DU MONOPOLE DE L’ÉTAT
temps; dès lors, le mode catholique de soulager les pauvres fait partie de nos mœurs et prend rang parmi nos libertés constitutionnelles. Le gouvernement qui entraveiait les bonnes œnnres se rendrait coupable envers l’Evangile. Il violerait les droits les plus sacrés des citoyens, pour qui le soulagement des malheureux n’est pas seulement l’exercice d’une liberté naturelle et inaliénable, mais se trouve encore prescrit par une loi ayant sa sanction dans la conscience chrétienne. Surtout il commettrait une énorme cruauté envers les pauvres, auxquels le Sauveur, en leur prescrivant la résignation et le respect de la propriété, offre en retour et par compensation sa législation sur la charité afin de les protéger contre l’égoïsme des riches.
On ne comprend même les motifs des deux commandements dont l’un défend de ravir le bien d’autrui, et l’autre ordonne d’endurer les privations sans murmures et sans troubler la paix publique, que si l’on admet l’intervention divine pour venir en aide aux malheureux, au moyen du précepte qui rend la bienfaisance obligatoire. La religion chrétienne a parfaitement compris cette économie de l’enseignement révélé : elle déclare exclus du ciel non-seulement les voleurs et les perturbateurs du repos |)ublic, mais encore ceux qui sont sans entrailles pour les besoins de leurs semblables.
11 est possible que certains auteurs ne partagent pas nos idées sur l’obligation de faire l’aumône; mais serions-nous tenus, par hasard, à prendre leur système pour règle de conduite? Nous, catholiques, nous formons la majorité en France; or, si même la minorité d’un peuple a le droit d’être resjiectée dans l’usage
DE LA CONSOMMA n ON.
des libertés (|iii ne nuisent à personne, certes la majorité le possède à un bien plus juste; titre, puisqn’en elle réside la souveraineté nationale. Quand donc elle revendique la faculté de pratiqufu’ les œuvres charitables conformément au princi{)e chrétien , le gouvernement qui repousserait ses réclamations aeirail en despote et en oppresseur de la nation.
Le gouvernement eut-il dans ses attributions la mission exclusive de soulager toutes les misères, il devrait renoncer à l’exercer, s’il n’était en mesure d’égaler les secours aux besoins, car les devoirs attachés à un droit sont corrélatifs à ses bénéfices. Je comprends qu’il m’interdise le port d'armes habituel, surtout dans les lieux publics, lorsqu’il est assez fort pour me protéger; sa défense serait absurde dans un pays livré au brigandage. Pour le même motif, je concevrais jusqu’à un certain point que l’État se réservât le monopole de l’assistance, s’il pouvait suffire à soulager tous les indigents et à les moraliser en les soulageant. Mais réclamer cette faculté exclusive et se reconnaître en même temps dans l’impuissance de nourrir les pauvres, de les loger, de les vêtir, de les rendre meilleurs, de les consoler, c’est une iniquité.
Supposons lin fonctionnaire civil, un maire par exemple, faisant citer devant lui diverses catégories de pauvres coupables d’avoir demandé la charité à d’autres (|ue lui : c’est une mère qui a accepté une layette pour son enfant. Le chef municipal l’interroge et lui dit de se justifier, âia justification, répondra-t-elle, n’est pas diflicile; elle est entière et surabondante dans mon devoir de mère. ^Lavez-vous promis des secours dans mes pressants besoins? Aviez-vous des layettes à me