‹ L'Economie sociale au point de vue chrétien [microform]Chapitre 24 sur 57 · CHAPITRE PRE.AIJER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRE.AIJER

DE LA PRODUCTION

Eoi\s(îu’en modifiant la matière on lui donne une utilité (jii elle n avait point ou (pie l’on augmente celle dont elle était iloiu^e, on crée une valeur, de la richesse Cette opération, par laquelle on lui communique des (pialités (hmt elle était dépourvue et qui la rendent jiropre à satisfaire quelques-uns de nos besoins, constitue la production, qui est le but de l’industrie.'

I, industrie ne saurait sans doute donner l’existence a un atome, ni le détruire; mais elle entante des merveilles en combinant, séparant, étirant, agglomérant, etc., les parties de la matière que Dieu a mises à notre disposition.

DK LA PRODUCTION.

« Le sable, dit .Tean-Baptiste Say, est une matière dépourvue de presipie toute valeur. Un verrier eu prend, y mêle de la soude, expose ce mélau^^e à un feu violent qui en combine les parties et en fait nue matière homogène, pâteuse, qu’à l’aide de tubes de fer on soutfle en larges bulles. On fend ces bulles; on les étend; on les laisse refroidir graduellement; on les coupe ensuite dans différentes dimensions, et il en résulte ce produit transparent, étendu, qui, sans empêcher la lumière du jour de pénétrer dans nos maisons, ferme l’accès au froid et à la pluie. Qu’a fait en réalité pour la richesse ce manufacturier de vitres? Il a changé du sable, et d’autres matières de peu de valeur, en un produit qui a beaucoup plus de valeur. Et pour([uoi met-on un prix à ce produit ? C’est à cause de l’utilité dont il est, de l’usage qu’on en peut faire pour fermer les croisées. » [Cours complet d'économie politique, t. 1,

Est-il vrai , comme l’ont prétendu quelques économistes, et particulièrement M. de Sismondi, que le progrès des arts puisse tellement multiplier les valeurs échangeables que leur écoulement en soit nécessairement arrêté, et que par conséquent les producteurs soient inévitablement conduits à la détresse et les ouvriers à la misère? Voici comment Jean-Baptiste Say a résolu la question :

« En point de fait, je pourrais dire que les pays où les procédés expéditifs sont plus connus et les produits plus multipliés, comme les provinces les [)lus industrieuses de l’Angleterre, des Etats-Unis, de la Belgique et de la France, sont aussi les pajs les plus riches, ou, si l’on veut , les moins misérables. »

DE LA PRODUCTION. 3

Passant de l’observation à la théorie, l'auteur continue en ces tenues : « Tout perfectionnement consiste en une diminution de frais de production pour obtenir les mêmes produits; ou, ce qui revient exactement au même, en une augmentation de produits pour les mêmes Irais. Qu’on analyse les dilférenles productions, on arrivera toujours à ce résultat. Le produit consistant essentiellement dans l’utilité qui résulte de son usa-e l’augmentation du jiroduit git autant dans l’augmen'taliou de sa qualité et de sa beauté que dans l’augmentation de sa quantité, l ue bonne paire de bas qui dure < eux fois autant qu’une plus mauvaise, ou qui par sa beauté fait deux fois autant d’honneur, est un produit double comparé à l’autre. Pour sinqililier, regardons nous le imuvons , tous les progrès de l’industrie comme une diminution dans les frais; c’est la manière de présenter la question la plus favorable à M. de Sismondi » Or, St je trouve le moyen de faire sortir d’une . journée d’ouvrier plus d’ouvrage exécuté, comme cela arrive lorsque je perfectionne mes outils; de ma terre plus de fruits chaque année, comme lorsque je sun- Itnme les jachères ; de mes ateliers plus de marchandises, comme lorsque je remplace des tourneurs à la manivelle par une machine à vapeur, j’obliens alors mes produits à moins de frais, et la concurrence in’obli-e a les vendre à meilleur marché. L’industrie a fait un prop'cs. .M. de Sismondi pense que c’est aux dépens de la classe ouvrière ; mais si , jiassé le moment de la transition , elle gagne tout autant si l’expérience vient encore à l’appui de cette assertion; si le raisonnement nous fournit l’explication du fait, que pourra répliquer •M. de Sismondi? Il est de fait que les arts où il y

DE LA PRODUCTION

le plus de salaires gagnés sont ceux où les perfectionnements ont été portés le plus loin. On a cité pour exemple la filature du coton : depuis qu’elle s’o[)ère par de grandes machines et par des moteurs aveugles, on y occupe un plus grand nomhrc d’ouvriers, et, dans les grades pareils, les ouvriers y sont mieux payés. Ou a cité de même l’art de multiplier les copies d’un livre; car l’imprimerie et les arts qui en dépendent occupent beaucoup plus de monde (|ue les cojiies manuscrites n’en occupaient avant cette invention.

» D’où vient cet etfet ? C’est que le bas prix favorise la vente. On peut acheter dix aunes d’étoile au lieu d’une que l’on pouvait acheter auparavant, dix volumes imprimés au lieu d’un seul manuscrit. Et comment les producteurs ont-ils les mêmes moyens d’aclieter, quoique leurs produits aient baissé de prix? C’est parce que la baisse des prix est venue, non de ce qu’on a payé une moindre somme de salaires, mais de ce que, grâce aux progrès des sciences et des arts pour les mêmes salaires, on a obtenu plus de produits. » [OhJiivrcs diverses, consommations et productions, p. 253.)

Mais il ne faut pas confondre la production avec la fabrication ; car fabriquer n’est pas toujours produire, et même en fabriquant on peut détruire.

« Par exemple, dit Di'oz, on imprime un livre ; le j)apier est beau, le caractère net, le tirage soigné; mais les ouvrages d’es])rit vivent par des (pialités que l'industrie ne peut suppléer. Si le livre est dépourvu de ces qualités, vainement l’imprimeur a-t-il bien fabri- ((ué : il a détruit de la valeur. La rame de papier, qui valait quinze francs lorsqu’elle était blanche, n’en vaut plus que cinq. Le travail de l’entrepreneur et de ses

DE LA PRODUCTION

ouvriers, l'omploi d'un capilal. sont perdus; il en résulte une destruclion réelle <pi’on peu! éraluor par ce ilii’aiiraient produit ce travail et ce capital ulilenieni employés. Le commerçant délniit de même lorstpie, aluisé par dos renseignements inexacts, sans doute prii avec légèreté, il fait passer dos marchandises d’un lieu où elles avaient de la valeur ,lans un aulre où elles en ont moins. Si leur prix resie le même, ses frais et «on li’avad sont encorne perdus. S’il est vrai ciu’uu négociant de Londres ait expédié une cargaison de paliés pour un pays où la glace est inconnue, le négociant est un homme hahile à détruire de la valeur. » (Énmomie poH-

tifpic, p. 23.)

Les économistes sont fort divisés sur la rpieslion de savoir s’il n’y a de vrais produits cpie ceux 'p.e le travail parMent a fixer dans des objet, malérieh; ou bien s il faut y ajouler encore toutes les ulilités réalisées dans rimnme, par exemple, celles qui consistent dans la culture de nos facultés intellectuelles et morales dans DOS jouissances légilimes. ’

D’ahord il n’est pas douteux que les heaux-arls la morale, le |U'ofessoi-al , la magistrature, la relimôn n aient une mlluence puissante et souvent nécessaire sur la richesse générale, eu développant le goût qui pusiile a 1 ludustric, en enseignant et en protégeant la .iuslice, sans laquelle toute prospérité est impos^ihle en propageant la science ipii dirige les travaux des iièémeurs et des architectes. .Aussi, en prenant le mol''le production dans le sens le phrs large, ou peut dire que toutee (pu eveille et perfectionne les facultés de l’homme

est pioduclil, et que les résultats qui en dérivent sont

des productions.

DK LA PRODUCTION’.

Esl-ce à dire que [»our cela il soit permis, dans une classification scienlilique , de donner ce même nom à un accroissement de science, de c:out, de vertu? (pie l’apotre d’une tribu sauvage, que l’inventeur de la boussole, que le navigateur aux yeuv duquel se irvcle un nouveau monde, (pie saint Franc, ois-Xavier, Christophe Colomb, .Mozart, Rajihaël, Newton, doivent être rangés parmi les ju-oducteurs? ce serait violer tous les usages de la langue, ce serait rabaisser le but spécial de la science, des beaux-arts, de la niamstrature . de la religion, (pie d’adopter un pareil vo(;abulaire.

Par un tel svstème, la magistrature serait alternati-

veinent classée dans les belles-lettres, la déclamation, la philosophie, le droit, parce ({ue le juge fait des disc(3urs, les débile, raisonne, cite le Code. A son tour, tout individu serait juge et devrait être mis au nombre de ceux qui rendent des sentences, parce qu’il termine les (pierelles nées dans son ménagi' et qu’il prononce

sur les débats élevés entre ses inféri('urs. Pour la même

raison, un général du génie figurerait parmi les terrassiers dont il dirige les travaux dans les fortificatiems, et un préfet parmi les agents voyers qu’il charge de construire et d’entretenir les chemins vicinaux.

Il est certain que tous les états ont des points de contàct, et it n’en est peut-être point qui n’ait (pielques objets et quelques résultats communs à d’autres états essentiellement différents. Que l’on mette en relief ces rapports, un tel travail ne saurait être que fort utile ei qu’avoir une portée vraiment philosophi(]ue ; mais ce n’est pas un motif pour déclasser les professions, poulies confondre lors(pie leur luit est distinct et pour amoindrir la dignité de leur action spéciale.

