DE L’IMMIXTION DE L’ÉTAT
taires destinées à secourir les pauvres, dont les besoins sont si multipliés et si impérieux, il ne faudrait pas hésiter à l’abandonner. Lorsque les opinions des hommes n’amènent point des conséquences préjudiciables, il n’est pas défendu de faire des essais; ces expériences dont personne ne souffre et qui n’entravent ni la marche du monde moral, ni celle du monde religieux, finissent par profiter à la science. Mais il n’en saurait être ainsi dans la question de la charité : il serait criminel de sacrifier les droits des indigents à des théories; et des erreurs sur ces questions, autant sociales que religieuses, produiraient des perturbations incalculables.
Il est à remarquer que les intérêts des pauvres ne sont pas seuls compromis dans cette concentration des dons charitables entre les mains des commissions nommées par les préfets; ceux de la société le seraient à leur tour. Il en est, au reste, ainsi de toutes les mesures qui sont contraires aux principes d’une sage liberté et à l’esprit du christianisme; elles nuisent à l’État selon le degré de leur opposition aux lois de l’Evangile et aux prérogatives de l’Eglise. Il serait facile de constater, dans les volumineux recueils des édits antichrétiens, que toutes les dispositions ayant pour objet d’entraver l’influence religieuse ont réagi avec violence contre les intérêts moraux et matériels de la nation.
L’Etat, en tenant dans ses mains la direction des œuvres charitables, aurait d’abord à subir les plaintes des indigents, qui l’accuseraient tantôt de leur refuser le nécessaire, tantôt de montrer des partialités injustes. Les hommes de parti ne manqueraient point d’entrete-
lîE LA CONSOMMATION.
iiir ces mécontentements et de les exploiter. Ils critiqueraient, avec une amertume égal(>, les admissions aux secours et les exclusions. Ils s’élèveraient tour à t ouicontre la parcimonie et contre les profusions des administrateurs. Ces censures sont toujours fâcheuses, bien qu’elles n’atteignent que les associations libres; mais, dans ce cas, elles sont loin de présenter le caractère de gravité que leur donne la responsabilité du gouvernement. Lorsqu’elles sont inspirées par la haine envers le pouvoir, et envenimées par les partis, elles sont capables de susciter de graves embarras. Certes, les gouvernements sont bien assez exposés aux attaques de leurs adversaires, sans qu’ils leur offrent de nouvelles armes, La plus vulgaire prudence leur prescrit de ne pas provoquer d’autres luttes, et de ne pas se mettre sur les bras d’autres combattants en voulant augmenter im[)rudemment le nombre des attributions dont ils n’ont pas besoin pour réaliser le but de leur institution.
Faisons une concession : supposons que le gouvernement soit entouré de la confiance publique et soit propre à recueillir d’abondantes aumônes ; qu’il soit doué d’un merveilleux instinct pour discerner les vrais indigents des trompeurs et des paresseux; qu’il lui soit possible d’exercer sur leur moralité une inlluence réelle; qu’il n’ait à redouter, sous le rapport politique, aucun danger, aucune récrimination de nature à être exploitée par les partis ; eh bien , il devrait encore s’abstenir de concentrer entre ses mains les œuvres de bienfaisance, atin de respecter les limites de sa compétence.
Comme la nation ne lui remet ni la gestion des biens appartenant aux citoyens, ni l’exercice de la puissance