‹ L'Economie sociale au point de vue chrétien [microform]Chapitre 52 sur 57 · DE LA CIIAUITÉ COLLECTIVE · texte numérisé non relu

DE LA CIIAUITÉ COLLECTIVE

et même, si l’on veut, à (pielques préférences qu’une surveillance attentive finit toujours par corriger, on demeurera convaincu que les personnes consacrées par esprit de piété au soulagement des pauvres sont les plus aptes à recueillir les aumônes et à les distribuer de la manière la moins onéreuse pour les riches et la plus

avantageuse aux indigents.

Une sœur n’est pas réduite à sa seule expérience : elle profite de celle de ses compagnes et de celle de sa communauté, (plia ses traditions et dans lacjuelle la science de faire le bien avec fruit se perpétue avec le dévouement. Jeunes, elles joignent l’activité à la soumission envers leurs supérieures qui les initient a la connaissance des pauvres. Plus âgées, elles guident les plus jeunes et leur transmettent l’esprit de leur fondateur et les conseils que leur dicte l’expérience act|uise par de longues années consacrées à la pratique de la charité.

Peut-on attendre rien de semblable de la charité isolée? Sans traditions, sans guides, consacrant son temps plus aux plaisirs et aux atlaires c]u aux œuvres de bienfaisance , souvent sans aptitude pour soulager les malheureux et ne leur portant qu’un faible intérêt, l’homme du monde donnera peu et ses aumônes seront distribuées sans discernement pour les besoins réels , sans profit pour les indigents : il les versera entre les mains des plus intrigants, et les véritables pauvres seront délaissés.

D’nn autre c(Mé, la charité individuelle, i)our ainsi dire émiettée, ne saurait offrir des secours efficaces. Pour que les dons soient vraiment utiles aux indigents, il faut , dans la plupart des circonstances , qu’ils arrivent à une somme assez importante. A l’un il faut donner du

I>K LA CONSO.Al.MATIOX.

pain, a 1 autre un habit, a celui-ci des remèdes j)cudaiit sa maladie, à celui-là nue partie de sou loyer. Il y a peu de personnes assez riches j)our hure des aumônes considérables; mais il y en a l)eaucoup qui en Ibnt volontiers de petites selon leurs lacultés. La religion, (jui est ingénieuse dans ses inspirations, a trouvé dans les dispositions charitables de la multitude le moyen de répandre des secours abondants, en recueillant les jilus légères otïrandes. Au moyen de collectes, elle forme des sommes utilisables, de môme

qu’on alimente les citernes en y faisant aboutir les plus minces filets d’eau.

J ai vu des merveilles opérées à l’aide de ces cotisations. Comme les réunions sont assez multipliées, que l’activité des patronesses est incessante, on finit par disposer d’un budget important : ce qui fournit le moyen non pas seulement de donner un morceau de pain, mais de mettre un ouvrier à même de reprendre son métier. A celui-ci on fournit un outil, à celui-là on fait quelques avances; on donne à une jeune fille un vêtement propre qui lui permet, quand elle est instruite, de se présenter comme institutrice; on paye le voyage à une domestique sans place et exposée à toutes les sollicitations coupables de la misère, afin qu’elle retourne au sein de sa famille.

Mais ce mode d’exercer la charité n’est-il jias en opposition avec le secret dont l’Lvangile nous recommande d’envelopper nos bonnes œuvres? Comment la publicité que la charité collective donne à la bienfaisance peut-elle s’accorder avec ce que nous dit Jésus-Christ, de laisser ignorer à la main gauche les distributions que fait la main droite?

Page 1