Du protestantisme
Je reconnais tout d abord (jue h; protestantisme a une action puissante sur le mouvement de toutes les industries. Pour se convaincre qu’il contribue aux progrès agricoles, manufacturiers et commerciaux, il n’y a qu à comparer les jiays où son symbole est accejité avec ceux où règne le mahométisme ou le polythéisme. Sa supériorité ne pouvait manquer de se manifester, parce que les principes catholiques qu’il a retenus en se séparant de la communion romaine, produisent nécessairement leurs etlèîs. Dieu rémunère, dans les
réformés, la probité, le travail, l’ordre, l’application aux alîaires. Ces vertus ne devaient j)as demeurer stéliles; elles ne font que donner leurs fruits naturels lorsqu elles augmentent la prospérité de ceux cpii les mettent en pratique.
Mais cette supériorité incontestable que les })roteslants ont le droit de revendiquer sur les sectateurs
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lies cultes non chrétiens, ils sont loin de l’avoir sur les catholiipies. Je sais bien qu’ils se vantent d’enseigner une morale plus pure à la pratique de laquelle ils se disent redevables d’une prospérité dont la nôtre n’approche pas; mais leur prétention à une telle morale n’est pas mieux fondée que celle d’avoir réalisé de plus grands progrès que nous en agriculture et en industrie. Leurs règles de conduite sont ]>lus parfaites que les nôtres! Lt en quoi donc? Qu’on nous signale ces diflérences, nous les discuterons. Atïirmer, ce n’est pas prouver; et il est plus aisé d’élever des accusations (pie de fournir les pièces propres à les rendre concluantes. Nos adversaires invoqueront -ils , à l’appui des éloges (pi’ils se donnent , l’autorisation que Luther accorda au landgrave de Hesse d’avoir plusieurs femmes à la fois ? Croient-ils qu’il y ait profit pour la moralité de nier avec eux l’etlicacité des bonnes œuvres pour le salut, au lieu d’enseigner avec les catholiques que la foi sans les œuvres est stérile ? La persévérance dans le bien sera-t-elle mieux garantie en soutenant, comme ils le font, l’inamissibilité de la justice ou de la sainteté, même nonobstant la perjiétraîion des crimes les plus énormes., qu’en admettant avec les catholiques le dogme (1 après lequel 1 iniquité fait perdre l’amitié de Dieu et mérite les châtiments de la vie future? Pensent-ils soutenir l’homme dans les rudes sentiers de la vei1u et l’v ramener (juand il s en écarte, en lui prêchant (pie sa bonne volonté est inutile pour le sauver; que d’après un décret de l’Ètre suprême, il est destiné fatalement, malgré ses efforts pour faire le bien ou son obstination dans le mal, à la réprobation ou à la félicité éternelle?
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Mais n’enlreprenons pas ici des discussions théologiqiies; il me sufiit d’avoir moniré aux protestants, par ces courtes questions, l’imprudence de leurs attaques. Je les renvoie, pour s’instruire à fond dans cette matière, au célèbre traité que Bossuet a composé sur leurs vuriaiwns.
Laissons de coté, me dira-t-on peut-être, les raisons philosophiques ou religieuses sur lesquelles vous prétendez établir la supériorité du culte catholique sui’ celui des protestants. Examinons les faits, constatons les résultats. N’est-il pas avéré que les pays où la réforme s est introduite ont devancé considérablement, dans les progrès agricoles et industriels, ceux qui sont demeurés soumis à la juridiction romaine?
Les faits ! certainement j’en reconnais la puissance et j’en accepte les décisions. Mais je ne les adopte pas aveuglément; je veux d’abord les constater, puis en ('hercher la cause. Toutefois, avant de procéder à leur examen, je dois faire observer que ceux qui se produisent de nos jours ne sont pas les seuls dont il faille tenir compte : on ne saurait, sans fausser l’enquête, négliger ceux dont 1 histoire est liée, pour le passé, à tous les progrès agricoles. N’oublions donc pas, dans la controverse pendante, ce qu’a exécuté le catholicisme pour le défrichement des terrains incultes, l’assainissement des contrées marécageuses, la propagation de l’Evangile sur fous les points du globe, sans autre récompense que le témoignage de la conscience et l’attente du bonheur éternel. Le protestantisme, s’il ont existe, aurait -il montré le même zèle, aurait -il exercé la même innuence? Si, le personnifiant dans ses ministres, on cherche à savoir ce qu’il aurait ac-
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compli dans le passé par ce qu’il a fait depuis son apparition, l’appréciation ne lui sera guère favorable, H est l'are qu’il ouvre des missions périlleuses; on le voit encore moins, la pelle et la brouette à la main, porter, avec désintéressement et pour l’amour de riiumanité, la fertilité et la salubrité dans des pays stériles et malsains. Si la civilisation venait à sombrer au milieu des flots révolutionnaires, si l’abrutissant communisme arrivait à prévaloir et à nous ramener aux temps de la plus extrême barliarie, est-ce lui qui conserverait les (euvres du génie, ([ui cultiverait les champs abandonnés, qui arrêterait les Attila, qui ferait courber le front aux fiers Sicandires de l’époque ? A qui donc serait réservée la reconstruction de l’édifice social ? A ceux ([ui en furent jadis les architectes. Conservons donc ces travailleurs, no serait-ce qu’afin de pourvoir aux éventualités de l'avenir.
Toutefois , je ne me contente pas d’établir comme incontestable que le catholicisme a été le promoteur de la civilisation moderne; je soutiens que, même de nos jours, il en est l’élément le plus actif et le soutien le ])lus sur.
Puisqu’on invoque les faits, examinons-les, et commençons notre revue par l’Allemagne, la patiie de Luther. Certes, le protestantisme v rèe;ne tout à son aise, non moins ({ue le catholicisme en Italie. Je laisse ici, pour en constater l’influence, la parole à 31. Schérer. Voici comment cet écrivain juge le pays qui fut le berceau de la réforme :
« La plupart des villes libres impériales n’offrent plus d’intérêt que comme antiquités, et, loin de faire des progrès, e les restent stationnaires ou reculent. Tandis
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•I" ailleurs le Mers élat aa,uiert une iiuporlanee noliliqiie il est eu Allemagne dcclm de sa grandeur pas-
dou’ Vuf dater de la réforL-
liou, Allemagne devient le théâtre de toutes les grandes
guerres continentales, le joiiet-de ses ambitieL v„t
^ins et, pour comble de malheur et d’ignominie
combien de fois ne voit-on pas des princes allemands’
au service de I ennemi du pays , porter les armes contré
leur empermir, contre leurs compatriotes, s’enrichir à
a olde ! Combien de fois ne voit-on pas les enfants de I Al emagne servir comme soldais mercenaires, et verser leur sang par delà l’Océan pour des intérêts élrangeis souvent même pour des intérêts contraires à ceux e 1 Allemagne, Dans un pareil étal de choses, les inuets materiels ne iionvaient pas prospérer, el l’on ne ■setonnera pas de l’insignifiance de l’économie publique des Allemands dans celle période. . (HhloL ,h, commerce, t. H, p.
