INFLUENCE DE LA RELIGION SUR LES RICHESSES
Le mot de religion a plusieurs significations diffé- ] entes, mais se rattachant toutes à un même groupe d’idees. Il sert à désigner les rapports de l’homme avec 1 Être suprême, dont la foi, la confiance, l’amour, l’obéissance, le culte intérieur et extérieur, sont l’ex-
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pression la jiliis réelle et la plus vive. Il s’applique encore a 1 organisation extérieure et hiéi'archique de chaque communion , aux devoirs de soumission et de respect (fiie les fidèles rendent à leurs pasteurs, à l’union et aux sentiments de charité que les membres
d’un même culte sont obligés d’entretenir les uns envers les autres.
Il n entre pas dans mon sujet d’envisager les religions à tous ces points de vue : je ne les considérerai ICI ({UC dans leurs relations avec l’économie politi(]ue, c est-à-dire en tant quelles contribuent ou sont nuisibles à l’accroissement du bien-être. Je montrerai d abord qu’elles exercent une inlluence incontestable sur les richesses; puis, je {irouverai que le catholiasme est de tous les cultes celui qui est le plus propre a dévelop|)er la prospérité d’un pavs.
Tout en reconnaissant que le christianisme favorise le progrès de la civilisation matérielle, je h’oublierai point néanmoins que sa mission principale a un but plus important et jilus élevé, celui d’honorer Dieu par le culte qui lui appartient, et de rendre les hommes meilleurs. Il ue faut donc pas être surpris qu’il s’applique spécialement à nous expliijuer notre fin suprême, a nous apjirendre à quelles conditions nous pouvons arriver à nos destinées éternelles. Il manquerait , au cijutraire, à son devoir le plus rigoureux s’il s’occupait plus à nous procurer des avantages humains qu’à nous rendre digues de notre fin surnaturelle ; car sou obligation première, absolue, perpétuelle, celle qui ressort essentiellement de sou institution , est de prêcher l’Evangile, de remplir les fonctions <hi sacerdoce; en un mot , de perpétuer l’œuvre de Jésus-Christ.
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Mais, on s’attachant avant tout à sa vocation spirituelle, il ne laisse pas de s’intéresser au bien matériel des peuples et d'exercer une puissante influence sur les causes qui le développent. Au contraire , il l’a vivement à cœur, et les hommes exempts de préjugés reconnaîtront que le mouvement des atTaires en Europe a reçu de lui sa plus énergique impulsion. La mpériorité de notre civilisation tient incontestablement i l’établissement du christianisme dans notre pays. Tandis que les nations soumises au mahométisme et lux religions mêlées d’idolâtrie croupissent dans l’iiuorance et la misère, celles qui suivent les lois de
'Evangile sont parvenues au plus haut degré de la 'cience et du bien-être.
Au reste, qu’il s’agisse des doctrines et des pratiques chrétiennes, ou de tout autre culte et de tout autre enseignement religieux, leur action sur la prospérité publique est manifeste. Pour peu que l’on réfléchisse Mir l’influence des dogmes et des observances prescrites au nom du ciel, on ne saurait méconnaître que de tels éléments ne soient de nature à contribuer con- I idérablement à la formation des richesses, à leur disribution et à leur emploi utile.
Supposons qu’une secte, dominant exclusivement lans un royaume, adopte les idées de Pythagore et ’rappe de prohibition l’usage des viandes; les membres pii la composent n’élèveront guère de bestiaux que )our le travail et pour rornement des basses-cours : 'élevage pour la boucherie n’y trouvera pas d’eneoii- •agement. De même, s’il était possible ((ue le judaïsme ‘ît, de nos jours, des prosélytes parmi les nations de 'Occident, la plupart des animaux déclarés immondes
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dans rAncieiiTcstanient perdraient de leur valeur, parce qu’ils n’auraient plus la même vente pour l’alimentation.
Les croyances même abstraites ne sont pas sans im- [lortance à cet égard. Ainsi, l’exaltation des esprits à l’occasion de certains événements, par exemple, la crainte de voir ari iver la fin du monde à une époque prochaine, serait de nature à paralyser les diverses industries. Ceux qui regarderaient les révolutions actuelles, l’abaissement des caractères, l’aveuglement des chefs politiques , la démoralisation des peuples , comme les signes avant-coureurs du jugement dernier, cesseraient de s’intéresser au mouvement des aflaires :
les sollicitudes pour l’accroissement de la fortune leur sembleraient une déraison. C’est ce que l’on vit à une certaine époque : les millénaires, persuadés que le monde devait finir mille ans après la venue du Messie, renonçaient à toutes choses vers l’époque où le terme prédit était sur le point d’arriver. A quoi bon, en eftet, ramasser des trésors quand une telle catastrophe est sur le point d’atteindre la race humaine? Pourquoi rindustrie et le commerce? Les sciences et les arts
perdent aussi leur attrait ; car à quelle fin les cultiver, lorsqu’on louche au dernier jour de la vie ?
Surtout les lois civiles qui consacrent des opinions religieuses exercent une grande influence sur le développement du bien-être. Si elles entravent l’acquisi-
tion et la transmission de la propriété;
si elles règlent
mal les conditions et les obligations du mariage ; si
elles méconnaissent ou exagèrent les attributions des
pouvoirs publies ou de l’autorité paternelle, elles ne
peuvent que nuire aux intérêts matériels des nations.
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Vu contraire, elles favorisent la prospérité publique en )rotég:eant les droits de chaque citoyen, tels que la .raie religion les reconnaît.
Bien même qu’une religion fausse ne reçoive aiicuno motectiüii spéciale de la législation civile, elle n’en modiiit pas moins des etfets désastreux en pervertissant les intelligences et les cœurs. L’absence seule des 'Toyances révélées, quoi(jue moins funeste que l’adopion d’iiii culte fondé sur l’erreur, est toujours un malleur public, même sous le rapport de l’ordre malé- ■iel ; car les lois d’un Etat remplacent bien imparfaitement les préceptes moraux placés sous l’égide de la loi, et ce n’est pas trop de leurs forces réunies pour maintenir l’obéissance aux grands principes sur lesi|uels la société trouve son appui unique. Que deviendraient l’ordre, la sécurité, la civilisation, privés de la l'eligion , qui est leur plus énergique secours ? Ils succomberaient dans lin cataclvsme universel, à défaut
de digues assez puissantes pour les préserver. 3Iais que i erait-ce si les religions , au lieu de détourner les Ilots de ce déluge, leur apportaient leur contingent dévasateur? Les folies du saint-simonisme ont cessé sans
avoir eu le temps de })ropager leur contagion; Fourier l’a eu ([lie quelques disciples impuissants; les extra- /agances de M. Pierre Leroux et d’Auguste Comte l’ont eu [)our écho qu’un immense éclat de rire; mais i i les doctrines professées par les sectaires avaient prévalu , c’eut été le signal d’un bouleversement social ilans lequel eussent été englouties les mœurs et la cidlisation.
La connaissance de l’action que les l’eligions exercent sur le bien-être des peuples n’est pas seulement
fr
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utile à l’économiste; elle l’est aussi à celui (jui cherche quelle est la véritable croyance. Lne religion i[ui serait de nature, comme le mahométisme, à cnraver le mouveinent du progrès humanitaire, ne serait-ce que sous le rapport des intéTêts matériels, aurait contre elle des présomptions redoutables; il y aurait beaucoup à croire qu’elle ne vient pas du ciel. Ce n’est pas seulement la raison (pii arrive à cette déduction ; saint Paul nous dit que lu j)irlr est utile à tout ^ qu’elle a les promesses de la vie présente , non inoins que celles de 1 éternité. (I, à Timothée, k)
La philosophie sérieuse, impartiale, a déjà déposé ses tributs d’ hommage aux pieds de la religion chrétienne, en la reconnaissant comme la source la plus pure et la plus abondante de la vérité ; la morale a rectifié plu.sieiirs de ses erreurs et perfectionné ses maximes par l’élude de l’Evangile; la poésie, la littérature, les beaux-arts, se sont inspirés de ses pensées, et lui ont emprunté son coloris; le vrai, le beau, le saint, Théroï([ue, se proclament ses trilmtaires : l’utile vient à son tour reconnaître (pi’il lui doit ses progrès réels. Les faits, comme la théorie, proclament que la prospi'rité repose sur la justice, et ([ue le travail, la tenqiérance, la bonté secourable, la jirudence, dont la sanction la plus haute et la seule ellicace se trouve dans la religion, n’ont pas seulement leur récompense dans le témoignage de la conscience, mais (pi’ils sont la vok* la plus sûre pour arriver à la richesse.