DU DROIT DK PROPRlfiTÊ. T

Relativement à la question iirésente, d’accord avec les plus éminents économistes, je crois (ju’il n’est ni convenable ni exact d’apjieler [iroducteurs des l ichesses les savants, les artistes, les ])rofesseui's, les magistrats, les |)i'êtres, bien (pie leurs démonstrations, leur goi'il, leur enseignement, leur vigilance, leur ministère, aient un effet incontestable sur la formation des richesses et leur usage légitime. Le but de leur profession n’est j)as la production, mais le dévelojipement delà pensée, le perfectionnement du cœur, la reddition de la justice, le culte de la l)i\inité. Il arrive sans doute de là (pie la prospérité publi(pie en rc(;oit un accroissement, mais la fin naturelle des professions dites libérales n’est pas rutile : c’est le vrai, le beau, le bon et le juste.

SKCTION PRKMIKRK.

ni: DROIT DF. l’ROPUIKTK.

11 \ a des biens (jui sont ciommuns à tous les hommes : leur jouissance n’est alfectée jiarticulierement à personne, soit que de leur nature ils ne puissent devenir l’objet d’un domaine exclusif, suit (pi’en fait ils aient tmijoiirs été ou soient rentrés dans l’iiidivision. D’autres, au contiaire, appartiennent à un ou plusieurs individus, (pii les [)(3ssèdent comme étant à eux privativement à tous autres ayants droit. Ainsi, tandis (jue l’air, la lumière, les routes puliliques, sont à l’usage de tous, les champs cultivés, les maisons, les meubles, sont l’objet de projiriétés individuelles.

Le titre en vertu duquet une chose est rendue jn'oprc a une ou plusieurs personnes fonde la piopriété. 11 a pour effet de soustraire à la possession et à la jouissance

8 DE LA PRODUCTION

communes les choses renfermant des utilités, et d’en ' rendre maître celui auquel elles sont dévolues. Je suppose que, pénétrant dans les réiiioiis désertes de l’Améri([ue, j’y coupe un arbre ou j’y laboure un champ 'dans l’intention de me les approj)rier, cet arbre, ce sol, cesseront d’être attribuables à d’autres explorateurs; ils seront à moi; ils me seront propres.

Dès que je suis propriétaire d’une chose , elle est soumise à ma libre disposition. Sans doute elle n’est pas annexée à ma personne comme le sont les memlires de mon corps, mais elle déj)eiid de ma volonté. Nul autre que moi n’est autorisé à s’en seixir sans ma permission, à la vendre, à la donner, à l’échanger : un tel droit n’est qu’à moi; il m’est propre.

ARTICLE TRE-RIER

Nécessité du droit de proiiriéi(*.

On a dit dans des panqihlets que la propriété individuelle, considérée dans sa nature et dans son origine, est une usurpation sur les droits de la société universelle. Par un bizarre et dangereux accouplement de mots inconciliables, on a prétendu, dans une formule célèbre, qu’elle est un vol. Cette doctrine subversi\e, dont l’admission pratique anéantirait toute émulation et amènerait la ruine de toutes les industries, n’est pas moins condamnée par le bon sens et jiar l’Evangile, qu’elle ne serait funeste à la fortune publiipie et à la civilisation. Non-seulement la propriété n’est ni un vol ni l’elfet d’nn acte préjudiciable à la communauté universelle dont se compose le genre humain, mais elle est une nécessité pour tous les hommes. Ce n’est point par

suite d’une simple tolérance (|u’elle existe; elle est une condition sans laquelle la société serait impossible : nous ne vivons, nous ne réalisons des progrès matériels et scientili(|ues que par elle. Je ne veux pas dire pourtant que l’appropriation individuelle de tous les objets soit nécessaire ; il est certain, au contraire, ([u’il existe des biens dont la possession en commun est utile : dans ce nombre, il faut placer les chemins publics, les marchés, les églises, les ileuves. Mais, sauf quelques réserves, il est hors de doute qu’en général l’appropriation est essentielle à l’existence et au mouvement ascensionnel de la ci\ üisation.

Personne n’ignore qu’il existe deux sortes de produits, dont les uns, comme une table, un livre, un chandelier, peuvent servir plusieurs fois au même usage, et dont les autres, comme le pain, l'huile, le bois de chaullage, sont détruits ou transformés de telle sorte qu’ils ne sont plus propres à être employés une seconde fois au même but. Or, ne serait-il pas absunle de soutenir que les objets de cette seconde catégorie, particulièrement ceux qui sont destinés a la nouri’iture, ne deviennent ]ias la j)ro])riété exclusive de l’individu qui les consomme? Ils sont tellement a lui qu ils s’identifient, s’incorporent le plus souvent avec lui. Par leur destination, ils sont à telle ou telle personne. La communauté n’a pas de droits sur eux; ils appartiennent à celui qui les atfecte à son usage. Certes, ces fruits, ce miel, ce bois, ces animaux sauvages, ont été donnés à la communauté; et, îoutelois, ils sont essentiellement soumis à l’appropriation. Les di'oits de l’individu, du moins jiour ces sortes de biens, sont donc conciliables avec les droits

lu

DK LA PUOLUCTIOX.

(le la sociéti'* en général, ou mieux av(;c ceux des autres hommes.

Ce droit d’appropriation privée que je viens d’iudi- (jiier, dont l’existence est inconteslaltle , qu’on ne saurait nier sans tomber dans l’absurde, nous conduira loin : de conséquence en conséquence , nous finirons jiar reconnaître ([u’outre le droit naturel dévolu à chacun de s’ajiproprier les fruits spontanés, il en existe un second ([ui permet do s’emparer de l’arbre (}ui les porte, et de la terre (jui nourrit l’arbre et les fruits.

Si les conditions de l’existence sont liées pour tous les hommes à la propriété de certains produits; si, comme on en convient , la liberté de pourvoir aux nécessités de la vie fait partie des droits dont chacun jouit, il faudra bien qu’aprcs avoir permis de cueillir les fruits, on autorise l’appropriation de l’arbre dont ils proviennent et du sol dont ils tirent la sève. Ces conséquences sont rigoureuses. Qui peut nier, en ellet, que je n’aie le droit de m’attribuer les fruits du cerisier, de la ^igne, qui n’appartiennent à personne? Me le contester, ce serait méconnaître celui quej’ai de pourvoir à ma consenation et à mon développement; ce serait me condamner à la mort. Aussi les ennemis de la propriété se gardent-ils de le nier. Comme dans leur opinion la loi naturelle résulte de l’ensemble des conditions nécessaires à notre existence et à notre perfectionnement, ils sont bien forcés d asouer que chacun a le droit de percevoir une partie des fruits produits spontanément par le sol. .le recueille donc ces fruits tombés sous ma main, parce (ju’ils me sont nécessaires. Mais, évidemment, ma prévoyance ne saurait se l)orner à cette cueillette peu abondante et me laissant

DU DROIT DE PROPRl EÏK. II

incertain pour ma subsistance future. Il faut (pie je m’occuj)e de l’avenir, que j’active les produits de la terre, que j’améliore mes récoltes. Pour peu que j’aie de sens, je comprendrai que si les fruits me sont indispensables, l’arbre qui les porte ne me l’est pas moins; que j’ai tout intérêt, pour la conservation de ma vie, à le cultiver, à le tailler, à l’arroser, à le gretfer, à le garantir contre le froid et contre les ravages des animaux.

.Te procède conséquemment à ces diverses opérations; et, à mon titre de propriété fondé sur la nécessité de vivre, j’ajoute celui de mon travail.

Un raisonnement semlilable me conduit à m’attribuer la terre dans le sein de hupielle l'arbre ]ilonge ses racines et puise le suc dont il se nourrit. Je la cultive, j’en enlève les pierres, je l’engraisse : toujours au nom de ma liberté et de la nécessité où je suis de m’assurer les aliments destinés à me faire ^ivre. l.es autres hommes ([ui voudraient s’opposer à cette {lossession seraient aussi injustes que mal instruits do leurs véritables intérêts; ils me porteraient préjudice en se nuisant à eux-mêmes; ils seraient donc sans droits pour m’intimer une défense; car personne ne saurait avoir celui de porter inutilement pnqudice à autrui, selon cet axiome de jurisprudence, (|ue (( l’intérêt est la mesure de l’action qu’on est autorisé à exercer contre le prochain ».

Il n’est pas douteux que cette appropriation de l’arbre et de la terre, en abrégeant mes traAinix futurs et en multipliant les fruits par une intelligente culture, ne profite à la communauté. Dès que je la borne à un petit espace, je restreins le champ de ma cueillette, et je laisse le surplus à la tribu ou aux familles (sui préfèrent

12 DE LA PRODUCTION

demeurer nomades,. D’un autre roté, les soins (jue je donne au champ dont j’ai pris possc'ssioii rendent les produits plus abondants, en améliorent l’espèce et me permettent de livrer à mes semblables ceux que je n’em})loie pas à mon usage. La paresse et une vie errante m’eussent laissé pauvre et inutile au prochain; l’appropriation laborieuse et ma fixité sur le sol (pie je cultive me donnent l’aisaiif^e et me mettent à même d’y taire participer les malheureux que le besoin atteint e.t les travailleurs qui portent leur activité sur d’autres objets. Elles me fournissent les fruits (}ue je destine à ma consommation; et l’excédant nn2 sert soit à soulager les indigents, soit à me procurer, au moyen de l’écliange, les choses que je n’ai pas et auxquelles je mets une valeur.

Ali Tl CLE DEUXIEME.

V\anl;iws do la jtropriéto.

