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la justice ; mais, adoptée telle (jiie je viens de l’expliquer, elle portait avec elle son contre-poids, et elle n’exposait pas la société à des bouleversements.
— Voyez plus bas le titre Du droit à V assistance .
Comment est-il arrivé ({ue quelques écrivains ecclésiasti(jucs aient enseigné une doctrine plus ou moins communiste ? Comment s’expliquer que, si versés dans la connaissance des vérités évang(‘liques, lis en aient inéconnn le caractère sons ce rapport? Comment s’est-il fait {[ii’ils aient sacrifié la justice à la charité ? La raison en est facile à trouver: à l’époque où ils vivaient, la misère était immense, et l’égoïsme ne songeait ({u’à jouir. Ce spectacle navrant émut leur compassion et les amena à chercher un remède à de si cruelles souffrances; ils tentèrent de donner la solution d’un problème ({lie des écrivains généreux jioursuivent encore, sans la mieux rencontrer. Le tableau de la plus alfrense indigence était sous leurs yeux, tandis qu’ils n’apercevaient pas le danger de leur théorie pour l’ordre social. Ils ne virent que les maux présents: telle fut la cause t[ui les égara; s’ils avaient soupçonné ceux auxquels le communisme exposerait les âges postérieurs , ils l’eussent repoussé avec toute l’énergie de leur foi et de leur éloquence. Cependant je ne les excuse point sans réserve ; il est ceriainement regrettable ({u’ils aient manqué de prévision , et qu’ils aient subordonné la justice à la bienfaisance ; mais enfin leur erreur partait d’un cœur dévoué à l’humanité; elle n’avait dans son principe rien de commun avec celle des sectaires modernes, dont la préoccupation, en propageant leurs doctrines, est bien moins de venir en aide à leurs semblables ({lie de s’élever eux-mêmes sur les ruines de tous.
DE DROIT DE PROPRiÉTÉ.
a La condition des pauvres était si misérable dans Rome chrétienne, (lue celle des esclaves lui était {iréférée , et leur nombre était devenu si grand , (;u’en l’an 450 Valentinien le Jeune ne distribuait pas moins de quaire-vingt-dix mille huit cents livres de pain par iour aux indigents. Constantinople, (le\enu le siège de l’empire chrétien , n’était pas aflligé de moins de misère. Il en était de même des autres villes de l’Orient. L’éülise
d’Antioche seule, qui n’avait pas plus que le revenu d’une maison opulente, entretenait trois mille veuves ou jeunes vierges, sans coinjOer ce que renfermaient les hospices et les prisons. A Alexandrie sept mille sept cents {lauvres vivaient des aumijnes (jue saint Chrisostome leur faisait journellement.
» Les cam{)agnes étaient encore plus désolées que les villes. Les pauvres y étaient moins nombreux pourtant ; mais c’est que la misère y décimait la {)opulation, et que les terres manquaient de bras pour les cultiver. En vain, les empereurs chrétiens essayèrent, par des offres d’immunités ou d’exemptions, de rappeler le laboureur sur son champ abandonné ; le désert s’étendit chaque jour davantage , tellement ({u’au commencement du cimjuième siècle cinq cent ^ingtliuit mille arpents restaient en friche dans rheurcuse Campanie, la meilleure jirovince de tout l’empire.
» La grandeur du mal est au-dessus de ce que l’on en peut dire , s’écrie douloureusement saint Jérijine. « Rome pleure, hélas! depuis si longtemps, que les » larmes sont sèches dans ses veux. Dans les villes, la » faim ; hors des villes, le glaive. Rome n’a {)lus à » combattre qu’au centre de ses domaines, non plus » pour sa gloire, non plus pour sa liberté, inai'^ pour
DE LA PRODUCTION
» son existence. Coiiibaltre î Je me trompe. Elle n’a plus » qu’à vendre ses meubles et à donner son or pour » vivre. » (Moreau Christophe, Du problème de la misère, t. n, p. 340 ; Philarète Chasles, Études sur les premiers temps du christianisme , p. loO.)
SECTION DEUXIEME