Je ii’entrc[)rendrai point l’étude de toutes les religions pour faire la [>art de l’influence respective ([u’elles ont eue sur la prospérité matérielle des peuples (}ui les ont adoptées. Ce travail, sans doute, ne manquerait ni
’>'ti LA RELIGION.
rintérci ni d'importance : il serait digm; du pliilüso[)Iie d de réconoiniste, non moins que de l’iiistoi'icn et do apologiste clirélien. Les conséquences de ces reclier- '“lies sont faciles à prévoir; elles ahontiraient immanpiahlement à constater que les religions erronées n’ont )as [)onr résultat unique d’égarer les esprits et de cor- •ompre les cœurs, mais (lu’elles arrêtent, en outre, le lévelopi)ement du bien-être; tandis (pie la religion éritablo illumine l’intelligence, dirige la volonté dans e bien et assure la prospérité des pc’uples. Je suis obligé de laisser à d’autres le soin de faire cette dénonst ration avec f étendue qu’elle comporte et de resreindre mon cadre : au lieu d’étudier, au point de vue é'conomicpie, toutes les religions et tontes les sectes, je ne bornerai à examiner l’inllucnce (ju’ont exercée à œt égard le judaïsme et le cliristianismo.
ARTICLE PREMIER
Du judaïsme.
lœ judaïsme, qui se rattache aux époques patriarcales et remonte, par une série de révélations, au lerceau du monde, est renfermé dans une période plus •estreinte lorsqu’on le considère dans la forme qu’il a ■eçue de Moïse. Il ne comprend plus alors les temps intérieurs a la législation donnée sur le mont Sinaï. ..es croyances des patriarches et le fond de leur morale ■ furent sans doute conservés, mais ils furent étendus >ar des révélations nouvelles : des cénunonies et des )rati([ues plus nombreuses y furent ajoutées.
A son tour, le mosaisme a subi, depuis l’avénement du Messie, (les modifications nombreuses et radicales.
DE LA RELIGION
DE LA RELIGION. ;iT7
Il n’a plus ni son temple, ni ses sacrifices, ni ses souverains pontifes, ni la pureté de son enseignement. S(m culte a disparu ; on a perdu la trace des familles sacerdotales; il a été profondément altéré par les traditions rabbiniipies, de manière ({ue les rêveries des talmudistes semblent avoir pris à tâche d’achever la ruine d’un culte rejeté de Dieu. J.es llammes ont dévoré le tenqile de Jérusalem, le temps a confondu avec les autres Israélites les descendants d’Aaron, les seuls qui puissent exercer la souveraine sacrificature. II ne man- (piait })lus, pour compléter l’entière destruction du mosaisme, que le travestissement de sa doctrine. Les talmudistes ont entrepris cette œuvre de démolition : ils ont fait disparaître la beauté et la grandeur de la loi ancienne sous un amas immense de rapsodies.
Au surplus, le judaïsme se fut-il conservé dans sa pureté primitive, tel que âloïse l'expliquait après sa descente du mont Sinaï, qu’il serait aujourd’hui insuffisant pour remplir les desseins de la Providence sur l’humanité, et pour accélérer, en la réglant, la marche de la civilisation. Il a eu de belles époques : au milieu du polythéisme (|ui couvrait le globe de son manteau ténébreux, il jetait, dans le rovaume d’Israël, ses rayons éblouissants. II proclamait l’existence d’un Dieu unique; il professait l’immortalité de l’aine; il promulguait le principe (jiii est la source de toute prosjiérité, en inscrivant, (Jans son livre saci’é, cette magnifiipie maxime : La juslice élève les nations, rnais l'iniquité rend les peuples malheureux (Proverbes, xiv, 34) : paroles d’or (|ui devraient servir d’épigraphe à tous les traités d’économie politique.
.'Mais les clartés du judaïsme ont été effacées par de
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plus grandes splendeurs. Moïse, préparateur de la loi évangélique, a été remplacé par Jésus-Christ. Non que les dogmes et la morale dont il a été le promulgateur soient argüés de faux; mais ils ont été perfectionnés, étendus. Le culte a été changé, et toutes les nations ont été conviées à la religion nouvelle.
La religion mosaïque, faite pour un peuple particulier, destinée seulement à un royaume, ne pouvait être le dernier mot de la révélation, car les races humaines sorties d’une même souche ne doivent pas vivre isolées; il faut qu’elles finissent par n’avoir (jue le même culte et les mêmes intérêts, comme elles n’ont (ju'un père commun. Une religion exclusive, qui n’adopte point tous les peuples, n’est pas destinée à la perpétuité. Elle n’a plus de raison d’être dès que le tenq)s est venu de réunir tous les hommes par une même croyance et par un même culte.
Le mosaisme portait donc en son sein un principe de mort. 11 était dans sa constitution (pi’il fut remplacé par une autre religion dont le cercle fût assez étendu pour embrasser toutes les populations du globe, et dont I enseignement et les lois fussent de nature à convenir à tous les temps et à tous les lieux.
Avec la religion de iMoïse , tout progrès industriel était nécessairement arrêté. Comme elle a\ait à cœur d’empêclier le plus possible les Juifs d’entretenir des relations avec les nations étrangères, dans la crainte (pi’ils ne se livrassent, en les imitant, au culte des faux dieux, elle avait par là même arrêté l’essor du conimerce. Rien n’était sans doute ])lus légitime que ces lois préventives; elles étaient nécessaires pour conserver les Israélites dans la pureté de leurs croyances et
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pour les éloigner des vices dont les pays idolâtres donnaient le triste spectacle ; mais toujours est-il qu’elles paralysaient le mouvement industriel. Que deviendrait aujourd’hui un État dans lequel seraient interdites les relations ordinaires avec les autres pays ? Non-seulement il se priverait d’une foule de produits exotiques, mais il serait réduit à ses propres découvertes, et il ne profiterait pas des progrès que ces nations réalisent dans les sciences, les arts et rindustrie. Il resterait stationnaire, tandis que tout marcherait autour de lui; semblable à la Chine immobile derrière son mur, il demeurerait dans son ignorance et dans la misère. Les lois qui le séquestreraient des autres nations le réduiraient à une extrême infériorité et le livreraient aux
premiers coups d’un coïKjuérant muni des instruments de guerre inventés par le génie moderne.
D’autres causes non moins actives empêchaient les Hébreux de donner un grand essor aux diverses in-
dustries agricoles et manufacturières; je ne les énumérerai point toutes; celles même que je citerai, je les énoncerai sans les développer. Je me contenterai d’indiipier lès lois relatives au repos sabbatique, à l’extinction des dettes tous les cinquante ans, au droit accordé aux propriétaires vendeurs de rentrer dans leurs immeubles, à l’année du jubilé. Je n’ai pas besoin d’expli({uer pourquoi une telle législation s’opj)Oserail de nos jours au j)rogrès matériel du peuple qui l’adopterait. Il me suffit de renvoyer les lëcteurs à ce (pie j’ai dit, dans le cours de cet ouvrage, sur l’influence du travail et les exigences de la concurrence , sur les avantages du crédit et l’importance de ne point le paralyser, enün sur les effets ruineux des prohi-
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Iiilions qui alteignem les Iraiisactiüns de (ouïe esncce.
^ \oici, d’après Josèphe, l’abrégé desdisposilions dont J ai parlé :
« Il (-Moïso) ordonna que de sept ans en sept ans on laissoj-ait reposer la terre sans la labourer ni y i)lanter aiTcmio chose, de même qu’il avait ordonné (ine le septième jour le peii|)le cesserait de liavailler. A ipioi 1 ajouta que tout ce tpie la (erre porterait d’elle-inème eu cette année de repos serait commun à tous, même auv etrangers, et qu’il ne serait permis à ,,ersonne d’en ■ucitre rien en réserve. Il voulut aussi ipie la même chose s observât après sept fois sept ans, et qu’en l’année suixante, qui est la cinquantième et le jubilé des Hébreux, c’est-à-dire liberté, les débiteurs demeurassent quittes de toutes leurs dettes et les esclaves fussent a Irancli.s; ce qui s’entend de ceux qui de libres tpi’ils claient^ auparavant avaient été réduits en servitude , au leu detre condamnés à la mort pour punition d’avoir ■lole tpielques lois. Cette loi ordonnait aussi que les leiilages retourneraient à leurs anciens possesseurs en cette sorte. Lorsque le Jubilé était proche, le vendeur et 1 acheteur do riiérilage supputaient ensemble ce que le revenu en avait monté et la ilépense ipii s’y
< au faite. Que si le revenu excédait la dépense le 'ondeur reprenait l’héritage; et si au contraire la dé- I eiise excédait le revenu , le t endeur rendait le surplus.