En démontrant la nécr^ssité de la propriété, j’en ai par cela seul prouvé les avantages, car le plus haut degré d’utilité (pi’une cliose puisse avoir, c’est qu’elle soit nécessaire. Toutefois, un [dus large développement me semble indispensable pour mettre cette vérité dans tout son jour. Quels sont donc les avantages ({ue la propriété procure? ,1e place en première ligne celui de contribuer à ta moralité des hommes. Elle les rend plus laborieux, plus prévoyants, ]ilus rangés, plus économes. Elle leur inspire des sentiments de respect {)our leur dignité p('rsoimelle et elle en est le garant.

Le premier etfet de la proiuiélé individuelle est donc de stimuler les hommes au travail. L’espoir de

conserver les biens à lin titre qui les leur attribue exclusivement les excite à les acquérir, à les conser- , ver, à les augmenter, à les rendre plus productifs. Ce droit de conserver une chose comme étant à soi donne l’explication des prodigieux succès ({u'ont obtenus les Etats de l’Occident dans les industries de toute sorte. Sup|)rimez-le, faites disparaître en même tenq)s les lois qui le couvrent de leur égide; les contrées les plus fertiles deviendront incultes. ])(‘crétez son abolition en France, vous verrez nos cultivateurs si actifs, si intelligents, laisser leurs terres en jachère; ils s'accroupiront comme les Turcs; ils deviendront nonchalants comme les ])eu])les qui ne sont pas assurés de recueillir à leur profit les riches moissons (pie leurs terres, fécondées jiar leurs labeurs, seraient cajiables de produire. Peuton croire sérieusement (pi’il se trouverait un nombre suliisant d’ouvriers assez désintéressés pour travailler avec soin et assiduité, par amour de la société humaine ? En mettant de coté les ascètes, dont la vie doit être considéiée a part, ou sont les individus, même soumis à l’intluence des idées chrétiennes, qui, .généralement parlant, n’aient pas besoin d'être excités à l’ouvrage par l’attente d’une rémunération? Dans tous les cas, deux motifs, fun religieux et l’autre humain, sont plus etlicaces (pie ne le serait un seul pour assurer une culturc aciive et persévérante.

Oi 5 le tiaxail, e est la moralité^ c est réloijjnenient des occasions funestes à la vertu. La jiaresse, au contraire, laisse l’àme ouverte à l’invasion de tous les vices, comme le champ du laboureur à celle des plantes ])arasites et malfaisantes. C’est pour cela que tous les moralistes ont signalé les dangers de la fainéantise, et que

ft

Ï)E LA l’RODrCTlOX.

iesiis-Clirisr dans l'Evangile condaniin3 le néi^ociant qui ne tait pas valoir son talent.

La propriété inspire, en outre, le resj)eet de soi, et entretient les sentiments d’une noble indépendance, >ans lesquels la vertu est singulièrement exj)osée. Celui dont les moyens d’existence et l’exercice de sa liberté seraient subordonnés à la \olonté d’un chef communiste ou d’un prince maître absolu de tous les biens, ne serait plus à lui-même. Livré aux caprices du despote, il ramperait devant lui comme un esclave on un serf, atin d’obtenir une plus abondante ration ou un emploi plus conforme à ses goûts et à son ambition.

Considérée au })oint de vue politique, la propriété n’a pas une moindre importance. Elle est un élément d’ordre, une garantie contre les bouleversements l'évolutionnaires. Le désir de la conserver et les jouissances (lu’elle procure inspirent l’amour de la j)atrie et arment les citoyens contre l'invasion étrangère. Elle augmente la prospérité générale en développant celle des particuliers. Elle fonde et étend l’activité agricole, industrielle, commerciale, par la sécurité dont elle entoure les acquisitions de chacun. Elle contribue enfin au progrès des sciences et des arts, (pii sont la gloire des

i) euples, par les encouragements qu’elle leur donne et dont elle prohte à son tour; car les sciences et les arts ne sont pas seulement destinés à .satisfaire la curiosité des hommes et à leur procurer de nobles délassements pai lU contenjplation du vrai et du beau ; ils reçoivent des applications utiles }>our la défense de la patrie et

j) oui les pi ogres des (îi\ erses industries.

Ce n est pas a dire cependant que tous les propriétaiies soient partisans de l’ordre, et qu’aucun ne par-

or DUOIT DE PTIOPUIÉTÉ. 1o

licipe aux bouleversements politiques et sociaux. 11 y a • •ertainement jianni eux des esprits bornés, des dupes, des ambitieux espérant jouer un rôle dans une autre situation politiipie. Mais ce ne sont que des exceptions; la propriété a pour elfet naturel et général de faire redouter les révolutions et de fortilier dans le cœur des citoyens ramoiir de l’ordre et de la tranquillité publiipie.

Enlin , sous le rapport économiijue, la propriété assure un travail abondant et d’une exécution soignée. Elle invite à l’épargne et elle arrive à des résultats merveilleux par le moyen de la concurrence. En elfet. l’homme qui travaille avec la certitude de percevoir les fruits de ses peines met à l’accomplissement de sa tâche un tout autre zèle que si les prolîts de^aient tomber dans la caisse de l’Etat ou de la municipalité. Lne inlluence semblable se manifeste relativement à l’épargne. L’attente de demeurer propriétaire de ses économies peut seule engager le tiavailleur à les réaliser.. Quel avantage tirerait -il de ses privations s’il n’avait pas le droit d’en recueillir plus tard les fiuits? Son intérêt serait, au contraire, de consommer tous ses produits et de les consacrer à des jouissances actuelles, n’étant pas certain de les retrouver pour ses besoins futurs. Or, détruire l’épargne, c’est renoncer à l’accroissement des richesses, car on ne saurait destiner à des améliorations agricoles ou manufacturières que les choses soustraites à la consommation, en d’autres termes, que celles que l’on économise.

La pro[)riété favorise également une utile concurrence, ({ui a pour effet d’exciter une active émulation chez les entrepreneur:-* et chez les ouvriers. î)e celte

LA PRODÜCTIOX.

unie rôsuKent une exéeuliou plus parlaile de rouvra-e e. une réduction dans les prix, dont les consonnnalcurs pro ilent. Les produits moins cliers et de meilleure C|ualile sont ainsi mis à la portée de toutes les liourses Or, on s abuserait étrangement do croire à une concurrence capable d’amener de grands résultats, si l’on suppiimait la propriété individuelle. Le stimulant de la gloire ne sullirait point pour agir ellicacement sur la masse des travailleurs : on aurait lieaii prodisner des eloges a ceux (pu feraient mieux ,,ue les autres; s’ils n obtenaient d autre rémunération que d’être inscrits chaque semaine sur un tableau d’Iionneiir, ils se asseraient bientôt de gagner cette distinction d’écolier au prix de labeurs pénibles et incessants. Pour les engagera travailler comme ils le peuvent, il faut leur accorder une récompense dont ils sentent la valeur et ont ils perçoivent les bénéfices assurés; eh liieii il t y en a point d’autre que celle d’un prix équitable, lont la remise et la libre disposition leur soient ga-

Au reste, les partisans du .socialisme se font une idée c.xageree de ce qui reviendrait à cliaciii, dans le partage des biens. On ne saurait évaluer celle portion

I oiir es biens meubles, mais le calcul est assez facile I OUI la propriété foncicro.

« La valeur de la pro|iriété imrnobilièi-e en France a cle estimée, en 1821 , au cluifre do 39 milliards iili. iiiillons, cl, en fS.rl, au cliili're de 83 milliards Ui milbaiis, cest-à-dire que dans l’espace de trente ans la \ ileui (le la propric^'té a prestpie doublé

» l.e revenu <,ui, en 1821, était estimé à I milliard •>>9 millions ;i9/,000 fr. est estimé, en 18.31, au

1" janvier, à 2 milliards 043 millions 300,000 fr. : accroissement de I milliard 02 millions 709,000 fr

J)es rapports de la morale et de V économie polit iqae par M. Baudrillard, p. 438.)

^ Ces chiffres se sont encore modifiés, surtout depuis l’adjonction de Nice et de la Savoie à l’empire fram;ais.

« I.a valeur vénale du sol, dit le Journal de l’Indastrie fut trouvée être, en i 82 1 , de 39 milliards o I 4 millions' et en ISol, de 83 milliards 744 millions. C’est une augmentation de 44 milliards en trente ans.

» lin IStil, la valeur vénale du sol de la France agrandie est do plus de 100 milliards; et, chose remarquable, tandis que la grande propriété ne s’esi augmentée que d’un (piarl, la petite ju-opriélé a |)lus que

•U'ciiplé de valeur. » (Journal riinlasirie, anm'e 1 8ü I p. 8G3.)

I.a po|Hilalion française étant d’environ 38 millions chaque citoyen recevrait, jiar la division du sol en jiaitic.s épalcs, un lambeau de terre \alant 2,000 fr

-Mais SI tous les habitants étaient agriculteurs, (lui exercerait les divers métiers et les diverses professions industrielles? Que deviendraient les beaux-arts la magistrature, I art militaire? -Vu reste, les revenus de ces 2,000 francs sont loin d’atteindre le prix moven des salaires accordes aux ouvriers.

Les auteurs font remarquer que les profils agricoles suivent une échelle rapidement ascendante; mais cette jirogression prendrait une marche contraire du joui- où une loi agraire serait décrétée, car alors il n’y aurait plus d exploitation dirigée par la science et exécutée en taraud, m d’améliorations introduites par des es^;ais souvent fort coûteux, ni d’acclimatation de graines et

'8 DE LA PRODUCTlnX.

<l animaux ('frangers qiuî les rielies a|?riciil}eiîrs [)cm eiif seuls eHeetuer. La misère generale, l’ignoranee , 1 isolement auquel nous serions réduits, seraient la suite (le cette rc'partition insensée.

