LE DOGME DR LA LUTTE DES CLASSES
taires qui encombrent l'esprit des historiens et des économistes de la bourgeoisie libérale et démocratique. Les catholiques n'ayant pas entrepris le travail, ou l'ayant mené en dehors des méthodes rationnelles, la critique scientifique du marxisme n'a jamais été faite en France, sinon par quelques hommes, comme Georges Sorel et quelques-uns de ses amis; encore n'en ont-ils critiqué qu'une faible partie et n'ont-ils jamais abandonné la doctrine de la lutte des classes.
Ce silence de la raison et de la science devant le marxisme a fortifié les jeunes esprits autrefois touchés par Marx dans leur croyance à la valeur scientifique de l'œuvre marxiste; les idées marxistes ont pu ainsi circuler assez librement et n'ont trouvé d'opposition irréductible que chez les catholiques très cultivés et chez les nationalistes de Y Action française, possesseurs d'une doctrine historique, politique et sociale d'une force éprouvée et dont les principes mêmes excluent l'idéologie marxiste.
Le fil conducteur de l'œuvre historique marxiste qui conduit à son œuvre économique, c'est ce que l'on a nommé la conception matérialiste de l'histoire. Marx le donne lui-même dans la préface à sa Critique de V économie politique : « Le résultat général qui me servit de fil conducteur dans mes études peut se résumer brièvement de la façon suivante : Dans la production sociale de leur vie, les hommes contractent certains rapports indépendants de leur volonté, nécessaires, déterminés. Ces rapports de production correspondent à un certain degré de développement de leurs forces productives matérielles. La totalité de ces rapports forme la structure économique de la société, la base réelle sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique, et à laquelle répondent des formes sociales et déterminées de conscience : Le mode de production de la vie matérielle détermine d' une façon générale le procès social, politique et intellectuel de la vie. Ce nest pas la conscience de l'homme qui détermine son existence, mais son existence sociale qui détermine sa conscience l. »
1. < Critique de l'Economie politique, trad franc., Paris, Schleicher, 181)9, p. V.
Sur cette idée, à laquelle il joignit l'idée de la plus-value capitaliste tirée d'une fausse théorie de la valeur, Marx construit la théorie de la lutte des classes dont Engels parle avec un respect religieux qui nous parait aujourd'hui d'un haut comique :
« Marx découvrit le premier la grande loi du mouvement historique, loi suivant laquelle toutes les luttes historiques, menées sur le terrain politique, religieux, philosophique, ou sur tout autre terrain idéologique, ne sont, en fait, que l'expression plus ou moins exacte des combats que se livrent entre elles les classes sociales, loi en vertu de laquelle l'existence de ces classes, ainsi que leurs conflits, sont conditionnés par le degré de développement de leur état économique, par leur mode de production et enfin par le mode d'échange qui dérive de ce dernier. Cette loi, en histoire, a autant d'importance que la loi de la transformation de l'énergie dans les sciences naturelles l. »
De ce côté-ci du Rhin, de telles énormités font penser beaucoup plus à la dégradation de l'intelligence qu'à la transformation de l'énergie, surtout lorsque l'on voit Marx regarder « les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois comme les époques progressives, de la formation économique de la société », l'aboutissement bourgeois constituant « la dernière forme antagonique du procès de production de la société » et marquant la clôture « de la préhistoire de la société humaine », après quoi doit venir la dictature du prolétariat. L'époque féodale vue comme une époque de la production progressive par rapport au monde antique, c'est évidemment une des plus joyeuses inventions de l'histoire économique marxiste. On voit assez combien ce déroulement « progressif » de l'histoire est apparenté aux inventions de l'évolutionnisme philosophique du xix" siècle. Ainsi, pour Marx, le jeu de l'histoire n'est que la lutte des classes pour la possession du pouvoir politique par où
j. Engels, préface à la troisième édition allemande du XVIII Brumaire de Louis Bonaparte, de Marx, Trad. française, Paris, Scbleicber, 1900, [j. 18g.