THÉÂTRAL
tt MAGASIN
ARMAND. Quel intérêt ! snis-j® foreé d’en rendre compte , quand je renonce à me défendre î Je n’ai point de fortune, je le prouverai ; cette mission , dont vous me pariiez , je l’eusse refusée , et d’ailleurs, si quelqu’un osait démeiUlr le duc de Bois d’Eliuay quand il s’accuse , n’ai-jc pas une preuve irrécusable 7 cet écria qui a disparu et qu'on retrouvera en mon pouvoir.
BOlZABD, reprenant l'rerin. Vous vous trompes..- c’est sur moi qu’on le trouvera; je le rendrai A l’iiéritier... je ne garde que l’accusation.
ahmand. Que faites-voas7... mais je vous ai dit , moi , que ce dévouement serait inutile, je vous ai dit que je me dénoncerais.
BOLZAHO. Et je vous ai dit , moi , que je vous le défends!
AnMAND. Mais enfin , de quel droit ?
BoUard. De quel droit ! vous me le demandez ? Eh bien ! s’il le faut vous allez le savoir.
ARMAND. Cet accent 1 ces regards ! je ne sais ce que j’éprouve I
noizARD. Ab ! maintenant, je tremble plus devant vous qu’à la pensée de ce déshonneur qui m’est réservé. . . vous êtes pour moi le juge le plus terrible; cette révélation que je vais vous faire, quel seiitiiucnt va-t-elle laisser dans votre cœur , pour moi, pauvre serviteur , pauvre , obscur? ah ! la force m’abandonne.
ARMAND. Remettez -vous! de nous déni , est-ce vous qui devez trembler ici ? je ne sais quelle sera cette révélation qui eicite en moi d’avance nne émotion inezprimable I mais ma sy mpathie, mon respect pour vous...
ce jour ne peut qne les Kcroltrc, et non vous les enlever.
noir.ARD. Ah I je vous remercie ! j’aurai donc le conrage de parier : écoutez-moi , et surtout ne me jugez pas arant que j'aie achevé. Il y a environ trente ans , nn jeune homme qne l'éducation avait nialbenretisement élevé au-dessus de sa classe, était admis dans nq brillant pensionnat où il donnait des leçons. La fatalité voulut qu'il aimât une des élèves qui s’éuit offerte à ses yenx... il ouMia ht distance que ses devoirs mettaient entre lui et la jeune fdle... vers laquelle il était entraîné par le rapport aondain de Icnrs deux esprits, par la sympathie irrésistible de leurs deux cœurs... Je ne venx point paiUer ici les torts d’une séduction mutuelle qui les rendit coupables presque malgré eux ; qn’est-il best)in, bêlas! de Àrc ce qui arriva? L’mfortanée, réduite Menlôt à chercher une retraite près d’une parente posa- sauver sa famille, pour se sauver dlc-même d'un éclat auquel elle n’cùt pas survécu ! oh 1 oui , oui I plaignez-la ! et lui— luL.. plaignezrie
aussi I... Pour cumblc de inalbenr, il avait été remarqué par une compagne de celle qu’il aimait... nue femme haineuse, vindicative, une créole ! cette femme , dont il avait dû repousser la tendresse, dont il avait refusé la main , parvint à se procurer des preuves irrécusables de la faute de sa rivale , et elle s’en fit une arme terrible pour forcer la pauvre jeune fille à épouser un vieillard, un honorable gentilhomme qui loi avait déjà en vain offert sa main.
ARMAND Ah I je frémis!...
nolZARD. Ce n’est pas louL.. .cette femme implacable, pour empêcher que les deux objets de sa honte vinssent jamais à se revoir, ne perdit pas un instant du regard ce jeune homme, qu’elle menaçait sans cesse de perdre celle qu’il aimait. Elle lui imposa d'Iiuinbles fonctions qui l’encbalaèrcnt pour toujours auprès d’eile-même, trop hautaine pour lui laisser voir la moindre trace d’un amour dédaigné, mais troppersévi^nte dans sa vengeance pour retirer la main qui pesait sur ses victimes; oui, ce jeune homme pour désarmer tant de colère, dut sacrifier toutes si's espérances de fortune, de gloire peutêtre I les facultés qu’il pouvait avoir reçues de la nature, les talents qu’il avait acquis par l’étude, il les ensevelit à jamais dans l'obscure gestion d’une fortune qnu u persécutrice avait due à un riche mariage.