Aoiei, d’après .M. Léonce de Lavergne, quelle est en t rance la (jiiotite des cotes Lmcières :

(( Toiît le inonde connaît le cliillre célèlire des onze millions et demi des cotes foncières qui scml)le indifpier le môme nomhre de propriétaires; mais tout le monde sait aussi maintenant, dejiuislesrecliei-clies de 31. Pass\ , à (pici point ce chilfre est trompeur. Noimseuieinent il arri\e souvent qu’un seul contrihuahle paye p!u>iem's cotes, ce qui sullit d(qà [lour mettre une incertitude à la place d’un fait en a[)parcnce si positif; mais les propriétc'S bâties des villes ligurent au nombre des recensées, ce qui réduit le nombre ivel des propriétés rurales à b ou G millions au jilns. (Essai sur l'cmnomic rurale de F A,irjleterre , par Léonce de Lavergne, [). iOO.)

» Sur onze millions et demi de cotes, cinq inillionct demi sont au-dessous de b francs; deux iiiiliions son! de b à 10 francs; trois millions de ! 0 à bO francs; six cent mille de -iO à 1 {)0 francs; cinq cent mille seulement sont au-dessus de 100 francs.

)) L est dans ce demi-million que réside la propriét(' de la plus grande paiiie du sol. Les onze millions de> cotes au-dessous de 100 francs [)euvent s’apjdiquer à un tiers environ de la surface totale, ou 18 millions d liecdai es. Les deux auti'es tiers, ou 3^ millions d’hectares, appartiennent a 400,000 propi-iéfaires, déduction faite de ceux qui ne sont (pi’urbains, ce (jui donne une moyenne de 80 hectares par propriété. » (Essai sur Féeo-

DE DROIT Dt; PROPRIÉTÉ.

nouue rurale de F A/ujlelerre , jiar J.éonce de Lavernne p. lOO.) ’

A lîïlCLE T 11 01 s lÈ ME.

Dos conctilions requises |iour qu’une chose soit su.'Ceplible

d’approiH-iatton.

11 est question dans cet article des biens n’ayant pas de maître, se trouvant vacants, soit (péils n’aient jamais ap|)artenu à quelqu’un, soit tpie leur légitime

projn'ielaire les ail abandonnés ou ne puisse établir ses droits.

On s est lieaucoup occujié, dans deux circonstances importantes, de déterminer les conditions sans les- (pielles l’appropriation ne saurait s’accomplir. Ce fut d’abord à l’épotpie où l’Amérique fut découverte. Alors il s’edeva des discussiims ardentes, entre les cours de ILiiiope, sur la manière de s’emparer légitimenient d’un territoire pour y exercer l’autorité souveraine, et sur l’étendue (jue la prise de possc'ssion donnait à la complété. On était allé jnscpi a prétendre (jue le drapeau national, plante' au rivage, était un acte sntlisant pour soumettre tout le pays.

Des pr.'tentions non moins exagérées furent l’objet descontrewerses lesplusvives à l’époqueoii l’Angleterre réc'lamait l’empire des mers. Ce n’était jias seulement a une domination métaphoriipie ou d’intîuence qu’elle aspirait : cette espèce de suprématie, résultant d’un prodigieux développement maritime, ne lui sullisait point; elle voulait un empire réel, semblable à celui qu’un Etat exerce sur son propre territoire. Si l’on avait consenti à ses exigences, il aurait fallu obtenir d’elle un jiermis de naviguer et lui en paver le coiit.

DI-: LA PRonrcTiox.

L Océan serait devenu pour elle comnie les eaux de la Tamise: le coininerce de ITinivei-s aurait été son lri!)utaire, et la mer, (jiie la Pi-ovidence a donnée à tous les peuples pour leur servir de roule commune, aurait été spécialement créée pour les citoyens des Iles-Britanuiques.

Tes discussions, relatives à l’établissement de la souveraineté, en amem' l’eut une autre, touchant l'appropriation même du sol, ipii a avec elles une i^rande similitude. De cet ensemble de déJiats est résultée une véritable élucidation du sujet que j’ai traiter ici. Aujourd’hui on convient que trois conditions doi\ent être reunies pour (pi’une chose [misse devenir la propriété d’une personne ou d’un État.

1“ Il faut que l’objet ait une utilité. I.e but de la pioprieté étant de mettre l homme a même de [lourvoir à ses besoins, si cet objet est sans utilité, nul ne saurait invoquer le droit de se l’attribuer. Ce n’est pas à dire cependant (jn’nne chose soit inappropriable dès qu’elle n’est pas apte à profiter directement à son possesseur; il siillit (pi’elle soit de natni’e à seixir à une autre personne, car ayant alors une valeur en échanp;e, elle peut être permutée contre une antre; c’est ainsi qu’un navire, inutile à un cultivateur, f{u’un mousquet sans usage pour un ecclésiastique, sont cependant susceptibles d’être leur propriété.

:2" A ce caractère concernant rutililé qu’une chose doit avoir il faut en ajouter un second : celui d’un intérêt réel et légitime pour le possesseur de s’attribuer la chose a 1 exclusion de tous les autres. Si l’usace

accordé à tous ne détruisait ni ne limitait l’usage d’un seul, il n’y aurait pas lieu à l’appropriation. La préten-

1)1 DROIT DH l'ROPRlHTH. *21

tion à joui]’ seul des biens (jue la Providence a créés assez abondants i)our sullire aux besoins de Ions les hommes pro\iendrait d’un mauvais sentimeut, et, ne reposant sur aucun motif avouable, elle .'-ei'ait sans racine dans le droit.

C’est sur ce principe ({ue l’on se fonde pour décider ([lie l’Océan est iuappropi iable. A cause de son immensité, de l’abondance de ses eaux et de ses produits, il peut sullire à la navigation et à la [iêclie de toutes les nations. C’usage (ju’en font un explorateur, une flotte, des dragueurs, n'einj)êche ni ne diminue celui des autres. I.a faculté cpie s’atli’ibuerait un État d’oter aux autres nations la liljerté d’v luoiguer et de s'v bvrer à la pêche n’aurait aucun fondement et ne saurait être réclamée ([lie par l’égoïsme et par une jalousie coupable.

Il ne scu’ait pas sans doute possible d c'nhxer aux hommes la jouissance de Pair et de la lumière solaire; mais si cet accaparement était réalisable et qu’il fut exercé, il constituerait une grande ini(iuil('. Comme ces deux éléments nécessaires à la vie suflisent aux besoins de tous et en ihqiassent même les exigences, leur appropriation n’aurait })as de but légitime et porterait atteinte aux droits du public.

Ces considéi-ations m'amènent à conclure (pie l’État, en exenjant un monopole sur le sel marin, n’a jias une propiiété réelle sur ce condiment. Ces lois ([ni le lui confèrent doivent êti’e rangées pai-mi les dispositions fiscales; celui (pii les violerait se rendrait coiqiable d’une contravention et serait juini pour ce fait; mais il ne commettrait pas un vol au pn'judice de la |u opriét(> nationale. Il ne faudrait pas l’assimiler au liûcheron

*■ LA IMUlDUCrutX.

(jui iin arl)ro {!ans ime Ibivî duiiiaiiiale aliii d('

^0 I allriDtier, mais à celui (jui (i-audo les droits do < ouaiic O» ,l'ü, (roi. ,\i la nioralo ni los Mais |,]inei|)cs a imc lagislalioii iiénale no pcnnelicnl do le c onsidéicioonnne s'olanf einpaiv ,ln l,ion .ranirui, par la i-aison (fiio idii (le la nier, a cause de son ahondance illiinileo, ne saiiniil èljo somniso à la jouissanoc exclusive de ipii ,|„e ce soil. Sans donle, (piand elle a clé pmsee cl transporlco ailleuis, elle a une miIcui- en éclian.ao et dovienl une propj iélé, mais alors elle n’esi pas dans sa condition pi imilivo; elle a acquis nue rarelé Venlalile; elle a coulé à puiser cl à faire [.asser d'un lieu a lin anire. Ce ipie l'on paye ilans ce cas, ce soni , avec la rarelé doni elle jouil au lieu où elle u été .inienec, les Iravaiix i|ue le lraiis|iorl a rendus nécessaires. Dans l'endroil où on la \end, elle ii'esl pas inepiusalile; elle est sous la garde de son délenleiir. qui a un inlérèl sérieux à s'en réserver la jouissance!

\oila pourquoi elle esl devenue, dans ces condilions,

1 objet (1 taie vorital)le propriété.

3 Lnlm, outre son utilité et sa rareté, une chose, poui etie apj)i-oprial)le, doit être suscejdible d’ètre possé(l(>e réellement, d’être gardée contre d’antres prc'tendants; car, selon le vrai sens du mot, la propriété suppose que l’objet sur lequel elle s’exerce est de nature à être pi-o])re à quelqu’un et à demeurer en son pouvoir. D’après ce principe, l’air, la lumière, les poissons des lleuves, les oiseaux des champs, les bêtes fau\es, tant qu’elles sont errantes et dès (pi’elles ont repris leur liberté, ne peuvent être considérés comme (‘tant dans le domaine do personne. Le chasseur qui ponètre dans les terres d'autrui, malgré la défense

ou DROIT DE PROPRIÉTÉ. n

(jui lui en est laite, se rend sans doute coupable; il est meme tenu a ri‘])arer les dommages (pi’il v cause par lui-même ou par ses chiens; mais en s’emparant du gibier eriant dans des tei’i’es non closes, il ne commet pas un vol; car ce giiiier jouissait de toute sa liberté, il n était ni en la possession ni sous la garde de celui sni' le londs dinpiel il a été pris.

