséquences sociales et politiques.

maines, d'institutions politiques et sociales qui contraignent les hommes à l'elïort, c'est-à-dire au travail. Toute organisation sociale qui détruit ces institutions est vouée à la décadence, à la mort. Ainsi peut-on se rendre compte scientifiquement, peut-on dire, que les conditions politico-sociales créées au xix* siècle en Europe menacent gravement la civilisation occidentale. Le maintien du régime libéral conduirait infailliblement les nations européennes à la dissolution. Après la Grande guerre, à une époque où l'Europe doit reconstituer, par un travail intense, les pertes immenses qu'elle a subies, il est de la plus haute importance que l'on sache, que l'on se pénètre de cette vérité, que le régime de la liberté interdirait absolument à l'Europe le travail de reconstruction qu'elle doit faire. La raison, la science et l'expérience enseignent que le régime nécessité par le travail, normal ou intense, est le régime de la contrainte, et avec plus de précision, le régime de la contrainte mutuelle.

L'objet de la création économique est de donner de la valeur aux êtres et aux choses des

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milieux naturels, c'est-ik-dire de les rassembler, de les recueillir, de les transformer et de les transporter de telle manière qu'ils soient utilisables par l'homme pour la conservation de la vie. Etres et choses ne valent pour l'homme que dans la mesure où ils sont utilisables par lui à cette fin.

Or, les milieux naturels ne fournissent rien, hors l'air, qui soit utilisable sans un effort de l'homme, aussi faible que soit cet effort. Il s'ensuit que la valeur n'est créée qu après incorporation, aux êtres et aux choses, d'un effort humain.

Ainsi, il peut y avoir travail sans valeur, si des efforts humains transforment ou transportent des choses n'ayant aucune utilisation possible pour l'homme dans le temps ou le milieu oii il vit; mais il ne peut y avoir valeur sans travail, et, ainsi que nous l'avons vu plus haut, il ne peut y avoir travail sans commandement, sans action de l'institution humaine qui oblige l'homme au travail et lui donne en même temps la sécurité.

La valeur des êtres et des choses sortis du milieu naturel est donc en raison directe :

De leur utilisation possible par l'homme dans un milieu» social donné;

LA VALEUR . l45

Des efforts humains de toute nature qui y sont incorporés;

Elle est en raison inverse de la puissance des institutions politiques et sociales.

Les prix, qui expriment la valeur des choses dans les sociétés otj la valeur est indiquée par des signes pour les échanges, les prix sont donc fonction de ces trois termes et leurs variations s'expliquent :

Par la valeur d utilisation, variable selon le caractère de la production ou selon les changements qui peuvent se produire dans les milieux naturels (froids ou chaleurs inaccoutumés, inondations, etc.):

Par la qualité ou la quantité des efforts humains nécessaires à leur production ou leur transport, que font varier les progrès ou les régressions de la technique, ainsi que les changements des milieux naturels ;

Par l'aptitude plus ou moins grande de l'Etat et des institutions sociales à promouvoir la production et à lui donner la sécurité ; par le prix plus ou moins élevé du fonctionnement de l'État.

Contrairement à ce qu'ont cru un certain nombre d'économistes, la valeur n'est en aucune manière subjective; elle n'est pas subordonnée

Valois. Économie. lo

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à l'appréciation des goûts, des jouissances de l'homme; elle n'est pas fonction de nos besoins ou de nos désirs; elle n'est pas influencée par le fait que l'homme offre ou n'offre pas, demande ou ne demande pas les choses qu'il fabrique ou consomme. Quels que soient les goûts, les désirs des hommes, ils ne peuvent modifier l'humanité et rendre utilisable pour la conservation de sa vie ce qui ne l'est point. La valeur d'utilisation est déterminée non par les besoins de l'individu, mais par ceux de l'espèce; non par la psychologie, mais par la physique humaine. S'il est créé des produits qui ont de la valeur malgré leur caractère nocif pour l'espèce, leur valeur n'existe pas par une négation du principe que nous exposons, mais par des déviations de l'instinct de conservation chez les individus. La morphine acquiert de la valeur pour le morphinomane, parce que celui-ci a l'illusion que le jDoison qu'il absorbe entretient ou augmente sa puissance vitale. La valeur n'est subjectivisée ici que par l'effet d'un état pathologique; dans le cas du morphinomane, l'équilibre entre l'homme et la nature est rompu. Un des objets de l'Etat et des institutions sociales est précisément de maintenir, dans les conditions artificielles où vivent nécessairement les hommes