Cl héritage lui roloiiriiait. Mais si le revenu se ren-
< uitiait être égal a la dépense, raiicicii possesseur '■■"liait dans son liérilage. La même chose s’observait |i iiir les maisons qui étaient dans les villages. .Mais qiant à celles qui étaient dans les t illes et" dans les xuigs feiinés de murs, le vendeur pouvait rentrer
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dans sa maison en rendant le prix de l’aliénation auparavant que l’année fut expirée. Mais s’il la laissait passer sans le rendre, l’acheteur était confirmé dans la possession. » [Antiquités judaïques , traduction d’Arnaud d’Andilly, page \ 1 G.)
Voyez le vingt-cinquième chapitre du Lévitique.
En signalant les causes qui empêchaient les Israélites de donner un grand élan aux opérations industrielles, je suis loin d en faire un sujet d’accusation contre Moïse. Ce grand homme n’a pas sans doute donné une loi parfaite ; une telle mission était réservée à Jésus- Christ; mais cette loi était tout ce qu’elle pouvait èti-e et répondait parfaitement aux besoins de la nation à laquelle elle était destinée. Ce qui montre sa savante combinaison, c est que pendant sa longue durée elle a suffi au gouvernement du peuple inquiet ({u’elle régissait. Les chefs de l’État n’en ont changé ni les dispositions fondamentales ni les préceptes de détail. La môme législation a été invariablement observée depuis sa promulgation sur le mont Sinaï, jusqu’à la chute du royaume d’Israël. Ce mécanisme légal avait été si bien conçu , sa force si bien calculée , l’ensemble de ses parties si bien coordonné, qu’il a fonctionné sans brisement , sans introduction de nouveaux engrenages pendant tout le temps pour lequel il avait été construit; il n’a été mis en pièces pour ne plus être remonté, qu’à ré])oque où il a dû finir et être remplacé, selon les pi édictions des prophètes. Aucune législation humaine, ancienne ou contemporaine, n’a présenté un pareil phénomène; elle n’a pu être surpassée en durée que par celle du christianisme, à laquelle Jésus-Christ a promis la perpétuité, mais qui aussi, il faut le recon-
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naître, n est pas destinée au gouvernement politicpie
des peuples, mais seulement à leiii’ gouvernement spirituel.
Au surplus, si le mosaïsme paralysait le mouvement des richesses, ses lois gênantes pour les transactions produisaient un autre effet salutaire : en empêchant 1 accumulation de la propriété immol )ilièi’e dans les mêmes mains, il maintenait une certaine égalité entre les di\ers membres de la race israélile. « L’impossibilité, dit Henry, de faire des acquisitions durables, retranchait l’ambition et l’inquiétude; chacun se bornait au partage de ses ancêtres, et s’alfectionnait à le faire valoir, sachant que jamais il ne sortirait de sa famille. » (Mœurs des Israélites.)
Au reste, ce temps d’arrêt dans la vraie religion devait tinir à la venue du Messie. Le principe du progrès, déposé en germe dans l’esprit humain, était appelé à donner ses fruits lorsque le monde, comme un terrain bien préparé, lui permettrait son libre développement. La cessation du culte ancien et des préceptes judaïques, prédite par Moïse lui-même, fut prodamée solennellement par les apôtres. En même temps ut piomulguee la loi de ILv'angüe, loi universelle, 'épondant a tous les besoins de l’humanité, appelant es hommes à une perfection dont Dieu est le type, lous invitant tous au même culte, et assurant à ceux qui l’observeront avec fidélité le bonheur du ciel dans la vie future, et, par surcroît, dans le temps présent, la prospérité et les richesses.
Faisons remarque!-, toutefois, que si l’Ancien Testament comprimait à un point de vue l’élan des affaires.
il garantissait d un autre côté la sécurité des transac-
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lions, en enseignant les vrais principes selon lesquels elles doivent être effectuées. Ces règles, tirées de la nature même de la justice, ont été introduites dans le code de l’Evangile. Elles sont éparses dans les livres canoniques des Hébreux , mais le Décalogue nous en offre un abrégé assez complet. Jésus-Christ, en nous déclarant qu’il ne venait pas abolir la loi ancienne, mais l’accomplir, les a revêtues de son autorité; aussi sontelles doublement saintes à nos yeux, et parce que Dieu les a gravées de son doigt dans notre conscience , et
parce que l’Evangile nous renouvelle l’ordre de nous y conformer.
Ces lois morales, débarrassées des prescriptions spéciales aux Juifs, sont de puissants éléments de prospérité temporelle. L’homme juste, laborieux, fidèle à ses engagements, croyant à une vie future, est plus assuré de réussir dans les affaires {{ue celui dont la probité est suspecte, dont la vie se consume dans la paresse, dont la parole ne mérite point la confiance, et qui, n’étant jias contenu par la crainte et par l’espérance de la vie future, est fort exposé à fausser ses voies et à être privé de la bonne renommée qui le cautionnerait et étendrait son crédit.
Je n’ignore point quelles graves accusations on a élevées contre les Juifs modernes : certes je ne m’en ferai pas l’historien malveillant. 31ais fussent-elles fondées, qu’elles ne prouveraient rien contre finlhience salutaire qu’a du exercer le mosaïsme. Si elles étaient justitiées, elles montreraient seulement une fois de plus que les hommes sont souvent inconséquents; que fintérêt l’emporte clans beaucoup tle cœurs siii- le devoir; mais elles ne sauraient venir à l’encontre de cette
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(jiie les principes de la morale sont la source d’iine prospérité durable.
Je 11 ignore point d ailleurs (jiiellc est la méchanceté des jugements linmains. Les partis et les préjugés n’épaignent point les calomnies. Les faits d’usure et de tiaiide dont on accuse les Juifs fussent-ils avérés, (pi’il serait injuste d’en rejeter la solidarité sur la nation entière. L équité la plus vulgaire impose la loi do no faire supporter à chac[iie membre d’une communion (pie la responsabilité de ses actes.
J examine la question au point de vue philosopliiipie, et dès (pie je vois un peuple professant la crovance d’un Dieu unique, saint et tout-puissant ; dès (pie je le VOIS recueillir avec un respect religieux les sublimes jiréceptes du Décalogue ; dès que je le vois imbu des principes les plus spirituels sur l’ame et sur la vie luture, je me dis qu il n’a pas seulement en lui les germes d’où peuvent éclore des vertus, mais encore ceux d’où sortiront les richesses et les progrès industriels. Ces principes de justice, d’ordre , de travail, sont des éléments incontestables de succc's dans les entreprises .•■immampiablement ils fonderont des maisons qui attireront la conliance publique, et leur assureront, tant que durera cette probité intacte, une s(3ui ce toujours croissante de profits Icgitimement ac- (pùs. Au leste, les faits conlirment ce cpie le raisonnement indicpie : plusieurs descendants de cette race célèbie sont parvenus a l’apogée de la fortune; ils se ti om eut mêlés a tontes les grandes ojtérations linancières et a toutes les compagnies industrielles.
Mais le succès que je signale ne contredit-il pas le but de ma thèse ? Comment se fait-il cpie le judaïsme ,
DE LA RELIGION
qui, d après mes considérations précédentes, doit arrêter le progrès industriel, n’ait pas empêché plusieurs de ses sectateurs d’arriver à la plus grande prospérité ?
Si les juifs (|ui élèvent de si hautes fortunes se trouvaient dans les conditions où les mettrait l’accomplissement de la loi ancienne, leurs richesses seraient un redoutable argument contre ma thèse. Les raisons seraient en ma faveur, mais les faits plaideraient contre moi ; je devrais les expliquer ou avouer mon impuissance. Mais je ne suis point placé dans cette situation embarrassante. Les juifs réussissent comme les chrétiens parce qu’ils ne constituent plus un royaume à part. Ils ne sont pas séquestrés des autres nations : au contiaiie, ils vi\ent au milieu déliés, ils commei’cent
avec elles; ils profitent de leurs sciences et de leurs découvertes.
Quoique les plus zélés d’entre eux observent encore certaines cérémonies et s’abstiennent de quelques aliments qui nous sont permis, ces pratiques religieuses ne suffisent plus pour les rendre étrangers au milieu de nous. Ils ne sont pas obligés par leurs rabbins à in-iser leurs relations avec les chrétiens; ils n’ont plus de prophètes pour leur défendre le contact avec les hommes (jui ne sont pas de leur race. Leur intérêt, d’autre part, les pousse à traiter avec les populations qui les entourent ; et c’est ainsi que les défenses d(> Moïse, ayant pour but d’isoler les Israélites, n’en peuvent paralyser le commerce, faute d’être observées.
INTEWIONAL SECOND EXPOSURE
DE LA RELIGION
^é^té, que les principes de la morale sont la source d une prospérité durable.