Si les Liais se déclarent maîtres des mers intérieures dont ils sont les ri\erains dans tous les sens; s'ils se réser^ent la souveraineté sur les côtes à la distance dune {H)]‘l('e de canon, c’est (jue l’exercice de ces droits leur procure un a\antage réel, et ([u’ils ont les moyens de le faire resjiecler. Ils ne sont mus ni par l’égoïsme ni pai‘ la jalousie, mais par la nécessité de donner la sécurité au jiays et de pi-otéger les intérêts légitimés des citoyens. Il est facile de comprendre combien il serait dangereux de permettre aux vaisseaux étrangers armés en guerre d’arriver à leur gré jusipie sur les côtes d’un royaume voisin, et à (pielles disputes on s exposei'ait si les pêcheurs d’une autre nation étaient autorisés à y jeter leurs blets.

ARTICLE QUATRIÈME

Des droits do ta société uiiiver.'^elle sur les biens.

i.es communistes supposent que tous les biens, surtout ceux dont se compose la iiropriété foncière, appartiennent à la commnnanté du genre humain. Ils n’admettent pas que les champs puissent être alfectés à un homme et à sa descendance; ils soutiennent qu’ils restent toujours^ sur la tête de la société. Dans leur système, c’est cette société universelle (jiii nous fournit

Al

la PRonrcTiox.

|ii nniirnliire, les volenieiKs ol les divoises siihsislances.

Ms s’élèvonl avec foire coiilre le |>ir(omiii parlai des

lorrcs, doni ils rapporlcnl ropéralion aux lemps pri-

«Iilils. liion de plus eiToné (pie ces asscriioiis cl celle tliéolie.

L( (jui jette de la contusion sur ce sujet, c’est le double sens (]ue l’on donne aux niots sociétc universt^lle^ communauté du fjrnru humain. Tanlot on les emploie pour exprimer les rapports qu’enpcndrent notre commune origine, nos intérêts solidaiies, les sentiments de biemTillance réciprocpie que Dieu a mis dans nos cœurs, lantôt on s’en sert pour désigner une personne moialc , un etje collectif ayant, en vertu d’une association universelle, des droits et des devoirs spéciaux.

Sans doute le genre liumain l'orme une espece dc‘ société; car les hommes ne sont pas destinés à \ivre isolement et surtout dans un état d’hostilité; la Providence, au contraire, les a rattachés les mis aux autres; ils se doivent justice, charité, secours, défense. Ils composent donc une certaine communauté en ce sens qu ils ont des droits, des devoirs et des intérêts communs : c’est ce qui justifie ces locutions usuelles de fiocude humaine, de communauté unirerscllc.

-Mais il y a loin de là à l’existence d’une personnification humanitaire, d’une association ayant des droits, des devoirs, des attribulions distincts de ceux ipii concernent les individus. Je suis obligé de tenir ma parole, de j)a\ei mes detles a un citoyen de n’imjioi'te ipiel pays; je lui dois charité, secours, à raison de lu loi naturelle qui m’ordonne de faire à mou prochain ce que je voudrais qu’il fit à mon égard, éiais (giels sont

J)i; DROIT DK PROi'RlKTK. 95

mes devoirs envers la communauté universelle, considérée comme étant un être distinct, comme ayant

une existence analogue a celle des municipalités et du gouvernement ?

Je n ai pas de devoirs à renqilir envers elle, par une raison bien simple : c’est (pi’elle n’existe pas. Il n’y a pas de véritable communauté universelle, de société fonctionnant au-dessus des divers P^tats, comme nos gouvernements fonctionnent au-dessus des communes-et des départements. Oii est donc son siéire? (Mnnait-on ses armées, ses tribunaux, ses agents.'^ Elle n’est qu’une fiction, partant, elle n’a pas de droits, n est pi opi iéîaii'e de rien, ne peut rien donner, rien Hchunei ; ses attribulions sont aussi chimériques que l’est son existence.

Certes, si cette communauté, que l’on dit maîtresse iiniipie des biens, n’était une jnire invention, elle devrait exercer son autorité lorsque les jieiqilcs se disputent la possession d’un territoire. Quand une colonie, détachée de la mci-e jiatrie, se présente pour s’emparer d’une région fertile, la communauté générale serait naturellement appelée à jn-ononcer sur les titres des envahisseurs. A-t-elle jamais cité à son

tribunal les parties belligérantes })our juger leurs différends?

Ce n’est pas encore tout : l'équité lui ferait une obligation de procéder à des partages incessants, de renouveler sans cesse l’attribution des lots. Si tous les biens étaient à elle, l’impartialité exigerait qu’elle fit jouir alternativement chaijue nation de ceux qui sont les })lus féconds et les plus heureusement situés. Elle déciderait que l’habitant des montagnes dénudées des-

LA PIlonrCTlOX.

cerdia cniin dans la plaine pour y trouver nn air pins doux et des IVnits pdns délicats et plus abondants. Les Sibériens amèneraient leurs troupeaux dans les cliamps fertiles de la Provence ou de la Beauce, et les colons actuels (le ces riches contrées recevraient ordre de les abandonner [)our aller habiter au milieu des iiei£,ms dont la Biissie est couverte.

Or, vous représentez“\ous comment nous accueillerions les Cosa(pies se présentant à nos frontières et nous sommant de leur céder nos provinces? Comme nous >eiions comaincus, j)ar le langage (pi’ils empruntei’aient aux sophistes que je combats, de la justice qu’il y aui ait à faire jouir chacun à son tour des terres les plus lertiles! Néanmoins, si les communistes sont conséîiuents, ils reconnaîtront aux Busses autant de droits iisempaiei de Paris, qii aux Au\ei\ynats de s’installer dans les riches via:nobics de Bordeaux.

3itUS, en 1 abseni'e d un centi'e uniipie où puissent se régler les questions relatives à l’attribution des protnietés, seiait-il impraticable de conlier ce soin aux gouvernements existants? On constituerait, à cet etlet, un aréopage sujirème où chaque Etat enverrait ses fhdégüés. Cette assemlilée résoudrait toutes les ditliniltés, jirononçant en dernier ressort sur les droits de cluupie royaume et de clunpie républiipie.

Cne telle institution, fùt-elle réalisable, laisserait subsister toutes les impossibilités que je \ iens de signaler, et elle en créerait de nouvelles.

i) vdioid, de ([uelle manière cette assemblée princière serait-elle constituée? Oiiels souverains en seraient inembies? \ admettrait-on les cliels des tribus sau- ^ages? Le prince de .Monaco y aurait-il une voix équi-

DU DHOiT DE PROPRIETE.

valente à celle des grands |)olentats? Ou serait le siège de cette di('te de rois? Ouels seraient les mo\ens de forcer les rel)elles à obéir?

Ces dillicultés fussent-elles résolues, on n’aurait pas de grands résultats à attendre d’une telle assemblée composée des représentants envoyés par toutes les nations. On ne saurait guère espc'rer (ju’elle se prononçât toujours en faveur de la justice. Les motifs frivoles et soinent coupables pour lescpiels les princes se lont la gueri’e permettent peu de croire qu’ils jugeraient avec inqnirtialité. Est-ce que Léquité a détourné les Busses d ambitionnei’ le beau ciel de Constantinople ? Les 1 lires ont-ils cm qu’ils avaient joui assez longtemps de leurs terres fertiles, et, cessionnaires loyaux, ontils consenti à quitter le Bosphore pour la mer Baltique? Les assemblées délibéiantes agissent-elles a\ ec [iliis de justice? ^ a-t-il une iniquité qui, à une époque ou à une autre, n’ait troiné dans leur sein des orateurs complaisants et des votes faciles? Que dire des congrès ?(.,e n’est pas lal'j'ance c(ui s’en établira l’apologiste à outrance.

taisons une concession nouvelle. Snpjiosons que le droit an partage des biens sociaux soit admis en princi})e par tons les peuples de l’univers, et que l’assemblée de tous les délégués veuille partager équitablement les propriétés. Comment })rocédera-t-on à cette opération gigantcsipie? Quel immense déménagement des nations pour habiter successivement les contrées les plus favorisées du ciel! Que d’amateurs, pour la Cote-d’Ür et de récalcitrants [lour les Céxennes!

l.es dillicultés ne seraient pas moindres lors(|u’il faudrait répartir les objets moinlieis, dont la matière

DE LA IMÎÜDUCTIOX.

appartient, aiiibi (jue le sol, à la eoiiiiimnaulé du ^enre liuinain.

I.e bon sens ne permet donc pas d’admettre que les biens immeubles ou meubles soient la propriété j)ermanente et indivise de riuunanité considéi-ée dans son ensendde. Le sont -ils de chy([ue Etat particulier? Examinons :

IVnir (pie cette seconde théorie fut accejitalile , il faudrait supposer (pie l’Etat est un (Hre réel, distinct des citoyens, ayant par lui-mc'me des droits ditférents des leurs. Or, rien n’est plus faux ([ue cette doctrine inventée pour l’usape des despotes. Xon-seulement l’Etat, ou mieux le chef de l’État, ne pivexiste pas à la nation et n’est pas le maître absi^lii des pei'sounes et des choses; mais il n’existe originairement que par le [leuple, et il n’a que les attributions dont les besoins de sa mission, les chartes et les lois l’investissent. Les rois sont pour les citoyens, et non les citoyens pour les rois; la raison d élre des pouvoirs civils se rapporte, comme but essentiel, au bien du pays, et leur étendue a pour mesure et pour limites les intérêts généraux de tous.

Siq)posons que l’État, s’adressant à un propriétaire de la Leauce, lui dise : Tous vos biens sont à moi; je vous les avais confiés, et je vous les redemande. Je vous les avais donnés à i-égir, mais anjoui-d’liui je vous les reprends sans indemnité. Votre travail était à moi, car je ^ ous en payais le prix en vous nourrissant et en vous habillant sur le jiroduit des champs dont je vous avais concédé temporairement les revenus. Vous n’avez pas à vous plaindre du retrait (pie je vous signitie, calmes concessions passées étaient libi-es, et vous ôtes mon obi i né.