» ll’êlail pour moi, dil AI. Louis lievbaud, une occa-
soie , la dillereiico des ciilles exerce quelipie inllueiice sui le travail. Ailleurs , les mêmes élémenis ne devaieiil IMS se reproduire. Dans le bassin d’Elberfeld, el plus an dans les canlons du nord de la Suis.se, i’allais me MU Cl en pleine religion réformée, tandis (|iie le ^loiijio ce Saint-L’lienne eide Lyon ne m’olfrirait que 'CS popiilalions calholiques. A Crefeld seiilemeiit le mélangé exislait et dans une proportion telle iiiie les ■mcçens de comparaison n’y devaient pas manqiier le l'osai donc la question à tons les fabricants avec lé.squels 011 11, aboucha, et j’y mis une cerlaine insistance
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Beaucoup ont hésité dans leur réponse , et cela s’explique. Je m’adressais à des protestants très-fervents pour la plupart, et il leur répugnait de prendre parti sur un détail qui touchait à leur croyance. Ceux mêmes qui penchaient systémathpiement pour leurs coreligionnaires n’osaient le manifester, par un sentiment de délicatesse. D’autres pourtant ont montré plus de décision et peut-être aussi plus de sincérité. Ils m’ont déclaré qu’ils employaient indistinctement des ouvriers des deux cultes, les traitaient sur le même pied et m* trouvaient pas de ditïérence dans leur travail. Cet aveu était déjà concluant. D’autres enfin ont ajouté que s’ilavaient une préférence à exprimer, ce serait en faveuides ouvriers de la campagne, en raison îles garanties plus grandes d’exactitude , de conduite et de régularité. Or, l’Académie s’en souvient, les campagnes son! catholiques ; l’atelier protestant ne dépasse pas l’enceinte des faubourgs. » (ÉtiuJes sur le régime des mem nu factures y page 48.)
Continuons nos comparaisons entre les pays calholiques et les pays protestants. Est-ce que la Belgique est inférieure à la Suisse? La France l’est-elle à la Prusse? Il n’y a de ditïiculté sérieuse que par rapport à l’Angleterre. Examinons.
Cette supériorité de l’Angleterre sur la France n’est rien moins qu’incontestable. Elle n’est point admise par les économistes partisans du libre-échange. En réclamant l’abolition des prohibitions qui pèsent sur certaines marchandises de provenance anglaise, et celle des droits protecteurs établis dans l’intérêt do nos produits, ils montrent assez qu’ils ne croient point à notre infériorité commerciale. Autrèment, ils seraient traîtres
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«I ieui pajji, en le poussant à un cltangeinent de tarifs ruineux pour notre industrie. Le gouvernement parlaee la même opinion, puisqn’il vient de dégrever les produits anglais. En diminuant ainsi les droits de douane, pour les amener progressivement à n’êire plus qu’un droit fiscal, il manifeste la pensée que nous pourrons lutter contre la concurrence étrangère.
Fut-il certain que les Anglais l’emportent sur nous comme industriels et commerçants, il ne s’ensuivrait pas que cette supériorité aurait pour origine la réforme religieuse opérée sous Henri MU. 11 resterait à examiner si elle n’a pas sa source dans la nature de leur gou\einement, dans leur situation géographique qui les préserve des invasions continentales, dans l’habileté avec laquelle leurs ministres ont exploité les divisions (jui régnent entre les divers États de l’Europe, dans la sûreté de leurs ports, dans leur marine qui les met en rapport avec tous les peuples de l’univers. Croyez bien que ces causes ont plus contribué à la puissance et aux richesses dont l’Angleterre jouit , ((ue la sécularisation des moines, la suppression du carême et l’abolition delà confession auriculaire. S’ils sont les pourvoyeurs d’une grande partie du globe, ce n’est pas pour avoir substitué une papesse au souverain pontife de Home,
ni pour nier les etfetsdes indulgences rilénièresou partielles.
Si je prenais l’offensive, que n’aurais-je pas à raconter sur les causes de cette prospérité qu’on nous oppose? On me saura gré de ne pas m’appesantir sur les spoliations qui furent commises au moment du schisme au préjudice du clergé romain et des monastères, sur l’empoisonnement des Chinois (pii se pratique
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encore à l’aide de l’opium; sur la violation des traités les plus solennels; sur les intrigues journalières que des agents plus ou moins accrédités mettent en jeu pour brouiller les princes du continent. Je finis par rappeler deux faits avérés de tous les économistes : le paupérisme , le hideux paupérisme, est né de la réforme, et la taxe des pauvres n’a été établie que pour remplir le vide laissé par la cessation de la charité catholique. Voici comment s’exprime, à ce sujet, le pasteur Naville, dans un ouvrage couronné par l’Institut.
(( La géographie de la charité légale, dit-il, montre que ce système pèse plus généralement ou davantage sur les pays protestants que sur les pays catholiques. C’est en Angleterre qu’il a acquis le plus de développement. Il s’enracine en Suède, en Norvège, en Danemark, en Livonie, tandis que l’on n’en aperçoit que des vestiges en Italie et en Espagne.
» Les Etats de l’Allemagne qui nous ont fourni les exemples les plus frappants de sa marche progressive et de ses tristes effets, sont ceux où le nombre des réformés l’emporte sur celui des catholiques. Il a fait presque autant de progrès dans le canton de Berne (fu’en Angleterre, tandis qu’il n’existe point ou qu’il n’existe que nominalement dans les parties de la Suisse où le catholicisme exerce le plus d’empire, dans le \alais, dans le Tessin, dans les cantons primitifs. Appenzell, Rhodes extérieurs, est réformé et il a la taxe; Appenzell, Rhodes intérieurs, est catholique et il ne l’a pas. Bâle présente, il est vrai, un phénomène en sens inverse, mais cette exception est insignifiante. Il en est de l’Amérique comme de l’Allemagne. Les États de r Union dans le sein desquels la charité légale s’est
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le plus développée, sont ceux qui comptent proportionnellement le plus de réformés. Amérique du Sud ne la connaît pas.
» .... Pourquoi donc la taxe a-t-elle été plus généralement admise, et a-t-elle acquis plus de développement dans les pays réformés que dans les pays catholiques? C’est que la réforme, comme le défaut de bienfaisance , favorise des dispositions et tend à provoquer des mesures qui conduisent à la charité légale. En amenant la suppression des couvents, elle a donné lieu en quelques pays à un débordement de mendicité, dont les suites funestes ont dû provoijuer l’établissement de ce système
» Quand une fois l’esprit de réforme est en mouvement, il se porte inconsidérément dans toutes les directions , et le désir de perfectionner la bienfaisance peut
facilement conduire à la charité légale Enfin , il faut
surtout tenir compte des changements que la réforme opère dans les attributions du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir civil. Le dernier agramlit sa sphère aux dépens du premier. Son action envahissante, ou, si l’on veut, sa légitime influence, car nous voulons simplement signaler le fait et non point hi caractériser, peut aisément s’étendre jusque dans le domaine de la bienfaisance. Elle y introduit alors, sous le rapport du personnel et des formes de l’administration, des changements qui, comme nous l’avons vu, ne peuvent être que très-favorables au développement de la taxe. » (De la charité légale, t. II, p. 119.)