Je n ignore point d ailleurs quelle est la méchanceté des jugements humains. Les partis et les préjugés n’épargnent point les calomnies. Les faits d’usure et de fraude dont on accuse les Juifs fussent-ils avérés, ((u’il serait injuste d’en rejeter la solidarité sur la nation entière. L’équité la plus vulgaire impose la loi de ne faire supporter à chaque membre d’une communion que la responsabilité de ses actes.
J examine la question au point de vue philosophique, et dès que je vois un peuple professant la croyance d un Dieu unique, saint et tout-puissant; dès que je le vois recueillir avec un respect religieux les sublimes préceptes du Décalogue; dès que je le vois imbu des principes les plus spirituels sur l’âme et sur la vie future, je me dis qu’il n’a pas seulement en lui les germes d’où peuvent éclore des vertus, mais encore ceux d’ou sortiront les richesses et les progrès industriels. Ces principes de justice, d’ordre , de travail, sont des éléments incontestables de succès dans les
entreprises :'immanqual)lement ils fonderont des maisons qui attireront la confiance publique, et leur assureront, tant que durera cette probité intacte, une source toujours croissante de profits légitimement acquis. Au reste, les faits confirment ce que le raisonnement indique : plusieurs descendants de cette race célèbre sont parvenus à l’apogée de la fortune ; ils se ti ornent mêlés a toutes les grandes ojiérations financières et a toutes les compagnies industrielles.
Mais le succès que je signale ne contredit-il pas le but de ma thèse ? Comment se fait-il que le judaïsme ,
DE LA RELIGION
qui, d’après mes considérations précédentes, doit arrêter le progrès industriel , n’ait pas empêché plusieurs de ses sectateurs d’arriver à la plus grande prospérité ?
Si les juifs qui élèvent de si hautes fortunes se trouvaient dans les conditions où les mettrait l’accomplissement de la loi ancienne, leurs richesses seraient un redoutable argument contre ma thèse. Les raisons seraient en ma faveur, mais les faits plaideraient contre moi ; je devrais les expliquer ou avouer mon impuissance. 3Iaisje ne suis point placé dans cette situation embarrassante. Les juifs réussissent comme les chrétiens parce qu’ils ne constituent plus un royaume à part. Ils ne sont pas séquestrés des autres nations; au contraiie, ils vi4ent au milieu d’elles, ils commercent
avec elles; ils profitent de leurs sciences et de leurs découvertes.
Quoique les plus zélés d’entre eux observent encore certaines cérémonies et s’abstiennent de quelques aliments qui nous sont permis, ces pratiques religieuses ne sulîisent plus pour les rendre étrangers au milieu de nous. Ils ne sont pas obligés par leurs rabbins à liriser leurs relations avec les chrétiens; ils n’ont plus de prophètes pour leur défendre le contact avec les hommes qui ne sont pas de leur race. Leur intérêt, d’autre part, les pousse à traiter avec les iiopulalions qui les entourent ; et c’est ainsi que les défenses de Moïse, ayant pour but d’isoler les Israélites, n’en peuvent paralyser le commerce, faute d’être observées.
DE LA RELIGION
ARTICLE DEUXIÈ3IE
Le cliristiani.sme.
Le christianisme n’est pas une religion toute nouvelle, sans racines dans le passé. Ji remonte à la création (lu monde ; il se trouve en germe dans les traditions patriarcales; il a été figuré, préparé par la lof mosaupic, dont il est le développement et le dernier mol. Loin de briser avec l’Ancien Testament, il en a recueilli toutes les promesses. 11 a inséi'é dans son code les [iréceptes moraux que la raison révèle, et il y
a ajouté les perfectionnements qui forment smi caractère distinctif.
S il est un point incontestable en théologie, c’est que .lesus-Christ, en mettant fin au mosaïsme", n’a rien changé à la morale proprement dite, qui est perpétuelle de son essence. Il n’aurait pas même pu l’abolir, parce que, résultant de la nature des choses, elle est necessaii ement invariable et d’une durée sans tin. la justice, l’obligation de travailler, la tempérance, la prévoyance, etc., sont donc aujourd’hui obligatoires œmme elles l’ont toujours été. Il n’y a d’alirogé, sous l’empire de l’Évangile, (|ue les lois cérémonielies et les lois judiciaires. Ainsi le Décalogue demeure en son entier; une seule modification y a été faite, c’est celle qui est relative au culte rendu à Dieu le jour du Sabbat. Aujourd’hui les chrétiens consacrent au Seigneur le dimanche au lieu du samedi '; mais il est facile de voir ({lie cette circonstance du jour aïKjuel on lionore spé- (.'ialenient la Divinité n’est point fixée par la loi naturelle. Qu’a donc supprimé la loi nouvelle ;* Les sacrifices.
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les fêtes et les cérémonies dont la plupart sont devenues sans objet, parce qu’elles étaient la représentation anticipée d’événements accomplis depuis par la venue et la mort du Messie. L’ancien culte n’a plus sa raison d’être, la rivalité ayant succédé aux figures, les prophéties ayant été remplacées par l’avénement des faits annoncés dans les temps antérieurs.
Outre les lois cérémonielles qui réglaient les matières relatives au culte, Jésus-Christ a abrogé les lois judiciaires qui concernaient le gouvernement civil du peuple hébreu. Depuis la promulgation de l’Évangile, le code civil et pénal imposé aux Israélites n’a plus force de loi.
Ce n’est pas tout : le royaume même de Juda a fini pour n’être plus reconstitué; et l’ancien sacerdoce, remplacé par celui qu’a institué le Messie, non-seulement a perdu ses prérogatives religieuses et civiles, mais il a cessé avec le culte auquel il était consacré. * Jésus-Christ, voulant briser les barrières devenues inutiles derrière lesquelles les enfants d’Abraham avaient été abrités contre le polythéisme et contre la corruption des idolâtres , jugeant le moment propice d’appeler tous les hommes à un même culte afin de renouer et de fortifier les liens delà famille universelle, prononça la fin du mosaïsme institué pour la seule race d’Israël. Mais en démolissant le mur qui séparait les Juifs des autres peuples, il promulgua de nouveau la loi naturelle.
Le christianisme a donc retenu du judaïsme tout ce que celui-ci avait de perpétuel, de fondamental, d’applicable à tous les temps et à tous les lieux. Il a de plus l’avantage de ne pas être exclusif, purement local.
DK LA RELIGION.
Non-seulement il permet à ses sectateurs d’entrer en lappoit d idées et d afl’aires avec les diverses nations du monde, mais il leur fait une obligation de les aimei-. Il A eut qii il n y ait plus de distinction de races; ({ue
tous les hommes soient considérés et traités comme enfants d’un même père.
De l’abolition de cette foule de cérémonies et d’observances qui empêchaient les Hébreux d’entretenir des relations avec les peuples du globe; de l’égalisation des Gentils avec les descendants d’Abraham, qui se regardaient comme une race privilégiée; de l’appel adresse a toutes les nations pour qu’elles viennent se placer, au même titre et au même rang, sous le drapeau du Sauveur, a commencé la possibilité de fonder le commerce général par l’échange de tous les produits.
Ce qui contribue surtout, de nos temps, à la prospérité commerciale, ce sont les communications établies entre tous les peuples de l’univers. L’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique, les îles les plus reculées sont conviées a traiter avec les chrétiens. Nous leur envovons nos produits agricoles et industriels, et nous recevons les leurs en échange. Voilà ce tpii alimente le négoce, la marme, les usines, les filatures, etc. Grâce à la religion chrétienne, les relations des peuple.s n’ont pas de limites; non-seulement nous ne transgressons aucun précepte religieux en entretenant des rapports de chalite et dalïaiies avec les diverses nations du globe, mais au contraire nous accomplissons les desseins de la Providence. Le navire (lui apporte des marchandises tiansporte aussi le missionnaire. Il se fait un échange (le biens, une communication d’idées, un retour d’avantages au moyen desquels se réalise le })rogrès mo-
DE LA RELIGION. m
ral et matériel, c’est-à-dire la civilisation. La foi v trouve de puissants moyens de propagande, et le bienêtre un accroissement indéfini.