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groupés en sociétés, cet état d'équilibre physique, entre Ihomme et la nature, où l'homme est contraint par la nécessité immédiate de ne rechercher que ce qui est utile à la conservation de l'espèce. L'importance d'une exacte conception de la valeur réside en ceci qu'elle permet de découvrir que le caractère de la production n'est indifférent ni à l'Etat, ni à l'Economique. Une société où la valeur devient subjective est une société malade et où la création de la vraie valeur, c'est-à-dire la création économique, est en péril. Il appartient à l'Etat et aux institutions sociales d'administrer à cette société les remèdes nécessaires.

Ce serait une erreur de croire que la valeur devient nécessairement subjective lorsque l'on atteint le domaine de la création artistique. Les Muses créent, elles aussi, pour la conservation de l'espèce. Elles placent autour de l'homme ou font naître dans son esprit les images et les sons que l'homme voit ou entend dans la nature et qui sont aussi nécessaires à sa vie que l'air et la lumière. Quand Ihomme est séparé du milieu naturel par les murs qu'il construit pour s'abriter, les Muses font rentrer dans la cité les jeux du soleil sur les eaux et les murmures du vent dans la forêt. Ce n'est pas par fantaisie ou

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caprice du sentiment que nous ornons les murs de nos maisons et les places de nos villes. Nous recréons ou nous rappelons autour de nous les formes du milieu naturel d'oii nous sommes sortis, avec lequel il nous faut demeurer en relation pour conserver nos facultés physiques et intellectuelles: la valeur de nos œuvres d'art est en raison directe de notre aptitude et de notre puissance à reproduire ou à rappeler les formes et les sons de la nature, ou à nous restituer cette exaltation de l'énergie que donne à l'homme le spectacle de la nature. On ne donne ici ce caractère de la valeur artistique qu'à titre d'indication et pour mettre même en lumière ce fait que la valeur n'est pas conditionnée par les sentiments et les fantaisies de l'homme.

La grande erreur des libéraux h été de croire que la valeur était fondée sur le goût, le plaisir et la jouissance des hommes. Il est d'une importance extrême que cette fausse notion soit rejetée de notre esprit, tant au point de vue purement intellectuel, pour la satisfaction de notre intelligence, qu'au point de vue social. Une fausse notion de la valeur peut avoir, la preuve en a été amplement donnée, des conséquences sociales infinies. La notion libérale rend toute organisation économique impossible. Il est évi-

dent que si la valeur et, par conséquent, les prix ne sont établis que par le goût, le plaisir, le besoin et la jouissance, il est interdit de dresser des institutions qui empêcheraient la libre manifestation de ces facteurs; d'autre part, ni les citoyens, ni l'État ne sont en mesure de déterminer ce qui peut ou ne peut pas entrer en circulation dans l'économie; enfin, comme nous l'avons montré, une économie fondée pour donner satisfaction aux besoins, aux plaisirs, aux jouissances de l'homme porte sûrement une société vers la décadence.

Le lecteur est donc invité à accorder une patiente attention à la définition de la valeur. Que sa méditation se concentre sur ce problème. L'avenir de notre civilisation dépend de la solution qui sera reconnue pour vraie et qui présidera k nos travaux. On se rendra compte d'ailleurs que la recherche d'une définition scientifique de la valeur se raccorde aux problèmes essentiels de la philosophie qui subordonnait toutes choses à la sensibilité humaine. C'est par là que l'on peut entrevoir qu'il ne peut être fait de sérieuse révision des notions sur l'économie si l'on ne poursuit en même temps la révision des idées philosophiques que nous avons héritées du xviii* siècle. Nous ne

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pouvons faire un vrai travail scientifique si nous demeurons soumis au romantisme philosophique qui a engendré le romantisme économique. La définition de la valeur que nous soumettons à la critique a été conçue en dehors de ces préjugés qui faussent l'esprit scientifique, et c'est à dessein qu'elle est présentée ici sans l'appui d'exemples ou de faits : on n'en donne volontairement que la substance afin que l'esprit du lecteur soit retenu sur l'aspect essentiel du problème.