J’ai dit plus haut ma pensée sur les causes qui ont rendu l’Irlande si pauvre et si imprévoyante; voici maintenant celle de M. Léonce de Lavergne.
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« Depuis quelques années, un grand nombre d’Irlandais quittent leur patrie pour émigrer en Amérique. Dès qu’ils ont touché cette terre nouvelle , où ils ne se trouvent plus sous l’étreinte de l’Angleterre et où rien ne vient plus arrêter l’activité qui leur est propre, ces hommes démoralisés, abrutis, imprévoyants, se transforment pour prendre un rang parmi les citoyens les plus industrieux de TUnion. Leur fanatisme même, dont on parle tant, les abandonne dès que leur culte n’est plus persécuté. En jouissant pour eux-mêmes de la liberté religieuse , ils deviennent tolérants pour autrui et échappent volontairement à cette domination exclusive de leur clergé, qu’ils acceptent avec tant de passion sur la terre natale. Tous les préjugés du monde ne peuvent rien contre ce fait incontesté qui prend tous les jours des proportions plus décisives, car ce n’est pas de quelques individus qu’il s’agit, mais de tout un peuple qui fuit l’Europe où il sert et souffre, pour se relever indépendant et fier de l’autre côté de l’Atlantique. » (Essai sur r économie rurale de r Angleterre, de r Écosse et de l’Irlande, p. 41 4.)
Quant à l’influence respective du clergé catholique et du clergé anglican, elle est tout à l’avantage du premier. Voici en quels termes M. Léon Faucher s’exprime à cet égard :
« Dans le moyen âge, les terres de l’Église étaient les mieux cultivées et les serfs de l’Église les plus heureux; aujourd’hui le clergé anglican n’est pas un propriétaire plus paternel ni plus attaché à ses devoirs de tuteur que l’aristocratie civile. A quelques égards, la propriété, dans les mains des corps religieux, a des inconvénients plus sensibles. Les grands seigneurs résident
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très-souvent sur leurs domaines, où ils dépensent une partie de leurs revenus et où ils tiennent à honneur d’étaler un luxe princier. Mais les dignitaires ecclésiastiques, ne possédant qu’à titre de fidéicommis, habitent rarement les terres qu’ils exploitent; aussi V absentéisme y ce fléau des sociétés aristocratiques, frappe-t-il principalement les populations dont la tutelle leur est dévolue. » (Éludes sur V Angleterre ,
t. II,p. i7.)
Mais que dire des moines? Le protestantisme n’a-t-il pas été bien inspiré en les supprimant ?
La vie monastique fut-elle inutile au développement des richesses, que ce ne serait pas un motif de la condamner, si elle procure d’autres avantages qui surpassent ou du moins rachètent cet inconvénient. L’homme ne vit pas seulement de pain : il cultive la philosophie • et les beaux-arts; il se livre à l’étude de l’histoire et des monuments antiques. Est-ce que toutes les vocations humanitaires ont pour but la production et la consommation ? Pourquoi une classe d’individus ne pourraitelle pas se consacrer exclusivement à la contemplation des choses divines? Mais la vie des moines n’a pas été uniquement consumée à chanter les louanges de Dieu ; ces hommes extraordinaires se sont adonnés aux sciences, à la littérature, à l’enseignement. Bien plus, ils ont été, et ils sont encore dans beaucoup de pays, de grands agriculteurs.
(( Les moines, dit M. Laurent, infatigables pionniers, défrichent les forêts, dessèchent les marais; la culture matérielle amène la culture intellectuelle. L’Église sert de lien entre la civilisation ancienne et la barbarie; elle sauve le monde en épurant les mœurs, elle devient
if
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un principe de paix et d’humanité au milieu d’un âge de force brutale....
» Quel était l’état de la Germanie avant sa conversion ? Le sol était occupé en grande partie par des bois ou des marais, et la condition des populations répondait à la nature de la terre. Les Germains étaient surtout chasseurs et pasteurs ; ils craignaient , en se fixant au sol, de perdre leurs habitudes guerrières; vivant dans des huttes éparses et informes, se couvrant de peaux d’animaux tués à la chasse, ils étaient aussi sauvages que le pays qu’ils habitaient. Les moines commencèrent par transformer la terre. Les forêts s’éclaircirent, les marécages diminuèrent; l’agriculture remplaça le pacage ; les villages et les villes s’élevèrent , autour des cellules des solitaires... Les fondateurs des
> abbayes furent pour l’Europe ce que les pionniers amé-
ricains sont pour le nouveau monde ; mais les pionniers sont animés au travail par l’esprit de lucre ; les moines travaillent pour le salut de leur âme , et le fruit de leur travail profitait aux pauvres. » (Études sur Vhistoire de rhumanité^ t. Y ; les Barbares et le catholicisme , p. 133,
Encore de nos jours les trappistes nous offrent des modèles accomplis d’établissements agricoles. Ils sont sans rivaux pour la culture des terres et pour l’élevage des bestiaux : leur ferme de Staouëli , en Algérie , est au-dessus de toute comparaison.
On reproche au catholicisme ses lois sur le jeune et ses pratiques de mortification ; on prétend qu’elles * portent préjudice à la richesse en restreignant l’achat
et la vente des objets destinés à la consommation.
En vérité, ce sont là d’étranges idées en économie
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politique! Ah! vous trouvez que les catholiques ne consomment pas assez ! L’objection est curieuse 1 Je l’accepte et je leur en fais gloire. Croirait-on, par hasard, que la consommation constitue la richesse d’un pays ? Serait-on effrayé de la voir cesser par suite du jeûne quadragésimal ?
Sans doute l’économie politique s’occupe de la consommation , mais c’est pour en étudier les phénomènes et pour en régler le mouvement. Elle n’est pas assez folle pour la regarder comme créant des richesses. On travaille pour la consommation , mais est -ce qu’on craindrait sérieusement qu’elle fît défaut? Il est facile de dissiper une telle appréhension. Qu’on se rassure : ce ne sont pas les consommateurs qui manquent; on peut laisser les chartreux et les trappistes à leur maigre : le gibier et les viandes de toute espèce ne se corrompront pas à l’étalage faute d’acheteurs. Aussi bien, ce n’est pas ce point de vue qui préoccupe l’économie politique; son but n’est pas d’exciter à la consommation , mais de développer le travail actif et fécond qui permette de livrer les marchandises en abondance et à bon compte. Elle veut satisfaire des besoins sans doute; mais elle sait assez qu’il en existe plus qu’elle n’en pourra jamais contenter. Quoique les chartreux et les trappistes ne boivent pas une goutte du vin qu’ils récoltent, qu’ils ne mangent pas un de leurs agneaux , qu’ils n’usent pas de la soie produite par leurs cocons, le développement agricole et manufacturier n’en sera nullement arrêté. Le pays ne laissera perdre ni une barrique de vin recueilli dans le clos Vougeot, ni une poularde de Bresse, ni un mètre de taffetas.