Le laboureur, ({iii se lève matin et (pii cultive péniblement sa terre, trouverait ce lann:an:e étranne. Il répli(pierait : Ce n’est pas de vous ([ue je tiens ma sulisistance , mais de mes travaux incessants. Vous qui prétendez avoir fourni à mes besoins, c’est de moi, au contraire, (pie vous avez reiui le salaire de vos services. Ici je vous ai rétribué comme juge; là, comme militaire; plus haut, comme ministre et souverain. Vous me parlez au nom de la patrie? Ou’est-ce donc que la patrie? Est-ce 31. Louis lllanc, ou 31. 3'ictor Considérant, ou 31. Proiid’hon? Où est-elle? Je veux discuter en sa présence; je ne me trouve que devant un club! Non, là n’est pas la France ! La France, c’est l’ensemble des citoyens, parmi lesquels sont bien peu nombreux ceux (pii renoncent sincèrement au droit de conserver comme leur étant propres les biens (pi’ils ont légitimement acquis.

Les socialistes s’élèvent avec beaucoup de force contre un prétendu partage des terres, qui aurait été primitivement exécuté au détriment de la commimauté universelle. Ils siqiposent ({ue cette attribution des lots s’est etfectuée à des époques perdues dans la nuit des temps. Ils la réprouvent comme portant atteinte à la propriété universelle, parce que, dans leur opinion, la terre a été donnée à tous les hommes et est essentiellement indivise. Ils disent qu’aucun membre des générations futures ne poinait être légitimement dépouillé de sa part à cette terre créée pour profiter à tous. Au surplus, ajoutent-ils, cette convention autrefois conclue n’a pu enchaîner que les contractants; le lien qui en est résulté s’est nécessairement rompu quand les premiers partageants ont cessé de vivre. Leurs descendants,

r>E LA PRODUCTION.

} étant deineiin's étrangers, n en sauraient percevoir

les l)énéüces ni en subir les inconvénients. Les spoliés de nos jours ne sont donc pas obligés de respecter une convention faite sans leur consentement et au préjudice de leurs intérêts; et les possesseurs actuels du sol le retiennent contre les vues de la Providence, qui l’a destiné a 1 usage de tous les liomiues.

11 ne manque à ce raisonnement qu’une chose : la réalité du tait sur lequel il est basé. Ce prétendu partage, dont la preuve ne se trouve nulle part, dont les traditions populaires n’ont conservé aucun souvenir, n a jamais existé, n a pas pu exister; et eût-il existé, qu il ne saurait etre opposé aux propriétaires actuels qui possèdent en vertu de titres tout ditï'érents.

Rien n est moins fondé que la supposition d’une assemblée universelle réunie pour procéder à la division dos teires. AujouiTl Inn, avec nos routes, nos chemins de fer, nos navires, un pareil congrès serait impossible : comment 1 aurait-on réuni à ces époques reculées où les nations et les peuplades étaient dans l’enfance de la civilisation et vivaient dans un état d’hostilité permanent? On faisait ])rimitivement ce que l’on exécute encoie dans les forets de l’Amérique ; chacun cultivait

un champ et le gardait lorsqu’il l’avait amélioré par son travail.

rson-seulement il ne s’est pas opéré de partage entre tous les peuples du globe, mais il ne s’en est jamais etïectué entre les divers membres d’une même nation. Il ne suüit pas, pour en affirmer l’existence, de le placer au sein des ténèbres; il faut encore le prouver. Il est sans doute foid commode d’invoquer, pour les besoins d’une thèse, les voiles de la nuit, mais ce n’est

pas ainsi que les faits se constatent, surtout quand on veut en déduire des conséquences subversives- de l’ordre social. Cette attiibution primitive des lots, universelle ou simplement nationale, n’a donc aucun fondement ; elle u’est (|u’une fable; le bon sens la repousse, et riiistoire n’en autorise pas la supposition.

Toute difficulté n’est pas encore levée à l’égard du droit d’appropriation individuelle. Bien que la communauté sociale soit une pure fiction et ne })uisse conséquemment s’attribuer la possession de toute la terre, s’ensuit-il que chaque individu ait la faculté de regarder comme sienne une portion quelconque du sol ? Ne semblerait-il pas plus rationnel d’admettre qu’il n’existe pas des droits perpétuels de propriété, mais seulement des droits temporaires d’usage? La terre ayant été créée pour tous, est-il juste qu’il y ait des déshérités.

parce qu’ils sont nés après les autres, à une époque où toutes les parties du sol sont déjà occupées ? Voici donc ce qu’il y aurait à faire : il faudrait constituer à chacfiie membre de la grande famille sa part légitimaire. Pour cela, 011 rapporterait tous les biens à la masse delà succession universelle, et l’on procéderait à une nouvelle attribution de lots. Alors, mais seulement alors, le but du Créateur serait atteint, et il n'y aurait point d’acception de personnes au banquet de la Providence.

Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit relativement à l’impossibilité de procéder sans cesse à de nouvelles répartitions du sol entre toutes les nations du globe ou entre les membres d’un même État : je me suis assez étendu sur ce sujet.

Je ne parlerai pas non plus ici de la jierpétuité des droits inhérents à la propriété. L’examen de cette

DE LA PRODUCTION

'lueslion sera en partie l’objet ,1e l’arlide cinquième. Je vais ilonc me borner à résomli'e robjeclion (|iio l’on base sur le droit dont jouit chaque individu d’avoir une part raisonnable aux produits de la terre.

Qui pourrait m,'-connailre l’éipiilé de faire participer selon la mesure du possible, tous les bommes aux biens <(ue la Providence a créés pour tous? Celui qui a compris les devoirs de la fraternité, celui surtout qui est imbu de senliinenls chrétiens, ne saurait attribuer à Dieu la pensée d'avoir couvert le sol de plantes et d’animaux pour la jouissance exclusive de quelques privilégiés. Non, il n’a déshérité personne : il vent que

tous ses eiilanls profitent des dons que sa main libérale a répandus avec profusion.

Mais ce n est pas à dire que la propriété foncière doive être divisée entre tous les hommes; car autre chose est de recueillir une part des produits que donne la terre, et autre chose est de réclamer une portion même du sol. Ce qui est nécessaire à chacun, c’est le pain de chaque jour; or, pour avoir ce pain, il n’est pas indispensable d’être possesseur d’un bien foncier, pas plus ipi’il ne l’est, pour être habillé, d’être fabricant de draps. Ce propriétaire d’un domaine ne s’en reserve pas tous les produits; mais, après avoir retenu

f\ rx TI 1 «lia

ce qui suffit a son usage, il livre le reste au public. S’il consommait tout son grain, tous ses fruits, tout son vm, tout le croit de ses animaux, il serait plus malleureux que ne l’est le dernier des ouvriers dans sa condition actuelle. N’ayant pas ‘d’excédant pour 1 échanger contre les choses ipi’il ne tire pas de son l»ien, il serait forcé de se passer de tous les articles mdustriels. Il ne pourrait même pas se livrer à une

culture fructueuse de ses champs, car il serait réduit à fabriquer lui-même les divers instruments emplovés en agriculture. En un mot, il se placerait en dehors du mouvement industriel; il faudrait qu’il fût, en même temps, forgeron , charron , tailleur, menuisier, maçon ou qu’il vécût à la manière des sauvages. Son intérêt est donc de rendre ses terres fertiles, ahn d’obtenir un excédant de ce qui lui est nécessaire ou utile, et de le vendre à ceux qui veulent l’acheter. Par ce moyen il acquiert les choses dont il a besoin sans se priver de celles dont il est le producteur. C’est aussi ce ({ue pratiquent tous les propriétaires fonciers; après avoir retenu la portion de grains suffisante à leur usage, ils apportent le reste sur le marché, et ils font ainsi profiter le public de leurs produits agricoles. Ce n’est là, au suifiliis, (pi’une application de la loi concernant la division du travail. Les professions se multiplient, afin que les travaux soient mieux exécutés et coûtent moins cher. Les industriels ne se bornent pas a fabriquer les objets destinés à leur [iropre consommation; ils s’efforcent, au contraire, de les multiplier, afin de les échanger contre d’autres articles. Au moyen des pi-ix qu'ils reçoivent en retour, ils se procurent les choses qu’ils n’ont pas. De même l’agriculteur tend à tirer de ses terres le plus grand rendement possible, afin d’obtenir plus de produits qu’il ne lui en faut })our lui et pour sa famille, de les vendre et d’en consacrer le montant à l’acquisition des objets qui sont à sa convenance.

Au demeurant, si l’on tient tant à être propriétaire foncier, le chemin n’est pas fermé à cette jouissance. La cinquptième partie du globe est encore sans cul-

DK LA PRODUCTION.

tiire, et l’Algérie offre a tous les Français ses terres d’une fertilité luxuriante. 11 serait sans doute plus coinniode de s’emparer des champs déjà défrichés, mais cette mainmise sur les biens d’autrui constituerait une violation criante de la justice. En se ruant sur les propriétés déjà cultivées, rendues fertiles par des travaux auxcpiels on est demeuré étranger, on montrerait que ce n’est pas sa part à la terre que l’on réclame, mais la spoliation des légitimes possesseurs. Voulez-vous du sol? prenez celui qui est libre, respectez les droits accpiis parles travaux de vos semblables, et, quand vous aurez nivelé une pièce de terre, que vous l’aurez défoncée , que vous aurez exposé vos jours pour dessécher des marécages malsains, vous n’aurez plus besoin de longs arguments pour être convaincu qu’il serait inique de vous l’enlever.