On m’objectera sans doute que je ne tiens pas assez compte, en soutenant l’infériorité du judaïsme, de la prospérité promise aux Israélites. Si les obstacles mis à leurs relations avec les peuples étrangers limitaient leur commerce, ne trouvaient-ils point un stimulant l>ropre à réparer les pernicieux effets d’une telle l’cs- Iriction, dans l’espoir des récompenses temporelles dont Dieu s’était engagé à les combler? Cette attente, tout humaine, ne pouvait manquer d’activer leurs elforts. On connaît la pompe de langage dont les écrivains sacrés se servaient pour leur annoncer ces biens : l’idée de plaire à Dieu et de s’enrichir en même temps était de nature à pousser les Hébreux à tirer de leurs terres tout ce qu’elles étaient capables de produire. Les législateurs ordinaires ne donnent guère pour sanction à leurs ordres que des punitions; Dieu, (pic ses largesses n’épuisent pas, avait annoncé à son peuple le plus magnifi(|ue avenir. Non-seulement il lui avait assuré la victoire sur ses ennemis, mais encore la fertilité des champs et la fécondité des animaux. Les celliers devaient regorger d’huile et de vin, les ruisseaux rouler des flots de lait et de miel, les montagnes se couvrir d’herbes odoriférantes. La poésie (q)uisait ses couleurs pour })eindre toutes les l'ichesses que Dieu destinait à cette race privilégiée. Or, comme la certitude de recueillir le salaire des travaux encourage à les entreprendre et à les conduire à bonne fin, les Israélites, qui se croyaient toujours sous les yeux de Dieu et qui avaient foi dans sa parole, ne
■^0 DI-: LA RELIGION
pouvaieiil manquer, mus par cette confiance, de ctiitiver leurs champs avec ardeur et persévérance.
Je suis loin de contester que la confiance des Hébreux dans les promesses divines ne les encourageât au travail. Je suis, au contraire, bien convaincu qu’elle soutenait et excitait fortement leur activité. Mais, à ces points de vue, ils n’avaient aucim avantage sur les chrétiens à (jui des récomj)enses terrestres ont été pi omises, outie celles dont 1 etermte leur montre la perspective. Cherchez d’abord, dit Jésus-Christ, le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surrroît : Quærite ergo primum regmim Dei et justitiam ejus, et hæc omnia adjicientur vobis. (Saint Matthieu, VI, 33.)
II y a cependant une dillérence à signaler entre les récompenses promises par Moïse aux Israélites et celles que Jésus-Chiist a annoncées a ses discq^les. Les premières et les secondes ont pour objet les biens de la vie présente et ceux de la vie future; mais les récompenses temporelles sont mises plus en saillie par Moïse, tandis que les récompenses spirituelles occupent le premier plan dans le tableau qu’en fait Jésiis-Clirist. L’un, organisateur politique de sa nation, législateur dans l’ordre civil non moins (lue dans l’ordre relimeux a du donner a ses préceptes une sanction pi'opre à frapper tous les esprits et d’une apjilication visible et actuelle. Clief temporel d’un État, il a proposé au peuple dont il avait le gouvernement les motifs les jjIus propres à le laire obéir. Or, quels sont les avantages qu’un peuple, considéré comme tid, peut désirer *
Quelles sont les espérances au moyen desquelles on le rendra lidele aux lois.’ E\ideimnent on ne saurait lui
DE LA RELIGION
,3'il
proposer ni les joies de la conscience ni la béatitude céleste. On ne se sauve ni on ne se réprouve en corps de nation. Les seules prospérités dont une association soit appelée à jouir, ce sont celles de la paix, des succès dans les armes, de l’influence politique, de l’abondance des récoltes, c’est-à-dire précisément les biens promis par Moïse.
Nous trouvons, dans l'abrégé des commandements appelé Décalogue, une autre preuve frappante de cette vérité, ({ue Moïse se préoccupait spécialement des intérêts do sa mission sous le rapport de l’ordre et du droit public. Une chose y est à remarquer : c'est qu’il y parle surtout comme chef politique de sa nation ; il n’y promulgue que des devoirs de justice
envers Dieu et envers le prochain ; il ne touche point aux obligations qui sont exclusivement du ressort de la morale privée et toute personnelle. Ainsi, il se tait sur
la chasteté du cœur.
sur la sobriété.
sur la patience, sur
la modestie, sur l’aumône, etc.; mais il prononce des défenses sur ce qui est de nature à violer les droits de Dieu qui s’était constitué souverain immédiat des Israélites, et sur les actes contraires à la justice, dont les lois civiles sont partout chargées de poursuivre la répression.
Ajoutons encore que (Moïse, en ofirant aux Israélites la perspective des récompenses temporelles, s’assurait une obéissance que des motifs plus relevés ii’anraient pas obtenue de tous ni peut-être même de la majorité. Lorsqu’on se rappelle les goûts gros.siers de ce peuple abruti par l’esclavage en Egypte, ses murmures dans le désert, ses ingratitudes {lerpétuelles, on comprend
aisément qu’il fût.
dans beaucoup de circonstances.
DE LA REIJGIOX.
plus sensible aux punitions et aux réeoinpenses Imniaines qu’aux eliâtinients et aux joies de la vie future.
II ne faudrait pas conclure de ce que je viens de dire que Moïse n’avait en vue que l’ordre jiolitique. Ses lois religieuses seraient là pour donner un démenti à une pareille assertion. Mais ce n’est pas ici le lieu de le considérer comme philosophe , comme prophète et comme législateur en matière de culte. J’avais à montiei pourquoi il avait donné une importance marquée aux sanctions temporelles; je crois en avoir signalé les raisons véritables. Mais ce grand homme a été en même temps l’organisateur de la religion qui porte son nom. Sa sainteté est partout louée dans î’Écriture sainte. Saint Paul la célèbre avec celle des autres patriarches qui vivaient de la foi, habitaient sur la terre comme des étrangers, et, les yeux iixés sur la Jérusalem céleste, la saluaient de loin comme une
espérance.
La supériorité du christianisme sur la loi de Moïse pour le développement de la richesse n’est pas contestable, et personne n’a entrepris de la nier. Il est donc inutile de continuer le parallèle entre ces deux religions; mais toute discussion snr l’influence des cultes relativement aux progrès industriels n’est pas close pour cela ; elle se produit avec vivacité cnfi’e les catholiques et les sectes dites réformées. Il me reste ti examiner leurs prétentions respectives, à constater si c’est le catholicisme ou le protestantisme qui fournit les éléments les plus énergitpies et les plus durables d’une production abondante , d’une distribution éipiitable des richesses et d’une consomniation •réglée par la morale.
DE LA RELIGION
s; I*''. Du calhülicibino.
Bien des lecteurs ^ ollt être surpris de m’entendre atiirmer que le catholicisme est plus propre à contribuer au bien-être des nations et à le rendre stable, que ne l’est l'Église réformée. Accoutumés aux critiipies passionnées de certains journaux, acceptant sans contrôle la jactance des économistes de la Grande-Bretagne, (pii regardent leur pays comme le premier du monde, ils admettent comme un fait avéré que la religion romaine est antipathique aux progrès industriels. Ils répètent, avec l’école anglaise, qu’elle maintient les peuples dans l’indolence par ses aumônes distribuées sans discernement, (|u’elle les pousse à se multiplie)sans mesure. Ils ont entendu et lu tant de fois ces accusations, qu’ils les ont admises de confiance sans le plus léger examen.
Leur sévérité dans la critique scientifique se rejirocherait de ne pas vérifier une date , de ne pas s’assurer de l’orthographe d’un nom propre égyptien ; ils iront a Rome ou a Athènes pour constater l’antiquité d’un monument; ils parcourront les théâtres d’une guerre pour être exacts dans la description des montagnes et des tleuves: mais ils ont d’autres règles quand ils traitent des matières religieuses; ils en dissertent avec une légèreté déplorable; ils ne se bornent pas à en parler sans en avoir fait une étude approfondie, mais , juges sans intégrité, ils prononcent leur sentence par passion , par respect humain , sans avoir jeté les \ eux sur les pièces de ce procès.
Ils débitent que 1 immobilité du dogme entraîne celle de la ci\ ilisation . lis confondent les rèiïles des moines
15K la religion.
au'o les lois de l’Kf.|,sc, Ils s'imaginent ,|ue lesexemnies
des Antoine et des Pacôme sont la conséquence d’une
disposition obligatoire pour tous les catholiques. IK
lepeleiit les mêmes objections, sans s’informer si elles sont fondées.
Je ne ni attacherai point à prouver que le calholi-
cisnie ne dit point anathème à la matière , qu’il ne
coiHlainne pas l’usage des biens que Dieu a créés ni
les satisfacdons réglées parla raison. Les imputations
dont on le chargerait à cet égard seraient plus qn’é-
Iranges. A enseigiie-t-il pas, en nous présentant la
eiiese, que les plantes, les aniinaiix, la nature entière
ont été soumis à l’empire de l’homme? Ne répète-t-ii
pas avec saint Paul (£>,V. à Timollu-e, iv, i) que Dieu
nous a livré les aliments pour que nous en fassions
notre nourriture avec actions de grâces? Serail-ee
d une loyale controverse de lui prêter une doctrine
ipi il reprouve et qu’il a frappée de ses censures dans le inanicdiéisme ?