Au contraire, l’épargne effectuée par les ordres ascé-
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tiques tournera au profit de tous. Elle reformera un capital destiné à entreprendre d’autres travaux améliorants.
Sous un autre rapport , la mortification a une grande portée. Elle sert à montrer aux hommes dominés par les sens, la puissance de la volonté, et elle leur apprend la science de s’abstenir. Ceux qui en acceptent les rigueurs, comme le font les trappistes, donnent des exemples précieux et bien utiles à ce siècle sensuel. Ils réalisent en même temps des économies qu’ils consacrent au soulagement des malheureux ou à des amé-
liorations agricoles. Quant aux simples fidèles , ce ne sont pas certainement leurs mortifications qui arrêtent l’essor du commerce. Ceux même qui accomplissent le plus exactement les préceptes de l’Église touchant le jeûne et l’abstinence , ne causeront jamais , par leurs privations, l’encombrement des greniers et des celliers. S’ils font quelques épargnes pendant les jours d’expiation religieuse , ils les destinent à des œuvres charitables ou à l’augmentation de leur capital; et ils accroissent ainsi la fortune totale du pays, qui se compose de l’excédant des recettes sur la somme des dépenses.
Admettons, si l’on veut, que, contrairement à ce que j’ai prouvé , l’industrie est plus développée dans les États protestants : ce ne sera pas une raison d’en conclure que cette extension donnée à la production constitue par elle-même une supériorité sous le raj)porl économique. En etfet, la prospérité d’un pays n’est pas exclusivement attachée aux profits de quelques riches entrepreneurs; elle requiert que les richesses ne soient pas trop inégalement réparties entre les citoyens. L’intelligence et le capital doivent avoir une large part dans les avantages des entreprises; mais le travail doit
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aussi y obtenir la sienne. La morale, la religion, une bonne entente des lois économiques, exigent également que , selon la pensée de Joseph Droz , l’aisance soit aussi générale que possible.
Or, quel est l’état des choses en Angleterre, d’où le protestantisme élève le plus haut la critique contre les nations chez lesquelles le catholicisme domine ? Je laisse la parole à Léon Faucher, qui a traité ce sujet avec étendue dans ses Études sur V Angleterre :
« C’est, dit-il, particulièrement à l’ouest de I.ondres et dans les quartiers destinés aux habitations des classes supérieures que le progrès se fait remarquer. Il n’v a pas de ville où l’on ait pris plus de soin de la vie du riche et où l’on ait donné plus d’attention à ses moindres fantaisies. Les grandes réunions d’hommes engendrent presque toujours des miasmes pestilentiels qui affaiblissent l’organisation et qui en abrègent la durée Afin de mettre les riches à l’abri de ce danger dans le West-Endy on s’est efforcé de mêler la campagne à Londres, les jardins, les parcs et les champs aux maisons. Quatre parcs immenses, une ligne continue de verdure, d’ombrage et d’eaux vives, forment la base de cette ville privilégiée. C’est là que se fabrique et que se renouvelle l’air respirable qui dispute l’espace aux exhalaisons méphitiques des quartiers plébéiens. Ce sont, comme on l’a si bien dit, les poumons de Londres;
imaginez la végétation de Saint-Cloud et de Neuilly au milieu de Paris...
n A coté d une opulence qui défie toute comparaison, l'on y découvre la plus affreuse ainsi que la plus abjecte misère, et la même cité qui renferme les maisons modèles, les rues coquettes et les squares verdoyants
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du AVest-End , contient aussi dans ses profondeurs des masures à demi ruinées, des rues non pavées, sans éclairage, sans égouts, des places qui n’ont d’issue ni pour Pair ni pour les eaux; enfin des cloaques infects que toute autre population n’habiterait pas, et qui, pour l’honneur de l’humanité, ne se rencontrent pas ailleurs. . .
» On peut considérer White-Chapel, Bethnal-Green et généralement les mauvais districts de l’est, en empruntant la belle expression du docteur Smith, comme l’atelier où s’élabore la fièvre. De là, elle gagne les quartiers voisins, et, se répandant ensuite jusque dans les larges rues et les riants squares que les riches habitent, elle y fait souvent une funeste moisson. L’intérêt personnel, à défimt de la charité, devrait donc suffire pour disposer les classes qui gouvernent l’Angleterre à supprimer ces foyers d’infection; mais il paraît que l’épidémie n’a pas frappé encore des coups assez rudes : tant que les pauvres en seront les principales victimes, l’attention des riches aura de la peine à s’éveiller. En attendant, comme les quartiers infects d’une manière permanente se trouvent en dehors du mouvement général de Londres, on les néglige et on les oublie. Les souffrances de leurs habitants ne sont guère connues que des officiers des paroisses et des médecins qui ont le courage de visiter les malades, souvent au péril de leur vie...
» A l’heure qu’il est, l’aristocratie anglaise, fatiguée et repue, semble n’avoir plus d’énergie que pour jouir. Les dispositions sympathiques des individus se perdent dans l’égoïsme de la caste. Son activité s’emploie à convertir l’Angleterre en parcs et en prairies, qu’elle dépeuple d’hommes pour les couvrir de bétail et de
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gibier. Elle conj^Iruit des châteaux ou forme des galeries de tableaux, des bibliothèques, des collections scientifiques. Elle tourmente ses richesses, selon l’expression du poëte latin, jusqu’à ce qu’elle finisse par
le suicide ou par l’ennui. » (Léon Faucher, Études sur r Angleterre J t. PL)
Que dirai-je de la prostitution qui s’étale à Londres? L’éminent économiste que je viens de citer en a tracé le tableau hideux. Il me suffira de lui emprunter quelques lignes, pour faire comprendie à quel degré sévit cet épouvantable fléau. Comparant la situation respective des prostituées de Londres et de Paris, il dit : « Je crois que l’on est en droit de conclure que la prostitution en Angleterre présente généralemcmt un caractère plus repoussant, qu’elle commence dans un âge plus tendre, et qu elle a des relations plus étroites avec les crimes ainsi qu’avec les délits... Dans les trois hôpitaux les plus considérables de Londres, et en huit années, il ne s’est pas présenté moins de 2,700 enfanis de douze à seize ans infectés d’une maladie honteuse! »
Un mot sur le marché aux enfants. Qu’est-ce que ce marché? « C’est, dit M. Léon Faucher, un espace ouvert où les enfants des deux sexes, de l’âge de sept ans et au-dessus, se présentent pour être loués a la semaine ou au mois par toute personne qui peut avoii besoin de leurs services. Lorsque le commerce ne \a pas, on rencontre dans ce marché jusqu’à trois cents petits ouvriers ; quand les affaires reprennent de 1 activité, on n’en voit pas plus de cinquante à soixante à la fois... On ne peut se défendre, en lisant le récit de M. Dickson, d’un sentiment pénible qui va jusqu’à l’indignation etjusqu à 1 horreur. Quoi de plus monstrueux.
en effet, que toutes ces circonstances! Un père, une mère mène son enfant au marché; ils le crient comme une vile marchandise, l’étalent aux regards des passants et le laissent palper corps et âme; ils le livrent pour être exploité, dans l’âge où les forces naissent à peine, au premier venu, pourvu qu’il soit le plus offrant, et au maître dissolu comme au maître ran2;é dans ses habitudes, sans la moindre garantie d’un bon exemple ni d’un bon traitement. On y regarderait assurément de plus près avant de donner à loyer un âne ou un cheval.