ARTICLE CINQUIÈME

De la perpétuité et de la transniissibiliü* du droit de propriété.

1” Perpétuité du droit de propriété. — Puisque le droit de propriété a pour fondement la loi naturelle, i! est perpétuel de soi; il dure tant que la personne sur la tête de laquelle il repose ne s’tm est pas volontairement dépouillée, ou n’en a pas été légitimement dépossédée dans l’intérêt de la chose publique. En effet, les raisons qui ont rendue valable l’appropriation du sol , continuant à subsister, produisent les mêmes effets; on doit toujours respecter la liberté du propriétaire , lui laisser le fruit de ses travaux et les revenus de ses biens. Si , en enlevant a Paul , dès le commencement de sa jouissance , le champ dont il s’est emparé le pre-

mier et qu’il a rendu fertile, vous violez à son égard les obligations que vous imposent la justice et l’ordre public, vous ne serez pas moins coupable de lui faire violence lorsque sa possession datera de plusieurs années. Le temps ne saurait affaiblir son droit, ni en créer un pour vous; Paul a, pour le moins, autant de titres que vous à conserver sa chose; il a de plus celui de l’avoir occupée avant vous, de l’avoir transformée, de l’avoir embellie. Qu’est-ce qui pourrait vous autoriser à lui dire: Vous avez assez joui du bien que vous avez mis en culture ; je m’en empare , je veux m’attribuer non-seulement les fruits spontanés du champ, mais encore ceux dont votre industrie est devenue la source; ôtez-vous de là i[ue je m’y place; il est temps que je vous succède et que je recueille , moi oisif, le produit de vos exploitations et les bénéfices de vos économies? Un pareil langage ne révolte-t-il pas les sentiments de justice innés dans tous les cœurs, et ne provoque-t-il pas à une violation manifeste du principe qui consacre l’égalité des droits entre tous les hommes ?

Le droit de propriété a donc naturellement une durée sans fin ; il se perpétue par le seul effet des causes qui l’ont établi.

A quoi aboutirait d’ailleurs la théorie communiste que je combats ? A décourager le travail , à jeter la perturbation dans la société. L’État, au lieu de marcher vers une prospérité incessante, serait ramené vers la barbarie. Les citoyens s’occuperaient moins à rendre la terre productive , qu’à enlever aux agriculteurs actifs le prix de leurs sueurs. Le pays ne présenterait plus l’aspect d’une population paisible , industrieuse, cher-

36 DE LA PRODUCTION

chant le bien-être dans le travail et dans le respect de la justice ; mais il ressemblerait à ces régions désolées oii les tribus pillardes vivent de rajiines et se livrent an brigandage.

1 HANSMISSIBILITÉ DE LA PROPRIÉTÉ. Qlie ChaCllU

ait le droit de transférer manuellement à autrui la propriété de ses biens purement mobiliers, ce n’est ni contestable ni contesté. On ne saurait interdire la cession des aliments, des meubles, des étoffes, etc., sans lendie la société impossible. La loi cpii porterait une telle défense aurait pour résultat, si elle était observée , de condamner à la mort l’enfant, le malade, le nécessiteux , le vieillard décrépit. Elle rendrait l’hospitalité impraticable; elle rangerait le commerce et la bienfaisance au nombre des actes illicites.

En est-il de même à l’égard des immeubles? Le propriétaire est-il autorisé, en vertu de son titre, à les céder a autrui , du moins par une convention régulière ? Cette faculté n'est pas moins certaine; elle est le corollaire é\ident du droit de ])ropriété, tel que je 1 ai prouvé dans toute cette discussion. Ou ce droit n’existe pas, ou bien il confère essentiellement celui de vendre les biens fonciers comme les autres, de les

échanger, de les afi'ermer, de les donner par acte entre-vifs.

Quant aux successions ah intestat ou par testament ^ elles soiiilrent plus de difficultés , quoique leur légitimité ne puisse être mise sérieusement en doute. Je n’ai pas à y revenir ici; j’en ai traité assez longuement au premier volume de cet ouvrage, page 351 .

ARTICLE SIXIÈME

Des faits primitifs qui engendrent le droit de propriété.

Deux faits primitifs engendrent le droit de propriété : l’occupation et le travail.

1" L’occupation. — 11 y a occupation lorsqu’on s’empare, pour s’en rendre maître, d’une chose qui n’appartient à personne. C’est par ce moyen qu’on s’approprie un coquillage jeté par les flots sur le rivage de la mer, un animal jouissant de sa liberté native, une pièce de terre située en des régions inhabitées.

L’occupation est le fait originaire par lequel commence la propriété. Tant qu’une chose n’a pas de maître , elle est susceptible de tomber dans le domaine du premier cjui s’en saisit. Celui qui en prend possession avant tout autre a le droit de la retenir; il lui suffit, |)our se la rendre propre, de se l’attribuer avec la volonté de la garder; dès qu’il a exercé sur elle un acte de propriétaire, elle est réellement à lui. On ne pourrait la lui ravir sans violer sa liberté. Par cela même qu’il s’est emparé, avant tout autre individu, d’un arbre planté au milieu d’un désert, qu’il a tué une liête fauve dans la forêt, qu’il a pêché un poisson dans un lleuve, il a le droit exclusif de les garder. Celui qui s’efforcerait de les lui enlever commettrait une voie de fait injustifiable; il transgresserait la loi de la justice dont l’objet immédiat est de respecter dans le prochain la liberté et l’empreinte de sa personnalité.

Le travail. — Le travail est une nouvelle source d’où dérive le droit de propriété. Je le place après l’occupation , parce que pour être autorisé à façonner

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une chose, il faut l’être préalablement à se l’attribuer par une prise de possession , et à la conserver, 3Jais dès qu’on a acquis la propriété d’un objet, le travail au moyen duquel on le transforme ajoute un second titre au premier. Si un champ,, par le seul acte de l’occupation , m est irrévocablement dévolu ; s’il n’est permis à personne de me l’enlever par ruse ou par violence , mes dr oits seront bien mieux fondés, bien plus manifestes, lorsque je l’aurai cultivé, que je l’aurai environné de haies, que je l’aurai mis en plein rapport.

Kn effet , le travail est le produit des diverses facultés de l’homme. Il n’existe que par l’exercice de toute notre personne: l’intelligence , la volonté, les membres du corps concourent à l’exécuter. Dépouiller quel([u’im d’une chose qu’il a moditiée, améliorée par son travail, ‘ c’est donc violer ses droits les plus naturels, c’est venir le troubler dans sa possession la plus légitime. Je suppose que je tienne ma place au soleil : vous serait-il permis d’exiger que je vous la cède, sous prétexte qu elle est à tous ou que j’en profite de[)uis longtemps? Eh bien, vous auriez encore moins de titres à revendiquer le terrain dont j ai la propriété, si longue qu’ait été la durée de ma jouissance ; car nos droits étaient égaux avant ma prise de possession, et les miens ont acquis un nouveau d(;gré de valeur par le fait de mon appropriation. Outre le droit radical qui a son principe dans l’exercice de ma liberté , un autre vient s’y joindre: c’est celui de mon travail. Mes labeurs ont doublé, centuplé la fécondité naturelle du sol. Certes, cet accroissement de valeur est bien à moi;

SI vous m’en dépouillez, vous m’enlevez un bien qui constitue le prolongement de ma personne ; vous m’at-

teignez dans l’exercice de mes facultés les ])lus personnelles. Votre premier devoir serait du moins, en m’expropriant , de me payer le prix de mes travaux , de mes inventions , et ce devoir accompli , vous seriez encore injuste; car nous sommes égaux, et non-seulement j’ai autant de droits que vous sur cette terre , mais j’en ai en outre de particuliers pour l’avoir défrichée et avoir consacré à son amélioration mes soins et mes sueurs.

« La personne, dit :\I. Cousin, a le droit d’occuper les choses, et en les occupant elle se les approprie; une chose devient par là propriété de la personne, elle lui appartient à elle seule, et nulle autre personne n’y a plus de droit. C’est ainsi qu’il faut entendre le droit de première occupation. Ce droit est le fondement de la propriété hors de nous , mais il supjjose lui-même le droit de la personne sur les choses, et, en dernière analyse, celui de la personne, comme étant la source et le principe de tout droit.

» La personne humaine, intelligente et libre et qui, à ce titre, s’appartient à elle-même, se répand successi- ^ement sur tout ce qui l’entoure, se l’approprie et se l’assimile, d’abord son instrument immédiat, le corps, ])uis les diverses choses inoccupées dont elle prend possession la première, -^t qui servent de moyen, de matière ou de théâtre à son activité. Ainsi doit être expliqué le droit du premier occupant, après lequel ^ient le droit qui naît du travail et de la production.

n Le travail et la production ne constituent pas, mais confirment et développent le droit de propriété. L’occupation précède le travail, mais elle se réalise par le travail. Tant que l’occupation est toute seule, elle a

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(|uel(fue chose d abstrait en qiiel([ue manière, d’indéterminé aux yeux des autres, et le droit qu’elle fonde est obscur; mais quand le travail s’ajoute à l’occupation, elle la déclaré, la détermine et lui donne une autorité visible et certaine. Par le travail, en effet, au lieu de mettre simplement la main sur une chose qui nappai tenait encore à personne, nous y imprimons notre caractère, nous nous l'incorporons, nous Punissons a notre personne. C’est là ce ([ui rend respectable et sacrée aux yeux de tous la propriété sur laquelle a passé le travail libi'e et intelligent de l’homme. Psurper la propriété ipi il possède en qualité de premier occupant est une action injuste; mais arracher à un travailleur la terre qu’il a arrosée de ses sueurs est aux yeux de tous un crime manifeste. » {Justice et charité, p. 33. , Il résulte des preuves précédentes que le droit de propriété a une origine rationnelle , qu’il correspond à une laculfe naturelle de l’homme. I.a loi civ'ile le reconnaît, le protège, mais elle n’en est pas la source. Lorsque des hommes abordes dans une île inhabitée v fondent diverses familles, ([u’ils élisent un chef, ils ne se dépouillent pas de leurs droits sur les propriétés (pi ils ont acfpiises et qu'ils pourront ac(piérir un jour; an contraire, c’est pour les mettre à l’abi-i de la rapine (ju ils nomment un souverain- ou un président de leur république. Les prétentions qu’ont les despotes d’(dre les maîtres des biens dont jouissent leurs sujets sont monsti ueuses ; elles reposent sur des maximes réiirouvées par le bon sens et par la justice. Si le chef de l’Ltat, au lieu de maintenir chacun dans la possession des choses (pii lui appartiennent, abuse de sa force pour s emparer des biens dont il a été constitué le gardien,

il est un spoliateur; il joint l’injustice à la félonie envers la nation.