Je ne réfuterai pas non pins les philosophes qui s iniai>inen( montrer des vues profondes en assimilant action du chiistianisme à l’immutahilité des doiïmes révéi,'.s. Parce que la foi est invariahle, ils en tirent la conséiiuence que l’activité industrielle et commerciale est paralysée sous cette influence. De ce que la vérit.'* •logmaliqne, de même que les ^ érités démontrées par la i-mométrie ou constatées par l’histoire, est perpétuellement la même, ils en induisent que le catholicisme ne saurait se prêter au progrès dans les institutions poîiliqneset dans les entreprises ipii ont pour résultat les améliorations de la vie matérielle. C’.^st comme si l’on accusait les mathématiijues d’enrayer le moinemenf de
DE LA RELIGION
iapliysi({ue, et les principes absolus du droit naturel de forcer la jurisprudence civile à demeurer accroupie dans l’immobilité d’une statue chinoise!
Sans doute le dogme catholique ne varie point: mais cette fixité, loin de lui être défavorable, est un indice de sa vérité et constitue sa force. Comment admettre que la vérité d’aujourd’hui soit erreur le lendemain ? Le progrès et la transformation dans l’objet des démonstrations, dans les événements historiques, dans les mvstères proposés à notre croyance, est une absurdité. Qui donc trouvera le secret de perfectionner la réalité des faits accomplis il y a six. mille ans, et de transformer l’idée en une substance matérielle ? Supposons une vérité arithmétique, par exemple celle-ci : trois multipliés par trois donnent neuf. Quel pourra être le progrès dans le résultat de cette opération? Viendra-t-il une époque où le produit obtenu sera modifié ? Arriverat-on un jour au nombre dix? Descendra-t-on à huit ? Le progrès réalisable dans ce calcul, je l’admets pour les dogmes chrétiens. De même, comment faire progresser un fait historique? Prenons pour exemple la victoire remportée par César sur Pompée, ou le règne de Louis Xl\ . Est-il possible, sans recourir au mensonge, d’innover dans ces grands événements? Le faux es? susceptible de changements, le mensonge revêt mille formes; mais la vérité est une et immuable.
L Eglise romaine est donc accusée pour ce tpii faii sa gloire et lui mérite notre confiance. Parce qu’elle annonce toujours la vérité, qu’elle ne saurait mêlei’ aucune erreur à son enseignement, elle dit aujcuid’hui ce qu’elle disait il y a mille ans, et elle le répétera jusqu’aux dernières générations. Oui, sa doctrine esi
religion.
loujonrs la même : n.ais comme l’ast. onoimo n’est pas ■iiielee clans ses di'veloppemonls, parce m.’elic ^ - leoalonl ,nies,i„vaHa.,,e, ;!n:Me:''::;;:;Ll:Z:
rrr;’™;;T'
‘q^cut dans 1 encJjamement des consémienees Fil. ronslitue le fondement de rédilice qu’on élève’ Oi
du dognce, vous n’aure. Joint de ào^rÏ'
'iJlrr r'’™"'' "" P'-‘^'*^»Jrait J,âl1r e.i
plaçant en I a,r ses pierres et son mortier
Lne discussion détaillée de tous les dogmes et de ons les points cie morale qui inté,-essent\ progrès ocial me semble peu nécessaire. Il me sn/lil rronr at eindre mon Inil, de faire connaître les cause,’4né
itm une ™ltesse pnblîqne"
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: est a pour ainsi dire, la pensée qui dirige on ■ic’
et le motif d’une foule de ses in.Jitu.ion:!
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DK LA RELIGION.
Or ces principes où la sévérité des règles s’allie avec la charité ({ui pardonne, avec la justice qui veni>e l’ordre violé, avec la prévoyance qui atlèrinit contre les rechutes, sont la sauvegarde du travail, de l’ordre dans les afl’aires, de la propriété. Ils éloignent le mal, ils en diminuent l’intensité, quelquefois même ils l’extirpent des cœurs; enfin, quand ils ne l’ont pas prévenu, ils conduisent à le réparer.
Je jirie les lecteurs de porter soigneusement leuiattention sur le caractère préventif de la religion catlioli{[ue dont la règle la plus constante est de recommander la vigilance, la fuite des occasions dangereuses pour la vertu. Or, rien n’est plus profitable à la bonne conduite que de prévenir le mal. Les moyens de préservation sont à la vertu ce que l’hygiène est à la santé. Comme, pour se garantir de la mort, il est plus sage d écarter les accidents de nature à l’amener, que d’attendre 1a guérison d’un médecin, fût-il le plus habile; de même, pour maintenir l’ordre et la justice, il vaut mieux éloigner les causes qui les troublent, que d’attendre des tribunaux la sécurité pour les biens et les
personnes.
ûlais, lorsque la faute a été commise, faut-il être sans miséricorde ? Sous prétexte de faire subir à chacun la responsabilité de ses actes, faut-il, comme le demandent quelques économistes ennemis des distributions charitables, se montrer inflexible dans la répression ? Celui qui userait d’une telle rigueur, non-seulement se mettrait en opposition avec Jésus-Christ qui a tant pardonné, il se créerait une foule d’ennemis irréconciliables. Il tendrait a établir sur la terre, dans la société temporelle, l irrémissibilite de l’enfer, et il organiserait contre elle
r>E la religion
paljles, jelés dans le désesnoir ^
-n-f. de ehe,.e„ee ,a ?
ehré(iens leur ferrueraienrif '0,^ imei-diraiem à jamais la socik^ des 1 on’"'?
Mais offi.e^.|eu.. la réconcilialion atl
-penlanls c,„i s’el.bneerrt\Î':‘tr tî
et votre contiance ivo- u i • ^ \otre estime
^umidiice pai Ja probité et le fnvi.li .
'-lonc la pierre contre laquelle voin f ‘ heurter. \e vous bornez nas a éi, ' , ^ se
sions de chute, mais enlom-ez-le h^T'
bons exemples. S’il vient •' f -ir conseils et de
le pardon. Dites-lui de répl-er la ■ ’ “''■'ez-lui
la dis^sipatiou des salaires par iv'piv’r Fsf ' se comporte bien* sou/enn^ ^^stimez-le, s il
celants, et vous 'aurez été l,r"odt'° et auiez agi en bon cathohVjiie. ’ ^
Si des principes de morale enseignés nar le e»,i ,• cisme nous passons ii lorganisalion de TF Irouverons une nouvelle preuve de rin'I, appelé à exercer sur la pi’ospérité des
. dut rattache tous les luemliro^ I '® PC“|des. L’unité
à un même chef les e “ “'“'“““‘ca «imaine
eux à raison m
-ulemen, pour etf" lï,!,: ! J'
laels, elles ont, en P"''ement spiri-
? 'i unmenses conséquences
DE LA RELIGION. {(,9
pour le développement du commerce et pour le maintien de la paix entre les divers peuples du globe.
D’après la hiérarchie ecclésiastique, chaque paroisse forme une société distincte, ayant un chef dont les attributions sont déterminées : mais les paroisses, qui constituent une communauté réelle, ne sont pas indépendantes, ou, si elles le sont, ce n est (|u’à l’égard des autres paroisses; elles sont essentiellement soumises à deux autres juridictions : à celle de l’évêque dans le territoire duquel elles sont situées, et, en outre, dans une sphere plus haute, au Pape, qui est, comme ('vèque de Rome, le chef de toute la chrétienté, l.es diocèses, à la ditlerence des paroisses, forment une société complète où réside un pouvoir législatif et judi- « iaire, car les évêques ont le droit de faire certaines lois et de prononcer des sentences. Ils ne sont pas toutefois indépendants; leur juridiction est subordonnée a celle du Pape, pasteur universel de l’Église.
On comprend combien cette organisation, magnilupie au point de vue politique, puissante pour conserver la pureté de la doctrine primitive et pour donner l’impulsion à toutes les œuvres religieuses du monde entier, est digne de fixer l’attention de ceux qui s’occupent des questions sociales. Il n’est pas douteux que 1 unité catholique ne favorise la fraternité universelle, bile contribue de la sorte à une bonne entente entre les diverses nations; elle tend sans cesse à calmer leurs haines réciiirocjues, à détruire les prétentions de.s castes. En inspirant une alfection réciproque à tous les membres de la même communion, elle rend plus faciles
et leurs relations politiques et leurs rapports commerciaux.
OE LA HELIGIOX.
Le voyage d'un ambassadeur à Rome, d’im ,„i„ce remuant sur des peuples loinlains el venani visiter le elle! dont d ;t leçu les missionnaires, fait tomber bien des barrières et ouvre de nouveaux; champs à la ci\ ibsalion. Eu traversant les pays chrétiens, ce chef émerveillé comprend l’importance de conclure avec les rots (pii les gouvernent des traités d'alliance et
de coniiiierce. D’un autre coté,
missiouuaires
en accomplissant leur œuvre de propae;ande , «pient pas de saisir les occasions d’instruire
ne inanl’Europe
des richesses qu’ils rencontrent dans leurs courses
apostoliques : leurs récits fournissent des renseignements précieux, excitent l’esprit d’entreprise et dirigent le commerce. C’est ainsi que le zèle religieux ouvre de nouveaux débouchés à l’indiislrie, et iiue
I extenston de la foi catholique nous procure de nonveaux produits.