» L’accord une fois conclu, l’acquéreur fait de l’enfant ce qu’il veut, un ouvrier, un commissionnaire ou un domestique; l’enfant lui appartient exclusivement douze ou quinze heures par jour, car les parents n’ont pas exigé pour ce malheureux une autre éducation que celle de la servitude. Tout va bien à leur gré, si, au bout de la semaine, leur fils ou leur fille leur rapporte un ou deux schellings... Je ne connais que Londres en Europe où de pareilles choses soient possibles; car il faut pour cela que la dépravation se rencontre à une dose égale avec la liberté. » [Études sur l'Angleterre,
p. 1 3 et suiv.)
Il me resterait, pour achever le tableau que présente la condition morale et économique de l’Angleterre, à parler du paupérisme et de la taxe des pauvres, dont M. Naville, dans le passage cité plus haut, a assigné l’origine • et fixé la position géographique; mais ces deux études trouveront mieux leur place au deuxième volume, où je traite spécialement de la bienfaisance publique.
L est surtout par la situation industrielle des Etats 0
de l’Eglise que nos adversaires prétendent montrer que le catholicisme est défavorable aux intérêts de la vie
he la religion.
materielle. Ils nous dépeignent <;e royaume, dans la capitale duquel réside le souverain qui réunit dans scs mains l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle, comme également arriéré en agriculture et en industrie. Après avoir comparé cette situation, non pas telle qu’elle est, mais telle qu’ils la décrivent, avec la prospérité de l’Angleterre et des cantons suisses protestants, ils concluent que le catholicisme comprime le ressort destiné à donner le mouvement aux affaires. Si, disent-ils, cette religion portait avec elle de vrais éléments de richesses, elle les développerait principalement dans un pays soumis au sceptre de son pontife suprême. Puisque l’agriculture, l’industrie et le commerce n’y ont presque pas reçu d’impulsion, c’est une preuve que l’agent moteur y fait défaut : ces sources de la richesse publique n’y versent pas leurs eaux ertilisantes, parce que le catholicisme les tarit.
Je commence par faire remarquer que cette infériorité des États pontificaux est singulièrement exagérée. Les écrivains sérieux qui ont examiné la question sans parti pris, avec l’impartialité d’un historien qui se respecte, ont rendu justice aux populations agricoles qui habitent ce pays et aux encouragements que les papes ont donnés aux diverses industries. Ils citent avec éloge les noms des souverains pontifes Adrien Zacharie, Boniface IX, Sixte IV, Clément VII, Sixte v’ Pie V, Clément VIII, Pie VI, Pie Vil, Pie VIII, enfin Pie IX, dont le pontificat, célèbre à (ant de litres, sera
mis au nombre de ceux où l’on se sera le plus occupé d agriculture.
« L’ilalie est la calomnie de l'Europe, a dit un historien ; pensée dont la justesse grandit si on l’applique
DE LA RELIGION
en particulier aux États pontificaux, et qui devient une vérité incontestable si l’on considère spécialement leur agriculture. Les notions les plus fausses, les assertions les plus absurdes, ont été de tout temps répandues parles voyageurs qui traversent traditionnellement les Etats romains de Civita-Vecchia à Terracine, dans la partie je ne dirai pas la moins fertile , mais celle dont l’aspect semble, au premier abord, aride et désolé à celui qui vient de quitter son parc anglais ou les petits champs alignés de son village, à celui de qui l’œil n’a jamais pénétré au fond de ces exploitations immenses qui révèlent au plus incrédule la puissance de la grande culture. Le climat lui-même, les productions du sol, le caractère des habitants ont été l’objet des appréciations injustes de ces touristes superficiels et pressés, qui prennent leurs notes du bord de la grande route. S’ils avaient parcouru les Marches, s’ils avaient pénétré dans les vallées profondes des Apennins, ils auraient contemplé dans les unes un système agricole aussi avancé, aussi perfectionné qu’en Piémont ou en Lombardie , et dans les
autres, la petite culture plus en honneur et mieux pratiquée peut-être que chez nous. » (Vernouillet, De l’état actuel de r agriculture dans les États romains, préface, p. 5.)
L’industrie manufacturière et commerciale n’v est pas non plus arriérée au point que le publient les ennemis du Saint-Siège. M. de ïournon, ancien préfet du Tibre, sous le premier empire, a signalé, dans ses Etudes statistiques sur Rome, l’exagération incroyable des accusations portées contre le gouvernement papal. Je ne citerai pas les noms de tous les écrivains qui ont rétabli avec lui la vérité des faits; je me bornerai à invoquer le témoignage d’un auteur récent, M. Fui-
• de la religion.
chiron, qui a fait sur l’Italie des études spéciales. Voici comment il s exprime à cet égard , après avoir énuméré une foule d’industries qui existent dans la capitale des beaux-arts et l’antique reine des nations.
« D’après ce tableau, dit-il, on a pu voir que si l’État ecclésiastique n’est pas placé au rang des pays à manufactures importantes et donnant des produits perfectionnés, il ne manque pourtant point d’industrie, et qu’il peut suffire à une grande partie de sa consommation. La balance du commerce, il est vrai, ne lui est pas favorable, mais le numéraire que les étrangers apportent sans cesse rétablit l’équilibre , et la preuve c’est que l’intérêt de l’argent reste à peu près stationnaire à Rome, à Bologne, à Givita-Vecchia , et ne dépasse pas celui des autres places commerciales de l’Italie. » {Voyage dans V Italie méridionale, t. III, p. 129.)
Faisons une concession; supposons que l’état des atfaires industrielles est , sous la domitiation papale , tel qu on le décrit : eh bien , on n’aura rien prouvé contre le catholicisme, si on ne démontre que cette influence antiéconomique lui est imputable; car ce serait raisonner étrangement que de dire : A Rome, où le catholicisme domine , il n’y a point de commerce ; donc c’est lui qui en arrête l’essor. L’homme judicieux ne raisonnera pas de la sorte ; il examinera si l’abandon dans lequel on suppose les diverses industries ne serait point produit par d’autres causes , par exemple, par le caractère des habitants , par une législation impai faite, par la politique des jirinces voisins, par l’inquiétude générale qu’entretiennent les menées révolutionnaires.
