LA SOLUTION
été exercée, elle a soulevé automatiquement la résistance dont les conséquences ont toujours été : stérilité et gâchis.
Nous ne pensons pas qu'il soit possible de faire disparaître définitivement le conflit, mais nous estimons que la solution de l'avenir repose sur l'association étroite et ininterrompue de la direction et du travail, non point clans le seul but, que nous pourrions appeler négatif, de régler les différences de point de vue, mais dans le but positif d'encourager le progrès industriel, source de la prospérité nationale.
La paix industrielle doit être signée, une paix qui ne doit pas être basée sur la puissance d'un parti, soutenu par des tribunaux, mais une paix qui devra être l'inévitable conséquence de la confiance mutuelle, de la justice, de la bonne volonté créatrice. L'industrie ne doit connaître ni trêves, ni arbitrages obligatoires. Ce qu'elle veut aussi, c'est un courageux mouvement soutenu par le génie créateur des deux partis réunis. Tout individu qu'intéressera cette besogne ne pourra manquer de répondre à cet appel, car la tâche que nous devons affronter aujourd'hui est le plus grand problème de reconstruction sociale que le monde ait jamais connu.
Nous croyons enfin que les intérêts communs de l'esprit sont beaucoup plus importants que ces intérêts que l'on veut aujourd'hui mettre en opposition, et c'est sur la base de ces intérêts communs que pourra être établie en pleine confiance la charpente du nouveau système industriel.
Je ne crois pas que la situation ait souvent été exposée avec tant de clarté, ni le but montré avec tant de précision. Toutefois, il ne serait pas inutile, au moins de ce côté de la Manche, de montrer comment a disparu de l'industrie la conscience des intérêts généraux de la production.
Avant la révolution industrielle (et avant la révolution politique), la production était assurée par le petit atelier où maitre, compagnons et apprentis vivaient en contact étroit, sans grandes différences de situation ni de puissance économique. Parle contact permanent, par les entretiens fréquents sur leur travail, les uns et les autres vivaient dans la connaissance de leur métier, de ses besoins et de ses intérêts généraux. Tout ce qui modifiait ou troublait l'exercice du
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métier était immédiatement connu des uns et des autres, qui acquéraient ainsi la conscience des intérêts communs que venaient soutenir des coutumes et des institutions communes.
Après la révolution industrielle, maîtres et compagnons se séparent, s'éloignent les uns des autres, perdent le contact, cessent d'échanger leurs vues et leurs connaissances. Leur situation respective est profondément modifiée. Le maître devient peu à peu un employeur dont la force économique individuelle est hors de proportion avec celle du compagnon devenu employé, ouvrier ou prolétaire. De l'un à l'autre, les communications se réduisent, et d'un côté, le maître devient un chef qui ne connaît guère que l'intérêt de son entreprise, tandis que le compagnon, spécialisé dans une partie du travail, et très éloigné par sa vie, par sa situation, par son instruction, du lieu où l'on voit la production dans son ensemble, ne connaît plus que son intérêt quotidien, Au cours du xix" siècle, la séparation s'accentue. Au commencement du xxc, elle est quasi complète : le maître est un homme qui vit dans une des branches de la production, sans autre vive préoccupation que celle des bénéfices que l'on y peut réaliser : le compagnon est un homme qui exécute une des pensées, un des ordres du maître, sans savoir (et sans moyens de savoir) la place qu'il tient dans le travail, sans connaissance de l'intérêt général de la profession. Pour ces deux hommes, les notions les plus précises que leur donne le travail ne sont plus que celles du salaire et du bénéfice. C'est par là que l'on arrive à la situation qu'expose Mr Whitlev.
A nous, maintenant, d'en sortir. 11 faut que nous cessions le jeu de la corde, et que nous redevenions des producteurs conscients des intérêts de la production. Il ne s'agit, pas de revenir à un état industriel périmé. Mais il s'agit de recréer, dans une situation économique nouvelle, une conscience des intérêts communs égale à celle qui a soutenu le système antérieur à la révolution industrielle.
Or, veuillez regarder autour de vous : où et comment le
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patron ou l'ouvrier peuvent-ils acquérir cette conscience ? Il n'y a ni lieu ni moyens. Au syndicat patronal, le patron apprend à connaître quelques aspects des intérêts généraux de sa profession, mais vus presque exclusivement sous l'angle patronal ; au syndicat ouvrier l'ouvrier ne prend conscience que de son intérêt de salarié. On se plaint que, dans la plupart des corporations, les ouvriers ignorent l'intérêt général de leur propre production. Mais où l'auraient-il connu ? S'il y a quelques écoles, quelques livres, quelques journaux professionnels pour les patrons et les ouvriers d'élite, il n'y a, pour l'immense majorité, ni école, ni cours, ni livre, ni journal, ni institution qui enseigne ou représente ces intérêts généraux. Au xix8 siècle, l'horizon intellectuel de l'ouvrier a été rétréci à l'établi ou à l'étau, et les démagogues de la fin du siècle n'y ont l'ait briller que la lueur des torches. Il faut changer cela. Il nous faut créer les institutions qui rendront à tous les producteurs la conscience de leurs intérêts communs dans le cadre de leurs différents métiers.