DE L’IMMIXTIOX DE L'ÉTAT
et n’entravant jamais le zèle du clergé; mais la présence de délégués tels que je viens de les signaler, U'cs-nombreiix,si l’on veut, au sein des comités communaux, ne nous rassure pas entièrement. Ils peuvent, en effet, être en minorité: et, s’ils sont en majorité, à un instant donné, rien ne garantit qu’il en sera de môme à l’avenir. Dans tous les cas, l’ouivre charitable, considérée au point de vue chrétien, a bien plus de chances de réussir lorsqu’elle est placée sous la direction de croyants sincères que lorsqu’elle est seulement garantie par les théoriciens de la liberté.
Au surplus, la prudence interdit qu’on mette les hommes aux prises avec leurs opinions ou avec leurs intérêts. Voilà pourquoi, de quelque esprit de libéralisme dont se prétendent animés les voltairiens et les autres ennemis du catholicisme, il sera incontestablement plus prudent de ne pas les prendre pour les avocats ordinaires de la cause catholique. Aussi bien, l’instinct public le juge de la sorte, et ce n’est pas à tort. 31ais se trompât-il dans ses appréciations, qu’il faudrait tenir compte de ses erreurs; car, ue l’oublions pas, il s’agit de gagner la confiance des bienfaiteurs et d’accroître les ressources destinées aux indigents.
Le système de centralisation, qui diminue les libéralités charitables en réduisant le nombre des donateurs, paralyse en même temps la vocation et le zèle des chrétiens qui seraient les plus pi'opres à fonder les bonnes œuvres et à les faire prospérer.
Lorsipie les pauvres manquent de pain et d’asile, ce n’est pas toujours à cause de la dureté des riches : c’est si vrai ipie partout où il existe des âmes vraiment compatissantes, s’occupant avec activité et persistance à
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venir à leur secours, ils troiiveiil une assistance ellicace. Plusieurs individus ne font pas raumône par l’ignorance où ils sont des besoins qii’éproiiveid les malheureux. Cette négligence à s’empiérir des nécessités auxquelles sont réduits nos semblables est sans doute coupable, mais enfin elle peut ne pas avoir pour principe rindilTérence et l’avarice. C’est encore beaucoup que de ne pas être obligé de lutter contre l’égoïsme et d’ètre assuré d’obtenir des aumônes en les provoquant. Ces riches ressemblent aux fontaines qui ne débordent pas pour ari'oser les terrains desséchés autour d’elles, mais qui ne refusent pas leurs eaux à la main ([ui les leur demande.
Il y va donc du plus grand intérêt des indigents qu’il y ait des personnes compatissantes, dévouées aux bonnes œuvres, et sachant décomrir les sources où la charité pourra puiser. Or, qui aura le don de toucher le cœur des riches? qui découvrira le secret de venir en aide à toutes les misères dont le spectacle atïlige le cœur? Ce ne sera certes pas l’administration officielle. Tout le monde sait (pi’elle est peu inventive, et que si les établissements et les institutions de bienfaisance étaient réduits à ceux dont elle a eu l’initiative, iis seraient sinmilièrement diminués. Les fondateurs de ces œuvres diverses, qui ont pour objid le soulagement de toutes les souffrances, ont été, à peu près toujours, profondément chrétiens. Eh bien, supposons (pi’ils n’eussent eu que leur voix dans une assemblée officielle ; il leur eût été sans doute plus d'une fois refusé de constituer les œuvres qui font la gloire de la religion.
Le système dont je fais la critique n’eut-il d’autre résultat fâcheux que de diminuer les offrandes volon-