Au reste, les théories des communistes nous donnent la mesure du soin avec lequel il faut déterminer la nature et l’étendue des pouvoirs publics. Si l’on exagère les attributions des rois, les chefs républicains prétendront les exercer au même degré, une fois qu’ils seront parvenus à la direction (ie la chose publique. Substituez les disciples de Babœuf ou de M. Proudhonà Louis XIV ou au sultan de Constantinople, et vous aurez d’abord le socialisme, puis le communisme. En effet, le dictateur, ayant succédé à tous les droits du monarque, se trouvera, comme ce dernier, propriétaire de tous les biens dont les citoyens ont la jouissance. En cette qualité, il se considérera comme libre d’en disposer à son gré, et alors, après avoir déclaré nationaux tous les biens, il les mettra en régie, ou il procédera à une répartition des terres entre tous les agriculteurs.

Non, la loi ne crée pas le droit de propriété, et, comme elle n’en est pas le principe radical et absolu, il ne lui est par permis de le supprimer. 3Iême quand elle frappe un coupable, elle ne doit pas faire de confiscation : ce qu’elle enlève sous forme d’amende ne peut être considéré que comme une peine, et il faut que la quotité en soit proportionnée à la gravité du délit. Alors on prive le délinquant d’une partie de ses biens au même titre qu’on le prive de sa liberté et de sa vie. Mais la loi ne révoque pas une concession antérieure; elle inflige un châtiment dans le but de sauvegarder la nation ; elle ne retire pas au coupable un bienfait dont il se serait rendu indigne.

Il me reste à m’expliquer sur l’opinion de quelques

UE LA PRODrCTlON.

Pi'res ,1e l’Église touchant nih'gitiniilé Je la pronrioK' individuelle.

D abord, il y aurait beaucoup à dire sur l’auflienlicilé de plubieurs passages que l’on suppose extraits de leurs ou\ rages, et sur le sens que l’on attribue à quehpies autres. Mais je n’msiste pas à cet égard ; le tiavail qu’exigerait de moi une telle revue critique me conduiiait trop loin, et il n’est pas nécessaire au but que je me {iropose d’alleindre. J’admets donc que cerlains Peres ont ete lavoiubles au système des communistes, ([u’ils ont rangé l’aumône parmi l<>s devoirs prescrits par In justice. One conclure de là Qu’ils se sont trompés. Certes, ce n'est pas la seule fois (jifils ont émi^^ ime doclrine répréhensible. Ils oui payé d’autres fois le tribut à la faiblesse humaine. Saint Irénée fut millénaire; TertuIIien tomba dans l’hérésie de .Moiitan; dénient d Alexandrie s’égara plus d’une fois à la suile des philosophes; saint Augustin lui-même, le plus éminent des docteurs, ne fut pas toujours exempt d’erreurs, si bien ipi a la im de sa vie il se crut obligé de composer nii livre pour y consigner ses rétractations.

^ Il ne faut pas croire ([ue le sentiment particulier de quelques écrivains ecclésiastiipies enchaîne notre cio\ance. Il ^a de soi qu’il ne saurait prévaloir sur celui de tous les autres, surtout sur l’enseignement de l’Eglise universelle. Il est de principe en lliêologie que les Pères de l’Églisi; et les docteurs des Ages postérieurs ne jouissent d’une autorité irréfragable que si leui-s témoignages, remontant aux sources mômes du chrisfianisme et étant moralement unanimes, sont les mômes à toutes les époques de la Iradiiion catholupie et se font ainsi éclio de siècle en

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siècle. léopinion individuelle d’un certain nombre de Pères sur un sujet, si illustres qu’ils aient été par leur science et par leur sainteté, ne saurait s’imposer à la foi des catholiques. 11 ne suHit môme pas qu’ils soient unanimes sur un point, pour que leur enseignement soit regardé comme l’expression d’une révélation divine ; il est reipiis en outre (ju’il nous le donnent comme ayant sa source dans la parole sacrée; car si, au lieu d’ôtre les historiens des vérités primitivement révélées, ils émettent des opinions personnelles; si, au lieu d’exposer la foi antiipie, ils parlent en leur pi opre nom ou d’après les théories de la science humaine, ils ne sont (pie dos jihilosophes, des historiens, des naturalistes ordinaires : ils ne jouissent pas d’une autre autorité cpie celle qui s’attache à la valeui' de leui s recherches et à la force de leurs i-aisonnements. Voilà pourquoi ({uand les Pères de l’Église, faisant usage des notions de physi(pie adoptées au temjis où ils vivaient, ont exj)li(pié la création du monde racontée dans le premier chapitre de la Geni'se, leur commentaire ne fait point partie de la foi, et chacun est liiire de le rejeter ou de le modifier. Comme la valeur de leur opinion est toute scienfirK[ue, elle est subordonnée à celle de leurs preuves. Ainsi les conséquences qui dérivent de leur enseignement sur ce jioint n’appartiennent pas à la doctrine catlnyiique, et nul n’est obligé d’en faire l’o!)jet de sa croyance; en d’autres termes, elles ne sont pas au nomiire des dogmes évangéli(pies, qui ne sont jamais autres que ceux dont Dieu a manifesté l’existence aux hommes. Vi les docteurs ni même l’Église ne révèlent des choses nouvelles; aucune des vérités qu’ils proiiosent à notre croyance n'était inconnue

DE LA PRODUCTION

auparavant : ils transmettent uniquement la doctrine sainte; ils ne sont qne les historiens véridiques de la révélation chrétienne, qui a été close, pour les points que la foi oblige de croire, à la mort des apôtres.

Ce que je viens de dire louchant la physique s’ap- P ique également à la philosophie et à l’économie polituiue. Lorsque les écrivains ecclésiastiques, s’emparant des idées reçues dans les écoles philosophiques auxquelles ils appartiennent , montrent les rapports ou les oppositions de cette science avec la doctrine de Jesus-Christ, ils le font sous leur propre responsabilitéa leurs risques et périls; ils n’engagent pas l’enseignement catholique.

I OUI en revenir a la question d(‘ la propriété, quelle peut efre l’autorité de l’opinion émise par quelques écrivains ecclésiastiques, comparée à celle de tous les autres ? Que peut-elle être surtout y coté de celle de 1 Lglise universelle? Or, non-seulement l’Église n’a pas regardé comme obligatoire la communauté des l)iens, mais elle a prêché positivement le contraire. A la suite de saint Paul, elle condamne le vol et oblige à restituer les biens d’autrui ; elle ordonne de respecter la propriété du prochain et déclare indignes du ciel ceux qui refusent de payer leurs dettes. Pille a associé le cinquième commandement, qui contient expressément ce précepte, aux [irières qu’elle a composées l)our être récitées journellement par les fidèles, tant elle met du prix à conserver intactes les vraies notions de la justice et du droit de propriété !

Il demeure donc établi que la certitude de l’ensei- .miement théologiqne n’est pas compromise [lar les erreurs de quelques-uns de ses docteurs, même les

plus habiles. Comme la physique n’a pas à s’imputer les fausses explications que les anciens auteurs ont autrefois données de l’ascension de l’eau dans les tubes vides d’air ; comme l’astronomie n’est pas responsable de l’opinion soutenue par l’illustre Descartes sur l’existence des tourbillons ; ainsi la science des choses sacrées ne doit rien perdre de son autorité sur les esprits, ipioique quelques-uns des écrivains ecclésiastiques soient tombés dans de graves erreurs.

Quant au petit nombre de docteurs qui ont dit que le superflu des riches appartient aux pauvres, il ne faut pas les juger sans se rendre compte de l’ensemble de leur doctrine. S’ils avaient prêché que les dettes de cette espèce sont exigibles devant les tribunaux et par la force, ils auraient émis une théorie de nature à troubler l’ordre social. Mais telle n’a pas été leur pensée. Voici quel est leur svstème à cet égard. Dieu, avant créé la terre pour l’usage de tous, veut évidemment que tous y aient leur part. II ne donne donc la propriété du sol à qiiel(jues-uns qu’à la condition qu’ils entreront dans

ses desseins , en appelant les pauvres au bénélice de leurs richesses. Les aumônes ({u’il leur prescrit sont une véritable charge dont il grève ses largesses, et elles sont exigililes en vertu de la loi naturelle de justice. .Alais c’est envers Dieu seul que les riches sont comptables : le devoir de soulager la misère prenant uniquement sa

source dans la conscience et dans un décret du Ciel, les inalheLireux ne sont pas autorisés à en demander l’exécution par voie judiciaire, ni surtout par des moyens violents.

Cette théorie manque sans doute d’une base philosophique ; elle n’est pas conforme aux saines notions de

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