Gertes, les Italiens sont doués d’une vive et rare
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intelligence; mais, sans nier leurs grandes qualités, on peut admettre que leurs aptitudes particulières, comme leurs goûts, les appellent beaucoup plus vers les beauxarts, que vers les affaires industrielles. Ils sont artistes beaucoup plus que commerçants. Leur nature ardente, leur imagination brillante et riche s’accommodent peu des calculs terre à terre qui sont nécessaires aux négociants. L’Italie méridionale est la patrie de la peinture, de la musique , de la poésie , beaucoup plus que celle des mines et des hauts fourneaux.
A ces dispositions qui tiennent à de belles facultés , les Romains en joignent d’autres qui sont essentiellement nuisibles au développement des diverses industries : ils sont peu portés à une vie active : comme tous les peuples des régions méridionales , ils aiment le loisir. La douceur de leur climat les délivre d’une foule de besoins, et la richesse de leur sol leur offre des moyens faciles de se procurer leur subsistance. Dans les pays septentrionaux, il en est différemment : le ciel y est âpre, la terre moins féconde, le travail rude et incessant. Au reste, les nécessités qui en sont les suites ne sont pas sans avantages : elles provoquent l’esprit d’entreprise, et poussent ainsi les habitants dans la voie du progrès. C’est là une des causes qui ont amené les peuples occidentaux à un état de prospérité de beaucoup supérieur à celui des nations chez lesquelles la nature ayant tout fait pour elles et le climat énervant leur tempérament, l’industrie et le commerce manquent du stimulant que donne le besoin.
L’infériorité relative que l’on signale pour les États pontificaux, tient encore au maintien de certaines lois civiles. La grande quantité des biens fonciers qui s’y
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trouvent frappés d’inaliénabilité, nuit à l’agriculture. Les grevés par la substitution , quand ils manquent des ressources suffisantes pour une bonne exploitation , laissent le sol improductif, ou n’en tirent pas le rendement qu il serait susceptible de donner. Ne pouvant le vendre, ni en partie pour se procurer les capitaux nécessaires à une culture fructueuse, ni en totalité pour se livrera une autre industrie, ils demeurent dans la gêne, et leurs terres leur sont une charge , en même temps qu elles profitent moins à l’alimentation du marché public. Les conséquences fâcheuses du régime de mainmorte auxquelles les propriétés sont parfois soumises ne seraient pas même toujours prévenues, bien que les possesseurs, obligés de conserver et de rendre , eussent entre leurs mains les capitaux qu’exige une culture intelligente : elles se feraient encore sentir, si les domaines appartenaient à des hommes plus amis du repos qu avides de richesses , et dont les revenus excéderaient de beaucoup la mesure de leurs besoins.
Outre les lois relatives à la propriété, il en est une foule d autres dont les dispositions intéressent les progrès matériels des peuples, parmi lesquelles je puis signaler celles qui concernent l’assiette et le recouvrement des impôts, les tarifs douaniers, la liberté commerciale. Or, on ne saurait nier (jue les lois de cette espèce en vigueur dans les États ])ontificaux ne soient susceptibles de réforme. Ce n’est pas que je blâme le gouvernement romain de ne les avoir pas encore modifiées. Pour critiquer ces délais, il faudrait ne pas tenir compte des causes qui les ont amenés et du caractère des habitants. La meilleure législation n’est pas toujours celle qui est la plus conforme à la raison, mais bien
celle qui convient le mieux à la nation pour laquelle elle est écrite. La sagesse des [)ouvoirs publics consiste moins à édicter des lois marquées au coin de la meilleure philosophie, qu’à décréter celles dont l’exécution est possible et utile.
Admettons, si l’on veut, que le gouvernement pontifical est en défaut à cet égard, que la législation romaine est très-défectueuse, qu’il eût été facile de lui en substituer une autre plus féconde pour l'accroissement des richesses; ma thèse n’en perdra rien de sa valeur. En effet, il n’est pas permis de confondre la religion avec les lois civiles de ses ministres; les principes du catholicisme viennent directement de Dieu qui les a révélés, tandis que l’administration papale est le fait d’un homme faillible; les lois qui régissent le territoire romain peuvent donc entraver la marche de l’agriculture et de l’industrie sans que le catholicisme en soif responsable. Joignez à cela que le pape n’administre pas seul, qu’il est obligé d’appeler à son aide des fonc-
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tionnaires et des employés dont il ne serait pas juste de lui imputer toujours l’inertie, l’incapacité et les exactions. Eût-il le génie de Charlemagne, la sainteté de saint Louis, s il n avait sous ses ordres qu’un peuple sans activité, des fonctionnaires indolents et mercenaires, il épuiserait ses forces en des plans inutiles.
Il est évident (ju’en accusant le catholicisme de ne pas donner aux diverses industries, dans les État.s de l’Église, une impulsion égale à celle qui fait la richesse de l’Angleterre protestante, on fait peser sur lui une accusation imméritée. La faute, si elle existait, ne lui serait point imputable; tout au plus elle retomberait sur le chef temporel de Rome, sur ses ministres, sur
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ses employés, sur l’armée, sur le peuple; elle ne saurait remonter jusqu’à la relii’ion.
A ces causes intérieures, toutes locales, qui retardent le mouvement industriel dans le territoire soumis au pontife de Rome, il convient d’ajout('r celles qui viennent du dehors et dont l’effet n’est pas moins nuisible. Qui ne connaît les vicissitudes de ce pays, dont la possession a été toujours ardemment convoitée par un grand nombre de princes ? A-t-on oublié qu’il a été le théâtre des guerres les plus meurtrières sous la Républi([ue, sous le Consulat et sous le premier Empire? Est-ce que la France et surtout l’Autriche, en pesant tyranniquement sur lui, n’ont pas paralysé sa prospérité? Que n’aurais-je point à dire des menées révolutionnaires qui l’agitent de nos jours, et (pii ont arrêté jusqu’ici le développement d’une sage liberté ? On renchaine; on lui lie les pieds et les mains; on le travaille par des sociétés secrètes, et [)uis on lui dit : Vous ne marclu'z pas!