ARMAND. Que dites-vous?.... Obi ma raison soccomlic à tant d'émotions... se perd dans ces pressentiments...
BuiZAHD. Et maintenant, mon Oieul qnci est l’arrêt que son cœur va prononcer pour moi! Achevons. Aujourd’hui, il ne reste à celui dont je vous révèle le secret, qu’une, seule consolation des douleurs qu’il a si longtemps êtouffi'es, du joug qu’il a subi trente an.s ; c’est le bonheur , la gloire du fils d’une fentme adorée... de sou enfant à lui! de cet orpbcliii auquel il ne devait jamais lais.<)cr>)up^)uer le nom de son pèrel Eh , bieiil «eue jeuneelbrillantc existence en qui seule revivait parlcpassécc )>auvrc père, tout ce riant avenir va être Oélri|)ar une infonunte accusation que fo vieillard espérait garder pour lui! lui déjà au terme de sa carrière, lui qui n’est plus bon qu’à souffrir 1 et maintenant, ArmaudI non... non... pardonnez...
monsieur de Bois d’Elmay... Est-ce que vous voulez cncoredétrnire mon dernier rêve, briser madernière es|iéraucc ? car, vousledevincz.... cette femme infortunée, c’était votre mère... car ce vieillard c’est c’est..
ARMAND. Ah ! mon père ! monpi'rcl
RoizARD. Mon fils! abl ce moment bit oublier toute une vie de souffrances 1
ARMAND. Alun père! mon bon...- mon généreux pèrel... mais..,, vous ne savez pas
L’ÏCRIN.
qw«c nécMMté m’entr^iuH à cet acte foial. I lUataloiaDt, je nedois plus rien vooscacbert Sachez, oh I sachez bien vite, que dans cet écrin était une lettre de moi, qui compromettait une ft'mine, une femme qui ne m'en mit jamais donné le droit !
BOlZARD, Mais qn’as-tu besoin de te jn»üfier? N'est-ce pas au même devoir que nous avons itnnMlé, toi, ton lionneur.... moi, trente ans de ma vie! Eli bien! laisse-moi I donc achever le sacrilicc jusqu'au liout, moi qui en ai rbabilndc, moi, h qui il doit enlever si (leu en comparaLson de ce qu'H coûterait à mon fils ! Armand, je t'en supplie !
ARUAM). Jamais!...
BOBARD. Armand, tu m'obéiras ! an nom de ta mère, qui m'a trop bien enseigné le respect quejednis à ton honneur; delà mère, qni n'a pas voulu qoe son fibi, fût-ce ii l'insu du monde et de lui-méme, reçût l'affront d'un bienfait auquel U n’avait aucun droit , et se flétrit en touchant h cel immense liéritage des Bois d'Kliiiay, dont il était forcé par la loi d’usurper le uom !... •
ARMAND. Ob!je compeods... ma mère!., ma mère!... plus que jainab soyez bénie h présent , pour m’avoir ennobli de ma panvreté I... Oh ! je vous en remercie , ma mère ! Tous avez bien jugé votre enfant!
BOtZARD. £t tu vomirais maintenant m’enlever ce droit de te sauver, ce droit qn’eUe m’a légué b moi, qui seul te reste au monde !
ARMAND. Mon père, dois-je vous laisser vouer vos derniers jours à la honte ?
BOIZARD. Eh! qu’importe!... Est-ce que ce n’est pas en loi, en toi seul que je vis désormais? Je suis triste et humilié ici; je serai fier, honoré au loin dans mon fils!... Ce ne sont pins mes jours qui vont s'achever misérablement sous le poids de je ne sais quel déshonneur !... Mes jours tn les emportes avec foi, prospères etglorienxi... Ahînemephins plus, ne me dis pas que je fais encore nn sacrifice, quand ton amonr me reste....
b’anjonrd'hni je ne suis pins accusé, je ne sois pins condamné... je suis père !...
ARMAND. Mais écoutez ...
BOtZARD. On vient... Armand! foi que pour la dernière (bis je puis appeler mon fils... pour ht dernière fois ici, je le demande de m’obéir 1