La constitution el l’organisation du catholicisme, son unité puissante dont le centre est à Rome et le ravonnement s’étend sur l’univers entier, son zèle actif et
meessant pour répandre la foi, la charité qu’il inspiiv' a toute sa grande famille, sont donc des sources fécon-
des de prospérité temporelle. Mais la civilisation ne lui emprunte pas seulement ces éléments de progrès - elle en reçoit un grand nombre d’autres dont elle profite largement. Parmi les moyens que l’Église lui offre et
dont le concours agit efficacement sur les richesses ii> citerai d’abord la prédication. ’
Le catholicisme est vraiment le maître de la parole sainte. Il rappelle incessamment aux hommes les devoirs de la justice, du travail, de la tempérance, du dévouement. Il les évangélise dès leur première en-
lance; et il les suit à toutes les phases de la vie. Il se sert , pour les enseigner, des catéchismes, des sermons, des conférences, des prônes. Il prêche dans les cités, dans les hameaux, dans les prisons, dans le palais des rois. Tel individu ne se conserve dans la probité, ou ne restitue le bien injustement acquis, que par suite d’une instruction pastorale. Tel autre ne renonce à un projet sinistre que par l’épouvante des châtiments futurs dont il a été saisi en entendant un discours véhément sur
l’éternité. Qui pourrait énumérer les prodigues que la prédication a ramenés au sein de la famille, les sensuels ({u’elle a rendus tempérants, les paresseux qu’elle a reconduits à l’atelier? Il faudrait raconter encore les heureux fruits d’une éducation première, raffermissement dans le bien ([ui est dû à la voix sacerdotale; mais je dois me borner : cet aperçu , tout incomplet qii il est, suffit , au surplus, a mon dessein. Je ne pense point qu’on élève des doutes sérieux sur les effets salutaires de la parole sainte.
Si, quittant la chaire paisible de la paroisse, je transportais le lecteur au milieu des contrées sauvaires où l’apôtre catholique, un christ à la main, annonce l’Evangile, quels magnifiques tableaux n’aurais-je pas à lui présenter! Quel spectacle que celui du prêtre tirant les peuples de leur abrutissement et conviant les nations idolâtres à la connaissance du vrai Dieu !
Que (le pays seraient encore inconnus si nos missionnaires n’étaient allés les arrachera l’ignorance! 11 fallait le prêtre catholique pour surmonter tous les obstacles (jui entravaient sa marche, pour braver les privations et le martyre. Autant d’États ou de peuplades convertis au christianisme, autant de recrues pour la civilisation,
m DK LA RELIGION.
autant de contrées nous offrant leurs produits et acceptant les nôtres en échange.
Je ne conteste aux protestants ni l’intelligence ni le zèle. Qu’on leur fasse la part aussi belle ((ue possible : plus on leur donnera d’éloges à cet égard, plus le catholicisme en tirera d’éclat. En effet, si, avec une science réelle, un esprit de prosélytisme ardent; si, avec la protection d’une puissante marine , et avec de riches subventions, ils n’obtiennent presque pas de résultats, tandis que nous convertissons le monde depuis Jésus-Christ , je demande quelle est la cause de cette différence? Puisque l’impuissance des ministres protestants ne vient pas de leur faute, elle tient donc au culte même. Dès lors, ce ne sont ni les catholiques qui triomphent ni les pasteurs calvinistes qui échouent, c’est la vérité qui remporte la victoire, c’est l’erreur ([ni est stérile.
En traitant de l’influence exercée parle catholicisme sur la moralisation des chrétiens, j(^ ne saurais omettre de dire quelques mots de la confession auriculaire. Cette pratique, ([uelquefois rapetissée par ceux qui y ont recours, tra\estie par les voltairiens, jugée super- ^stitieuse par les es[)rits prévenus et superficiels , est cependant d’une haute portée philoso[)hique , et n’a point d’égale pour ramener au bien les canirs dévoyés. Mais il faut la voir telle qu’elle est dans ses éléments véritables, telle que la comprennemt les hommes instruits dans leur religion. Si on la dégage de ce ([ui en altère la nature et la grandeur ; si on la considère dans son but réel et dans son objet essentiel; si l’on se rend compte de l’effet qu’elle doit produire par la force de son institution, on demeurera convaincu {[ue rien n’est
DE LA RELIGION. 10;5
|)ropre comme elle à ramener les hommes à leur devoir.
Quels sont , en effet , les éléments de la confession auriculaire? Le catholicisme les réduit à trois : au repentir d’avoir violé une obligation, à l’aveu et à la réparation de la faute commise.
Pour ([ue le coupable mérite d’être absous, il faut qu’il ait le regret d’avoir agi contre sa conscience; en d’autres termes, il faut (ju’il ait la contrition de ses péchés. Or, cette nécessité de la contrition pour obtenir grâce aux yeux de Dieu, répond à une pensée profonde, en même temps ([u’elle produit des effets dont la valeur morale est immense. C’est par là (pie le christianisme atteint le mal dans son principe générateur; car, pour le philosophe réfléchi, il e.st évident que les crimes ayant leur source dans la volonté , c’est là qu’il faut les attacpier et les détruire. Les protestations de regret ne seraient que des mensonges, si elles ne partaient du cœur; il faut qu’elles soient sincères et tellement vraies (ju’elles soient un garant contre les récidives.
Le repentir n a pas seulement pour résultat d’extirper le mal et d’en effacer les traces présentes, il exerce encore une influence salutaire sur l’avenir, en prévenant le retour des actes incriminés. Le chrétien vraiment converti ne se borne point à se purifiei- poui’ le moment actuel ; il est et il doit être dans la ferme détermination de ne plus trangresser la loi de Dieu.
Certes, les tribunaux civils sont des institutions im|)ortantes , mais ils sont loin d’inspirer au coupable dont ils punissent les délits, les sentiments de moralité ([lie lui offre la confession. Ils remplissent les malfai-
itj
DE LA RELIGION
leurs d’une terreur (lui profite à la sécurité pulilique; ils n’agissent pas sur le cœur pour le rendre plus vei-tneux. Le délinquant, après avoir subi la peine dans son entier, n’en est pas pour cela meilleur citoyen, fa sentence dont il a été frappé, les horreurs de la piison et de la chaîne , ne sont pas des moyens ellicaces par eux-mèmes pour transformer les criminels en hommes probes et paisibles : le libéré s’abstiendra peut-être de commettre des crimes nouveaux, épouvanté par le souvenir des châtiments qu’il a sid)is; il ne sera pas converti. Qui sait si le jour où il sera assuré de rimpiinité, il ne recommencera point ses vois et ses meurtres?
Il en est düTéreminent des effets obtenus dans. le tribunal de la pénitence. Le coupable en sort tout changé; il verse des larmes sincèn's sur ses méffiits. Ce n’est pas assez; ne se bornant pas à déplorer les fautes cpd pèsent sur sa conscience;, il veut en outr(' vivre désormais chrétiennement. La société a un ennemi de moins, un citoyen dévoué de plus, âladeieine cesse une vie désordonnée, Augustin devient un docteur ('minent, François-Xavier va porter avec la foi la civilisation dans l’Inde et le Japon. Voilà les effets de la contrition dans le sacrement de pénitence.
L accusation de la faute, qui en doit accompagner le repentir, n’a pas la même puissance pour amender le délinquant; toutefois, si elle n’attaque pas aussi énergi- ({uement la racine du mal, elle aide eonsidérahlement à la moralisation des croyants. Des com[)araisons, tirées
de ce qui se passe journellement sous nos veux, nous
donneront une idée de l’effet produit par l’aveu sacramentel. N’est-il pas vrai que rien ne contribue plus sûrement à ramener dans la bonne voie que la sincéiité
DE LA RELIGION
à reconnaître qu’on s’en était éloigné ? Le jeune homme J
qui a contracté des dettes, la jeune fille imprudemment jetée dans de fausses démarches, s’arrêtent en pré- ij
sence de nouveaux dangers, lorsqu’ils ont la franchise M
d’avouer à leurs parents leurs écarts ou leurs engage- ’j
ments téméraires. il
En supprimant la confession, les protestants ont donc supprimé du même coup un des moyens les plus etiicaces que la Providence nous ait fournis pour retenir les hommes dans la justice et pour les y ramener quand ils en ont quitté le chemin. Aussi n’est- ce pas chez eux que l’on rencontre ces exemples éclatants de réc(3nciliation entre ennemis, d’amendement à la suite d’une vie désordonnée, de restitutions si fréquentes parmi les catholiques convertis. C’est ce qui m’amène à dire quelques mots de la satisfaction dont la portée morale a été si mal comprise et si peu étudiée.
