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ORIGINES ET SOLUTIONS

Il ne semble pas que, depuis que l'on écrit et discute sur la vie chère, l'essentiel du problème ait été exactement saisi. L'insuffisance des mesures prises, la croyance généralement répandue que le prix de la vie baisserait rapidement si le gouvernement prenait des mesures énergiques, montre que l'on ne s'est pas exactement rendu compte des causes de la vie chère. Faute d'en avoir vu les causes, on ne voit pas exactement les remèdes, et l'on ne peut comprendre que la baisse est encore lointaine. Nous en essayons l'étude à notre tour dans une direction où M. Jacques Bain ville a donné d'un seul coup beaucoup de lumière le jour où il a montré que le pouvoir d'achat des monnaies françaises a baissé (Action française du 26 août 1919). C'est dans cette direction que l'on peut faire d'utiles découvertes. Mais il faut étudier le problème en se dégageant des idées du socialisme et de l'économie libérale- Si l'on demeure la tête farcie des àneries sur la plus-value ou la loi de l'offre et de la demande, on ne comprendra l'ien, on n'expliquera rien, on sera incapable de trouver une politique économique qui tienne.

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qu'est-ce que la vie chère?

Et d'abord qu'est-ce que la vie chère? La vie est-elle chère du fait que les choses ont doublé ou triplé de prix?

L'augmentation du prix des choses ne définit pas la vie chère. Les denrées et produits peuvent coûter nominalement deux, trois, cinq, dix fois plus sans que la vie devienne chère, si le pouvoir d'achat du consommateur s'élève proportionnellement. Si, avec cinq cents francs par mois en 1919, je puis me procurer autant de déjeuners, de bouteilles de vin, de tabac, de vêtements, de parts de loyer, etc., qu'avec deux cent cinquante en 1914, je me désintéresserai complètement du fait que le paquet de cinquante coûte un franc ; la vie ne sera pas plus chère. Mais, si mon pouvoir d'achat de consommateur a diminué, si, avec mes cinq cents francs mensuels de 1 919, je me procure moins de choses qu'avec deux cent cinquante en 1914, alors la vie est chère.

C'est ce qui se produit présentement. Le pouvoir d'achat du consoinmateur a diminué, parce que le pouvoir d'achat des monnaies dont nous nous servons a diminué.

Et ce n'est pas seulement par comparaison avec telle ou telle monnaie que son pouvoir d'achat a baissé. En France même, le franc ne vaut plus un franc quand nous achetons une marchandise, parce que nous payons au moment de l'achat autre chose que la marchandise achetée.

Suffirait-il, pour nous restituer notre pouvoir d'achat que, employés, ouvriers ou patrons, nous recevions sept ou huit cents francs là où nous recevions deux cent cinquante francs en 19 14 et cinq cents en 19 19? Illusion : l'écart entre les pi'ix majorés proportionnellement, et notre pouvoir d'achat, nominalement accru, ne serait pas modifié. Quelles que soient les mesures que nous prenions actuellement (libérales, socialistes, réalistes).

LE PROBLÈME DE LA VIE CHERE. 3o5

notre pouvoir d'achat ne peut pas augmenter immédiatement. Dans un an ou deux, si nous avons une bonne diplomatie, une bonne politique, une bonne économie, notre pouvoir d'achat sera très sensiblement relevé. Nous verrons tout à l'heure comment.

POURQUOI f.A VIE EST CHÈKE

La vie étant tenue pour chère parce que notre pouvoir d'achat a diminué, il s'agit de savoir pourquoi ce pouvoir d'achat est plus bas qu'en 1914.

Est-ce parce que les ouvriers ont demandé des augmentations de salaires? Parce que les produits sont plus rares? Parce que les mercantis nous exploitent? Parce que nous n'avons pas la liberté du commerce? Parce que, selon les pauvres explications de la vieille économie politique, [les demandes sont plus abondantes que les offres?

Toutes ces raisons n'expliquent rien, ou pas grand' chose.

Notre pouvoir d'achat a diminué dans la proportion où le coût de la production a augmenté.

Le coût de la production a augmenté parce que :

i" Avec le matériel fatigué, usé, que nous avons, avec les difficultés de réajustement des démobilisés, un même temps de travail rend moins qu'en 191^ ;

2° Nous sommes obligés d'acheter à l'étranger plus de matières premières, plus de matériel, plus de produits qu'en 1914;

'6" Enfin, et ceci est capital, parce que l'ensemble de la produclion française est grevée de frais généraux nationaux beaucoup plus élevés qu'en 19 14. du fait que les charges de l'État ont augmenté dans une très forte proportion eu égard à la production. En 1914, quand nous faisions un achat d'un franc, nous payions, au maximum, 10 p. 100

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de frais généraux nationaux (armée, marine, travaux publics, police, rentes); nous recevions donc un objet ou une fraction d'objet dans lequel étaient incorporés au moins quatre-vingt-dix centimes de travail et d'invention. En 1919, pour le même achat, nous payons 25 à 3o p. 100 de frais généraux nationaux. Notre pouvoir d'achat a donc diminué dans cette proportion. Nous payons chaque jour les charges de la guerre. Les dépenses de la guerre ont été payées sur l'avenir. Chaque fois que nous achetons une livre de beurre, nous donnons 25 à 3o pour 100 en plus de la valeur du beurre pour payer les coups de canon et les coups de fusil que nous avons tirés pour nous conserver la A'ache du paysan. Nous payons le travail dépensé pour la guerre, travail qui est parti en fumée, mais grâce à quoi nous pouvons encore mettre un peu de beurre sur notre pain. Et nous payons en même temps les biens qui ont été détruits par la guerre sur notre sol. Tout à l'heure, nous vous donnerons quelques chiffres pour préciser notre explication. Auparavant, il est intéressant de voir comment et quand la vie est devenue chère. Gela nous aidera à tirer d'utiles conclusions.

COMME.NT KT QUAMJ hX VIE EST DEVENUE CHÈRE

Du 2 août 19 14 à la fin de 1916, le prix de la vie n"a pas sensiblement augmenté. La vie n'était pas tenue pour chère, et elle ne l'était pas. Pourquoi?

Parce que, de 1914 à fin 1915, généralement, on a fait moins d'achats de denrées ou de produits non indispensables.

Parce que, en fait, les denrées et les produits avaient fort peu augmenté de prix.

Le coût des denrées s'était fort peu élevé, parce que le coût des produits manufacturés était resté à peu près sta-

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