On pourra juger de la valeur de l'instrument de mesure et de connaissance que nous donnons, en l'expérimentant pour l'analyse des faits économiques de tout ordre : on n'aura pas de peine à en reconnaître la sûreté dans l'analyse des faits qui se produisent sur le plan des nécessités premières. Il en sera de même sur le plan de l'aisance, du luxe, si l'on se rend compte que toutes les choses qu'acquiert Thomme, en dehors des objets et denrées de première nécessité, dont la valeur ne paraît être déterminée que par sa fantaisie, que ces choses sont les signes par lesquels il fait reconnaître d' autrui son rôle, sa fonction dans l'économie; les faits qui se produisent sur ces plans apparaîtront alors comme un prolongement des premiers. S'agit-il des

modes, qui annulent en une saison la valeur des vêtements, ou en quelques années celle de certains objets mobiliers, et qu'une courte vue verrait soumises non seulement aux goûts et aux sentiments, mais aux caprices de l'homme? Il ne faut pas une grande perspicacité pour reconnaître dans les modes les moyens par lesquels les hommes, réunis en sociétés, distinguent leurs groupes les uns des autres, et se reconnaissent entre eux à l'intérieur de chaque groupe, en vue de la collaboration économique. Le pantalon de velours bleu du charpentier français est en quelque sorte un brevet de capacité dans la charpente. Et pour les modes générales, ou bien elles existent pour donner des signes distinctifs à tout un groupe national de producteurs, ou bien elles existent et varient pour maintenir, chez un peuple riche, l'émulation ou l'activité dans la création économique.

Désirs, goûts, plaisirs, jouissances, ne sont que des apparences. Au-dessus de toutes les actions humaines est une règle que l'homme n'est point libre de modifier, car il l'a reçue de la nature ou de son Créateur.

L KnûNOMIE NOLVF.LLE.

LA PROPRIÉTÉ ET LES BÉNÉFICES OU LA PERSONNALISATION DES RÉSULTATS DES EFFORTS

Une des conditions essentielles de la création économique, c'est la personnalisation des résultats de l'effort, c'est-à-dire l'appropriation des bénéfices de la production à celui qui les a provoqués. La propriété est ainsi à la base de toute civilisation. Supprimez-la, c'est le retour à la sauvagerie, au communisme primitif, c'est l'arrêt du progrès technique, et même de la production. 11 est facile de saisir les raisons de l'institution.

L'homme, contraint au travail par les institutions de la civilisation, consent volontiers à entrer dans cette voie du plus grand effort oii il découvre plus de biens et moins de péril que dans l'état de nature. Mais il y met une condition : il veut y trouver la récompense de son effort, c'est-à-dire, la plus grande satisfaction par l'appropriation des résultats de son action. L'intérêt personnel le meut dès lors sur le plan de la création économique. L'homme travaille, invente, combine, entreprend, parce qu'il sait que le produit de ses entreprises, de ses combinaisons, de ses inventions, de son travail lui appartient.

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La même loi, le même pouvoir qui l'obligent au travail lui assurent la possession et la jouissance de ses créations. Il perd le libre usage de sa force, qu'il pouvait utiliser pour la guerre; il gagne le libre usage des produits de son travail, dont il sait qu'ils lui sont garantis contre les risques de la guerre.

Tout le secret de la paix civile et de la création économique est dans cette compensation. Tant que les hommes se trouvent dans un étal social qui assure cette compensation, la paix et le travail sont assurés. Si le pouvoir, si l'Etat prennent une trop grosse part en échange des services qu'ils rendent, la paix civile est menacée ; si les producteurs ne trouvent pas dans le fruit de leur travail une rémunération suffisante, soit en salaires, soit en bénéfices, la création économique diminue.