Je me borne à ces considérations, car je n’ai pas besoin d’énumérer toutes les causes qui compriment l’élan industriel dans les États de l’Église. J’entreprendrais cette tâche si j’avais ici à défendre l’autorité temporelle du Pape; mais telle n’est pas la question que j’ai maintenant à résoudre. J’ai à venger le catholicisme, c’est-à-dire V enseignemenl de l' Évangile expliqué par l’Église romaine, mais non à justitier le gouvernement-civil du saint-siège, qui, au demeurant, a bien toujours valu autant que celui des autres princes de l’Italie. On sort donc des données de la discussion quand on m’oppose la situation des Etats pontilicaux. Le Pape n’ignore pas que ses règlements ne doivent pas être assimilés aux lois révélées; (jue ses ordonnances rela-
!>ES A.MÉI.IOHATIOXS DE I.A VIE PHYSKJUE. 43.3
tives à rim{)ot, aux douanes, au régime commercial, n ont pas un caractère divin comme les préceptes de 1 Évangile. Il a montré un vif désir de les modifier, comme ses prédécesseurs en avaient modifié un grancl nombre; s’il s’est arrêté après a^oir pris une glorieuse initiative, qui lui avait attiré les applaudissements de l’univers, c’est qu’il s’est trouvé en face des révolutionnaires, c’est qu’il a vu couler le sang du malheureux Rossi. En réformant leurs propres lois et celles de leurs prédécesseurs, les souverains de Rome ont donc reconnu qu’elles sont imparfaites; mais ils se gardent bien de toucher aux lois divines, (pii constituent le fond même du catholicisme : oh! celles-là ils les vénèrent, ils les déclarent perpétuelles et toujours propres à assurer la prospérité des nations.
\oyez au tome deuxième , sous le titre de la Souveraineté temporelle du Pape, les autres considérations que j’ai exposées à cet égard, ainsi que ce cjui concerne les revenus, les traitements et les pensions dont jouissent les ecclésiasti(jues.
SECTION DEUXIÈME
DES AMÉLI0R.\TI0.\S de LA VIE PHYSIQUE, ET DU LUXE AU POINT DE VUE THÉOLOGIQUE.
ARTICLE PREMIER
Des ameliorations de la \ ie physique.
L’homme tend , par tous ses instincts , à l’amélioration de son existence. Il n’aspire pas seulement à se prémunir contre la faim, le froid, la maladie; mais encore à trouver plus de bien-être, une nourriture plus
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agréable, un logement plus commode, des habits plus 1 propres à le garantir des rigueurs des diverses saisons.
Cette tendance n’est pas nouvelle; elle s’est produite ■ à tous les âges du monde , comme elle se manifeste
; chez tous les peuples. Elle n’est pas née de l’excès de la
; civilisation ; elle l’a précédée. On peut donc la consi-
I dérer comme une loi de notre nature et comme le sti-
[ mulant dont Dieu a voulu se servir pour nous amener à
une vie laborieuse. Sans doute, la voix de la conscience et les prescriptions de la foi sont de puissants I mobiles pour nous faire remplir notre tâche ; toutefois,
j isolées des motifs intéressés qui commandent le travail,
I elles ne trouveraient pas toujours les volontés dociles.
Le besoin et l’attente du bien-être, souvent suffisants 1 par eux-mêmes pour assurer l’activité du travailleur,
offrent, dans tous les cas, aux motifs tirés de la religion d’énergiques auxiliaires.
Cet instinct qui pousse les hommes à se procurer une vie plus douce et une existence plus prolongée, n’est pas demeuré infructueux. Il leur a fait vaincre la paresse, si dangereuse pour les mœurs, et les a conduits à la civilisation qui comprend toutes les améliorations physiques et morales. Non-seulement je ne regarde point cette tendance, quand elle est renfermée dans de légitimes limites , comme contraire à la morale et à l’esprit chrétien, mais je la crois conforme aux desseins de la Providence. Pourvu qu’elle soit contenue par la modération et par la justic(*, qu’elle ne cherche point à se satisfaire aux dépens des diverses vertus (jui règlent l’usage des biens matériels, elle ne peut que profiter à l’humanité.
On comprend que j’établis ma thèse dans sa généra-
lité, et en tant qu’elle s’applique à l’ensemble de l’espèce humaine. A Dieu ne plaise que je critique les austérités de quelques membres de la communion catholique, ni leur entier abandon à la divine Providence. Ces exceptions ne nuisent pas au progrès du bien-être. Au contraire, elles montrent l’empire de la volonté sur l’instinct qui nous entraîne vers les jouissances , et servent d’exemple pour retenir dans la résignation ceux à qui la naissance dans une condition pauvre ou des revers de fortune imposent de douloureuses privations. Au reste , la religion n’est pas seule à inspirer des sacrifices et un genre de vie qui ne conviendrait pas à notre race entière^. La science, l’amour des arts ont aussi leurs espèces d’ascètes qui exposent leurs jours, immolent leurs plaisirs ,se condamnent à la retraite. Personne ne les en blâme; au contraire, les sages les en louent. Non-seulement ils ne nuisent pas au mouvement de l’humanité, mais ils l’accélèrent et le règlent; ils poussent la société en avant , sans prendre part à ses plaisirs et à ses joies.
Toutefois ces manières de vivre , qui profitent à la marche générale de la sotiété, ne sauraient être adoptées par la majorité des hommes. Elles ne conviennent point au genre humain , qui ne saurait faire vœu de célibat ni de pauvreté , et qui se développe de plus en plus pai‘ l’accroissement des richesses de toute nature.
Justes pour les grandes choses des temps passés, nous ne devons pas méconnaître les prodiges de notre siècle. La science pure allume sans cesse de nouveaux
flambeaux. Les sciences appliquées ont réalisé des progrès qui nous frappent d’étonnement , et qui n’ont pas seulement pour résultat d’augmenter la somme de nos
f>l- LA RL LIG 10 N.
comiaissaiices, mais encore celle de nos jouissances légitimes. Au reste, rien n’est plus erroné que l’opinion, assez accréditée parmi un certain nombre d’économistes, que la leligion repousse le dogme de la perfectibilité matérielle. Le n est pas seulement, quoi qu’ils en disent, en usant chaque jour des nouveaux produits, que les hommes religieux justifient les améliorations dont! accroissement est indéfini; mais, en rappelant aux esprits prévenus ou mal instruits que Dieu est l’auteur de tous les dons de la nature, qu’il a soumis la terre à notre empire , et qu’il nous a créés intelligents, non-seulement dans un but surnaturel, mais aussi pour nous faire connaître les propriétés et les usages utiles de la matière.
Que l’on rende donc la nourriture plus saine, plus douce et plus abondante. Que les demeures soient plus commodes, plus agréables, plus salubres , moins exposées aux intempéries des saisons. Que les vêtements soient plus propres à garantir du froid et du chaud, moins coUteux et plus durables. iNon-seulement la religion n aura pas d’anathèmes contre les inventeurs auxquels nous dcM'oiis ces heureux rt'sullats, mais elle les bénira, elle qui ne demeure insensible à aucune soutirance , et qui a de si belles promesses, recueillies de la bouche de Jesus-Christ , en faveur de ceux qui sont bienfaisants.