La confession devant demeurer secrète, les peines sacramentelles ne sont pas destinées à frapper l’imagination de ceux qui seraient tentés d’imiter le coupable. Comme leur application n’est jamais publique, à la différence de celles qui sont infiigées par les tribunaux, elles n’ont pas pour effet d’imprimer une terreur salutaire ; elles ne sont pas exemplaires.
Elles ne sont pas non plus proportionnelles, c’est-àdire en rapport exact avec les délits. S’il devait y avoir équation entre la punition et les offenses, l’absolution ne produirait aucun effet, et la justice divine aurait son libre cours. Ce n’est pas à dire cependant que toutes les œuvres satisfactoires soient les mêmes et n’aient pas de rapport avec le nombre et la gra^ité des fautes; mais la différence qui existe entre elles, quoi(pie très-
LA RELIGION
léelie, ne consliUie point une proportionnalité dans le ^^ens rigoureux du mot; elle ne répond pas à tonte la culpabilité des pénitents; elle n’imite pas meme la gradation des peines établies par les codes de la jusbce humaine.
Toutefois, la pénitence sacramentidle produit deux etfets éminemment moralisateurs : elle répare le mal commis et elle tend à réformer le i)éclieur. Pour me ser\ir des termes employés par les criminalistes, elle est réparulrice et réformalrkc. Ainsi elle force les repentants à jjayer les dommages (pi’ils ont causés par des votes de fait, par des vols, par des diffamations; elle les fortifie contre les reclintes en leur imposant, comme œuvres satisfactoires, la bienfaisance , le travail, la tempérance. Voilà pourquoi les confesseurs prescrivent l’aumône à l’avare, la mortification au sensuel, une occupation active et constante aux désœuvrés et aux paresseux.
Je n’entreprendrai point de répondre aux imputations dont on s’est efforcé de charger les prêtres catholiques par rapport au ministère qu’ils exercent dans le tribunal de la réconciliation. La justilicalion me serait
lacile, mais elle n’est jias nécessaire au but de ce travail; il nie suflit d’avoir prouvé la valeur morale et «'conomique de la confession; les abus, s’il en existe, ne sauraient provoquer la suppression d’une institution lionne par elle-même et éminemment propre à préveniile mal et a le réparer. C’est une vérité banale que les choses les meilleures sont sujettes à des inconvénients.
Il ne resterait rien debout s’il fallait renverser tout ce
qui est capable d’engendrer des ])érils. l.’armée, la inagislrature, l’autorité paternelle, le pouvoir souve-
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rain, ne pourraient résister aux conséquences d’une telle responsabilité. Corrigeons les abus, mais conservons les institutions utiles.
— Voyez au deuxième volume, au titre des revenus
du clergé, comment M. Charles Dunoyer apprécie l’heureuse influence de la prédication et de la confession.
Je suis loin d’avoir épuisé l’énumération des avantages que procure à un pays l’action du catholicisme, mais je dois me borner. Toutefois je ne terminerai point sans invoquer le témoignage de deux écrivains ({ui ont signalé cette heureuse influence. Ils n’ont pas seulement reconnu ce que l’Église, prise en général ou dans un sens abstrait, a fait pour la société; ils l’ont considérée dans ses chefs, et ils ont fait au clergé la part qu’il mérite.
(( L’influence de l’Eglise, dit M. ^\olo^vski, sur le sort des populations, a fourni à M. Cibrario de beaux chapitres. 11 a su rendre justice à l’action des premiers évêques chefs des communautés chrétiennes, qui, lorsque l’empire romain courait à sa ruine, représentèrent le peuple mieux (pie ne le faisaient les autorités civiles; ils savaient adoucir les maux, pourvoir aux besoins, prévenir les malheurs. 3Iinistres d’une religion (pii proclamait l’égalité des hommes et des peuples devant Dieu, ils contribuèrent puissamment aux })rogrès de la liberté. L’ancienne société aurait siilû l’influence de la barbarie, (pii exagère la force individuelle au préjudice de la force collective. En attendant (pie l’action des légistes fit revivre avec le droit romain l’éncigie du pouvoir civil, la juridiction ecclésiasticpie s’exerça au profit de la paix publique et de la destinée (les peuples. Le travail et le commerce empruntèrent
DE LA KELIGION.
DE LA KELIGION.
a la religion le puissant levier de l’assQciation ; riiisloii e (lu moyen âge, c’est en graiulo partie l’Iiistoire des rorporalions sons toutes les formes, comnwim, comimf/mcs, g, aides, hanses, ligues, eonfédéralions, frateruiles.^ Ceux (pie le pouvoir public duait incapable de protéger devaient s’organiser de manière à se défendre et a se gouverner par eiix-mèmes. .fiais le principe d’association qui produisit de grands et de magnifiques résultats, et qui eut surtout le mérite de raviver l’énergie morale, aboutit aussi à des luttes impies, à des conllits permanents, oit le bien public disparaissait de- 'ant la conijiétition acharnée des intérêts.
» bes populations rurales supportaient impatieinmeni e joug du servage. L’audace ne leur manquait lias, mais les soulèvements, souillés en général par d’atroces cruautés, n’eurent jamais le résultat qu’espéraient les ié\olt(.’s, (jui n avaient que la force brutale à leur ser- \ ice. Ce n est pas la violence, mais la religion el lu loi <|ui devaient amener l’émancipation successire des campagnes. L anarchie sociale cédait devant une puissance respectée et redoutée de tous, bénie et imoqucV par les opprimés, la puissance de Tliglise. Si raclioii |)ohliqiie des pontifes fut excessive, si elle porta quel- ((uefois atteinte aux droils de la souveraineté, elle eut un eiiet bienlaisant et civilisateur pour les peuples. Elle s élevail contre le trafic des esclaves et contre le duel; elle défendait le commerce contre les augmentations d('s (Irons de clouane et cherchait à garantir la bonne loi dans les transactions; enfin, le grand mouvement ( es croisades fut le point de départ de la société moderne, arrachée à l’isolement local cl à rimniobililé.
» -M. Cihrario a di'crit celle révolution avec une
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grande clarté et en faisant intervenir sans cesse les notions les plus curieuses sur l’état des personnes, l’industrie, les rapports commerciaux, la formation du droit international, la condition des diverses classes de la société. Toujours animé d’une sévère impartialité, il n’a garde de juger le moyen âge avec les idées de notre époque, et il sait à merveille se pénétrer des nécessités des temps, dont il se fait en quelque sorte le contemporain. >; {Économie politique du moyen âge, par Louis Cibrario.)
(( Un des plus grands bienfaits du clergé chrétien, dit M. Cancalon , c est d’avoir glorifié le travail et de s’être attaché à la culture de la terre comme à une œuvre sainte. Se plaçant au milieu des solitudes et des terres stériles, les religieux attaquaient cette nature sauvage et développaient la fécondité autour d’eux. Les plus grands et les ])lus saints mettaient la main à l’œuvre, se livraient aux travaux les plus pénibles, et couronnaient de-vignes et de moissons des lieux qui n'en portaient plus depuis plusieurs siècles. Bède., dans la vie de Earstervin, nous apprend que « cet abbé, qui était » un homme vigoureux et d’esprit humble, avait cou- » tume d’aider ses moines dans leurs travaux champê- » très, parfois prenant le manche de la charrue, d’au- » 1res lois vannant le blé, ou bien prenant le marteau » et forgeant sur l’enclume des instruments de labou- » rage ». On voit qu’à cette époque les cultivateurs étaient obligés de fabriquer eux-mêmes tous les instruments de culture. C’était l’usage de tous les membres du clergé d’aider à la culture des terres, spécialement au temps des semailles, de la récolte des foins et du blé. Le laineux Thomas Becket lui-même, quoique arche-
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\èque de Cimlorliéry, allait dans les champs avec les moines des monastères où il s’arrêtait, et prenait part avec eux aux travaux des semailles et de la moisson.
') Le spectacle de ces personnages vénérés qui, malgré 1 élévation de leur esprit et huir haute position , s’honoraient de cultiver la terre de leurs mains, frappa les hommes de ces temps reculés, où l’on ne regardait comme noble que la profession des armes , et apprit à respecter ragriculture, cette nourricière du genre humain , et dont la prosj)érité amène la prospérité et la grandeur des empires. » (P. i22. Histoire de l’agrieiilture depuis les temps les plus reeulés jusqu'à la mort de Charlemagne , par M. A'iclor Cancalon.)