Voici ce qu'indique l'analyse des mobiles de la production. Mais il y a d'autres raisons, que l'on peut découvrir en analysant les aptitudes de l'homme à la production. Dès que l'on observe le travail des hommes, on constate que leurs aptitudes au travail sont extrêmement inégales : tel est à peine capable de s'utiliser lui-même, et s'il était livré à ses seules ressources, nu sur la terre nue, il ne parviendrait pas à se vêtir et à

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se nourrir; tel autre est actif, inventif, apte à s'utiliser lui-même, à concevoir et à diriger l'action concertée, de deux, de dix, de cent hommes ; tel autre encore est de force à diriger des centaines, des milliers d'hommes: les uns demeurent dans la routine des tâches apprises ; d'autres inventent, innovent sans un instant de repos. Ces constatations que chacun peut faire, à quelle première conclusion conduisent-elles.^ A ceci, que l'aptitude au travail et à la coordination des efforts humains étant très différente chez les hommes, la capacité de rendement est nécessairement très différente.

Il s'ensuit que la valeur économique des hommes comporte de grandes inégalités et que ces inégalités doivent avoir une répercussion très sensible sur le produit du travail. Si Ion admet que le rendement moyen du travail individuel de l'homme est exprimé par i , on reconnaîtra aisément que les rendements de chacun seront tantôt un peu au-dessus et tantôt au-dessous de i. Mais quand on passe du travail strictement individuel au travail concerté, coordonné de groupes d'hommes, utilisant les procédés techniques de leur époque, on constate que le rendement s'élève et que, par exemple, si le rendement d'une entreprise de dix hommes don-

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nera par tête i i/4, le rendement d'une entreprise de cent hommes donne par tête i 1/2. Que si de nouveaux procédés techniques sont appliqués, le rendement par tête passe à i 3/4, a et même au delà. Analysons : nous découvrirons que la direction des eflorts humains, assurée par un homme qui coordonne les mouvements, qui répartit les tâches, qui emploie les matériaux, qui crée ou utilise les nouvelles techniques a donné aa travail individuel une plus-value qu exprime le chiffre du rendement. Un même travailleur qui, seul, produisait i, produit, sous telle ou telle direction.de i i/A à 2. C'est là un phénomène que nous exposons en termes abstraits, mais dont chacun pourra trouver les termes concrets dans la plus proche réalité en examinant les résultats des entreprises qu'il connaît.

En somme, on constate que la direction d'un chef de travail qualifié donne au travail individuel une véritable plus-value .

La plus-value que Marx croyait être du travail impayé par le chef d'entreprise existe bien : mais elle n est pas une plus-value donnée artificiellement et sans raison à la marchandise, c'est une plus-value donnée au travail de l'homme par le travail organisé; c'est une plus-value de rendement qui est provoquée, créée par l'action du

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chef d entreprise. C'est ici que l'on découvre que cette plus-value de rendement étant l'œuvre du chef de travail, il est nécessaire que le chef soit assuré de la recevoir pour qu'il continue sa tâche d'organisateur de la production. Et, d'autre part, les collaborateurs du chef ayant participé à la création de la plus-value, en renonçant au travail individuel, en acceptant de travailler sous une direction, il est nécessaire qu'une part de la plus-value leur soit attribuée afin qu'ils continuent leur tâche dans le travail organisé.

C'est la plus-value, non consommée au cours de l'exécution du travail, qui Aa constituer le capital social des sociétés humaines. C'est grâce à cette plus-value donnée au travail humain que les hommes peuvent produire au delà de ce qui est nécessaire à leur vie quotidienne; c'est par là que les sociétés accumulent les biens pour les années mauvaises ou pour le renouvellement et l'extension de leurs entreprises.

La part de plus-value attribuée au chef constitue le capital ;

La part de plus-value attribuée à ses collaborateurs entre dans la constitution de l'épargne.

C'est par là que les eflorts sont personnalisés, rétribués équitablement et dans l'intérêt de la production. C'est par ces attributions, justifiées

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