Ce n’est donc qu’en travestissant renseignement chrétien , que M. A. Clément , dans un article inséré au Dictionnaire des économistes, sous la rubrique du moi besoin, a prétendu que le catholicisme est en opposition avec les améliorations de la vie physique. Il est bien regrettable ({ue nos adxersaires se dispensent d’exa-
DLS AMÉLIORATIONS DE LA VIE PilVSlOUE. 4.1'»
miner nos croyances, lorsqu’ils entreprennent de les critiquer. Cette manière d’agir n’est pas seulement une légèreté, elle est répréhensible comme portant atteinte à la vérité historique, et à la sincérité cpii doit présider aux discussions; en même temps, elle nuit a la cause que l’on j)rétend servir. Lorsque les hommes instruits de leur religion la voient altérée , travestie par les économistes , ils se disent naturellement que si leurs adversaires ne sont pas plus habiles dans la science des richesses que dans les matières religieuses , ils ne méritent guère (pi’on prenne leurs théories au sérieux.
Ce {{u’il y a de vrai , c’est que l’Lglise adopte , en-
courage tous les progrès scientifiques , moraux , artistiques , matériels. Or, comme ces progrès sont impossibles sans le perfectionnement de l’agriculture, des moyens de transport, des procédés industriels, elle c[ui a la compréhension des besoins réels de l’homme et ({ui connaît les desseins paternels de Dieu à notre égard , applaudit à ces travaux. Elle bénit avec solennité le navire qui alfronte les mers et le wagon qui roule entraîné par son chariot de feu, non moins que la ferme du laboureur. Aussi, dans toutes les inaugurations de chemins de fer, les évêques se sont -ils empressés de concourir à la splendeur de ces fêtes. Entourés de leur clergé , ils ont célébré le Dieu des sciences qui a inspiré les découvertes dont la gloire rejaillira à jamais sur ce siècle. Ils ont rendu hommage aux grands inventeurs de notre époque, ^lais, selon leur devoir, ils ont rappelé que la grandeur de l'homme consiste principalement dans la vertu, et qu'il ue faut pas oublier nos obligations chrétiennes, au sein des richesses dont l’accroissement ne s’arrête point.
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Au reste , le progrès matériel mérite ces encouragements : non-seulement il ne porte pas avec lui son anathème , mais, au contraire, s’il est bien dirigé, s’il exécute ses évolutions dans le cercle du christianisme, il concourt au développement de la dignité de l’homme. Il rendra le retour de l’esclavage et du servage impossible, il atFranchira de plus en plus l’ouv rier des travaux susceptibles d’être exécutés par les machines , et il ne lui laissera que ceux dont les fatigues sont moins dures et dont les efforts tiennent surtout de l’intelligence.
Je prévois une objection, et je la recueille, parce qu’elle a un fondement qu’il est impossible de dissimuler. Elle est injuste par son exagération ; mais elle a du vrai, voilà pourquoi il faut s’efforcer d’apporter un remède efficace au mal qu’elle signale. Sans contester les améliorations dont les économistes parlent, on nie que les classes laborieuses y aient une part équitable. On prétend, au contraire, que l’état des travailleurs est pire que par le ]>assé ; que surtout les ouvriers des usines et ceux qui exercent un métier sont assujettis à des ouvrages abrutissants, que leurs
enfants sont exploités par des manufacturiers* sans entrailles.
Certes, on ne saurait trop élever la voix contre cette espèce de servage, surtout contre le crime qui dessèche dans l’enfant la source de la vie. Qui pourrait considérer sans une compassion navrante, ces figures étiolées, ces membres amaigris, ces intelligences stérilisées? L’enfant des fabriques y puise la dégénération de ses forces physiques, et le contact avec les ouvriers plus âgés que lui, le démoralise avant qu’il ait pu goûter les charmes de la vertu. Aussi, bien qu’opposé
DES AVIElIORATIONS DE LA VIE PHYSIQUE. iil
à l’immixtion de l’État dans les affaires commerciales pour en régler le mouvement, je ne puis qu’approuver l’intervention légale qui a pour but de protéger la santé et la moralité de l’enfance. Il ne s’agit pas ici, en effet , d’empiéter sur la liberté de l’industrie et sur l’autorité des parents, mais de prendre la défense de la faiblesse et de l’inexpérience. Autre chose est de déterminer législativement le taux des salaires, la durée des journées pour les adultes; et autre chose est d’assurer une protection à l’enfance contre la cupidité des parents et la dureté des patrons. La loi ne prétend point, en prêtant son secours à la faiblesse de l’âge, commander des actes de vertu qui échappent à ses attributions, mais elle remplit le rôle de protectrice contre les cruautés de l’égoïsme. Elle défend de porter atteinte à la personne des enfants, dont un travail exagéré et le séjour prolongé dans des ateliers insalubres ruineraient la santé.
J’en conviens donc, les améliorations physiques sont accompagnées de maux nombreux. Mais quels sont les biens (pii en soient exempts? Les plus belles fleurs reçoivent la piqûre des insectes, et ce sont les fruits dont la saveur est la plus douce que les vers se plaisent à entamer, àlais les abus dont les ouvriers ont à soutïrir diminueront par degrés sous la triple influence de la religion, de l’instruction et des progrès sociaux.
Il n’est pas nécessaire de prouver que la religion est étrangère à cette exploitation meurtrière mise en œuvre par la cupidité; elle la condamne de la manière la plus formelle. Comment ne la réprouverait-elle point de toute son énergie, elle qui montre tous les hommes
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issus d un même pèi'e, raclieU's par Jésus-Ciirist , e( appelés au même bonlieur dans le sein de l'immortalilé ? hile dont 011 critique la tro[) vive tendresse et les aumônes trop abondantes; elle quia ouvert des écoles, des maisons de bienfaisance, des hospices pour la vieillesse, serait-elle insensible au sort des malheureux travailleurs ? aurait-elle manqué à sa mission maternelle, (piand un besoin nouveau, engendré par l’état actuel de l’industrie, vient a naître? Non, les faits se présentent en foule pour la justifier ; sa voix, qui intercédait avec tant d'éloquence par l’organe de saint Jean Chrysostonie en fa\ eur des pau^res, qui trouvait des accents si cnergiijues dans la bouche de Las (^asas pour protéger les esclaves, a retenti avec éclat dans les tenqis modernes comme dans le passé, et Ion se souvient encore, tant les accents en furent puissants, du mandement de ^igr de Croi, archevêque de Rouen, contre rinliumanité dont avaient à souffrir ces jeunes victimes du travail.
Non-seulement la religion n'est pas complice des abus qui naissent de l’ardeur avec laquelle on poursuit le progrès industriel, mais elle les combat sans relâche, et elle possède le remède le plus [)uissant qu’on puisse leur opposer. Par les principes de justice et de charité qu’elle proclame, elle assure aux hommes de labeur un équitable salaire et elle les protège contre les mauvais traitements de l'orgueil et de l’égoïsme.
Ce n est pas sa tante s iis ne sont pas heureux comme ils devraient 1 etre : elle ne cesse de combatti'e les vices qui les appauvrissent et la dureté des maît-res qui les exploitent. Si les principes qu’elle juêche étaient respectés et si ses exhortations étaient entendues, les ou\iiei>, plus laborieux, plus économes, plus moraux.